Kara Walker

Jusqu’au 26.09.2021, au Kunstmuseum Basel | Neubau
Commissaire : Anita Haldemann

A Black Hole Is Everything a Star Longs to Be

À travers la première grande exposition suisse consacrée à l’artiste noire américaine Kara Walker (*1969), le Kunstmuseum Basel présente plus de
600 travaux sur papier provenant de ses archives personnelles jamais exposés auparavant. Ces oeuvres de ces 28 dernières années figurent aux côtés de dessins inédits abordant des sujets contemporains, à l’instar de l’héritage de Barack Obama.
Kara Walker  explore, détourne et dénonce les représentations du racisme et de l’Etranger, des plus insidieuses au plus innommables.
C’est une incroyable interpellation lorsque l’on pénètre dans les salles du musée, qui vous saisit, on est partagé entre l’horreur, la curiosité devant l’imagination créative, mais aussi le rire, car elle manie l’humour avec bonheur. L’ensemble est présenté comme une grande installation que l’artiste veut « désordonnée » mais qui montre sans filtre la pensée et le processus de son travail.

                                            The Right Side, 2018

Sujet d’actualité

Kara Walker compte parmi les artistes de premier plan aux États-Unis. À l’aide de techniques artistiques traditionnelles, elle crée des oeuvres provocatrices d’un raffinement extraordinaire abordant l’histoire, les relations raciales, les rôles de genre, la sexualité et la violence. Walker ne propose pas de se réconcilier avec le passé, mais incite plutôt le spectateur à remettre en question les récits établis et les mythes tenaces. Découpages subtiles, dessins et aquarelles souvent réunis en grandes installations murales garnissent les cimaises du – 1 du Kunsmuseum. Sans aucun ménagement, elle analyse des conflits profondément enracinés et des injustices sociales persistantes. Au regard du mouvement Black Lives Matter qui a également retenu l’attention à la lumière des derniers événements, l’oeuvre de Kara Walker s’inscrit plus que jamais dans l’actualité.

La traite, l'esclavage, le racisme : impossible, pense-t-on, d'en faire des thèmes pour des oeuvres d'art, à moins que celles-ci soient de dénonciation ou de commémoration, les seules tonalités acceptables. Ce sont des sujets trop graves et douloureux pour qu'une autre manière soit seulement possible.

Kara Walker montre qu'il n'en est rien. Que le rire léger ou gras, la facétie poétique ou scabreuse, l'allégorie absurde ou fantastique sont autant de modes acceptables s'ils sont employés avec justesse ; et qu'ils sont aujourd'hui bien plus troublants que la réprobation grandiloquente, devenue la plus banale figure de style du "politically correct", en France autant qu'ailleurs. Philippe Dagen, Le Monde

Sa pratique

Au milieu des années 1990, l’artiste a acquis une renommée grâce à ses silhouettes de papier découpé se déployant sur les murs. À l’hiver 2019/2020, son imposante sculpture Fons Americanus présentée à la Tate Modern de Londres a fait les gros titres. Le dessin sur papier reste cependant au fondement de la pratique artistique de Kara Walker. Pour l’exposition bâloise, l’artiste ouvre pour la première fois ses archives bien gardées et offre un aperçu sans précédent de sa pratique. De petites esquisses, des études, des collages et de grands formats élaborés avec minutie apparaissent aux côtés de notes de journal, de pensées dactylographiées sur des fiches et de dessins de rêves. L’intimité de chaque page individuelle contraste avec l’étonnante diversité des oeuvres : en s’approchant et s’éloignant, le spectateur devient le témoin oculaire de la genèse de l’art de Walker, en observant la manière dont elle transcrit sa pensée sur le papier, invente, adapte et transforme figures et récits.Ses silhouettes découpées dans du papier noir, inspiré d’un Sud mythique d’avant la guerre de Sécession, ne sont pas sans évoquer un autre artiste de la dénonciation du traitement infligé à la population des immigrés, William Kentridge . (présenté en 2019, au Kunstmuseum Basel | Gegenwart)

