LES FRÈRES BURDA. Une histoire des Collections

Andy Warhol, The Three Gentlemen, 1982. Acrylique/sérigraphie/toile

Jusqu’au 4 octobre 2020 au Museum Frieder Burda, de Baden-Baden
Un festival de couleurs. Expressionnisme et euphorie.
Une exposition présentant des chefs-d’œuvre de l’expressionnisme des trois
collections de Frieder, Hubert et Franz Burda. Dans une mise en scène du peintre américain Carl Ostendarp.
L’exposition a été conçue et organisée par Patricia Kamp et Udo Kittelmann.

Emil Nolde 1936

L’origine des collections

Les pièces collectionnées par leurs parents, Aenne et Franz Burda, ont attisé l’engouement des trois frères, Franz, Frieder et Hubert pour l’art.
C’est le début d’une passion de toute une vie. Les visages brillent d’un rose intense, les corps se prélassent dans un jaune vif, des paysages colorés s’étalent
devant le spectateur, des bordures noires bordent les surfaces comme des gravures sur bois : c’est l’expressionnisme allemand, auquel les couleurs doivent leur émancipation des choses et de la réalité, qui les met au service de l’expression subjective immédiate des émotions, des univers de l’âme et de
l’expérience du monde.
D’Ernst Ludwig Kirchner, Karl Schmidt-Rottluff et Gabriele Münter à Max
Beckmann, c’est aussi l’expressionnisme allemand par lequel les trois frères, Franz, Frieder et Hubert découvrent l’art pour la première fois.
La collection de leurs parents, tous deux éditeurs et entrepreneurs des médias prospères d’Offenburg, leur permet de faire l’expérience de la puissance immédiate des couleurs, comme la promesse d’un monde fascinant derrière et avec les images. Dans le même temps, la collection encourage et incite les trois frères à s’émanciper de l’héritage de leurs parents et à trouver leur propre voie dans l’art de leur époque.
                                                                                     Karl Schmidt Rottluff

Historique

L’exposition du musée Frieder Burda retrace les origines de la constitution des collections des trois frères. Préparée alors que Frieder Burda était encore ne vie, elle rend justice à son voeu de voir réunis dans une même présentation, les oeuvres d’art des trois frères, sans indiquer le propriétaire respectif de chacune des oeuvres. Elle donne ainsi également les clés de ce que peut signifier une vie avec et pour l’art. Elle a été conçue du vivant de Frieder Burda et reflète son grand désir personnel de réunir l’art des trois frères
dans une exposition commune dans son musée.

                     Ernest Ludwig Kirschner
L’exposition débute par le célèbre portrait de groupe
« The Three Gentlemen » des trois frères Burda par Andy Warhol,
légende du Pop Art américain, dans ses trois différentes variations de couleurs, chacun des frères se voyant attribuer l’une d’entre elles.

Mise en scène

La mise en scène de l’exposition est également expressive et colorée, abandonnant l’architecture blanche classique, (le white cube) du bâtiment de Richard Meier au pouvoir de la couleur. C’est à quoi a été invité le peintre américain contemporain Carl Ostendarp (né en 1961 dans le Massachusetts).
Sa peinture murale repose sur un système ingénieux de codage des couleurs.
Il se réfère dans le même temps à un style BD en deux dimensions qui permet à la couleur de s’exprimer en la laissant couler sur les murs comme un glacis délicat. Les œuvres accrochées auparavant apparaissent comme des étapes
centrales dans le déroulement de ces lignes de vie imaginaires avec leurs hauts et leurs bas. Elles s’intègrent dans les courbes et les amplitudes créées de manière ludique et sont ainsi enrichies et renforcées avec humour dans leur effet. Elles en ressortent magnifiées dans leurs éclatantes couleurs. L’ensemble du musée se transforme en un cosmos coloré global palpable pour l’observateur. Une sorte de danse harmonique, une écriture musicale où le contrepoint est un tableau.


Une salle dédiée sera consacrée aux jeunes visiteurs : les œuvres d’art seront accrochées à hauteur de leurs yeux, comme l’avait fait Andy Warhol dans l’une de ses expositions.

Une exposition sur l’histoire contemporaine

Tout a commencé par la couleur – Hubert Burda le confirme aujourd’hui, tout comme son défunt frère Frieder l’avait souligné très tôt et n’a cessé de le faire. Ici, l’histoire individuelle de la famille et des collections coïncide avec l’histoire culturelle : à une époque comme la nôtre où les images déferlent, la couleur va de soi et est omniprésente.

Cependant, le début du XXe siècle et l’art moderne sont caractérisés par une émancipation de la couleur. Tout a commencé avec l’expressionnisme. Avec la
publicité et la consommation, elle est passée dans la vie urbaine et la vie quotidienne. Avec les médias, elle les domine de plus en plus : ce n’est pas un hasard si le grand magazine allemand d’après-guerre de Burda s’appelle BUNTE (coloré) et est la promesse d’une vie plus colorée. Et avec le Pop Art, on rend définitivement hommage à la vie séduisante et colorée du monde mercantile.

Magazine

Un magazine de 60 pages, que les visiteurs de l’exposition reçoivent gratuitement, suit cette évolution générale en texte et en images, de l’invention de la technologie d’impression de masse en quadrichromie par la société Burda, dont les possibilités ont été inspirées par les techniques
d’impression artistiques, à l’idée d’inviter Andy Warhol comme rédacteur de l’INTERVIEW à Offenburg et consultant pour BUNTE, à partir de l’idylle familiale d’après-guerre jusqu’au déploiement des carrières
individuelles des trois frères, l’histoire familiale des Burda se feuillette ici.
Elle fonctionne donc aussi comme un miroir de l’histoire allemande contemporaine et d’après-guerre, dans une interaction
passionnante entre l’art et les médias, la couleur et la passion.

