Jardins au Grand Palais

Si vous possédez une bibliothèque et un jardin,
vous avez tout ce qu’il vous faut.
Cicéron

fresque de la Maison du Bracelet d’or de Pompéi

Jardins se veut un modeste écho à la phrase, souvent
reprise mais essentielle, de Foucault :
« Le jardin, c’est la plus petite parcelle du monde et puis
c’est la totalité du monde. »

150 ans après la publication de l’ouvrage fondateur
d’Arthur Mangin, Les Jardins : histoire et description et
quarante ans après l’exposition déterminante de la Caisse
nationale des monuments historiques et des sites en 1977,
Jardins, 1760-1820. Pays d’illusion, terre d’expérience,
l’engouement que suscite le patrimoine vert en France ne se
dément pas, avec aujourd’hui 22 000 parcs et jardins
présentant un intérêt historique, botanique ou paysager,
dont près de 2000 sont inscrits ou classés au titre des
monuments historiques. Jardins, dont le titre entend
refléter sobrement toute la diversité du sujet, considère à
la fois l’histoire de l’art des jardins et l’histoire des expositions
sur ce thème, qui n’a que rarement retenu l’attention
des institutions culturelles.
Giuseppe Penone
Verde del bosco con camicia [Vert du bois avec
chemise]
1984
Frottage de feuilles et couleur végétale

Si sa présence au musée semble fondée sur une
contradiction –le jardin, monument vivant, par nature
changeant, éphémère et in situ, n’est-il pas l’objet par
excellence d’une exposition impossible ? –
les liens entre le musée et le jardin sont en vérité étroits.
Lieux de savoir et de plaisir, qui naissent,
grandissent et meurent, ils sont aussi un espace
que peut arpenter, à son rythme, le visiteur.
Koîchi Kurita Soil Library/Loire [Bibliothèque de terres/Loire]
2017
400 terres provenant de la région de la Loire (de
sa source à la mer) et papier japonaisLe sujet est étudié dans sa définition essentielle : comme enclos,
entité délimitée au sein d’un territoire, espace
mis en scène et donc miroir du monde. Présenté dans les
Galeries nationales du Grand Palais, ce rassemblement
pluridisciplinaire de peintures, sculptures, photographies,
dessins, films, etc., n’est ni une histoire complète de l’art des
jardins, ni un état des lieux qui prétendrait à l’exhaustivité.
Albrecht Dürer

Des notions connexes, comme celle de nature, sont tenues
à l’écart d’un propos fermement centré sur son sujet mais
qui entend néanmoins montrer, comme dans un grand collage,
le jardin comme oeuvre d’art totale, qui éveille tous les sens,
et poser la question essentielle de la représentation.
Vue de l’exposition Jardins

Le parcours thématique, où s’entremêlent l’histoire de l’art
et celle des sciences, est construit comme une promenade
où le jardin « réel » – ni littéraire, ni symbolique, ni philosophique
– est entendu à la fois comme ensemble botanique
et construction artistique.
Gustave Klimt

Cette exposition « jardiniste », un mot d’Horace Walpole
repris par Jean-Claude-Nicolas Forestier, entend défendre
le jardin comme forme d’art et ses créateurs comme artistes.
Jardins se concentre sur les expérimentations menées
en Europe – et plus particulièrement en France – de la Renaissance
à nos jours. Si le jardin médiéval est souvent le point de
départ des grands panoramas de la discipline, l’histoire de l’art
comme celle de la botanique invitent à privilégier un autre
commencement.
Leopold Blaschka et Rudolf Blaschka, verre

A la Renaissance, les savants et les artistes
animés par une nouvelle démarche critique relisent
les sources antiques – illustrées par la présence inaugurale,
au sein de l’exposition, d’une fresque de la Maison du Bracelet
d’or de Pompéi – à la lumière d’une observation minutieuse de
la plante. Ces réinterprétations, accompagnées de véritables
révolutions artistiques incarnées par les extraordinaires
dessins d’Albrecht Dürer, conduisent aussi à la création
à Padoue (1545) du premier jardin botanique. Si les plantes y
sont toujours cultivées pour leur rôle utilitaire, leur
rassemblement a désormais aussi une vocation démonstrative
et sert de support à l’enseignement scientifique.
Cézanne, le Jardinier Vallin

L’hortus conclusus médiéval se brise et s’ouvre au monde,
avec des jardins qui s’enrichissent des découvertes des
grands explorateurs ; il s’ouvre aussi au paysage, entre
dans le champ des arts et devient un véritable projet pictural
pour des artistes qui disposent, notamment grâce à la
perspective, d’outils de représentations inédits et révolutionnaires.
De la petite touffe d’herbe d’Albrecht Dürer au
« jardin planétaire » de Gilles Clément, les jeux d’échelles
constituent un fil rouge de ce parcours. La visite commence avec
la terre, prélude à un vaste ensemble qui met à l’honneur les
éléments premiers et le vocabulaire des jardins.
Si l’exposition commence avec la bibliothèque de
Koîchi Kurita, elle se termine poétiquement avec les
deux vallons de pollen de fleurs de châtaignier
de Wolfgang Laib.
Wolfgang Laib sans titre 2015

Jusqu’au 24 juillet 2017
Grand Palais
accès square Jean Perrin
commissariat : Laurent Le Bon, conservateur général du
patrimoine, président du Musée national Picasso, Paris
commissaires associés : Marc Jeanson, responsable de l’Herbier
national du Museum national d’histoire naturelle ;
Coline Zellal, conservatrice du patrimoine, Musée national Picasso, Paris
scénographie : Laurence Fontaine

Tous les jardins sont sur France Culture !
à (ré)écouter sans modération
23/03/2017 – 17:59 —

Les 18 et 19 mars derniers, la nature était l’invitée d’honneur des ondes
de France Culture.
Voici une petite sélection d’émissions diffusées
pendant ces deux journées exceptionnelles sur
France Culture autour du thème du jardin.
A (ré)écouter ou podcaster sans modération ! 

 

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Kiefer-Rodin

Invité par le musée Rodin à travailler à partir de
l’ouvrage que Rodin consacra il y a plus de
cent ans aux « Cathédrales de France »,
En effet, le rapprochement de ces deux artistes est à
l’image de la naissance du projet : d’abord presque fortuit,
dont la nature s’adapta naturellement à l’évolution de
la création d’Anselm Kiefer. Pragmatiquement, comme
on assiste à l’éclosion puis à la croissance d’une plante inconnue,
nous avons vu apparaître des efflorescences, certaines branches
se ramifiant, d’autres stoppant leur croissance, et avons ménagé
l’espace autour d’elles.
Catherine Chevillot
Conservateur général du patrimoine
directrice du musée Rodin

montage exposition Kiefer Rodin

Anselm Kiefer a très vite souhaité élargir ses
investigations à l’ensemble de l’univers créatif
du sculpteur. Kiefer est un artiste qui, comme Rodin,
expérimente sans fin des combinaisons de formes
et s’intéresse à la matière, associant délibérément
des éléments de provenance et de statut différents.
À travers ses vitrines, peintures, livres, il joue de tous
les supports et use de toutes les techniques pour
comprendre ou digérer l’héritage du passé
et apprivoiser ici l’univers rodinien.

Vue de l’expo Rodin-Kiefer

L’exposition commence par la présentation
de vitrines, toutes inédites. Elles se répondent
les unes aux autres, mêlant aux vestiges de sa propre
vie des objets de nature et d’origine diverses et créant
par la même occasion des rapprochements souvent
inattendus et parfois déroutants.

En effet, lorsque Kiefer s’immerge dans l’oeuvre
de Rodin, il entame un long périple. Des croquis
d’architectures, en nombre limité, à l’immense corpus
des dessins érotiques, qu’il consulte à plusieurs
reprises, l’artiste s’arrête volontiers aux dessins
découpés avant d’être attiré par les innombrables
sujets en plâtre déclinés par Rodin et la profusion
d’abattis – fragments de jambes, bras ou têtes.
Ce voyage dans l’univers rodinien lui permet aussitôt
d’imaginer des formes nouvelles.