Yesterdayness in America Today, 2020

Les portraits

À la différence de ses élégants panoramas de silhouettes, ses dessins semblent contenir davantage de spontanéité et d’émotion. Souvent réalisés au pinceau, ils possèdent une dynamique fluide et ouverte. Walker questionne sa propre identité – en tant qu’artiste, noire, femme et mère – tant sur le plan personnel que dans le contexte socio-politique d’événements actuels. Pour l’exposition, elle a ainsi réalisé quatre portraits saisissants de la présidence et de l’héritage de Barack Obama. Kara Walker le montre comme un Saint Antoine martyrisé,
le saint patron des choses perdues, ou en tant que chef tribal africain. En fait elle n’idéalise pas le premier président noir des États-Unis, elle le fantasme, en le présentant comme Othello, le maure, tenant sur ses genoux la tête de Iago : Obama tient dans ses mains la tête blonde sectionnée de son successeur…
Un pastel énigmatique intitulé Allégorie des années Obama montre l’ancien président dans le ciel, brillant et divin, alors que des nuages ​​sombres se rapprochent. Une silhouette pleure en bas, comme si elle assistait à la disparition de l’espoir incarner.
En traquant toutes les incarnations du racisme, elle dessille nos yeux et nos conformismes sur les représentations des Noirs et de l’Etranger.

Également visible, un travail en 38 parties intitulé
The Gross Clinician Presents: Pater Gravidam qui aborde des questions relatives à l’inspiration et à la créativité, ainsi qu’aux traditions du dessin pour lesquelles le Kupferstichkabinett (cabinet des arts graphiques) possède de nombreux exemples.

The Gross Clinician Presents: Pater Gravidam

Eléments biographiques

Née en 1969 à Stockton, en Californie, Kara Walker s’installe à Atlanta, en Georgie, avec sa famille à l’âge de treize ans. Elle étudie au Atlanta College of Art (Bachelor of Fine Arts en 1991) puis à la prestigieuse Rhode Island School of Design (Master of Fine Arts en 1994).
Kara Walker a reçu de nombreuses distinctions pour son oeuvre, dont le John D. and Catherine T. MacArthur Foundation Achievement Award en 1997 et le Eileen Harris Norton Fellowship en 2008. Elle est membre de l’American Academy of Arts and Letters (élue en 2012) et de la American Philosophical Society (élue en 2018). En 2019, elle est nommée Honorary Royal Academician par la Royal Academy of Arts de Londres.
Ses oeuvres sont représentées au sein de musées et de collections publiques de renom aux États-Unis et en Europe, à l’instar du Kupferstichkabinett du Kunstmuseum Basel, du Solomon R. Guggenheim Museum à New York, du Museum of Modern Art à New York, du Metropolitan Museum of Art à New York, de la Tate Gallery à Londres, du Museo Nazionale delle Arti del XXI secolo (MAXXI) à Rome et de la Sammlung der Deutschen Bank à Francfort-sur-le-Main.
L’artiste vit et travaille à New York.

Le catalogue

Dans le cadre de l’exposition, un catalogue abondamment illustré avec des contributions de l’artiste, d’Anita Haldeman, Aria Dean et Maurice Berger a paru chez JPR Editions (ISBN 978-3-03764-558-1).

Horaires

MA 10H00–18H00
ME 10H00–20H00
JE–DI 10H00–18H00

Entrée libre dans la collection et les expositions temporaires:
mar, mer, jeu et ven de 17h, ainsi que le 1er dimanche du mois.
En règle générale, l’entrée libre n’est pas valable pour les grandes expositions temporaires. 

Attention le tram 2 ne s’arrête pas devant le musée, il faut descendre à l’arrêt Bankverein

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Bruce Conner – Light out of Darkness

Jusqu’au 28 novembre 2021, au musée Tinguely de Bâle
C’est la lumière des ténèbres, de la pure sidération, devant la beauté de ces images si dévastatrices du monde. Il vous faut prendre votre temps pour regarder les films expérimentaux de Bruce Conner.

L’exposition Light out of Darkness fait référence à un projet d’exposition personnelle et éponyme, destiné à l’origine au University Art Museum de Berkeley dans le milieu des années 1980, mais non réalisé. Une des raisons notoires de cet échec est que Conner refusait tout compromis avec les institutions dictant elles-mêmes leurs règles à l’art et aux artistes.
« La lumière des ténèbres » souligne le caractère expérimental de son œuvre cinématographique qui, dans les premières réalisations notamment, questionne avec fulgurance les possibilités perceptives. En tant que dualité symbolique, la lumière et l’obscurité illustrent la pensée de l’artiste, ses antagonismes, ses métaphores, ses mysticismes.

