La Bourse de Commerce François Pinault

Charles Ray, cheval et cavalier

«À la faveur de l’ouverture d’un nouveau lieu de présentation de ma collection à la Bourse de Commerce, au cœur de Paris, une nouvelle étape est franchie dans la mise en œuvre de mon projet culturel : partager ma passion pour l’art de mon temps avec le plus grand nombre. » François Pinault

Au cœur de Paris, à l’épicentre de son quartier culturel le plus dense, la Bourse de Commerce vous invite à faire halte. À travers un regard porté sur l’art de notre temps, celui du passionné, du collectionneur engagé, ce nouveau musée vous propose une visite singulière.

La Bourse de Commerce ne prétend pas offrir de la création contemporaine la plus juste image… Elle propose d’y poser le regard, d’en faire une expérience personnelle.

À la Bourse de Commerce, vous avez le droit de vous enthousiasmer comme de récrier, de venir en connaisseur comme en curieux, de rester réservé ou de franchement adhérer, de vous enchanter comme de vous interroger.

♥ Gratuite et sans téléchargement, l’app en ligne visite.boursedecommerce.fr vous accompagne avec des pistes sonores pour tout savoir de l’histoire et de l’architecture de la Bourse de Commerce. Elle propose aussi une découverte des œuvres des expositions grâce à des textes d’introduction et des audiodescriptions, conçus pour tous, sur le principe d’une accessibilité universelle.
♥À votre rythme, vous pouvez parcourir les expositions, seul ou en vous laissant guider par les différentes propositions de médiation, passer d’une projection à une conférence, d’une performance à un concert.

Vous pouvez aussi, tout simplement, vous abandonner à la beauté des lieux, à l’élévation de la Rotonde, à la radicalité et à la sérénité de son architecture contemporaine de béton et de verre, à la contemplation des grands décors du 19e siècle, au passionnant dialogue que ce monument unique, aujourd’hui restauré et revivifié, instaure entre patrimoine et art contemporain.

                                Rayan Gander little mouse/ Animatronic Mouse 

Un lieu pour faire vivre et partager la collection

La Bourse de Commerce — Pinault Collection propose un point de vue sur la collection d’œuvres contemporaines qu’il rassemble depuis plus de cinquante ans, à travers un programme d’expositions et d’événements.
Un monument, des expositions, des performances, des conférences, des projections… : il y a toujours quelque chose à découvrir à la Bourse de Commerce.

                                          Maurizio Cattelan

Informations pratiques

Un monument, des expositions, des performances, des conférences, des projections… : il y a toujours quelque chose à découvrir à la Bourse de Commerce.
2 rue de Viarmes, 75001 Paris

Ouverture

Du lundi au dimanche de 11h à 19h
Fermeture le mardi et le 1er mai.
Nocturne le vendredi jusqu’à 21h. Sauf du 26 avril au 22 mai.
Le premier samedi du mois, nocturne gratuite de 17h à 21h.

Le restaurant

Visitez le site

Avec vue imprenable depuis le 3ème étage de la Bourse de Commerce, la Halle aux grains — Restaurant-Café de Michel et Sébastien Bras est une table à l’identité forte où vous pourrez déguster la cuisine de Michel et Sébastien Bras, inspirée par l’histoire du lieu. Le restaurant sera fermé le 31 décembre au soir.

(pas vraiment pour les petites bourses)
Votre addition est toujours accompagnée d’un petit sachet de grains

Un vestiaire (casiers à code) est à disposition en libre-service au Salon Médicis, au rez-de-chaussée.

Pour des raisons de sécurité, les bagages et valises supérieurs à 40 x 30 x 18 cm (légèrement plus petits que des bagages cabine) ne sont pas acceptés dans la Bourse de Commerce.