Heures d’ouverture
Du mardi au dimanche de 10 h à 18 h
ouvert tous les jours fériés
Accès
depuis la gare DB
bus 201 et 216
arrêt Augusta Platz

Museum Frieder Burda ·
Lichtentaler Allee 8b · 76530 Baden-Baden
Téléphone +49 (0)7221 39898-0 ·
www.museum-frieder-burda.de

   Send article as PDF   

Sommaire du mois de juillet 2020

Chez ta mère, la guinguette de Motoco
photo Antonio Piccarreta Talis

25 juillet 2020 : The Incredible World of Photography Collection Ruth et Peter Herzog
23 juillet 2020 : Friedrich Dürrenmatt. La satire dessinée
12 juillet 2020 : POP-UP artistes
03 juillet 2020 : BPM-Biennale de la Photographie de Mulhouse

   Send article as PDF   

The Incredible World of Photography Collection Ruth et Peter Herzog

Jusqu’au 04.10.2020, Kunstmuseum Basel | Neubau
Commissaires : s : Olga Osadtschy, Paul Mellenthin

Pour tous ceux qui ont toujours rêvé de voir cette collection, sans avoir jamais réussi à trouver un créneau horaire ou une date, cette fois c’est enfin possible.
Avec l’exposition The Incredible World of Photography, le Kunstmuseum Basel célèbre simultanément deux premières :
– c’est la première fois qu’un large portrait de la collection de photographies Ruth et Peter Herzog est présenté en Suisse et,
– pour le Kunstmuseum, il s’agit de la première exposition abordant l’histoire de la photographie.
C’est la possibilité de feuilleter un album photo, comme si c’était le  vôtre, avec le numérique en plus.

La collection

Une trouvaille sur un marché aux puces dans les années 1970 a conduit à la naissance de la collection Ruth et Peter Herzog, une collection photographique à nulle autre pareille qui réunit désormais plus de 500 000 photographies. Les fonds de la collection datant des débuts du médium jusqu’aux années 1970, toutes les évolutions majeures de la photographie analogique y sont représentées.
Pour le XIXe siècle en particulier, le couple de collectionneurs a fait
d’importantes découvertes qui ont permis d’affiner la compréhension de l’histoire mouvementée de la photographie.
Aujourd’hui, Ruth et Peter Herzog comptent parmi les grands collectionneurs de photographies sur le plan international.

Les Herzog ont, ni plus ni moins, constitué une encyclopédie photographique de l’existence humaine à l’ère industrielle. Les myriades de chef-d’œuvres anonymes mettent en lumière un nombre presque insaisissable de motifs et de thèmes aux quatre coins du monde et montrent comment la photographie raconte la petite et la grande histoire. La diversité de la collection offre
différentes approches pour explorer le monde avec et à travers de la photographie. À cet effet, il apparaît clairement que la photographie n’existe pas. Chaque photographie révèle au contraire un dense réseau de relations sociales, institutionnelles et historiques.

Le début d’une coopération à long terme

33.5 x 43 cm (Seite); Albuminabzüge

Les quelques 400 pièces exposées provenant du riche fonds présentent des axes choisis de cette collection unique. Parmi ceux-ci, la photographie amateur, commerciale et scientifique du XIXe siècle, mais aussi la photographie publicitaire et de presse du XXe siècle. Sont présentées des œuvres de photographes suisses et internationaux encore jamais exposées jusqu’ici.
Tandis que le tirage individuel est la forme photographique privilégiée dans les musées d’art, l’exposition montre la diversité matérielle des objets photographiques : daguerréotypes, ambrotypes, ferrotypes, tirages sur papier salé, sur papier albuminé, autochromes et tirages au gélatino-bromure d’argent.

L’exposition marque le début d’une coopération durable entre le Kunstmuseum Basel et le Jacques Herzog und Pierre de Meuron Kabinett, Basel, auquel appartient la collection photographique Ruth et Peter Herzog depuis 2015.
Le Jacques Herzog und Pierre de Meuron Kabinett, Basel, consent à ces prêts précieux ; en outre,
il a conçu pour le Kunstmuseum une architecture d’exposition innovante développée à partir de la situation de travail au cabinet et de la confrontation avec le large spectre de la photographie historique et sa matérialité. Elle se caractérise par des réflexions sur la perception et sur la présentation de ces objets souvent de petit format et sensibles à la lumière.

Parcours

La diversité de la collection photographique Ruth et Peter Herzog et son caractère d’ « encyclopédie de l’existence » (Martin Heller, 1989) sont transposés dans un parcours de neuf salles successives. Chacune d’entre elle propose aux visiteur.euse.s plusieurs possibilités de s’immerger dans la quantité finalement insaisissable de motifs et de thèmes. Elles vont de l’observation d’objets à travers des vues d’ensemble disposées sur des tables à des projections d’images sur les murs.


Jacques Herzog und Pierre de Meuron Kabinett, Basel. Juni 2020

À certains endroits du parcours, l’exposition réunit des photographies historiques avec des œuvres majeures du Kunstmuseum Basel et des prêts de la collection de la Emanuel HoffmannStiftung, dont des peintures de Vincent Van Gogh et Robert Delaunay, des travaux sur papier


Bernd et Hilla Becher.

d’Andy Warhol et de Martin Schongauer, mais aussi des photographies de Thomas Demand et de Bernd et Hilla Becher. Cette configuration permet non seulement de mettre en lumière les rapports complexes entre la photographie et l’art, mais aussi d’interroger leurs correspondances du point de vue du motif et de la forme ainsi que leurs déliminations (discutables). L’influence
réciproque se fait exemplaire au travers des questions essentielles que soulève la photographie, à l’instar de la sérialité, la reproduction et le rapport à la couleur, respectivement son absence.

Installation interactive

Un exigeant projet d’inventaire et de numérisation des fonds de la collection de photographies Ruth et Peter Herzog mené par le Jacques Herzog und Pierre de Meuron Kabinett, Basel, depuis 2015 a servi de base au travail sur l’exposition The Incredible World of Photography.


Le studio d’architecture médiale iart, en collaboration avec des étudiants en bachelor Digital Ideation à la Haute École de Lucerne, a réalisé une installation interactive dans l’exposition à partir de ces fonds numériques.
Cette installation permet aux visiteur.euse.s un acces individuel
à cette abondante collection.

Catalogue et Digitorial®

Une publication scientifique aux éditions Christoph Merian Verlag (360 pages, 300 reproductions d’œuvres) tient lieu de catalogue de la collection, informatif et accessible à la fois. Il contient des textes de Martina Baleva, Jan von Brevern, Eva Ehninger, Steve Edwards, Peter Geimer, Valentin Groebner, Michael Hagner, Peter Herzog, Katja Müller-Helle, Katja Petrowskaja,
Vanessa R. Schwartz et Kelley Wilder.