CROSSROADS (1976)

Bruce Conner (1933-2008) est connu à la fois pour son approche critique, et légendaire, du monde de l’art que comme l’inventeur du clip vidéo. Il est l’un des artistes les plus marquants du XXe siècle, un artiste parmi les artistes. L’exposition «Bruce Conner. Light out of Darkness» présente au Musée Tinguely du 5 mai au 28 novembre montre son travail cinématographique expérimental à travers une sélection représentative de neuf films, dont CROSSROADS (1976) : cette étude de 36 minutes, qui rassemble des séquences des premiers essais nucléaires sous-marins menés par les États-Unis en 1946 près de l’atoll de Bikini, dit l’horreur et la sublimité de cet événement apocalyptique.

Ses œuvres, réalisées avec les médias les plus divers, sont radicales et multiples, d’une beauté envoûtante et d’une noirceur terrifiante, politiques, subversives, toute en force et sensualité, immédiatement saisissantes. Nombre de ses premiers collages, assemblages et installations – conçus à partir de matériaux de fortune comme le nylon, la cire ou des textiles usés – ne sont que très rarement visibles du fait de leur fragilité. La posture de Conner est anarchiste, elle mêle l’ironie mordante et l’engagement sans limite, aussi loin que possible du marché de l’art.

MEA CULPA

MEA CULPA est un chef-d’œuvre d’échantillonnage visuel.

se concentre ici sur le recyclage des animations graphiques historiques des films éducatifs sur la physique. Par-dessus la « basse continue » répétitive des représentations du courant électrique et des effets thermodynamiques, il illustre le rythme pulsé du morceau musical en polarisant le noir et le blanc, les mouvements de propagation à travers des points et des corps en collision ou des assauts visuels stroboscopiques. L’idée d’une coopération est venue de David Byrne, qui était fasciné par les films de Conner depuis l’époque de ses études. Pour l’album My Life in the Bush of Ghosts, né de la collaboration expérimentale entre Byrne et Brian Eno, les deux musiciens ont utilisé exclusivement des échantillons de voix trouvés.


Bien que, pour des raisons de droits d’auteur, les films de Conner aient rarement été diffusés sur MTV, ses techniques cinématographiques – plan sur plan, flash frames, scintillement, montage inversé, coupe rapide, expositions doubles et multiples, utilisation d’images trouvées –, ont façonné le cinéma expérimental de son époque puis, plus tard, la première phase des vidéos musicales de MTV.

« Baker

« Operation Crossroads », tel est le nom donné par l’armée américaine à une série d’essais nucléaires effectués au cours de l’été 1946 sur l’atoll de Bikini, dans le Pacifique. Conner a réussi à obtenir les prises de vues – mises sous scellés aux National Archives – de la seconde explosion dite « Baker ». L’objectif de « Baker » était d’étudier l’impact d’une explosion sous-marine sur des navires à proximité immédiate, ce pour quoi ont été utilisés principalement des navires de guerre japonais capturés. Pour filmer la déflagration sous tous les angles, l’armée américaine a mis en place, sur terre, en mer et dans les airs, des centaines de caméras, dont certaines à haute vitesse.

Bruce Conner, CROSSROADS, 1976 (Filmstill)

Les images de «Baker » illustrent non seulement l’horreur atomique, mais aussi les phénomènes inédits, et hautement esthétiques, d’une puissance physique élémentaire et visualisable : symétrie du nuage atomique en forme de champignon couronné par un écran de vapeur chaude et de matériaux projetés à des kilomètres de hauteur ; axe cylindrique clairement délimité de la colonne d’eau avec la texture poudreuse des éjections horizontales ; anneaux d’énergies cinétiques se propageant horizontalement et verticalement, excentrés, à des vitesses soniques et supersoniques. Dans ces images, Conner puise le sublime et l’exubérance visuelle avec lesquels il peut créer – sans davantage de montage – un film dramatique tout en répétition et juxtaposition. Il trouve là également des représentations iconiques et médiatiques singulières qui marquent aujourd’hui encore l’image des explosions atomiques. Pour la première partie, Patrick Gleeson a enregistré une bande-son atmosphérique mixée pour évoquer une présence indirecte. Terry Riley a composé le son électronique hypnotique de la deuxième partie du film.