Quelques vues d’expositions
Bourse la nuit photo empruntée à Didineta

Raymond Waydelich, sur-médaillé

                                               photo Frédérique Goerig-Hergott
Nom : Waydelich
Prénom : Raymond
âge : 84 ans
naissance : Strasbourg
résident : Hindisheim
profession : Sculpteur, peintre, photographe
signe particulier : représente la France à la Biennale de Venise en 1978
multi-primé multi-médaillé, blagueur

Samedi 19 novembre 2022, l’Académie Rhénane a remis le prix Europe 2022, à Raymond Waydelich. Le président de l’Académie Rhénane, Jean-Luc Seegmuller, et son vice-président Emmanuel Honegger officiaient ce jour-là au musée des Beaux Arts de Mulhouse.
Le président lui remis un cadeau : une œuvre, signée d’une photographe de son village, Estelle Hoffert.
« Tout ça pour moi, c’est trop », s’est ému l’artiste, avant de raconter quelques anecdotes et tranches de sa vie. (vidéo)

                                                          photo E.I.
Le couronnement d’une carrière éclectique reliant le passé, le présent et le futur. Sculpteur, peintre, photographe, commandeur des arts et des lettres, l’artiste alsacien représenta la France à la Biennale de Venise en 1978.
Après avoir exploré la mémoire du passé avec son travail sur la vie rêvée de Lydia Jacob, puis avoir en 1995 imaginé la mémoire future à travers sa grande exposition Mutaronegra, il donne aujourd’hui, en le sculptant, une vie nouvelle à son bestiaire merveilleux. (hommage vu à ST’ART 2021)

Le public

                                                        photo E.I.
Une assistance fournie occupa la salle du musée des BA de Mulhouse.
Des applaudissements nourris, des rires accompagnèrent la prestation de Waydelich, avec la verve qu’on lui connait. De nombreux artistes amis étaient
présents dans la salle. Madame la Maire de Mulhouse était représentée pas son
 adjointe, EMMANUELLE SUAREZ. (en robe à motif au 1er rang)

Eloge

Frédérique Goerig-Hergott, ancienne conservatrice du musée d’Unterlinden à Colmar et désormais directrice des musées de Dijon, avait fait le déplacement pour dresser le portrait et raconter la vie et l’œuvre, loin d’être achevée, de Raymond Waydelich. Elle est revenue sur le parcours de l’homme qui représenta la France à la Biennale de Venise en 1978 ; celui qui, après avoir exploré la mémoire du passé avec son travail sur la vie rêvée de Lydia Jacob, a imaginé la mémoire future à travers sa grande exposition Mutaronegra à Strasbourg .

« Raymond est une madeleine de Proust à lui seul » F.GH

« Raymond a la notion du temps et de l’espace. La vie est un rêve pour lui et cet état d’esprit guide son travail. Il raconte des histoires et, moi, je l’écoute comme une enfant car il me fait rire, me bouscule et me fait rêver. Raymond Waydelich représente tout ce que j’aime chez l’être humain et l’artiste : le talent, l’acuité visuelle, la spontanéité, l’inventivité débordante et l’intelligence créative qui caractérise les génies, l’humilité, l’altruisme, le don de soi, la fidélité, le souci de garder la mémoire de son territoire, la mémoire des autres, des plus connus aux inconnus, la mémoire des traditions, la mémoire de la langue, l’humour, la dérision avec la spontanéité et la gouaille d’un être aussi fulgurant que délicat, aussi bruyant que discret, mais aussi généreux qu’effacé. Raymond est une madeleine de Proust à lui seul »

Conférence

Une brillante conférence présentée par Pierre-Louis Cereja, ancien critique d’art du cinéma, au journal L’Alsace,  sonna le clap de fin de l’exposition du cinéaste mulhousien. Exposition organisée par l’ancien journaliste, qui nous enthousiasma par son savoir encyclopédique sur le cinéma en général, et sur
«William Wyler, en particulier.