12.6 x 17.6 cm; Handkolorierter Silbergelatineabzug

Dans le cadre de l’exposition The Incredible World of Photography, le Kunstmuseum Basel réalise pour la première fois un outil de médiation en ligne appelé digitorial. L’initiative fait partie du projet digitorials.ch.
Avec le soutien d’Engagement Migros et en coopération avec l’agence
maze pictures swiss, ce projet élabore des stratégies spécifiques pour huit musées suisses, afin de répondre aux défis du tournant numérique. Le digitorial® associe storytelling innovant et usage de plusieurs médiums – image, son et texte – pour établir de nouveaux critères dans la
médiation de contenus culturels.
Les digitorials® ont été développés au Städel Museum, à la
Liebieghaus Skupturensammlung et à la Schirn Kunsthalle de Francfort en Allemagne.
L’exposition est conçue en coopération avec le Jacques Herzog und Pierre de Meuron Kabinett, Basel. Cette fondation d’utilité publique tient à conserver la collection dans son intégralité comme patrimoine culturel à Bâle et à la rendre accessible au public ainsi qu’aux spécialistes dans le cadre de leurs recherches et à des fins de publication. 

Kunstmuseum Basel | Neubau,
St. Alban-Graben 20, 4052 Basel
Tram N° 2 arrêt Bankverein (pas d’arrêt Kunstmuseum, travaux)

Horaire
Mardi au dimanche 10 h /18 h
Mercredi 10 h / 20 h

   Send article as PDF   

Sommaire du mois de juin 2020

Abbatiale d’Ottmarsheim, joyau de l’art roman

27 06 2020 : Sandra Kunz
26 06 2020 :LA FILATURE, SCÈNE NATIONALE DE MULHOUSE
23 06 2020 : Pedro Reyes. Return to Sender
17 06 2020 : La Force du dessin Chefs-d’œuvre de la Collection Prat
10 06 2020 : Didier Paquignon, dans son atelier
09 06 2020 : Art Basel 2020
07 06 2020 : OSEZ au Séchoir

   Send article as PDF   

Pedro Reyes. Return to Sender

Disarm Music Box  en pistolets Glock, Beretta, Mani Matter, Pedro Reyes

Jusqu’au – 15 novembre 2020

Journée portes ouvertes: 24 juin 2020, 11h à 20h

« Pedro Reyes. Return to Sender » représente la cinquième d’une série d’expositions ouvrant un dialogue avec la Mengele – Danse macabre de Jean Tinguely .

Roland Wetzel, directeur du Musée Tinguely, assure le commissariat de l’exposition en collaboration avec l’artiste. Pedro Reyes viendra en cours de l’exposition à Bâle pour un Artist Talk dès qu’un assouplissement des restrictions de voyage actuelles le permettra.

Dans ses travaux, Pedro Reyes (né en 1972) fait usage de l’architecture, la sculpture, la vidéo,(ici) la performance et de processus participatifs afin de favoriser le pouvoir d’action individuel et collectif dans des contextes politiques, sociaux, écologiques et pédagogiques. Dès ses premières pièces, il travaille déjà à partir d’armes et aborde les problèmes systémiques de l’industrie de l’armement dans une perspective pacifique.
Avec ses nouvelles œuvres réalisées pour le Musée Tinguely Disarm Musi c Box (2020), il transforme des éléments d’armes à feu en boîtes à musique qui jouent des morceaux originaires de leurs pays de fabrication.

Pour l’artiste, il s’agit procéder à un ‹upcycling: transformer un instrument de mort en instrument de musique incarnant le dialogue et l’échange.
Les œuvres sont présentées aux côtés de Disarm (Mechanized) II (2014)

et dialoguent avec la Mengele – Danse macabre de Jean Tinguely exécutée en 1986.
Bonne écoute en cliquant sur ce lien de l’enchantement produit par ses oeuvres

Une nouvelle œuvre pour le Musée Tinguely

L’invitation adressée à Reyes de concevoir une nouvelle œuvre pour le
Musée Tinguely fait écho à un autre travail développé à partir de 2012.
Pour le groupement d’œuvres Disarm (2012), il a fait usage de 6700 armes à feu confisquées lors de la guerre des cartels au Mexique et les a transformées en instruments de musique. Dans une première version (Disarm), il a créé des instruments pouvant être joués en live par des ami.e.s musicien.ne.s. Par la suite, il a conçu un ensemble d’armes-instruments en plusieurs parties Disarm (Mechanized) I, 2012-13, jouant des morceaux de musique percussive de manière mécanisée et automatisée. La version Disarm (Mechanized) II, 2014 fait partie de l’exposition et ouvre le dialogue avec la Mengele-Danse macabre de Jean Tinguely exécutée en 1986. Dans les salles voisines, la critique du totalitarisme de Tinguely rencontre la réflexion critique de Reyes sur les échanges de drogue et d’armes dégradant les sociétés à travers une épouvantable danse macabre. 

« Weapons are the rule of fear, and music is the rule of trust […]. » Pedro Reyes, 2020

Reyes retient l’attention sur le plan international pour la première fois avec son projet Palas por Pistolas en 2007, pour lequel il travaille avec les autorités mexicaines de Culiacán afin d’inciter la population à échanger des armes à feu contre des bons pour des articles d’électroménager. Les armes sont fondues en 1527 pelles qui servent à planter le même nombre d’arbres. Depuis, ces actions ont été menées à la fois au plan local et avec des institutions culturelles à l’international. En lien avec l’exposition de Reyes « Return to Sender » au Musée Tinguely, ce projet se poursuit à travers la plantation d’un marronnier devant l’entrée du musée en novembre 2020.