Ainsi dans ses vitrines, Kiefer agence les débris
de ces progénitures qu’il s’approprie. Il introduit
divers éléments, d’autres matériaux. Et de ces
métamorphoses, il attend, patient, que
se produise selon ses propres termes « l’étincelle ».
De la même manière, les moules des sculptures
l’interpellent. Soudainement confrontés à l’univers
de Kiefer, ces éléments témoignent d’une vie passée
comme d’une autre à venir. Kiefer s’intéresse moins
au procédé de moulage qu’à l’effet mystérieux
de l’empreinte. C’est la matrice qu’il retient,
celle susceptible de donner vie, mais qui
suppose de la part du regardeur un complément
de recherche ou d’interprétation. À lui de
réinventer la forme prisonnière et prête à éclore.
À la lisière de l’étrange, chacune de ses vitrines
est une ode au mystère, un univers poétique
dans lequel Kiefer nous invite à le suivre.
Sursum corda
Sursum corda convoque de manière explicite une
référence chrétienne par son titre biblique associé
à une échelle en spirale – peut-être celle de
Jacob – et à un arbre, qui même séché n’est pas sans
évoquer celui de la connaissance. Les mots latins
« sursum corda » – en français « élevons nos coeurs »
– inscrits sur la vitrine par Kiefer, prononcés par le
prêtre lors de la messe avant la prière eucharistique,
sont un appel à la prière, une élévation symbolisée
par l’échelle qui tend vers un au-delà et relie tant bien
que mal la terre au ciel. L’arbre s’enracine dans une
terre nourricière et fertile faite de sédiments, de débris,
de fragments de têtes de damnés directement empruntés
au répertoire rodinien, héritage artistique,
esthétique et strate ancestrale, à partir de laquelle
l’arbre et l’échelle s’élèvent. Ce travail fait écho
aux réalisations de Rodin mêlant oeuvres en plâtre
et végétaux, comme le grand assemblage réunissant
deux figures d’Ève, une Femme accroupie et un branchage.
Auguste Rodin Deux Eve et la Femme accroupies

Dimanche des rameaux
Cette vitrine offre une lecture inhabituelle
et paradoxale de ce moment qui marque l’entrée
du Christ dans Jérusalem, accueilli par une
foule en liesse, qui, quelques jours plus tard à peine,
le condamnera. La palme, ou le rameau, qui était
brandie en signe d’acclamation gît, piétinée, à moitié
cassée, au fond de la vitrine. Comme si tout
était vain, l’espérance déçue et le salut impossible.
La grande tige s’élève tel un mât dépecé et sec,
tandis que les branchages, abîmés et tordus,
proches d’un balai de sorcière, s’écrasent sur
les restes d’un moule sans fond. Il est la matrice
devenue inutilisable, vide, creuse et stérile.
Anselm Kiefer Dimanche des Rameaux

Peintures
Dans sa peinture, l’artiste-alchimiste se confronte
à la matière qu’il sature de pigments. Les couches
sont labourées, les empâtements pétris.
Et de ces substances oppressantes aux tonalités
terreuses surgissent avec noblesse les
« Tours-Cathédrales », noircies, blessées mais
triomphantes, promesses d’une renaissance
et annonciatrices de la floraison à venir.
En 2013, Kiefer entreprend un travail autour de
la « Cathédrale » en hommage à Rodin et à son
ouvrage publié en 1914.
Livres
Dans l’éternité de ses livres, véritable empreinte de son
oeuvre, il n’hésite pas à rejoindre l’univers poétique et
érotique du sculpteur, entre dévotion sacrée
et jouissance profane. Tous uniques, ces livres partagent
la même puissance d’évocation poétique et spirituelle :
la femme, sensuelle et tentatrice, s’accapare l’église,
joue avec elle.
Commissaire Véronique Mattiussi

Les taches colorées librement répandues rappellent
le travail du sculpteur. La série de livres
aux effets marbrés fait naître de la matière
des silhouettes féminines et évanescentes. Car
pour Kiefer comme pour Rodin, et selon la formule
de Michel-Ange, l’idée et la forme sont partie
intégrante de la matière, qu’elle soit de marbre
ou de plomb. À eux, passeurs, de les faire émerger
et exister. Ainsi les lignes souples et sensuelles
de ces nus féminins surgissent de la feuille
et se fondent dans les veines qui évoquent celles
du marbre.
Absolution
Au centre de la salle, Absolution, oeuvre
monumentale et unique, constituée à partir
d’éléments de plusieurs figures (Torse d’Ugolin
assis, La Terre, Tête de la Martyre), recouverte
d’un grand drapé, ajoute moins à la modernité
du sculpteur qu’à son audace et à sa capacité
à se renouveler. Sans doute réalisée vers 1900,
cette oeuvre mystérieuse et sans équivalence
dans la production de l’artiste, présentée
aujourd’hui pour la première fois au public,
proclame – cent ans après sa mort – tout le génie
créatif du sculpteur-explorateur et puissant
éclaireur.
Chez Kiefer le tissu s’invite souvent sous la forme d’un
vêtement, qu’on pourrait croire vide mais qui est bel
et bien « habité » par des éléments symboliques et suggestifs ;
ainsi les Walkyries, ces vierges guerrières issues de
la mythologie nordique, voient leurs armures laisser
place à de simples tuniques désincarnées.Femmes et Architecture
L’exposition se termine à l’étage du musée dans le cabinet
d’art graphique où est évoquée la fervente admiration
de Rodin pour l’architecture médiévale.
Carnet à la main, il parcourut la France,
à la découverte de la plus modeste des églises
comme de la plus glorieuse des cathédrales.
Cette passion architecturale traversa sa
vie et sa carrière, irriguant toutes les phases
de sa création graphique et sculptée
(La Cathédrale, L’Ecclésiaste et même son
Monument à Balzac). Une série de dessins
retrace la réflexion de l’artiste sur la dimension
organique qu’il attribua à ces édifices.
Auguste Rodin Ornement

Les croquis d’architecture se transforment
progressivement en silhouettes féminines
combinées ou transformées en éléments
ornementaux avant de faire place à des figures
allégoriques. Son ouvrage Les Cathédrales
de France, publié en 1914 est un ultime hommage.
Il espérait ainsi les arracher définitivement
à l’oubli.
Musée Rodin, Paris
du 14 mars au 22 octobre 2017
The Barnes Foundation, Philadelphie
du 17 novembre 2017 au 12 mars 2018
Commissariat général
Catherine Chevillot
Directrice du musée Rodin
Conservateur général du patrimoine
Commissariat scientifique
Véronique Mattiussi
Responsable scientifique du fonds historique
Adjointe au chef de service de la Recherche

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"Icônes de l'art moderne – la Collection Chtchoukine"

« Icônes de l’art moderne – la Collection Chtchoukine »
vient de fermer ses portes ce dimanche 5 mars.
Elle a accueilli en quatre mois et demi 1 205 063 visiteurs.
C’est l’exposition qui détient en France le record
de fréquentation d’une exposition d’art, dépassant
l’exposition « Toutankhamon et son temps »
qui avait attiré en 1967, au Petit Palais, 1,2 millions
de visiteurs en six mois. C’était le must en 2016
à tous points de vue.