«William Wyler, l’homme aux 40 Oscars»

Musique

La séance  plénière d’automne de l’Académie rhénane se clôtura par des intermèdes musicaux, (vidéo) où tout le public se joignit à l’accordéoniste invité,
et par un buffet d’honneur à la gloire de Raymond Waydelich

Sommaire du mois de novembre 2022

30 novembre 2022 : ST-ART 2022, 26e édition
28 novembre 2022 : SurréAlice – une double exposition
25 novembre 2022 : L’art mystique de Laurent Grasso
20 novembre 2022 : Stephen Dock, photographe
15 novembre 2022 : Raymond Stoppele, le vénitien
11 novembre 2022 : La modernité déchirée
10 novembre 2022 : Oskar Kokoschka. Un fauve à Vienne
7 novembre 2022  :  Hyperréalisme. Ceci n’est pas un corps
5 novembre 2022 :   Jacques Thomann – le regard poétique
2 novembre 2022  :  L’art brut – Collection Würth

Sommaire du mois de septembre 2018

01 septembre 2018 : Balthus à la Fondation Beyeler
12 septembre 2018 : 150 ans du zoo de Mulhouse, Cinq regards – Robert Cahen
17 septembre 2018 : The Music of Color – Sam Gilliam, 1967–1973
19 septembre 2018 : Nagasawa Rosetsu – D’un pinceau impétueux
23 septembre 2018 : Mondes intérieurs au Kunstmuseum de Bâle
26 septembre 2018 : Alphonse Mucha
28 septembre 2018 : Eblouissante Venise au Grand Palais

Martial Raysse

N’ayant vu que peu de toiles et installations de Martial Raysse,  (vidéo) artiste figuratif, poète, mondialement connu,  ayant écouter son double passage savoureux chez Laure Adler sur France Culture dans l’émission, Hors Champs ( 2 podcast) en direct de Venise,  du Palazzo Grassi, j’étais très curieuse de voir la rétrospective, de celui qui dit que l’art contemporain, n’a aucun intérêt pour lui, que c’était subalterne, qui ne croit pas à Cézanne, ni  à Matisse, (c’est facile à faire, c’est de l’esbroufe), qui copie les maîtres pour apprendre la peinture, qui dit que si Raphaël revenait il aimerait l’entendre lui dire : « c’est pas terrible, mais continue »
Martial Raysse

Un tableau, c’est de l’intelligence condensée, c’est comme un théorème mathématique, chacun peut le prendre par un bout et divaguer à partir de là.

Son travail est lié à son apprentissage et son expérience de la sagesse : « Il y a une quête initiatique dans mon travail, si on peut parler ainsi sans être prétentieux. Mais la sagesse n’est pas triste, elle conduit à une sorte de sérénité merveilleuse. L’austérité n’est pas un principe de sagesse, c’est la juste mesure qui est sage. »

Palazzo Grassi Martial Raysse

Il revient sur la comparaison que font les critiques entre ses premières œuvres et le Pop Art : « J’ai fait ces œuvres en 1960-1961, bien avant que les Américains ne se réveillent. Quand Warhol est arrivé avec sa série de Marylin Monroe, la peinture était encore fraîche ; moi j’avais fait cela un an auparavant. » Il évoque aussi son utilisation du néon : « J’ai utilisé du néon à une époque où on ne l’utilisait presque pas en France ; aux Etats-Unis, c’était courant dans la vie quotidienne, les artistes ne pensaient même pas à l’utiliser. Chez moi, à Nice, il n’y en avait que deux sur l’avenue de la Victoire, pour moi c’était des icones… »

Martial Raysse

Le motif de l’atelier est récurrent dans ses toiles : « Toute mon œuvre est marquée par mon environnement ; on est influencé par ce qui nous entoure et c’est susceptible de ressortir sur les images qu’on produit. »

Il évoque les couleurs toujours très vives de ses tableaux : « Beaucoup de gens sont dépaysés par les couleurs que j’utilise aujourd’hui. C’est en pratiquant la couleur que je suis arrivé à la ‘sur-couleur’. La maxime de la peinture, c’est de faire de la lumière avec de la matière. »

Martial Raysse

Selon lui, « l’art contemporain, ce n’est qu’une doxa, une rhétorique. » Et de constater que la peinture figurative a du mal à se faire une place au sein des galeries françaises : « Il y a de bons peintres figuratifs mais ils ne sont pas très connus. Beaucoup de jeunes gens, notamment des femmes, ont du mal à s’en sortir, surtout quand ils font de la peinture figurative. »