Les deux projets Palas por Pistolas et Disarm résultent de la situation spécifique de la guerre des cartels au Mexique. Le commerce et la diffusion d’armes constituent toutefois un problème mondial auquel se consacre Reyes dans son dernier travail Disarm Music Box (2020). À partir d’une perspective pacifique, il y critique l’accumulation d’armes en constante augmentation dans le monde. Pour ce nouvel ensemble d’œuvres, il a acquis des armes auprès de fabricants spécifiques – il en existe presque dans chaque pays –, puis les a détruites pour créer des corps sonores à partir de leurs canons qu’il a ensuite utilisés dans des boîtes à musique nouvellement conçues. Celles-ci jouent de célèbres partitions classiques des pays d’origine des fabricants.

La musique de Mozart sera transmise par une boite à musique avec des éléments  de pistolets Glock, Vivaldi avec des canons Beretta et pour le compositeur suisse Mani Matter Reyes a choisi des carabines.

Pour l’artiste, il s’agit procéder à un ‹upcycling› : transformer un instrument de mort en instrument de musique incarnant le dialogue et l’échange. Il entreprend ce processus de transformation avec la conviction que l’acte physique s’accompagne toujours d’un idéal et en appelle à la dimension spirituelle de cette opération quasi-alchimique en faveur du bien.

Jean Tinguely et Pedro Reyes

L’exposition « Pedro Reyes. Return to Sender » est la cinquième d’une série d’expositions mettant l’accent sur certains aspects de la Mengele-Danse macabre (1986) de Jean Tinguely. En 2017, l’exposition Jérôme Zonder mettait en évidence la critique du totalitarisme, tandis que celle de Gauri Gill en 2018 se penchait sur l’idée de vanité du memento mori entre naissance et mort. En 2019, Lois Weinberger ouvrait un dialogue autour de deux histoires de fermes établissant un lien entre superstition et catholicisme, tandis que la danse macabre et le théâtre de la mort de Tadeusz Kantor rendirent possible un échange inter-œuvres.

Art et société

Les projets de Reyes mettent en tension une conception de l’architecture socialement marquée, la dimension sensorielle et symbolique de l’œuvre plastique et une posture résolument politique à orientation radicalement humaniste et marxiste. Lors de la documenta 13 en 2012, il présente ainsi le travail Sanatorium, un pavillon de premiers secours destiné aux maladies civilisationnelles comme le stress ou la peur, qui propose, de manière ludique mais toutefois avec une implication sociale, toutes sortes de thérapies inspirées du chamanisme, de la recherche cognitive et des thérapies de couple.
En 2016, Reyes fut déjà représenté au Musée Tinguely dans le cadre de l’exposition « Prière de toucher – Le tactile dans l’art » avec son travail Cuerpomático II (2015), une boîte à outils présentant des objets sensoriels du toucher.

RDV Palas por pistolas,
plantation d’un marronier près du Musée Tinguely : novembre 2020

Publication (en allemand ou en anglais)
Conçue dans le style des notices de l’armée suisse, cette brochure accompagne l’exposition au Musée Tinguely. Elle contient une interview avec Pedro Reyes détaillée qui explique la création du nouveau groupement d’œuvres et le contextualise dans l’œuvre de l’artiste.

La terrasse extérieure de Chez Jeannot vous invite également à passer un moment de détente avec une vue magnifique sur le Rhin

Musée Tinguely | Paul Sacher-Anlage 1 | 4002 Bâle

   Send article as PDF   

Art Basel 2020

Art Basel annule son prochain salon de Bâle en septembre
Après une analyse approfondie de la situation mondiale actuelle, Art Basel a décidé de ne pas organiser son salon de Bâle. La foire devait avoir lieu à Messe Basel du 17 septembre au 20 septembre 2020, après avoir été préalablement reportée de juin.

La décision d’annuler le salon a été prise après une consultation approfondie de nombreux galeristes, collectionneurs, partenaires d’Art Basel ainsi que des experts externes. Les principales considérations étaient les risques fondamentaux pour la santé et la sécurité liés à la pandémie, les risques financiers pour les exposants et les partenaires, les obstacles persistants aux voyages internationaux et le fait que l’environnement réglementaire entourant les événements de grande envergure n’a pas encore été finalisé par le Conseil fédéral de la Suisse.

Marc Spiegler, directeur mondial, Art Basel, a déclaré:
«Nous sommes parfaitement conscients que nos galeries sont confrontées à des défis et des difficultés économiques sans précédent, et nous espérions ardemment soutenir la reprise du marché de l’art avec une foire réussie en septembre. Malheureusement, les incertitudes auxquelles nous sommes confrontés restent trop élevées. La meilleure voie à suivre pour notre exposition de Bâle est donc de se concentrer sur la fourniture d’une foire de la même qualité internationale exceptionnelle que l’artworld attend de nous en juin prochain, alors que nous continuons à soutenir nos galeries en développant davantage nos plateformes numériques et en livrant nos expositions à venir à Miami Beach et à Hong Kong. »
La foire n’ouvrira donc que le 15 juin 2021.

Les salles de visionnage en ligne d’Art Basel pour les exposants de Bâle seront en ligne du 19 juin au 26 juin 2020, avec des jours de prévisualisation du 17 juin au 19 juin 2020.

La prochaine édition d’Art Basel à Bâle aura lieu du 17 juin au 20 juin 2021, avec des jours de prévisualisation les 15 et 16 juin 2021.

Symbole de la ville de Bâle, le basilic, né d’un œuf pondu par un coq et couvé par un crapaud, va regarder d’un mauvais œil le pangolin.

                                      Copyright © 2010 – 2020        Thomas Meyer

Le basilic de Bâle
Bâle n’est pas seulement une ville avec des centaines de sources d’eau, c’est aussi une ville du Basilic. Le basilic est une créature mythologique de la Grèce antique, moitié coq, moitié serpent. Cette créature pouvait tuer avec son regard et celui qui suivait ses traces brûlait. La seule protection pour l’homme était de tendre un miroir à cette créature, afin qu’elle tombe morte sur place ou de la tenir à l’abri de la lumière du soleil, le seul moment de la journée où ses pouvoirs fonctionnaient. Dans la ville, ces créatures se retrouvent en tant que détenteurs des armoiries de la ville et gardiens des ponts et des sources d’eau. Les sources Basilic, conçues en 1884 par Wilhelm Bubeck (1851-1890), sont d’une apparence remarquable. Les armoiries de la ville en bronze et même un abreuvoir au pied de la base sont les caractéristiques de ce demi coq, demi serpent. L’eau de source vient de la bouche de la créature. Il y en a eu 39, aujourd’hui il en reste 28. Ils sont dispersés dans toute la ville, y compris sur les rives du Rhin. (www.brunnenfuehrer.ch).
www.basilisk-basel.ch