A MOVIE

En 1958, avec un budget de production de trois dollars, Conner réalise son premier film à partir d’images reprises de journaux télévisés, films de série B ou amorces de pellicules. Avec cette expérience cinématographique radicale, il déconstruit et reconstruit les techniques de la réalisation et du récit, tout en explorant les limites de la perception rétinienne par des effets de sur-stimulation, d’éblouissement, de fondu et d’images rémanentes. A MOVIE concatène des séquences spectaculaires, exacerbées, en une suite d’actions nouvelle et ouverte, sans début ni fin, et à lecture multiple, qui donne ainsi un
« méta film ». Le compte à rebours – interrompu par l’apparition incongrue d’une femme presque nue retirant son bas – devient partie intégrante de l’action. Le titre A MOVIE revient sans cesse, tout comme « THE END » ou le nom de l’auteur « BRUCE CONNER ».

                         Bruce Conner, A MOVIE, 1958 (Filmstill)
                               16mm, b/w, sound, 12 min.

Les scènes de poursuite avec des cavaliers et des chariots bâchés de western enchaînent pour mener à une gigantesque course d’éléphants, de locomotives à vapeur et de voitures, puis à une série d’accidents et de catastrophes. Par un périscope, le capitaine d’un sous-marin aperçoit une pin-up et lance sur elle une torpille qui déclenche une explosion atomique ; d’énormes vagues font alors chavirer les bateaux et chuter des skieurs nautiques. Le jeu de Conner est à la fois cocasse et tragique. Il montre à quel point la chorégraphie visuelle médiatique peut manipuler les contenus et quel impact la musique a sur la perception. Exemple : l’image des soldats tués sous-tendue par un fortissimo héroïque des Pins de Rome d’Ottorino Respighi.

Pour la toute première fois, A MOVIE peut être vu en projection arrière dans un cube de 3×3 mètres, ce qui répond du reste au souhait, jadis irréalisable, de l’artiste d’obtenir une présence aussi forte que possible. La boucle n’a ni début ni fin. Dans l’imagination de Conner, le film aurait dû être augmenté par des interventions acoustiques alternant sans cesse et donnant à vivre chaque fois une expérience nouvelle. Les œuvres de Conner ont de caractéristique qu’elles peuvent être inlassablement revues et relues.

Informations pratique

Le Musée Tinguely vous accueille aux horaires normales en applicant son protocole sanitaire.
Paul Sacher-Anlage 2
Postfach 3255
CH-4002 Basel
Musée: +41 61 681 93 20
Bistro: +41 61 688 94 58

Heures d’ouverture
Du mardi au dimanche 11 – 18h
Fermé le lundi

Horaires Spéciaux / Coronavirus

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Georges Senga, photographe congolais

Nom : Senga Assani
Prénom : Georges
Profession : photographe
Signe particulier : pensionnaire de la Villa Médicis 2020/2021

 

                      Photo © Aleksandar Topalovic

Si la Covid-19, croit qu’elle va limiter ma curiosité elle est se trompe, allègrement. Je vais aller au-delà des frontières et faire un périple assez
incroyable pour suivre le photographe Georges Senga (site), de son Congo natal, à travers tous ses ateliers, résidences et expositions, en Allemagne, aux Pays Bas, en Belgique, aux US, jusqu’à sa sélection comme pensionnaire de la Villa Medicis, cuvée 2020/2021. Georges Senga(vidéo) est né en 1983 à Lubumbashi. Le travail de cet artiste oscille entre réalité documentaire, traces post-coloniales, tradition orale et histoire personnelle

Entretien au-delà des frontières

Comment es-tu venu à la photo ?
 Je suis devenue photographe fin 2007, et ma carrière s’est lancée avec  la première édition de la biennale de Lubumbashi, curator par Marie-Françoise Plissart

Tes études ?
Science du langage, langues et affaires à l’Université de Lubumbashi en 2009

Tes parents étaient ils photographe, t’ont-ils encouragé ?
Mes parents n’étaient pas photographe, mais dans notre société quand les parents t’envoient à l’université, c’est pour être un cadre dans une société sur place. Et quand tu te lances dans une carrière d’artistes ce n’est pas  facile

Comment as-tu été sélectionné à la villa Medicis ?
J’ai postulé 3 fois à la villa Medicis avec 3 projets différents, c’est le troisième projet qui a été sélectionné.