Martial Raysse

Il revient sur ses premières œuvres : « Pour la série Coco Mato, je n’avais pas de papier, je ne pouvais pas m’acheter de la toile, je travaillais sur des papiers journaux ou des papiers de mauvaise qualité. J’étais vraiment très pauvre. » Ces premières œuvres étaient exclues du marché de l’art.
« C’étaient des objets avec les moyens du bord, très humbles, qui témoignaient de la poésie mystérieuse des rapports humains dans une société à part. »

Martial Raysse

Il pense qu’un peintre ne devrait pas parler de sa peinture : « Je n’aime pas traduire mes tableaux, je n’aime pas en parler non plus, car je trouve que le peintre fait sous-titre à son tableau. C’est le principe même de notre époque, on connaît tout des peintres. J’aurais aimé être comme étaient les peintres anciens dont on ne connaît rien… » « Martial Raysse »
au Palazzo Grassi à Venise,  jusqu’au 30 novembre 2015

Martial Raysse
Le Palazzo Grassi a été construit entre 1748 et 1778, selon un plan dont le centre est occupé par une cour couverte où la lumière naturelle entre largement, comme elle entre dans les salons sur le Grand Canal. Un escalier double monte à la galerie du premier étage, suite d’arcades en balcon au-dessus de la cour. Les salles sont de proportions variées, en enfilade ou en angles. Il y a de l’espace et donc la possibilité de considérer les toiles les plus vastes de loin et de près.
Martial Raysse
 Caroline Bourgeois, commissaire de l’exposition, a  pris le parti pour Raysse,  de ne pas disposer les pièces selon leur date d’exécution, de la plus précoce à la plus récente, mais selon un agencement harmonieux.
Dès l’entrée,  la cour est occupée par de grandes vitrines où voisinent des assemblages pop d’il y a un demi-siècle, des bricolages d’hier, des objets détournés, des petits assemblages nés de la récupération de trois fois rien, des bronzes presque baroques et des ready-made de plastique. Une sorte de salle à manger-salon de nos grands parents.
D’autres de ces reliquaires sont dispersés au fil du parcours, de même que des néons et les films. Ils sont tous de la même veine, le Raysse ancien ou récent, avec ses calembours, ses sous-entendus, ses blagues, ses sarcasmes, ses titres pétiques. Il précise qu’il a utilisé les néons avant les artistes américains, car pour lui c’était nouveau, alors que l’Amérique était inondée de néons à cette époque. (années 60)

Martial Raysse
Quelques ensembles sont réunis sur un thème ou un genre, la baigneuse – il y a foule de baigneuses chez Raysse, à toutes les périodes –, le portrait – féminin y domine –, les mythes antiques – tels quels ou modernisés. Qu’ils dominent ne surprend pas, tant l’artiste s’y est régulièrement consacré. Mais d’autres, demeurés moins visibles, se manifestent grâce aux rapprochements.
Dans la campagne il choisit ses modèles, chiens,  coqs, cygne, paysans, carnaval, qu’il associe à des fêtes médiévales.

Martial RaysseModello pour Ici Plage, comme ici bas

A la cafétéria on voit Martial Raysse, 80 ans, dansant, dans une vidéo,  heureux, d’avoir pu exposer au Palazzo Grassi, ravi de l’opportunité que lui a offerte François Pinault, de donner à voir ses oeuvres à la lumière naturelle, qui lui semble de ce fait, des nouveaux tableaux, dans un écrin si prestigieux.