   Send article as PDF   

Sommaire du mois de mai 2020

The happy Fisherman Gregory Forstner

En état de choc #georgefloyd – pas de mots.
Bref aperçu de ce tableau – il fait partie d’une série «étude pour un nouvel archétype américain et The happy Fisherman» que j’ai réalisée en vivant à Brooklyn. Il me semblait que peu de gens étaient fans de ces œuvres car
c’était très direct, frontal, l’on ne pouvait échapper aux questions portées par le sujet. Mais je m’en fichais, pour moi c’était très important de passer par là. La peinture a une responsabilité vis-à-vis de ses sujets, c’est un jeu avec des conséquences. Je voulais faire face à notre responsabilité – la société blanche – dans le traitement, intellectuel, culturel, politique, de la diversité de la culture noire américaine aux États-Unis en faisant face aux mensonges installés dans notre inconscient collectif. J’ai essayé de ne pas le faire de manière naïve,
au contraire . De toute évidence, nous, Européens, n’avons aucune leçon à donner. Je suis né au Cameroun et j’en ai toujours été si fier, je ne sais pas pourquoi, mais je me sentais toujours plus fort en sachant ce petit fait. Et en vivant à Brooklyn il y a 10 ans, cela m’a donné la chance de comprendre un peu et de faire face à travers mon travail à des problèmes collectifs. C’est trop de mots inutiles, notre seul moyen, nous les artistes, c’est notre travail, des peintures surtout dans mon cas, pour tenter d’affronter la réalité.

#georgefloyd

Gregory Forstner

22 mai 2020 : Fondation Beyeler
17 mai 2020  : Le Char de la mort, Emmanuel Honegger
14 mai 2020  : Rencontre avec Marie Freudenreich
08 mai 2020 : Circular Flow – De l’économie des inégalités, Gegenwart Kunstmuseum Basel
03 mai 2020 : Céline Cléron, visite d’atelier

   Send article as PDF   

Fondation Beyeler

LE PARC ISELIN WEBER
Photo : Mark Niedermann

La Fondation Beyeler a rouvert ses portes le lundi 11 mai 2020.

Les expositions «Edward Hopper» et «Voir le silence – Images de quiétude» sont prolongées jusqu’au 26 juillet, l’exposition «Goya» est reportée.
Il reste juste aux autorités suisses et françaises d’ouvrir les frontières

La Fondation Beyeler est à nouveau ouverte tous les jours.
Avec la crise du coronavirus, les deux expositions ont soudainement et dramatiquement gagné en actualité.
Les billets peuvent être réservés en ligne à partir du jeudi 7 mai sur www.fondationbeyeler.ch.

La Fondation Beyeler a élaboré un plan de protection complet pour
ses visiteurs et ses collaborateurs afin de mettre en œuvre de manière
optimale les mesures de l’ordonnance COVID-19 de la Confédération.
Ainsi, le nombre de visiteurs est limité au moyen de billets en ligne
à créneau horaire déterminé et la circulation des visiteurs dans le parc
et dans le musée est réaménagée, avec des points distincts d’entrée
et de sortie.
Tous les événements sont annulés jusqu’à nouvel ordre,
Les visites guidées se tiendront sous forme réduite en dehors des horaires d’ouverture.
La grande exposition «Goya», dont l’ouverture était prévue le 15 mai, est reportée. Une nouvelle date sera communiquée en juin.

Edward Hopper, «peintre du moment» de la crise du coronavirus
Voir ici la vidéo sous la conduite d’Yves Guignard

En l’espace des sept semaines qui ont précédé la fermeture temporaire du musée en raison de la crise du coronavirus, l’exposition
«Edward Hopper» a réuni plus de 100’000 visiteurs enthousiastes.
En ce bref laps de temps, «Edward Hopper» s’est trouvé en bonne voie pour devenir l’exposition la plus plébiscitée par le public de l’histoire du musée.

Le catalogue, (en allemand ou en anglais, avec un tiré à part en français)
en rupture de stock, avait déjà dû être réimprimé. Depuis, au musée et sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes ont exprimé le souhait d’une réouverture et d’une prolongation de l’exposition.
Notre musée partenaire le Whitney Museum of American Art de New York
et les autres prêteurs américains ont donné leur accord et l’exposition peut donc être prolongée au grand complet jusque fin juillet.

Sam Keller, directeur de la Fondation Beyeler, se réjouit:

«Nous sommes heureux de savoir que, le 11 mai, notre musée est sorti de son sommeil de ‘Belle au bois dormant’ et les œuvres exposées sont réveillées par le ‘baiser’ des visiteurs. Ils nous ont manqué. Le ‘sortilège’ du coronavirus n’est pas encore passé, mais la réouverture des musées et des parcs est une bonne nouvelle. Car les expériences vécues au contact de l’art et de la nature contribuent de manière essentielle et avérée à la santé mentale et physique et à la qualité de vie».

Dans la presse et sur les réseaux sociaux du monde entier, Edward Hopper a
été présenté à de nombreuses reprises comme peintre du moment à l’heure de la crise du coronavirus. Les images d’Edward Hopper sont fortement évocatrices de situations et d’émotions vécues partout au monde dans le contexte actuel: des villes et des paysages déserts, une distanciation physique et sociale, l’isolation, la solitude, l’attente et l’espérance, le caractère soudainement énigmatique et étrange revêtu par nos environnements familiers, une menace invisible etc.


Le grand cinéaste allemand Wim Wenders a réalisé un court-métrage 3D intitulé Two or Three Things I Know about Edward Hopper, projeté en exclusivité à la Fondation Beyeler. Le film est l’hommage personnel de
Wim Wenders à Edward Hopper, qui l’a marqué durablement et a influencé
son œuvre cinématographique tout comme celui d’autres réalisateurs de premier plan, d’Alfred Hitchcock à Roman Polanski. Le plan de protection mis en place limite fortement le nombre de spectateurs que peut accueillir la salle de projection: les billets pour le film de Wim Wenders doivent donc dorénavant être réservés en ligne.