En quoi consiste ton travail là-bas :
Le projet  s’intitule
« Comment un petit chasseur noir Païen devient prêtre Catholique »,
projet né à la suite de sa rencontre en 2017 avec la fille d’un prêtre catholique, qui par sa fonction, n’aurait pas dû avoir d’enfants. Au cours de cette rencontre, la fille du prêtre dévoile un sac contenant plusieurs diapositives non datées, appartenant au père décédé en 1989. Le projet que je  retrace est le parcours de ce prêtre catholique du nom de Bonaventure Salumu, depuis son village jusqu’à son séjour en Europe.

Y es-tu seul, en famille ?
Je suis en famille avec ma femme et mon fils


Pour combien de temps ?
Depuis septembre 2020 jusqu’en août 2021

Dois-tu produire un « chef d’œuvre » ?
Je dois produire un livre, alliant texte et photographies

Comment définirais-tu ta pratique?
Je développe mon travail photographique autour de l’histoire et des histoires qui se révèlent dans « la mémoire, l’identité et l’héritage », éclairant nos actes et le présent. Trois de mes projets explorent ainsi la mémoire, à la quête des résonances que les hommes, leurs faits et objets laissent, et la résilience de la mémoire dans son pays.

Fais-tu des essais, avec des modèles, des familiers ?
Je travaille sur des portraits parfois dans ma démarche artistique, dont est fait le récit

Quand travailles-tu ?
 Cela dépend, mais je travaille beaucoup la journée

A quel endroit ? maison, atelier, nature ?
A l’atelier

As-tu des horaires définis ?
Non

Un sujet de prédilection ?
Non

Ta technique, argentique numérique autre ?…
Numérique

L’ambiance, musique, silence, intérieur, extérieur ?
J’aime bien travailler avec la musique, mais cela dépend des jours

Tes maîtres ?
Marie-françoise Plissart, elle s’est intéressée aux rapports qui peuvent s’installer entre un texte et une image. C’est aussi ma démarche.

Tes références photographiques, littéraires ?
Le couple Becher, ce couple de photographes allemands qui depuis les années 50 photographient des bâtiments industriels comme des puits de mine, des châteaux d’eau, des usines ou des silos à grains.

Qu’est  devenu ton travail pendant le confinement ?
Mon travail était aussi affecté, car beaucoup d’expositions ont été annulées et repoussées, mais j’ai travaillé beaucoup sur l’édition des mes projets

Le confinement est-il une source de création et de recherches plastiques ?
Pour moi, non

Que cherches-tu à exprimer dans ton travail, qui ne serait pas possible avec des mots ?
La photographie est un moyen plus personnel de parler de ce que j’estime important à partager avec le monde. Un rappel aux sources sur le plan général

Quand as-tu décidé d’exposer ton travail, cela consistait en quoi ?
En 2008,  à la Biennale de Lubumbashi, puis en 2010, 2013, 2015 et 2019, Les travaux personnels dans des expositions collectives.

D’autres expositions, peux-tu développer ?
Asbl Dialogues en 2013, Biennale de Bamako en 2011, 2015 et 2017,

– « Une vie après la mort » sur Patrice Lumumba a été exposé aux Dialogues de la Galerie d’art contemporain du Musée national de Lubumbashi en 2013, à la Biennale de Kampala, à l’ADDIS PHOTOFEST en 2014, au Centre culturel BRASS à Bruxelles, et à la Biennale de Bamako (où il obtient le Leon African Award en 2015). Cette série traite du passage du temps et de l’intemporalité de ce que Lumumba signifie.