"Slip of the Tongue" à Venise

Je dois dire d’entrée, que de pénétrer à la Dogana, bâtiment du XVIIème siècle,  si particulier et emblématique, réveille en moi une émotion fébrile.
Il a ainsi changé de fonction pour la première fois de son histoire, abandonnant les trafics commerciaux pour accueillir des productions majeures de l’art contemporain et devenir un lieu pour les partager avec le public. Il  semble encore résonner de son passé.
Dogana
Slip of the Tongue, c’est la langue qui fourche
– Un train qui bifurque pour prendre la route qui ne mène pas à Rome,
Mais à Venise, à la Pointe de la douane – La punta della Dogana.
Voilà le titre de l’exposition
Slip of the Tongue : lapsus.
Visite sonore avec France Musique
Dogana
Elle est organisée par l’artiste d’origine vietnamienne Danh Vō (né en 1975), en collaboration avec Caroline Bourgeois.
C’est la première fois que la fondation Palazzo Grassi – Punta Della Dogana – Pinault Collection invite un artiste à jouer le rôle de commissaire.
Le nom de l’exposition, « Slip of the Tongue », est emprunté à l’artiste Nairy Baghramian (né en 1971), qui a beaucoup échangé avec Danh Vō. L’exposition semble tenter de « cartographier l’amitié ».
Le clou du spectacle : deux ensembles extraordinaires exécutés par l’artiste américaine Nancy Spero (1926-2010).

Nairy Baghramian, Slip of the Tongue
Nairy Baghramian, Slip of the Tongue

Certains projets présentés combinent les dimensions personnelles et sociales des relations entre artistes. Certains artistes n’ont jamais rencontré Danh Vō, comme Felix Gonzalez Torres (2009, Wiels Contemporary Art Centre, Bruxelles), Martin Wong (2013, Solomon R. Guggenheim Museum, New York), et son amie Julie Ault (2013, Artists Space, New York).
Ces notions permettent de tisser des liens entre les œuvres sélectionnées au sein de la collection Pinault ; des œuvres par Bertrand Lavier, Tetsumi Kudo, Lee Lozano… La conversation se poursuit entre les 35 artistes invités par Danh Vō, à laquelle une photo de Robert Manson donne un tournant remarquable.
Dogana
L’exposition « Slip of the Tongue » trouve une résonnance particulière à Venise, ville carrefour entre tradition et modernité, dont l’histoire a toujours été marquée par un équilibre instable entre division et communion. Cette résonnance est accentuée par le choix de Danh Vo d’insérer dans le parcours de l’exposition un dialogue entre des oeuvres contemporaines et des oeuvres plus anciennes provenant de l’Institut d’Histoire de l’Art de la Fondation Giorgio Cini et des Galeries de l’Accademia. Ces prêts s’inscrivent dans le lien de collaboration étroite et de développement de synergies qui s’est tissé entre Palazzo Grassi – Punta della Dogana et les deux institutions vénitiennes depuis 2014. Ils résultent, par ailleurs, du dialogue fructueux qui a eu lieu entre l’artiste Danh Vo et Luca Massimo Barbero à la Fondazione Giorgio Cini et Giulio Manieri Elia aux Galeries de l’Accademia. extrait  Elisabeth Lebovici
Le musée est une bouche dans laquelle nous rentrons avec nos regards.
Nos yeux se posent sur la bouche de Bertrand Lavier,
Bertrand lavier
Mais la langue est instable et nos corps glissent.
L’exposition parle des rencontres impromptues qui se créent entre une bouche, un mot, l’art et la grande histoire.
Slip of the Tongue, c’est le glissement qui fait qu’un frigo devient une œuvre d’art ou qu’une peinture de Giovanni Bellini de la Renaissance se retrouve découpée et recardée pour devenir autre chose.
Bellini
L’histoire est une suite de malentendus,
Et l’art est un élastique, qui s’étend, s’étire, prenant de ci delà une légende, un cadre, un carton.
Les hybridations du temps créent des surprises que des bouches nous disent – Par le biais d’un choix d’oeuvres dans la collection Pinault – Oeuvres déracinées sélectionnées par Danh Vo – artiste, curator de l’exposition.

Nancy Spero
Codex Artaud XVII (détail), 1972
© Nancy Spero, Courtesy Galerie Lelong, New York 12

C’est dans les mots d’Antonin Artaud, artiste engagé et enragé, que Nancy Spero trouva les moyens d’exprimer toute cette colère et cette frustration de sa condition de “femme-artiste“ dans les années 60/70.
Il n’était pas dans mon intention de composer des images qui viendraient illustrer les textes, mais bien de continuer à fracturer les écrits déjà fracturés d’Artaud. Fracturés par la perte de son esprit
au fil des séances d’électrothérapie, par le non-être, par la peur de perdre sa langue ; son
amertume face à son isolement exprimée dans des commentaires tels que :
“On lit les mémoires des poètes morts, mais, vivant, ils ne vous passeront même pas un verre d’opium ou une tasse de
café.”