«Voir le silence – Images de quiétude»
visionnez ci-dessus la vidéo sous la conduite de Raphaël Bouvier

La présentation de la collection «Voir le silence – Images de quiétude»
est elle aussi prolongée jusqu’au 26 juillet. Elle présente des œuvres de l’art moderne et contemporain qui traitent de différents aspects du silence et de la quiétude – natures mortes, paysages contemplatifs, images de sommeil et de dernier repos. L’exposition donne à voir plus de 100 œuvres de Claude Monet, Paul Cézanne, Pablo Picasso, Fernand Léger, Piet Mondrian, Hans Arp, Alberto Giacometti, Mark Rothko, Andy Warhol, Richard Serra, Gerhard Richter, Marlene Dumas et bien d’autres. Pendant la parenthèse forcée de la crise du coronavirus, cette exposition a elle aussi accédé à une signification nouvelle. Ceux qui aspirent à une visite de musée contemplative, riche en expériences d’une grande émotion, pourront puiser beaucoup de force dans ces visions de silence et ces images de quiétude.

Exposition «Goya»: ce n’est que partie remise
La grande exposition «Goya» de la Fondation Beyeler, qui était prévue du 17 mai au 16 août, est reportée en raison de la crise du coronavirus. Développée au cours de plusieurs années de coopération avec le Museo Nacional del Prado à Madrid, elle réunit des peintures, dessins et gravures rarement exposés en provenance de collections privées espagnoles avec des œuvres clé de collections privées et de musées européens et américains de premier plan. En raison de la situation incertaine et de la restriction du trafic de prêt international, les nouvelles dates de l’exposition ne sont pas encore fixées. Elles devraient pouvoir être communiquées en juin.

La sécurité avant tout pour les visiteurs et le personnel :

La sécurité des visiteurs et des collaborateurs demeure  la priorité première.
La Fondation Beyeler a donc élaboré un plan de protection complet qui met en œuvre les ordonnances COVID-19 du Conseil fédéral et introduit des mesures supplémentaires d’optimisation des flux de visiteurs. Ces mesures incluent entre autres:

# restriction du nombre de visiteurs au moyen de billets en ligne à créneau horaire déterminé, disponibles à la réservation dès le jeudi 7 mai sur www.fondationbeyeler.ch.
Cette réglementation s’applique aussi à tous les billets valables déjà achetés ainsi qu’aux détenteurs de bons, d’adhésions et de la BaselCard. Des informations plus détaillées sont disponibles sur le site web.

  • Modification de la circulation des visiteurs dans le parc et dans le musée, avec des points distincts d’entrée et de sortie
  • Nouvel accueil des visiteurs et vestiaire dans des bâtiments annexes du musée
  • Désinfectant pour les mains mis à disposition en différents endroits clé du musée pour les visiteurs et le personnel
  • Mesures renforcées de nettoyage et d’hygiène pour les infrastructures du musée

 Restaurant et Bistro BEY
Depuis le lundi 11 mai, le Beyeler Restaurant im Park n’a ouvert dans un premier temps que sa terrasse. Il y met en œuvre un plan de protection correspondant aux mesures préconisées par le Conseil fédéral pour les établissements de restauration. L’offre de plats et de boissons est adaptée à la situation. Le restaurant propose par ailleurs des paniers déjeuner disponibles à la réservation par le biais de la billetterie en ligne, permettant d’agrémenter la visite du musée d’un pique-nique dans le parc. Le Bistro BEY reste fermé jusqu’à nouvel ordre.

Parc de la Fondation Beyeler
Au cours de ces mois de confinement, le contact avec la nature a révélé toute son importance. Le vaste parc de la Fondation Beyeler avec ses trois étangs à nénuphars invite les visiteurs à s’attarder et prendre leur temps. Le printemps est arrivé. Les magnolias, les rhododendrons et les azalées nous offrent la pleine splendeur de leur floraison. La nature environnante autour des Lange Erlen permet de longues promenades.

LES OFFRES EN LIGNE DE LA FONDATION BEYELER :
Afin de pouvoir continuer à vous proposer un accès à l’art pendant la fermeture temporaire du musée due à la pandémie du coronavirus, la Fondation Beyeler a encore élargi ses activités en ligne. Outre notre programme existant comme nos Artist Talks ou nos séries thématiques diffusées sur les réseaux sociaux, nous avons développé pour vous et vos familles des formats nouveaux et spécifiques.

Vue d’ensemble

   Send article as PDF   

Circular Flow – De l’économie des inégalités, Gegenwart Kunstmuseum Basel

Ulrike Grossarth; 16 moving things; Dresden, 2005

Jusqu’au 19 juillet 2020, au Kunstmuseum Basel | Gegenwart
Circular Flow – de l’économie des inégalités

Commissaire : Søren Grammel avec Stefanie Thierstein, Philipp Selzer
et Eva Falge
Cette exposition vue avant le Covid-19 est non sans relation avec celle de la Kunsthalle de Mulhouse, « Algotaylorism«  qui s’attache à la question du taylorisme algorithmique qui est cette division du travail poussée à l’extrême 

                  Lisa Rave Film Still

Changement climatique et pollution environnementale, guerres régionales et conflits relatifs à la répartition, chômage de masse, répartition inégale des richesses, nationalisme : face aux nombreux problèmes qui poussent des millions d’individus à migrer malgré eux, de plus en plus de gens s’interrogent sur les conséquences sociales, écologiques et politiques de ce processus complexe que l’on désigne communément sous le terme de
« mondialisation ».

L’exposition Circular Flow.
De l’économie des inégalités réunit au Kunstmuseum Basel | Gegenwart
15 approches artistiques qui explorent les principes de l’économie parallèlement à ces problématiques sociétales.
Des œuvres anciennes de la collection du Kunstmuseum permettent en outre d’établir des liens entre les périodes coloniales et postcoloniales
de la mondialisation. Ce projet ne met en cause ni l’idée ni la réalité d’un monde interconnecté à l’échelle politique, économique et culturelle, mais tend au contraire à renforcer les approches sociétales favorisant une mise en œuvre socialement juste et écologique du processus de mondialisation. La critique du système capitaliste qui a fait du monde une marchandise constitue le cœur du débat.