– De septembre 2015 à février 2017 en résidence à la Solitude Academy de Stuttgart en Allemagne, j’ai réalisé une autre nouvelle série

                              photo Georges Senga

« Cette maison n’est pas à vendre et à vendre »
entre Lubumbashi en RD Congo et Sao Paolo au Brésil. Cette série exploite la commune KATUBA à Lubumbashi une ville du sud de la RD Congo. Katuba divisée par quartiers (Katuba 1er, deux et trois) était l’une des municipalités créées grâce à un prêt d’une société FUND ADVANCED à l’époque coloniale dans les années 1945.
– Addis Fotofest en 2014 et 2018, – Kampala Biennale en 2014,
– Cap Town Art Fair en 2018, – Sesci_video Brazil en 2019, – Contour Biennale en 2019, – Kigali PhotoFest en 2019, – Fondation A en 2019, – Wiels centre d’art en 2019, – Galerie Imane Farès en 2019,-  Cargo in Context en 2019, -FOMU en 2019, – centre culturel Jean Cocteau en 2020, Nations Unies, États-Unis en 2020                             

Empreintes perdues
Seule série en noir et blanc datant de 2009, les photographies intitulées Empreintes, tout en retenue, dégagent une émotion palpable. Georges Senga y montre des objets usés, cassés, abandonnés, qui forment autant de traces des humains qui les ont manipulés. Ainsi ce bidon en plastique transformé en masque et frappé d’un Made in China sans équivoque, comme un témoin du passé de l’Afrique et sans doute aussi de son avenir.

Un jour de 2012, le photographe croise des enfants qui paradent en habits militaires de fortune. Equipés d’armes bricolées de fil et de carton, ils rappellent à l’artiste les enfants soldats bien réels, entrés en héros à la Katuba en 1997, à la fin du règne de Mobutu. « Cela faisait peur, un enfant de 12 ans avec une Kalachnikov », se souvient Georges Senga. Souvent traumatisés, ces enfants garderont des séquelles à jamais. L’image rejoint ici les mots, car l’artiste confronte ces images d’enfants soldats factices au récit terrible d’un enfant-guerrier bien réel.

Fais-tu des selfies des autoportraits ?
Parfois, juste sur le plan personnel

Que penses-tu de cette mode des selfies ?
Je pense que c’est un moyen plus tranquille, qui ne crée pas une barrière entre le sujet et l’objet. Car devant une camera, la plupart des personnes ne se sentent pas confortable.

Les artistes doivent-ils être le reflet des sentiments, de la vision de leur époque ?
Je pense que l’artiste est libre d’interpréter les visions de chaque époque, je ne vois pas une limitation dans le temps.

Quelle est ta plus belle rencontre, en photographie, en art ?
La photographie, elle même pour moi est une belle rencontre, car je ne m’échappe pas, mais je sens très confortable de m’exprimer avec la photographie.

Une définition de la bonne photo
Le monde en soit est une photo, nous ne faisons que capter des bouts de ce grand paysage. Quand ce bout exprime quelque chose, qu’il nous est permis de comprendre. Pour moi c’est une bonne photo.

                                       Villa Medicis, photo Georges Senga

                                      
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Exposition des 16 pensionnaires 2021

Du 8 juin au 8 août 2021, la Fondation Louis Roederer, Mécène engagé depuis 10 ans en faveur de la création contemporaine, apporte son soutien à la mission d’accueil des pensionnaires et des résidents de l’Académie de France à Rome.
Elle accompagne ainsi l’exposition collective des 16 pensionnaires 2020-2021 de la Villa Médicis. L’exposition des pensionnaires de l’Académie de France à Rome – Villa Médicis réunit, sous le commissariat de Laura Cherubini, les réalisations des seize artistes et chercheurs résidents. Résolument pluridisciplinaire, l’exposition met en lumière l’articulation entre créations individuelles et projet collectif et tisse des liens inattendus entre les disciplines. Dans un esprit de réflexion sur l’acte de création, cette manifestation reflète tout à la fois les préoccupations contemporaines partagées par les pensionnaires et restitue un moment singulier dans un parcours d’artiste : la résidence comme laboratoire d’expérimentation collective.

photos courtoisie Georges Senga

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François Boucher, « peintre rococo »

François Boucher, Bergers et Bergères Staadlische Kunsthalle Karlsruhe

La Staadlische  Kunsthalle Karlruhe compte parmi les rares musées allemands qui accordent une place de choix aux oeuvres d’artistes français et qui organise à intervalles réguliers des expositions focalisées sur l’art français.
A l’occasion du 250 e anniversaire de la mort de François Boucher (en allemand), le musée consacre à cet artiste emblématique du rococo français, la première exposition monographique en Allemagne.