Les citations que j’ai incluses portent surtout sur un désaveu de l’existence ou du monde matériel – un désaveu d’une vie passée dans un monde d’ombres et d’obscurité. J’ai volontairement employé les oeuvres d’Artaud pour exprimer un dégoût existentiel. La voix de “l’autre” (quoique masculin) me fournissait un outil capable de porter ma voix d’artiste réduite au silence. Néanmoins, j’ai préféré utiliser le texte original, en français, et, ce faisant, ne pas faciliter la lecture des citations. Le Codex Artaud se compose de couches superposées, il comporte des références “artistiques” : images tant égyptiennes, romaines que celtiques, autoportraits au miroir imaginaire de Léonard de Vinci, images renvoyant implicitement à mes oeuvres passées, auxquels
s’ajoutent des textes tapés à la machine comme s’il s’agissait de poésie concrète, et ainsi de suite.
Les images grotesques représentant des figures rêvées dans des cauchemars donnent les clés pour comprendre un langage qui sonderait du regard un abysse. Ces figures sont autant d’extensions des textes, dans le sens où je destinais ceux-ci à faire office de hiéroglyphes. Nancy Spero

Andres Serano
En 1987, Andres Serrano travaille à des photographies immergées dans des
fluides corporels. Il expérimente en versant du sang dans un récipient de
lait et en prenant la photo en même temps (Bloodstream, 1987). Il produit
des images monochromes de sang, de lait, ou d’urine comme « pigments purs »
(Blood, Milk, Piss). L’artiste construit des récipients en Plexiglas, qu’il remplit de
ces liquides, conservant ses matériaux dans des bouteilles de lait vides
entreposées dans la salle de bains du petit appartement où il vit alors. Cherchant
à produire quelque chose qui soit à la fois abstrait et une représentation –
une couleur et une substance – Serrano cadre ses photographies de façon
à ce que les bords des récipients ne soient pas visibles.
Livret guide de l’exposition
Slip of the tongue

Jusqu’au 31 décembre 2015
A la Punta della Dogana de Venise

Tra au Palazzo Fortuny de Venise

 

Michael Borremans TRA

Pour se rendre au Palazzo Fortuny, il faut d’abord accepter de se perdre dans les ruelles de Venise. Il n’est pas rare d’y croiser des visiteurs revenant sur leur pas à la recherche de cette haute bâtisse dont l’entrée est nichée sur une petite place. Caché par son échafaudage, il n’est pas visible au premier coup d’œil, même si on se trouve devant.
Une entrée en matière idéale pour une exposition répondant à un titre étrange : « Tra ». Trois lettres qu’on retrouve dans les mots traversée, transport, traduction, transformation, mais aussi   l’anagramme d’ART,  Autant de mots en lien avec l’idée de voyage, de passage d’un monde à un autre.
Cette manifestation a été imaginée par le belge Axel Vervoordt qui, depuis plusieurs années, présente dans le cadre magique du Palazzo Fortuny, des expositions mêlant artistes présents et passés, œuvres d’art et objets vernaculaires, créations occidentales et orientales…
Plus que jamais il assume ici cette notion de « passage d’un univers à l’autre, proposant un parcours basé sur les échanges de connaissance, d’idées et d’information entre les cultures, en particulier occidentale et orientale ».
Dès les salles du rez-de-chaussée, les univers se croisent, entament un dialogue, dans une présentation aérée mais riche en découvertes.
Giacometti Objet Invisbile

Objet invisible de Giacometti accueille le visiteur. Un personnage tout en longueur comme le sculpteur nous y a habitué, semblant transporter entre ses mains un objet invisible. Quoi de mieux pour débuter un parcours qui invite à abandonner habitudes et préjugés pour découvrir la vidéo superbe de Shirin Neshat, les éclairs explosant dans le ciel d’Hiroshi Sugimoto, les cocons géants d’Adam Fuss, une petite toile de Michael Borremans
Hiroshi Sugimoto - TRA - Palazzo Fortuny Venise