L’exemple des migrations

Un chapitre de l’exposition est consacré au lien entre les causes contraignant toujours plus d’individus à fuir leur pays et la dynamique impériale sans précédent qui a mené au déploiement de l’Europe aux XVe, XVIe et XVIIe siècles et qui marque le monde politique jusqu’à aujourd’hui. En raison de l’actualité brûlante de ce thème, l’exposition commence par l’image du camp, plus précisément du camp de réfugiés.

En haut/en bas, à l’intérieur/à l’extérieur, ouvrir/fermer – le système du camp cristallise, d’un point de vue pratique et métaphorique, les contradictions de la politique actuelle. Fin 2018, plus de 70 millions de personnes se trouvaient en situation de fuite de par le monde. Parmi celles-ci, seules 3,5 millions ont déposé une demande d’asile dans des pays membres de l’UE à partir de 2015. Pourtant, en mars 2016, l’accord UE-Turquie a été signé en raison de fortes pressions politiques.
Depuis, 20 000 personnes (donnée de septembre 2019) attendent dans des
« centres de premier accueil » sur les îles de Lesbos, Chios, Samos, Leros
et Kos conçus à l’origine pour accueillir 6 500 personnes.
Violences (sexuelles), criminalité, incendies et émeutes ponctuent le quotidien dans ces camps surpeuplés.

Durant un séjour de plusieurs années en Grèce, l’artiste irlandais Richard Mosse (*1980) a filmé le centre de « Moria » à Lesbos, visé par de nombreuses critiques, à l’aide d’une caméra de surveillance infrarouge utilisée par l’armée. Cette technologie est capable de rendre très nettement la chaleur corporelle que dégage un homme se trouvant à 30 kilomètres. Les personnes ainsi filmées ne sont pas perceptibles sous la forme d’individus, mais comme des figures abstraites produites par leur image thermique.

Les prises de vue de Mosse ont donné naissance à Grid (Moria) : un mur vidéo hightech constitué de 16 écrans plats de grand format montre la vie quotidienne dans le camp sous la forme d’un flot continu d’images panoramiques aux mouvements intermittents. Cette installation vidéo se présente comme une trame dans les deux sens du terme, autant architecturale qu’humaine, dans l’économie logistique de laquelle les personnes en fuite se retrouvent et – par analogie avec ladite technique filmique – sont réduites à des entités abstraites. Les images montrent des gens dans des files d’attente ou transportant des biens de première nécessité de manière improvisée, mais aussi des tentes, des fils à linge bricolés et des clôtures de fils barbelés. À travers le dispositif de présentation de l’œuvre, l’artiste joue avec le rapport entre la perspective de l’observateur et celle du surveillant et pose, par là-même, la question de la responsabilité commune de ceux qui vivent dans la réalité à l’extérieur d’un camp.

L’exemple des ressources
D’autres artistes s’intéressent à l’existence d’interdépendances complexes entre l’économie et la politique sous l’angle du commerce mondial des matières premières ou des brevets portant sur des ressources vitales comme les semences (Andreas Siekmann),vidéo

les terres rares (Lisa Rave) ou l’eau. L’œuvre Petropolitics conçue par le duo d’artistes Bureau d’Études pour l’exposition est consacrée aux développements passés et présents du commerce international du pétrole depuis le début du XXe siècle jusqu’à nos jours.


Les artistes ont enquêté sur les relations complexes entre les États et les organisations transnationales comme les think tanks, les entreprises financières, les instances de régulation, les services de renseignement, les groupes de médias ou les fabricants d’armes. Les artistes ont pour habitude de transcrire leurs résultats sous forme de cartographies et de diagrammes visuels qui sont ensuite publiés. Pour le Kunstmuseum Basel, ils ont réalisé une tapisserie murale mesurant plus de 14 mètres de longueur.

L’exemple du monde du travail

Une autre section de l’exposition accorde une place centrale aux changements dans le monde du travail dont la compétitivité internationale, qui s’inscrit dans le sillage de la réduction des obstacles au commerce à l’échelle mondiale, en constitue le leitmotiv.

Dans une nouvelle installation vidéo sur 5 canaux intitulée Crowds (Foules), l’artiste canadienne Melanie Gilligan (*1979) présente les injustices sociales engendrées par l’économie capitaliste à travers le portrait d’Irene, la protagoniste, qu’elle suit dans sa recherche d’emploi dans le secteur tertiaire à travers la ville d’Orlando (en Floride). L’espace urbain est marqué par la présence de bâtiments de l’industrie du divertissement et des chaînes de fast-food et semble n’être réservé qu’au tourisme et à la consommation.

Les impressions recueillies par Gilligan durant son enquête sur la vie précaire de nombreux citoyen.ne.s marquée par des emplois à taux horaire peu rémunérés sont traités à travers des mises en scène filmées du quotidien. Dans le même temps, l’artiste témoigne de formes d’autogestion et de protestation publique des personnes concernées contre la perte de leurs droits.

Tandis que le travail ne cesse de se caractériser par des emplois et des services postfordistes dans les anciens pays industrialisés, la délocalisation de la production dans d’autres parties du monde a mené à l’émergence d’un nouveau prolétariat à bas salaires. Le documentariste chinois Wang Bing témoigne de cette réalité à travers son œuvre 15 Hours (2017).