Christian Cornelius (Xan) Krohn, Portrait de Sergueï Chtchoukine, 1916 Huile sur toile 191 × 88 cm Musée d’État de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

Anne Baldassari
Conservateur du Patrimoine
Commissaire général de l’exposition
Directeur du catalogue
L’organisation parfaite et la circulation devant les
oeuvres et dans le musée expliquent ce record.
La collection Chtchoukine est une légende moderne.
Occultée durant près d’un siècle pour des raisons
idéologiques, la collection de Sergueï Chtchoukine
reste encore aujourd’hui méconnue du grand public.
De fait, depuis sa dispersion en 1948, elle n’a jamais
été réunie comme une entité artistique singulière
et cohérente. L’exposition
Gustave Courbet

« Icônes de l’Art moderne » en présentant à Paris une
sélection emblématique de cent-trente oeuvres
de la collection Chtchoukine  a visé à lui restituer
toute sa valeur patrimoniale comme à
la resituer à sa juste place dans l’histoire de l’art moderne,
celle d’un des premiers foyers
d’« insurrection de la peinture » (André Breton).
C’est à partir de 1898 que Sergueï Chtchoukine,
grand industriel moscovite, entre en contact
avec les marchands Paul Durand-Ruel, Ambroise Vollard,
Berthe Weill, puis Georges Bernheim et
Daniel Henry-Kahnweiler.

Les relations affinitaires qu’il entretient avec les artistes
comme Matisse, influencent fortement la formation
de sa collection exemplaire de l’art le plus radical de son temps.
Grâce à la généreuse participation du Musée d’État de l’Ermitage
et du Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine qui ont
contribué à l’élaboration du projet, l’exposition présente
un significatif ensemble de 127 chefs-d’oeuvre des
maîtres impressionnistes, postimpressionnistes et
modernes de la collection Chtchoukine, tout particulièrement
représentatifs de l’art de Monet, Cézanne, Gauguin,
Rousseau, Derain, Matisse ou Picasso, mais aussi de Degas,
Renoir, Toulouse-Lautrec ou Van Gogh.
Claude Monet

L’exposition traite également de l’impact de la collection
Chtchoukine ouverte au public dès 1908 sur la formation
des mouvements cubofuturistes, suprématistes et constructivistes,
à travers un ensemble de 31 oeuvres (29 peintures, papiers collés,
constructions et reliefs, et 2 sculptures) des artistes majeurs
de l’avant-garde russe (Galerie Trétiakov, Musée d’art
contemporain de Thessalonique, Musée Pouchkine,
Stedeljik Museum, MoMA). L’exposition réunit ainsi
des chefs-d’oeuvre des maîtres tels que Malévitch,
Rodtchenko, Larionov, Tatline, Klioune, Gontcharova,
Popova ou Rozanova.

Un parcours muséographique en treize grandes
séquences  a permis de suivre l’évolution du goût
du collectionneur russe « découvreur » de l’art moderne
depuis la toute première collection de toiles romantiques
et symbolistes qu’il réunit au tournant du siècle jusqu’aux
ensembles stupéfiants de modernité de Matisse et surtout
de Picasso dont les oeuvres furent alors frappées par l’anathème
de « peste noire ».
Composant des ensembles monographiques
(Monet, Gauguin, Matisse, Picasso)
Picasso

ou thématiques (Première collection, Paysage, Autoportraits,
Portraits, Natures-mortes), ces séquences ont suivi le fil
chronologique de la période 1898-1914.
L’exposition a ainsi rendre compte et a synthétisé les polarités
particulières auxquelles obéit la collection Chtchoukine
où culmine le genre du paysage avec près de quatre-vingt-dix toiles
sur les deux-cent-soixante-quinze numéros de la collection.
Puis suivent des ensembles d’oeuvres dédiés aux portraits,
essentiellement féminins, (près de soixante-dix oeuvres),
aux natures mortes (une quarantaine d’oeuvres), aux compositions
mythologiques et religieuses évoquant ce « temps
des cosmogonies » invoqué par Matisse (une quarantaine d’oeuvres),
et enfin aux scènes de genre (une dizaine d’oeuvres).
Matisse

Le genre du nu, véritable sujet tabou pour Chtchoukine prit le plus
souvent dans sa collection la forme elliptique d’allégories telles
que Le Bois sacré, (Maurice Denis),
Nymphe et satyre (Matisse), ou Trois Femmes (Picasso).
Matisse

Sergev Chtchoukine1854-10 janvier 1936
1917 Révolution et prise du pouvoir par Lénine
et les bolcheviks.
29 octobre 1918 Décret de nationalisation de la
Collection Chtchoukine (274 oeuvres).
1919 Création du Musée de la nouvelle peinture occidentale
(collections Chtchoukine et Morosov).
1922 Transformation du Musée de la nouvelle peinture
occidentale en Musée national d’art moderne occidental (GMNZI).
25 octobre : Ekaterina, Michel Keller son époux et leurs six enfants
quittent la Russie pour Riga, puis pour la France.
1928 Fusion des deux départements historiques du GMNZI.
La collection Chtchoukine est déménagée dans l’ancien
palais Morozov.
10 janvier 1936 Décès à Paris de Sergueï Ivanovitch Chtchoukine,
âgé de quatre-vingt-deux ans.
6 mars 1948 Décret de Staline ordonnant la dissolution du GMNZI.
Les collections sont réparties entre le Musée d’État des Beaux-Arts
Pouchkine à Moscou et le Musée d’État l’Ermitage à Leningrad.
une vidéo

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Charles Fréger, Gernika* / La suite basque

C’est une belle partition que déploie Charles Fréger
au musée Unterliden de Colmar.
Pas de signes,  de  notes, de silences, de nuances,
mais des termes comme : Irudi, Exiliados / Anairak,
La Porte du milieu. Des images fortes du passé, qui
hélas se retrouvent dans l’actualité

Charles Fréger, Exilados/Ainarak

Gernika est la capitale symbolique
des Basques. Guernica est un tableau, la
grande fresque de Picasso, est conservé à Madrid,
au musée de la Reine Sofia.
Le Musée Unterlinden qui expose l’un des
trois exemplaires de la tapisserie Guernica,
dont le carton a été réalisé en 1955 par
Jacqueline La Baume Dürrbach à la demande
de Picasso, accueille ainsi pour l’anniversaire
du bombardement de Guernica cet ensemble de
photographies de Charles Fréger.
Le 2e exemplaire d’Unterlinden (vidéo)

Charles Fréger a choisi de citer cette oeuvre :
sa suite basque, pleine de bruits et de murmures.
Elle n’aurait pu être complète sans elle. Avec les
membres du groupe de commémoration
Gernika-Lumo, qui rejouent année après
année l’événement, il a reconstruit une frise
de neuf scènes.
Neuf photographies qui figent les gestes des
acteurs ou les objets devenus aujourd’hui partie
de la geste mémorielle. L’inversion du positif
au négatif, le passage de l’ombre noire à la
blanche luminosité des silhouettes renforce le
sens de l’image. Comme les ombres errantes
qui peuplaient les enfers, ou même les blancs
fantômes des lieux hantés, les silhouettes des
acteurs, jouant les moments de cette après-midi
funeste, font revivre pleinement leurs personnages
et resplendir les symboles.
Irudi Pour faire revivre les protagonistes de Guernica,
il a choisi de photographier ses modèles en buste,
de profil, en attitude. Ainsi défilent le berger calme,
la femme au fichu, l’enfant à la fronde qui joue au soldat…
Stéréotypes créés au fil des années, le regard
vers le ciel, vers l’horreur de leur destinée. Seule
la jeune mère a le visage tourné vers son enfant,
sans avenir.

Exilados/Ainarak
Les jeunes filles de Navarre ou d’Aragon qui
venaient en Soule pour y travailler dans les
fabriques de sandales, même si elles ont
vraiment existé, font désormais partie de la
légende basque. Comme des hirondelles – les
Souletins les ont nommées ainsi – les Ainarak
traversaient en automne les montagnes pour
rejoindre les fabriques de Mauléon où elles
allaient travailler jusqu’au printemps. Dans ce
voyage, on dit qu’elles apportaient le tabouret
qui leur servirait de siège, quelques vêtements
serrés dans un baluchon de toile ; objets qui
sont devenus, au fil des années, leur costume.