Au hasard des salles et des étages, on croise Rodin, Fausto Melotti, Antoni Tapies, Luc Tuymans, Christina Garcia Rodero, Lucio Fontana, Zurbaran, Rothko, Matthew Barney… Une vraie déferlante d’artistes de renom, de toutes les époques et de toutes les cultures.
L’exposition n’a pourtant rien d’un bottin mondain. Elle tient plus du cabinet de curiosités.
On peut même la parcourir sans rien savoir des auteurs des différentes œuvres.
Le tout baigne dans une pénombre trouée de projecteurs. Le public se retrouve hors du temps, puisqu’il est simultanément dans toutes les époques. La magie du résultat doit cependant beaucoup à Fortuny, dont plusieurs robes se voient exposées. Fortuny lui-même aspirait à créer des vêtements sans rapport avec une mode.
Un luxueux désordre soigneusement agencé pour inventer un monde hors du monde,
que l’on peut contempler, en se vautrant  sur une banquette au milieu des trésors
TRA détail

On se laisse alors emporter dans un vrai voyage où seul compte ce que nos yeux nous font ressentir. Car les expositions d’Axel Vervoordt se distinguent toujours par les juxtapositions judicieuses, audacieuses, inattendues ou lumineuses des œuvres les plus diverses.
En ce sens, une des plus belles réussites est sans doute l’installation du deuxième étage. Les murs lépreux du Palazzo ont des airs d’œuvres abstraites contemporaines sur lesquelles s’ouvrent plusieurs portes d’artiste (Kounellis, Bartolini, Donzelli…).
Anish Kapoor - TRA - Palazzo Fortuny Venise

Celle d’Anish Kapoor, simple cadre rouge s’ouvrant sur l’ensemble de l’espace et des œuvres est d’une évidence éblouissante.
Au Palazzo Fortuny, il faut savoir prendre le temps d’aller et venir, de repasser plusieurs fois dans les mêmes salles pour en appréhender toutes les richesses. Et ne pas oublier de gravir les dernières marches pour découvrir une installation de pierres et de cordes par Günther Uecker ou encore les toujours émouvants ballots de tissus de la Coréenne Kim Sooja. (vue à la Maison Rouge) (clin d’oeil à Heyoung et RKN)
Kim Sooja

Un voyage qu’on ne risque pas de regretter.
« Tra », jusqu’au 27 novembre, Palazzo Fortuny, Venise. Infos : www.visitmuve.it.
Images Internet + photo Maison Rouge + Fondation Maeght
les photos sont interdites au Palazzo Fortuny
 

Sommaire de septembre 2011

03 septembre 2011 : Jean-Jacques Delattre à la galerie Hors-Champs
07 septembre 2011 : Louise Bourgeois   A l’infini  – à la Fondation Beyeler
09 septembre 2011 : Max Beckmann – Paysages.
13 septembre 2011 : En vadrouille
27 septembre 2011 : Venise – la Pietà de Jan Fabre
28 septembre 2011 : Fondation Prada Venise

Fondation Prada Venise

Fondation Prada Venise

Tout ce que les planètes mode, art contemporain et architecture comptent de meilleur, de Franca Sozzani à Anish Kapoor (Void Field)
Anish Kapoor - Void Field

en passant par Rem Koolhaas – plus Michael Stipe et Courtney Love – , sont visibles dans le nouveau lieu de la Fondazione Prada à Venise, plus précisément Ca’ Corner della Regina, splendide palais qui accueillait autrefois les archives de la Biennale.
Des murs en brique à peine défraîchis, un piano nobile (l’étage noble avec les pièces de réception) littéralement tatoué de fresques d’antan : tout a quasiment été laissé dans son jus, loin des projets pharaoniques des fondations voisines…
Et c’est ici que Miuccia Prada et Patrizio Bertelli ont décidé de dévoiler leur collection sous l’œil avisé du curateur et illustre critique d’art Germano Celant. Ces trois noms réunis sont déjà synonyme de sans faute et la radicalité de leur choix l’a encore prouvé. Entre les pointures de l’Arte Povera italien, les Donald Judd, Francesco Vezzoli, Bruce Nauman et Louise Bourgeois,
Louise Bourgeois - Cell (Clothes)