Wang y suit un groupe de travailleur.euse.s dans une usine textile de la province chinoise du Zhejiang. En employant simultanément 300 000 travailleurs migrants, le complexe dépasse les proportions d’une petite ville européenne. Rémunérés à la tâche, les ouvriers fabriquent des milliers de vêtements, de 8h à 23h, sept jours par semaine. D’une durée de 15 heures – qui met autant au défi la patience du visiteur de musée que les horaires d’ouverture d’une institution artistique – le film correspond exactement à la durée d’une tranche horaire habituelle de travail posté. Le film de Wang rappelle que les inégalités ne sont pas seulement un aspect de l’économie globale, mais qu’elles en constituent le principe fondamental. Ainsi, selon le Global Wealth Report du Credit Suisse,
le décile le plus riche de la population mondiale adulte détenait l’an dernier 85% du total de la richesse mondiale (le 1% le plus riche en détenait 47% à lui seul). Les 64% les plus pauvres de la population mondiale se partagent inversement 2% de la richesse mondiale.

voir sous (Algotaylorism)

À l’automne 2018, à l’occasion de la publication d’un article des chercheurs Kate Crawford et Vladan Joler1, le monde apprenait, éberlué, le dépôt par Amazon, deux ans plus tôt, d’un brevet décrivant
« une cage métallique destinée au travailleur, équipée de différents accessoires cybernétiques, qui peut être déplacée dans un entrepôt par le même système motorisé qui déplace les étagères remplies de marchandises »

Simon Denny (vidéo) —–>

Ces cages étaient destinées à introduire des travailleurs humains dans la zone d’exclusion humaine de ses entrepôts. Car, si l’entreprise la plus puissante au monde2 utilise une main d’œuvre abondamment robotique, notamment pour le traitement de ses expéditions, elle continue de faire appel à des êtres humains pour certaines tâches, bien que ces derniers ne soient pas corvéables à merci comme ses betty bots qui, hormis pour recharger leur batterie, ne s’arrêtent jamais de travailler. Dans les entrepôts, c’est l’organisation algorithmique qui prévaut, les objets étant classés et agencés selon un ordre destiné à optimiser les allées et venues des robots qui vont et viennent chargés d’étagères emplies de marchandises. La cage, de dimensions équivalentes à celles d’une étagère, aurait été transportée de la même manière, soulevée puis acheminée par ces infatigables travailleurs mécaniques, en un paroxysme de la soumission du travailleur humain à la régie algorithmique. Simon Denny en présente ici le brevet, sculpté à l’imprimante 3D pour en faire ressortir les éléments saillants, au sens propre comme figuré.


                    Brueghel

Liste des artistes
Pour illustrer ces problématiques liées à la mondialisation et d’autres encore, l’exposition présente des œuvres de
Ursula Biemann, Bureau d’Études, Alice Creischer, Simon Denny, Melanie Gilligan, Ulrike Grossarth, Jan Peter Hammer, Fred Lonidier, Richard Mosse, Marion von Osten, Lisa Rave, Claus Richter, Cameron Rowland, Andreas Siekmann et Wang Bing.



                    Pieter Brueghel l’Ancien

Aux côtés des artistes invités, l’exposition intègre des œuvres de la collection du Kunstmuseum Basel dont celles de Pieter Brueghel l’Ancien, Emanuel Büchel, Paul Gauguin, Hans Holbein le Jeune ou Maria Sibylla Merian – ainsi le Paysage brésilien du peintre néerlandais Frans Post qui accompagna le gouverneur général de la Compagnie des Indes occidentales au milieu du XVIIe siècle au Nord-Est du Brésil et dont l’œuvre peut être également interprétée comme un document consacré à la première mondialisation coloniale et à ses mécanismes de répression.

                         Claus Richter; Omnia peribunt; 2019

Publication Dans le cadre de l’exposition paraît un livret en langue anglaise avec des contributions de Bureau d’Études, Colin Crouch, Alice Creischer, Simon Denny, Melanie Gilligan, Jan Peter Hammer, Sybille Krämer, Stephan Lessenich, Achille Mbembe, Lisa Rave, Andreas Siekmann et Hito Steyerl.

Situé St. Alban-Rheinweg, celui-ci se nomme désormais Kunstmuseum Basel | Gegenwart. Il s’agit d’un établissement commun à la Emanuel Hoffmann-Stiftung, à la Christoph Merian Stiftung et au canton de Bâle-Ville. Il doit son existence à un don de la fondatrice de la Emanuel Hoffmann-Stiftung (Maja Sacher-Stehlin), de sa famille et de la fondation elle-même. Les biens fonciers appartenant au canton de Bâle-Ville ont été mis à disposition par la Christoph Merian Stiftung.

 

   Send article as PDF   

Sommaire du mois d’avril 2020

Le confinement est en train de modifier les modes de « consommation » de la culture, avec une mise à disposition de contenus inédits sur la toile dont les ex-visiteurs sont très friands. Plus que tout, la culture est le socle commun de notre humanité durant ces temps difficiles. D’où l’intérêt d’une réflexion poussée dans notre communauté.

Les différences entre le réel et le virtuel ?
Le coeur  palpite à l’idée de pénétrer dans un musée. Les sens. L’odeur. Le parquet qui craque. Un rayon de lumière sur la toile. Le toucher de la pierre des escaliers. L’envie d’embrasser le Scribe. L’émotion. En rêver sur le chemin du retour.

Pourquoi se déplacer pour voir les oeuvres, puisqu’on peut les voir aussi bien sur un écran ?
Le virtuel n’est pas opposé à la rêverie poétique. Autant la visite réelle laisse une trace dans la mémoire, celle virtuelle permet d’y revenir. C’est pourquoi personnellement j’aime en plus prendre des photos, afin de me replonger dans l’ambiance et de retrouver les détails admirés.

Une visite réelle se compose de trois éléments :
– les oeuvres
– un lieu
– une durée
Le musée est un lieu que l’on parcourt physiquement, une temporalité qui s’étale dans la durée, à l’opposé du zapping du net. Le virtuel est un substitut,
considéré comme une introduction à la visite réelle, il ne rend que très rarement compte du lieu, de la vision exacte de l’oeuvre, de la dimension, des couleurs.
Rien n’est plus triste qu’un musée fermé.
Grand merci à tous ces musées et artistes qui nous permettent des visites virtuelles
et vive le déconfinement

La Fondation Beyeler rouvre ses portes le lundi 11 mai 2020.

Les expositions «Edward Hopper» et «Voir le silence – Images de quiétude» sont prolongées jusqu’au 26 juillet, l’exposition «Goya» est reportée.

25 avril 2020 : Van Eyck. Une Révolution Optique
22 avril 2020 : À La Rencontre de Böcklin
19 avril 2020 : Pascal Henri Poirot
17 avril 2020 : Léa Barbazanges
12 avril 2020 : Joyeuses Pâques
08 avril 2020 : Fondation Fernet Branca
06 avril 2020 :  TINGUELY @ HOME

   Send article as PDF