Si les sujets photographiés le sont une fois encore
– et cela signe la série – en contre-jour, soudain
les paysages, la montagne, deviennent un cadre,
un personnage. Se dessinent des reliefs, des
éboulis, des failles. Cependant, les visages sont
toujours dans l’ombre ; seuls les vêtements et
les accessoires prennent des formes et, éclairés
par des rayons de soleil, se colorent doucement

La porte du milieu
En contre-jour, un personnage au profil acéré,
immobile, pose. Dans le noir de la silhouette,
se devinent quelques détails, des croisillons de
broderie, un plumet, des collants de dentelle,
des chaussons de danseurs. Un long jupon s’accroche
à ses hanches, terminé par une minuscule
proue en forme de cheval. Le Zamalzain,
comme le berger – autre figure de fierté, avec sa
longue canne, ses guêtres et sa peau de mouton
– appartient, sans doute aucun, à la galerie des
personnages basques. Pays dont ils ont participé
à forger l’image faite de résolution, d’indépendance
d’esprit, de réserve et de gaieté aussi,
et une certaine part d’insolite et d’obscur qu’accentue
la présence des autres personnages de
ces deux séries de chants et les sons qui
martèlent les représentations,
les passages par les trois portes qui, sur la
scène, signifient leur entrée dans le monde du
récit .
Ces personnages posent en contre-jour, devant des
tentures, rideaux de scène dont les superpositions,
les dérangements redessinent des paysages, ils deviennent
autres.
Non pas les acteurs grimés d’un spectacle mais
des hommes habités par le sens de leurs personnages
qu’ils subliment.
Quant au diable, il est le seul à être une ombre
chinoise cornue, qui se devine, derrière le rideau
de scène. Mais le diable n’est qu’une figurine de
bois dont l’ombre est unie, sans relief.
Charles Fréger, photo Musée Unterlinden

Samedi 18 mars
Opening Night Colmar
Rencontre – discussion
Dans le cadre du Week-End de l’Art Contemporain
Temps fort Gernika
Du 27 au 30 avril
Cycle histoire de l’art
En partenariat avec le Musée Basque et de
l’histoire de Bayonne
Profitez de la nocturne du jeudi soir pour vous
initier à un courant, une démarche artistique ou
un genre de l’histoire de l’art.
Gernika, quand l’histoire devient symbole I
Jeudi 27 avril
Jean-Claude Larronde, Historien, Président du Musée
Basque et de l’Histoire de Bayonne
Horaire I 18h30
Tarif I 4,50€ en sus du droit d’entrée
Réservation I 03 89 20 22 79 I
reservations@musee-unterlinden.com
Jusqu’au 22 mai dans l’espace de la Piscine

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Simone Kappeler « Fleur »

Une photographe suisse expose à La Filature,
Scène nationale – Mulhouse

Simone Kappeler vit et travaille à Frauenfeld (Suisse)
où elle est née en 1952. Elle commence à prendre des
photographies dès l’âge de 11 ans. Après des études en
littérature allemande et en histoire de l’art, elle étudie la
photographie à la Haute École d’art de Zurich.
En 1981, elle entreprend un voyage de quatre mois à travers
les États-Unis au volant d’une vieille Gran Torino.
Ces photographies, redécouvertes seulement en 2010,
sont regroupées dans l’exposition Through America
présentée notamment à Paris et New York. En 2014,
elle se voit décerner le Prix artistique de la ville de Constance
(Konstanzer Kunstpreis).

Birnbaum Tor, 5.5.2013

Une multitude de techniques photographiques :
Hasselblad, Leica, Diana, Brownie, Polaroid, appareil
jetable, films périmés ou infrarouges…
Depuis 1970, Simone Kappeler explore tous types
de techniques photographiques, introduit des colorations,
un flou artistique ou encore des distorsions pour
multiplier la diversité et la complexité de la vision
et de la perception.
Der Garten nachts, 13.9.2016

Elle utilise un stock de films qui ne sont désormais
plus produits et apporte un soin extrême aux tirages.
Son oeuvre, expérimentale et poétique, révèle le monde
curieusement étranger qui nous entoure.

Simone Kappeler aborde le proche comme le lointain.
Elle photographie sa famille, métamorphose les couleurs
des paysages alpins grâce à un film sensible aux infrarouges
ou fixe la fragile beauté des fleurs sous l’appareil
de radioscopie de son voisin médecin.
Röntgenphotographien(Photographies aux rayons X)

Ses expositions
Outre de nombreuses participations à des expositions
collectives, ses travaux ont été présentés dans des expositions
individuelles, notamment à la Kunsthalle de Winterthour
ou au Museum zu Allerheiligen de Schaffhouse.
Son travail a fait l’objet d’une première monographie :
Seile. Fluss. Nacht. Fotografien 1964–2011, édité par
Hatje Cantz.
Pfauen (Paons)

Elle accompagne son travail par l’ écoute des textes de
littérature, fidèle à ses études.
Avec Fleur, Simone Kappeler présente à La Filature
une exposition photographique sur le thème de la nature,
réunissant une centaine d’oeuvres.

Evènements
vernissage mardi 14 mars 19h
club sandwich
jeudi 16 mars 12h30
Une visite guidée de l’exposition le temps
d’un pique-nique tiré du sac.
L’occasion de partager son casse-croûte autant
que son ressenti. Passionnant et hautement convivial !
entrée libre en galerie, réservation conseillée
T 03 89 36 28 28

week-end de l’art contemporain Grand Est

vendredi 17, samedi 18 et dimanche 19 mars
Les réseaux d’art contemporain Versant Est en Alsace,
LoRA en Lorraine et Bulles en Champagne-Ardenne,
proposent au public de découvrir ou redécouvrir les lieux
d’art et les nombreuses propositions artistiques
programmées durant ce week-end : vernissages, visites,
rencontres, ateliers, concerts, conférences, lectures…
plus d’infos, réservations sur www.versantest.org
dimanche 19 mars : parcours en bus depuis Strasbourg
avec notamment visite de l’exposition à La Filature
plus d’infos, réservations sur www.versantest.org

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Sommaire de février 2017

Totem, vibrations chamaniques, installation vidéo de
Robert Cahen réalisée pour le lieu, sera exposée dans
le hall de la Fonderie à Mulhouse du 14 mars au 1er avril 2017.

Mulhouse Art Contemporain présente, dans le cadre du
week-end de l’art contemporain,
du 17 au 19 mars 2017
une œuvre de l’artiste vidéo Robert Cahen.
L’association poursuit en cela son objectif principal
qui consiste à faire partager à tous les publics
la découverte des expressions multiples
de l’art contemporain, dont la vidéo est devenue,
ces dernières décennies, un des modes majeurs.
Dans cette discipline, il apparaît pertinent
d’offrir à Robert Cahen, l’un des représentants
majeurs y compris au plan international, de cette
écriture créative, une visibilité dans
sa propre ville.
Le choix du lieu, la Fonderie, la collaboration
avec La Kunsthalle, l’intégration de cette proposition
au week-end de l’art contemporain, illustrent
cette volonté de diffusion et de promotion de l’art
contemporain dans l’espace public mulhousien.
Vernissage-rencontre : mardi 14 mars à 18h00

Sommaire de Février 2017 :
01 février 2017 : Stephen Cripps. Performing Machines
05 février 2017 : De la Tête aux Pieds, dans la collection Würth
13 février 2017 :  L’OEil du collectionneur
15 février 2017 :  Thibaut Cuisset – « Campagnes françaises »
18 février 2017 :  Sigmar Polke, Alchimie et Arabesques
22 février 2017 :  Ane Mette HOL
25 février 2017 :  Collection Beyeler / L’Originale