 
Damien Hirst, Maurizio Cattelan, Tom Friedman, la très belle collection n’est pas forcément révolutionnaire. En revanche, une chose est sûre, on voit là une vraie passion et connaissance de l’art ainsi qu’une farouche volonté d’interagir avec son public sans excentricités tapageuses. On reste un peu ébahi devant la confrontation franchement inédite entre des céramiques XVIIIe de l’Hermitage
Hermitage

et Fait d’Hiver de Koons – ou l’art de montrer du Koons
Jeff Koons 'Fait d'Hiver"

avec une dose de subtilité bienvenue – avant d’admirer réellement les maquettes – fait rare – du Transformer de OMA et surtout de son projet de fondation livré en 2013 à Milan : montez sur les marches et passez votre tête dans le trou, hop vous êtes dedans, à même le sol.
Fondation Prada - Largo Isarco Milano

La Dolce Vita revu par Francesco Vezzoli ne manque pas de piquant, même si certains ajoutent que Le Bernin n’a rien à craindre ….
Ne pas rater les vidéos de   Nathalie Djurberg (Turn into me) et (Todd Solondz) toujours aussi gore,  ni Authority du Qatar Museum,
Encore moins le mur gris et rose « Concetto spaziale » de Lucio Fontana
Bref, TOUT est beau  et vaut à lui seul le déplacement. Simple, sobre, réjouissant.
Calle de Ca’ Corner ; Santa Croce 2215 ; 30135 Venezia
www.fondazioneprada.org
photos de l’auteur

Venise – la Pietà de Jan Fabre

Jan Fabre réinterprète la Pietà

 

Jan Fabre 'Pietà' Santa Maria de la Misericordia Venise

La Nuova Scuola Grande di Santa Maria della Misericordia présente les dernières créations de Jan Fabre. Organisée pour coïncider avec la 54ème édition de la Biennale de Venise, « Pietas »,  est visible jusqu’au 16 octobre.
L’exposition présente cinq sculptures de marbre, exposées sur une estrade à laquelle les visiteurs ont accès. Le sol est doré, tel un miroir, il faut chausser des patins pour accéder aux œuvres, ce qui donne lieu à un ballet assez comique, de la part de certains visiteurs maladroits, dont moi, of course !

an Fabre 'Pieta'

 
Une jeune femme manie un autre « balai » afin d’effacer toutes traces qu’aurait pu laisser un visiteur maladroit.
Jan Fabre 'Pietà'

À travers ces sculptures, Fabre réinterprète le thème de la pietà, intégrant à des œuvres de facture classique en marbres des éléments anatomiques tel qu’un cerveau, pour évoquer la vie, la mort et la résurrection.
L’œuvre la plus marquante est sans doute Compassionate Dream. Dans cette version de la pietà de Michelange, Jésus a le visage de Fabre et représente celui de la vierge par un crâne de squelette.
Jan Fabre 'Pietà'

 
Loin de toute volonté blasphématoire, il souhaite ainsi mettre en valeur les sentiments de la vierge à l’annonce de la mort de son fils. Parsemée d’insectes, papillons et autres larves, c’est aussi une vanité ou un mémento mori.
La pietà de Jan Fabre se mérite, il faut la chercher dans le Cannaregio, Santa Maria de la Misericordia étant désaffectée.
Né en 1958, Jan Fabre est l’un des artistes flamands les plus connus. Artiste multidisciplinaire et éclectique, il s’intéresse au théâtre, à la chorégraphie et au design autant qu’à la sculpture. En 2008 déjà, il avait fait dialoguer œuvres d’art anciennes et œuvres d’art contemporaines en exposant ses créations au Louvre, face aux toiles de l’école flamande dans le cadre des « Contrepoints » du musée.
photos de l’auteur