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Ane Mette HOL

Ane Mette HOL –
in the echoes of my room

Les p’tits papiers

 Laissez parler – Les p’tits pa-piers
À l’occasion – Papier chiffon
Puiss’nt-ils un jour – Papier buvard
Vous consoler – Laissez brûler
Les p’tits papiers – Papier de riz
Ou d’Arménie
Qu’un soir ils puiss’nt – Papier maïs
Vous réchauffer
On pourrait continuer  à l’envi la chanson de
Régine, tant elle s’adapte au travail imaginatif
de l’artiste :

Ane Mette HOL.
Une proposition de Sandrine Wymann
jusqu’au 30 avril 2017

in the echoes of my room est le titre de la première
exposition solo de l’artiste norvégienne
Ane Mette Hol dans un centre d’art français.
Elle dévoile un ensemble d’oeuvres en partie produites
et exposées pour la première fois à La Kunsthalle.
Ane Mette Hol
investit par le dessin la relation
de l’original à la reproduction.
Aucun support papier n’échappe
à son travail de précision et de patience : le papier kraft,
la photocopie, le papier de soie, le carton nu ou imprimé…
À la manière du copiste, elle reproduit la texture
et la matérialité de chacun de ses sujets au point
d’obtenir des facsimilés qu’elle confond dans
ses installations avec  des décors bruts et sans artifices.

L’artiste s’intéresse à des objets, souvent simples
et issus du quotidien qui ont pour point commun
une histoire de papier, d’impression ou de marquage.
Elle observe et retient ces objets apparemment
dépourvus d’intérêts, elle les révèle par la force
et l’incroyable virtuosité de son dessin.
Elle a redessiné l’empreinte de ses doigts sur la pellicule
projetée ci-dessous :

Ane Mette Hol est née en 1979 à Bodø et
vit et travaille à Oslo. Elle a fait ses études à
l’Académie Nationale des Arts
d’Oslo puis au Collège des Arts des métiers
et du design de Stockholm, de 2001-2006.
Son travail a été présenté maintes fois en Norvège
et à l’étranger, et récemment à la Städtische Galerie
de Delmenhorst, à la galerie Franz- Josefs Kai de
Vienne, à la galerie Taxispalais d’Innsbruck.
Ses oeuvres ont rejoint la collection du Centre Georges
Pompidou de Paris.
En 2016, elle a fait partie du programme de résidences
de Wiels à Bruxelles.


www.anemettehol.com

L’exposition bénéficie du généreux soutien
de l’ambassade de Norvège.
L’exposition est accompagnée d’une kyrielle de
rendez-vous, des conférences, des performances.
A consulter ici
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Thibaut Cuisset – « Campagnes françaises »

Il ne portera plus son regard harmonieux sur les
paysages de la planète. Thibaut Cuisset est mort à 59 ans,
alors que la fondation Fernet-Branca de Saint-Louis lui
a consacré une exposition monographique.
Elle lui a rendu hommage le 11 février dernier.

« Pour moi photographier c’est voyager », disait Thibaut Cuisset,
mort le 19 janvier 2016.
Son goût de l’exploration lui avait permis de dresser un état des lieux
de paysages dans le monde entier. Des paysages sereins, contemplatifs,
qui ressemblaient à cet homme discret, presque timide résidant à
Montreuil (93) dans la banlieue de Paris.

Thibaut Cuisset a fait découvrir ses photos durant l’été 1991,
et ce fut un choc. Des images de la montagne suisse, exposées
à Lausanne.
Le jeune homme, né le 19 mars 1958 à Maubeuge (Nord) avait 33 ans,
une voix aussi douce que sa palette de couleurs. Mais il bousculait
le genre.
Il disait qu’un paysage peut être beau sans être une jolie carte
postale inerte. Qu’il était vivant, habité même vide.
Qu’il bougeait.
Le public était déboussolé. « Les couleurs sont trop pâles »,
s’indignait un patron de Kodak. « C’est ce que j’ai vu »,
répondait-il.
S’il choisit la couleur, rejetée par ses pairs, car considérée
alors comme vulgaire, c’est que sa culture au départ est forgée
par le cinéma et la peinture de Corot ou de Cézanne. Cuisset suit
ses intuitions, et n’en démord pas.
Il arpente le monde, l’Australie, la Suisse, l’Italie, l’Espagne,
le Japon, la Russie, la Namybie, l’Islande, et bien sûr la France.
Quand il s’intéresse à un pays, il entre en campagne, occupe
le territoire de façon systématique, à l’affût d’endroits cachés
susceptible de révéler les lieux qu’il fouille du regard au volant
d’une voiture, ou à pied, consacrant à ses repérages jusqu’à
dix heures par jour.

Réalisées avec des appareils moyen format sur trépied, ses photos
sont prises à midi, à l’heure où le soleil se trouve au zénith ou par
temps couvert pour éviter les ombres qui dramatisent les scènes.
Son sens des lumières donnent à ses photos
des rendus pastels aussitôt reconnaissables que lui seul
parvient à trouver.
Il écarte systématiquement les rouges qui attirent trop
le regard. Les courbes, les contre-courbes, les diagonales,
les verticales, tout s’harmonise, dans ses prises de vue, grâce
à son oeil.

Pensionnaire de la villa Médicis à Rome en 1992, et lauréat du prix
de l’académie des Beaux Arts en 2009, Thibaut Cuisset s’inscrit
dans le mouvement de la new topography des années 1970.
Parti des Etats-Unis ce mouvement rompt avec le paysage romantique
et s’emploie à décrire la beauté des lieux considérés
comme banals. En 1983, la démarche fut reprise en France
par la mission de la DATAR avec de grands photographes
internationaux comme Raymond Depardon.

A travers une philosophie zen, il ne portait pas de jugement,
il documentait par ses travaux, les paysages que les hommes
ont modelés. Un poésie froide sans anecdotes, ni romantisme,
que ce soit dans l’harmonie d’un champ ou le chaos d’un corps
de maison égaré en zone industrielle

La campagne en France, voilà ce qui l’intéresse depuis toutes
ces années. Pas une campagne pittoresque ni une campagne
exotique, une campagne plus proche de nous, peut‐être
plus ordinaire et familière, mais encore bien vivante, où les
choses bougent parfois lentement comme dans le pays de
Bray en Normandie, et d’autres fois très rapidement avec le
développement des lotissements en milieu périurbain autour
des villages de l’Hérault par exemple. Les paysages plus
patrimoniaux ou monumentaux tels les hautes montagnes
des Alpes et des Pyrénées ou le littoral Corse ne sont
pas non plus en reste.

La Fondation a réalisé une commande spécifique
de photographies sur le territoire des Trois frontières.
Des salles ont été consacrées à la première présentation de ce travail.
Regarder des lieux laissés de côté qui n’ont rien de spectaculaire, mais qui font nos
campagnes. Regarder autrement des sites plus remarquables.
Un montage vidéo crée par Laurent Troendle permet de
circuler dans les
salles ici
Avoir un regard “d’ici et maintenant” sans patriotisme, sans nostalgie
non plus ou s’il y en a une, ce serait alors dans la chose elle‐même.
Ces lieux, dont on nous dit peu, mais qui font bien partie de cette grande
diversité du paysage que l’on observe en France.
Tous ces paysages qui sont le fruit d’un façonnement perpétuel,
il s’évertue donc à les citer, les authentifier, les représenter comme
un pur effet du temps en traitant le plus justement
possible de leurs équilibres et leurs bouleversements.
Il a publié une dizaine de livres, souvent des bijoux, portés par des
textes de complices bien choisis – Jean-Christophe Bailly,
Jean-Luc Nancy, Philippe Lacoue-Labarthe, Gilles A. Tiberghien,
Jean Echenoz

Commissariat de l’exposition : Pierre Jean Sugier,
directeur de la Fondation Fernet Branca
Thibaut Cuisset en 6 dates
19 mars 1958 Naissance à Maubeuge (Nord).
1991 Expose au Musée de l’Elysée, à Lausanne (Suisse).
1992 Est à la villa Médicis à Rome
1992 Est aux Rencontres photographiques d’Arles.
2010 A l’Académie des Beaux-Arts de Paris.
19 janvier 2017 Mort à Villejuif (Val-de-Marne).
Un catalogue est édité pour l’occasion sur la commande
de la Fondation Fernet‐Branca « Les Trois‐Frontières »
en vente à la Fondation

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L’OEil du collectionneur

Le MAMCS présente jusqu’au 26 MARS 2017
L’exposition « L’OEil du collectionneur.
Neuf collections particulières
strasbourgeoises »
propose, au sein du
Musée d’Art moderne et contemporain, MAMCS,
une série de portraits de collectionneurs strasbourgeois,
à travers la présentation de leurs oeuvres.

Focus 1 : du 17 septembre au 20 novembre 2016 :
« Être et à voir », Collection J+C Mairet
« La Possibilité d’une collection », Collection G et M Burg
« Passages », Collection privée, Strasbourg et Collection G et M Burg

Gilles Barbier, Vielle femme aux tatouages collection J+C Mairet

Focus 2 : du 10 décembre 2016 au 26 mars 2017 :
« Le désir est partout », Collection Lionel van der Gucht
« Collectionner les formes », Collection privée, Strasbourg
« Comme une respiration », Collection Madeleine Millot-Durrenberger
« Voies de la peinture figurative contemporaine », Collection Jean Brolly et Collection privée, Strasbourg
Des oeuvres des collections de J + C Mairet et G et M Burg sont
également exposées du 17 septembre au 26 mars dans les salles
d’art moderne et contemporain du musée.
791 OEuvres dont 435 pour le focus 1 et 356 pour le focus 2 / 226 artistes
L’année 2016 était consacrée à un ensemble de manifestations
dédiées au thème des collections publiques et privées et
regroupées sous le nom de Passions Partagées, au coeur des
collections.
Olafur Eliasson (1967, Copenhague), The descent series, 2004.
9 c-print, 22×33 cm. Collection privée, Strasbourg

Ces neuf collectionneurs et collectionneuses ont accepté
de dévoiler au Musée d’Art moderne et contemporain de
Strasbourg
une partie des oeuvres qu’ils accumulent, conservent
et font dialoguer dans l’intimité de leur domicile depuis des années.
Des personnalités d’horizons très différents se confrontent
à l’exercice – voire au jeu – de l’exposition et  présentent au public
les plus belles pièces issues de leur « jardin secret ».
Ces collectionneurs ont en commun d’avoir « une histoire »
avec le musée, dont ils sont donateurs, déposants ou ambassadeurs
de la première heure ; cette série d’expositions entend,
non seulement rendre hommage à leur engagement, mais aussi
s’intéresser à d’autres pratiques que celles admises dans les
institutions patrimoniales.
Affaire de passion ou de névrose, impulsive ou raisonnée,
la collection privée relève exclusivement du regard d’un
individu. Les choix qui la construisent : ses méandres,
éventuellement ses contradictions,
prennent sens pour celui qui opère, libre de toutes contingences.
Mur de Berlin, Wolf Vostell

À l’opposé, la collection publique ne fonctionne pas au
« coup de coeur », elle est l’objet d’échanges entre une
multitude d’acteurs qui garantissent le bon usage des
deniers publics et entre, ad vitam æternam, dans le patrimoine
collectif. Confronter l’art qui habite les intérieurs à
celui qui s’expose dans les musées constitue une
entreprise audacieuse et jubilatoire pour les
deux parties.
C’est ce que propose « L’OEil du collectionneur » qui, au fil
de deux séries d’accrochages successifs, montre différents espaces
du MAMCS investis par autant de collections
de toutes envergures. Mettant, ou non, en avant une période,
un mouvement, un medium, ces ensembles d’oeuvres issus
de choix personnels sont à lire comme autant de portraits
en creux de leurs créateurs, ouvrant l’hypothèse de la
collection comme expression d’une forme d’art à
part entière. Ce projet atypique rappelle que les collections
publiques et les collections privées sont unies par des liens
forts faits d’inspirations réciproques, de regards complémentaires,
du plaisir de célébrer et partager l’art avec le plus grand nombre.
Xavier Veilhan, les Poissons 3, 1990 collection Lionel Van Der Gucht

La Collection Lionel van der Gucht
C’est lors d’une vente à l’Hôtel Drouot, il y a 30 ans, que Lionel
van der Gucht entre dans le jeu des enchères et débute sa
collection. Il retient un lavis d’Édouard Pignon qui donne le ton
de cette accumulation, une oeuvre qui traduit déjà une
sensibilité aiguë à la couleur et une attention toute particulière
à l’expression de l’instant.
La collection, pour Lionel van der Gucht,
s’envisage comme une mise en danger pour celui qui la
développe et dont l’espace intime se voit lourdement impacté
par une addition infinie d’oeuvres et d’objets dont il est
seul à connaître la clé. Anonymes et artistes reconnus,
pièces rares et objets sauvés des marchés aux puces,
tous concourent à dessiner une collection qui échappe
à tout carcan : elle est ancienne et moderne à la fois, embrasse
tous les médias, séduit et irrite parfois et n’en finit pas d’étonner
celui qui la rencontre. Pour la première fois, le collectionneur
livre au regard trois décades passées à pister ou à saisir
lorsqu’elle se présente de façon inattendue, l’oeuvre qui vient
poursuivre ce projet décrit comme « une fatalité ».
John Armeleder CP

Après une première salle conçue avec la complicité
avec Madeleine Millot-Durrenberger,
l’exposition Le désir est partout s’ouvre avec un ensemble
d’oeuvres liées à la personnalité du poète, critique d’art et
ami des Surréalistes, Alain Jouffroy (1928- 2015).
Ainsi, l’ouvrage, Le Peintre et le Modèle (1973) conçu avec
l’artiste Gérard Fromager, se voit intégralement déployé
sur les murs où il offre une plongée dans la couleur.
Une possible suite dans ce parcours sans
direction imposée consiste en la découverte d’une salle
peuplée de personnages étranges dont la vision peut
éventuellement susciter le malaise.
Créatures imaginaires (La Chimère de Jean Désiré
Ringel d’Illzach), fragments d’individus (masque de Maurice
Rollinat), matière en fusion ou en décomposition
(céramique de Johan Creten), planches d’anatomie…
les habitants de cet espace semblent appartenir à un
inter-monde qui brouille leurs traits et les fait tendre du côté
du monstre. Au sortir de cette approche tératologique
de l’oeuvre d’art, c’est un autre sens qui
est sollicité, l’ouïe.
Dans un espace intime, isolé derrière
de grands rideaux noirs, le visiteur est
invité à prendre place pour éprouver l’écoulement du
temps au son du chuchotement de la voix de Roman Opalka.
L’artiste égrène les chiffres dans sa langue natale,
le polonais, allant de milliers en centaines de milliers,
atteignant et dépassant le troisième million dans un même
souffle. Cette salle présente également des oeuvres de
Jean Bazaine et Daniel Dezeuze, fragiles dessins qui
s’imposent néanmoins discrètement dans une semi-obscurité.
La salle suivante rompt avec l’épure pour offrir, quasiment
jusqu’à saturation de l’oeil, une photo de la création alsacienne
depuis un siècle, non seulement en matière de
peinture (Jean Benner, Robert Heitz, Jean-Jacques Henner,
Daniel Schlier, Gustave Stoskopf, Tomi Ungerer,…),
Daniel Schlier, avec Pauline collection Jean Brolly

mais aussi dans le domaine de la pensée avec la présence
modeste, mais ô combien chargée, de la brochure
De la misère en milieu étudiant considérée sous ses aspects
économique, politique, psychologique, sexuel et notamment
intellectuel et de quelques moyens pour y remédier, publiée
en 1966 à Strasbourg par l’Internationale Situationniste
et dont on connaît l’influence sur les événements de mai 68.
Voici, là encore, une invitation à un pas de
côté de la part du collectionneur.
Sarah Morris, 2002 cp

Une dernière salle fait la part belle au design, assénant s’il en est
besoin que « Le désir est partout » et que la jouissance liée
à l’appréciation du dessin, de la couleur, des formes et des
matières ne souffre aucune hiérarchie entre Art et arts appliqués.
Une bibliothèque (Charlotte Perriand), un grand miroir lumineux
(Ettore Sottsass) et une série de chaises (Dixon, Prouvé,
Gehry, Faustino…), parmi d’autres objets, entrent en dialogue
avec des quilts tendus au mur dont les motifs évoquent l’art
géométrique des années 1920.
Tout au long de l’exposition, le sculpteur Jean-Gabriel Coignet
aura installé ses oeuvres jouant avec la géométrie et l’équilibre,
créant un fil qui peut être remonté de nouveau, à l’envers.
En exclusivité avec le Museums-PASS-Musées
Soirée exclusive au Musée d’Art Moderne et Contemporain
de Strasbourg 17/03/2017
Cliquez ici pour plus d’informations

Week-end de l’art contemporain.
Dimanche 19 mars à 15h et 17h
En partenariat avec le TJP CDN d’Alsace Strasbourg
Corps noir
Installation- Performance d’Aurélien Bory
pour Stéphanie Fuster / Cie 111

Durée : 45 mn

 

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Anders Zorn

Jusqu’au 17 décembre 2017
Le Petit Palais présente une grande rétrospective consacrée à
Anders Zorn (1860-1920), grande figure de la peinture
suédoise. Pourtant reconnu et admiré à Paris au tournant des
XIXe et XXe siècles, Zorn n’a pas été célébré dans la capitale
depuis 1906 ! Près de 150 oeuvres permettent de retracer le
parcours de ce grand artiste, ami et rival de Sargent, Sorolla,
Boldini et Besnard, à la fois aquarelliste virtuose, peintre
talentueux et graveur de génie. Cette exposition devrait
marquer le retour en grâce d’un maître resté très populaire
en Scandinavie et célébré avec succès à San Francisco et New
York en 2013 et 2014.
Anders Zorn connut une vie digne des meilleurs romans, celle d’un
garçon né dans une famille pauvre, abandonné par son père, qui à
force de travail, a connu la gloire et la fortune. Après une formation à
l’Académie royale des arts de Stockholm, il quitte à vingt ans sa Suède
natale pour sillonner l’Europe : l’Espagne d’abord, puis Londres et
Paris. Suivront la Turquie, l’Italie, la Grèce, l’Afrique du Nord et des
séjours triomphaux aux États-Unis. Ce cosmopolite suscite très tôt
l’admiration pour ses grandes aquarelles. Sa virtuosité s’exprime
pleinement dans son art de représenter l’eau.
Ce motif deviendra récurrent dans son oeuvre :
archipel de Stockholm, côte nord-africaine,
lagune vénitienne, port de Hambourg, vagues de l’Atlantique…
Zorn saisit comme personne le mouvement perpétuel des flots.
Lors de ses nombreux séjours à Paris, Zorn alterne
l’aquarelle avec la peinture à l’huile et se spécialise dans
l’art du portrait. Son style qui mêle élégance et sophistication
est très apprécié de ses commanditaires. Son sens inné du cadrage
et sa maîtrise de la lumière font de chaque oeuvre un
grand moment de peinture et d’élégance.
Aux États-Unis, les banquiers, magnats de l’industrie, présidents
et autres hommes politiques s’arrachent ses portraits.
Il devient en quelques années l’un des peintres mondains les
plus respectés et les plus demandés. Zorn connaît alors
un succès phénoménal. Artiste complet, il est également
un graveur de génie très inspiré de Rembrandt dont il
collectionne les estampes.
À la fin du XIXe siècle, Zorn s’installe avec son épouse
à Mora en Suède, dont l’atelier-maison se visite toujours
aujourd’hui. Sa peinture magnifie la nature et les traditions
populaires suédoises. Le Bal de la Saint-Jean, véritable
déclaration d’amour à sa région, la Dalécarlie,
et à ses longues nuits d’été est devenu un classique de
l’histoire de l’art en Suède.
Le parcours et la scénographie rappellent cette vie
multiple à travers des ambiances très différentes.
Des agrandissements de photographies de Zorn, pour
la plupart inédites, ponctuent également la visite.
L’exposition bénéficie des plus belles pièces du musée
Zorn à Mora et du Nationalmuseum de Stockholm,
tous deux partenaires du projet.
D’importants prêts d’autres institutions scandinaves et
françaises complètent la présentation, notamment
la Bibliothèque nationale de France.
COMMISSARIAT :
Johan Cederlund : directeur du Zornmuseet, Mora
Carl-Johan Olsson : conservateur au Nationalmuseum de Stockholm
Christophe Leribault : directeur du Petit Palais
Dominique Morel : conservateur général au Petit Palais


ART / DESIGN / INNOVATION
Les débuts : entre Suède, Espagne et Londres
Zorn est issu d’un milieu modeste.
Il passe son enfance à Mora, en Dalécarlie, au centre de
la Suède dans une région très rurale. Son habileté
à dessiner et sculpter le fait toutefois remarquer et à l’âge
de 15 ans, il est envoyé à l’Académie des Beaux-Arts de Stockholm.
En désaccord avec son directeur, il en démissionne en 1881
et part se former à l’étranger. Il se rend en Espagne en passant
par Londres et Paris.
« Ici, il fait chaud et il y a du soleil, des jolies filles et des
mendiants pittoresques. Un vrai paradis pour les peintres »,
écrit-il.
À l’automne 1882, il s’installe à
Londres, dans le quartier à la mode de Mayfair. Il acquiert
très vite une réputation d’excellent portraitiste et reçoit de
nombreuses commandes.
Il retourne en Suède en 1885 pour épouser Emma Lamm,
jeune femme issue de la haute bourgeoisie de Stockholm
avec laquelle il s’était fiancé secrètement en 1881.
Sa situation économique est désormais
suffisamment assurée pour lui permettre de fonder
un foyer, la position sociale de sa belle-famille lui apportant
de plus une nouvelle clientèle.
Les grandes aquarelles qui lancent sa réputation :
effets d’eau, d’Istanbul à Saint Ives
Très tôt, Zorn est reconnu comme un aquarelliste de talent.
En 1880, il expose à l’Académie de Stockholm son aquarelle
En deuil qui suscite l’admiration générale.
Au contact du peintre suédois Egron Lundgren
(1815-1875), il apprend à utiliser toutes les ressources de
la peinture à l’eau, du glacis le plus léger jusqu’aux
applications les plus couvrantes qui ne laissent pas transparaître
le blanc du papier. Les aquarelles de Zorn, souvent d’un format
monumental, rendent compte des itinéraires
d’un peintre voyageur qui, d’Ouest en Est et du Nord au Sud,
égrène les villes étapes : Constantinople, Alger, Saint Ives en
Cornouailles, Hambourg, sans oublier la lagune vénitienne,
ni l’archipel de Stockholm.
Dans ces vues de ports, dans ces marines, Zorn excelle à rendre le
mouvement de l’eau,
« à mettre – selon son expression – les vagues et les clapotis en
perspective
».
Souvent les personnages sont réduits au rôle
de faire-valoir et ne sont là que pour souligner la grandeur
et la beauté de l’élément liquide.

PARCOURS DE L’EXPOSITION
La décennie parisienne
En 1888, Zorn s’installe à Paris pour exécuter le portrait du banquier
Ernest May et celui de ses enfants. Par son intermédiaire, il fait la
connaissance de personnalités du monde politique et artistique :
Antonin Proust, Armand Dayot, la danseuse Rosita Mauri,
l’acteur Coquelin cadet, ses futurs clients et amis. La même année,
l’État lui achète pour le musée du Luxembourg
Un pêcheur à Saint-Ives
qu’il vient d’exposer au Salon. D’abord établi rue Daubigny,
Zorn emménage durablement boulevard de Clichy.
Il envoie sept oeuvres à l’Exposition universelle de 1889.
Peu après, il est nommé chevalier de la  Légion d’honneur.
En 1890, Zorn participe en tant que sociétaire étranger au
nouveau Salon de la Société nationale des Beaux-Arts.
En même temps, il expose dans des
galeries privées, chez Georges Petit et chez Durand-Ruel.
Il triomphe au Salon de 1891 en envoyant pas moins de
douze oeuvres. En 1892, il y présente
son tableau Omnibus qui le fait passer pour un «révolutionnaire»
et, en 1893, il doit retirer de l’exposition sa Vénus de la Villette,
jugée choquante. En 1895, Zorn participe aux côtés de plusieurs
de ses amis, Rodin, Whistler, Besnard, Thaulow au premier
salon de l’Art Nouveau à la galerie Bing.
En moins de dix ans, Zorn est devenu une figure très
en vue de la vie artistique parisienne avec laquelle il va
toujours rester en contact.
Les portraits de société
Aux côtés de Sargent, de Carolus Duran et de Boldini,
Zorn est l’un des portraitistes les plus recherchés de la fin
du XIXe siècle. Sa technique spontanée et instinctive
doit beaucoup à sa pratique de l’aquarelle. Il
utilise des couleurs abondamment diluées et les
applique d’un pinceau rapide et léger sans avoir dessiné
le motif au préalable.
Il préfère peindre ses portraits chez
ses commanditaires plutôt que dans son atelier
de façon à mieux saisir la personnalité et la psychologie de chacun
de ses modèles. Le décor et les accessoires jouent d’ailleurs un rôle
important pour définir et caractériser le sujet représenté.
Un grand nombre de portraits de Zorn ont été exécutés en
Amérique, au cours des sept voyages qu’il y effectua.
Banquiers, magnats de l’industrie, hommes politiques –
dont trois présidents des États-Unis – tous
étaient disposés à dépenser des sommes colossales
pour se faire tirer le portrait par Zorn. Tout en fréquentant la
haute société internationale, Anders Zorn demeure marqué
par la modestie de ses origines.
«Zorn reste toujours un paysan aux bras musclés pour étreindre
la réalité nue», remarque un critique.
Un graveur à succès
En 1882, Zorn fait la connaissance à Londres d’un compatriote
Axel Herman Haig qui l’initie à l’art de la gravure. Arrivé
à Paris en 1888, il expose régulièrement à la Société des
peintres-graveurs français, qui joue un rôle déterminant dans
le renouveau de l’eau-forte originale. L’exposition
organisée en 1906 à la galerie Durand-Ruel consacre définitivement
Zorn comme un maître de l’estampe. Il est alors le graveur le plus
cher et ses planches atteignent des prix records en vente
publique de
Paris à New York. Au total, l’oeuvre gravé
de Zorn comporte 288 numéros,
essentiellement
des portraits et des nus.
Zorn grave vite et fort, sabrant la
planche de tailles posées en diagonales.

Le portrait de Marcellin Berthelot aurait été réalisé en moins
de vingt minutes et le dessin préparatoire au portrait de Renan
en moins d’une heure. Parmi les influences qui transparaissent
dans son oeuvre, celle de Rembrandt – dont il collectionna les
gravures – se révèle évidente.
Il rejoint le maître hollandais dans son goût pour l’esquisse et
pour l’improvisation, affectionne les contrastes d’ombre et de lumière
et prend plaisir à se représenter lui-même. Enfin, comme Manet,
un autre exposant de la Société des peintres-graveurs, il n’hésite
pas à reprendre en gravures ses compositions peintes, parfois
en les modifiant et en les adaptant.
Zorn à la Bibliothèque nationale de France
Célèbre ébéniste et antiquaire, Alfred Beurdeley (1847-1919)
fut un des premiers amateurs et admirateurs de Zorn.
Il lui confia d’ailleurs le soin d’exécuter son portrait peint.
En 1906, il présida le comité de l’exposition
Zorn organisée à la galerie Durand-Ruel.
À l’issue de l’exposition, il donna à la Bibliothèque nationale
99 estampes de l’artiste
.
Le même jour, Zorn, lui-même, fit don de 40 estampes.
Ces dons furent complétés en 1943 par les 68 pièces de
la collection
Curtis. Américain d’origine mais établi en France
depuis 1904, Atherton Curtis (1863-1943) légua par testament à la
Bibliothèque 
nationale sa collection. Il possédait un bel
ensemble de gravures de Zorn parmi lesquelles les portraits
de Renan
, d’Anatole France, du roi Gustave V de Suède et une série
de baigneuses.
Au total, sur les 288 estampes de Zorn répertoriées par
Karl Asplund
dans son catalogue publié en 1920,
212 figurent dans le fonds de la Bibliothèque

nationale de France, ce qui en fait une des collections de
référence, ses gravures ayant été chacune tirées à peu
d’exemplaires et soigneusement signées par l’artiste.

La Suède traditionnelle
En 1896, Zorn et sa femme quittent Paris pour retourner s’installer à
Mora. Situé dans la province de Dalécarlie, au bord du lac Siljan, Mora
est alors un village même s’il a servi de théâtre à plusieurs événements
historiques fédérateurs pour l’histoire de la Suède : c’est à l’abri de ses
monts que se réfugie au XVIe siècle le roi Gustave Vasa, avant
d’entreprendre la reconquête de son pays.
Zorn apprécie de pouvoir mener à Mora une vie simple et authentique
au contact de la nature, ainsi qu’à Gopsmor, à une vingtaine de
kilomètres, dans une autre maison de bois plus isolée que sa belle
demeure de Mora qui deviendra plus tard un
musée. Il va d’ailleurs réunir progressivement un ensemble
de bâtisses anciennes qui forment au bord du lac un musée de
plein air dédié à la vie paysanne. Il trouve dans la réalité
quotidienne les sujets  de nombreux tableaux

: la vachère dans la forêt, le violoneux ou les femmes
de Mora vaquant à leurs occupations. La peinture dont il était
peut-être le plus fier, Danse de la Saint-Jean (1897), n’est pas
seulement une déclaration d’amour à la Dalécarlie et à ses
longues nuits d’été, elle est également devenue un classique
de l’histoire de l’art suédois.
Nus et baigneuses
À la fin des années 1880, Zorn commence à peindre sur le motif des nus
en plein air. Sans travestissement ni prétexte mythologique quelconque,
il représente des femmes au naturel se baignant dans le vaste archipel
de Stockholm. Il peut étudier à loisir l’effet de la lumière sur le corps
humain. Les nus de Zorn ont parfois été comparés à ceux de Renoir
qui expose en 1887, à la galerie Georges Petit, ses Grandes baigneuses,
lesquelles ont peut-être donné l’idée à Zorn de peindre l’année suivante
ses premiers nus.
« Les modèles de Zorn sont des gaillardes, mais
femmes aussi, femmes par la qualité de la chair, comme les femmes de
Renoir, mais d’une structure plus élancée et d’un plus
élégant athlétisme», écrit Henri Focillon en 1922.
À la fin de sa vie, Zorn multiplie les dessins et estampes de nu
dans une quête érotique effrénée. L’accent est beaucoup moins
porté sur le lieu et sur l’atmosphère que sur la peau
des corps nus. L’asservissement au réel qu’implique
l’abondant usage qu’il fait des clichés photographiques peut
expliquer ce changement de perspective.
C’est un beau complément à lexposition l’art du pastel du
Petit Palais

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