En raison de la situation sanitaire, l’exposition est reportée jusqu’au 30 mai

175e anniversaire

Le 1er mai 1846, la State Art Gallery de Karlsruhe a été ouverte comme l’un des premiers musées d’art en Allemagne. Au début de l’année du 175e anniversaire, le musée aimerait revenir avec le public sur les plus beaux moments de galerie d’art.

De plus, leurs différentes offres numériques proposent une variété d’opportunités pour explorer l’exposition sur l’artiste
rococo français François Boucher.

Boucher im focus

Des techniques de reproduction au XVIIIe siècle aux univers oniriques inspirants dans les œuvres de Boucher:
En guise de programme d’accompagnement dans le cadre de l’exposition, d’intéressantes visites en ligne sur François Boucher auront lieu ce mois-ci.
L’inscription à chaque rendez-vous est obligatoire en envoyant un e-mail séparé à info@kunsthalle-karlsruhe.de.
L’inscription est possible jusqu’à 16 heures le jour de l’événement.

Avec notre format en ligne Boucher en point de mire, le tableau de François Boucher L’enfant déformé peut désormais aussi être exploré jusque dans les moindres détails. À certains moments, l’accent est mis sur les similitudes et les différences entre la culture de cour du 18e siècle et la société contemporaine. Cela montre quelles chaussures à la mode actuelle étaient déjà populaires dans le Rococo, comment les gens pensaient élever des enfants et ce que la mode de l’époque faisait peut-être mieux que l’industrie de la mode rapide.

François Boucher

« Quelles couleurs ! quelle variété ! quelle richesse d’objets et d’idées ! Cet homme a tout, excepté la vérité. Il n’y a aucune partie de ses compositions qui séparée des autres ne vous plaise ; l’ensemble même vous séduit. On se demande : Mais où a-t on vu des bergers vêtus avec cette élégance et ce luxe ?[…] »
Denis Diderot

Il nait à Paris en 1703,  il y meurt 1770. C’est un artiste qui traverse presque tout le siècle et qui mène une des plus brillante carrière artistique du siècle des lumières. Il incarne lui-même le style Rocaille et sera donc à partir de 1765, le premier peintre du roi Louis XV. Il se forme dans différents ateliers dont celui de François Lemoine, mais surtout au contact de Watteau. Le recueil Julienne de 250 feuilles de Watteau est gravé par les plus brillants jeunes artistes de Paris et c’est Boucher qui va en réaliser la moitié.  Il voyage à Rome de 1727 à 1731 et à son retour il va réaliser un parcours académique exemplaire, il est agréé en 1731 est reçu en tant que le peintre d’histoire en 1734 avec le tableau  Renaud et Armide, qui est au musée du Louvre, puis il va grimper tous les échelons pour être proclamé, honneur extrême, directeur de l’Académie royale de peintures et de sculptures.

C’est le protégé de la favorite du roi, la marquise de Pompadour. Il va être nommé peintre du roi en 1765. Sa carrière va être flamboyante à partir de ce moment-là. François Boucher est un artiste extrêmement prolifique, il aborde tous les genres, la peinture religieuse, mais surtout les sujets mythologique, Diane au bain, les sujets pastoraux. Il est aussi un brillant représentant de la scène de genre. C’est aussi un portraitiste, le portrait de l’une de ses filles Marie Amélie Baudouin qui a épousé l’un de ses élèves Baudouin, tableau  du musée du Louvre. François Boucher est sollicité autant par l’administration royale, que par les cours étrangères, il fournit des décors pour l’Europe entière, il est pourvoyeur de modèle pour les grandes écoles, pour les tapisseries, pour les Arts décoratifs, travaille pour la manufacture de Vincennes et de Sèvres.  Il estimait d’ailleurs lui-même avoir produit plus de 10 000 dessins. En marge de cette carrière officielle et de ses commandes venues de l’Europe entière, Boucher signe des compositions plus secrètes, d’une volupté saisissante, ses œuvres chantent le corps nu de la femme qui s’abandonne, il motive les regards et éveille les  sens. Déesses, nymphes offrent au regard du spectateur tous leurs atours, même les plus intimes. Le rendu des chairs, le jeu  des matières et  des effets de drapés, colorent la nudité d’une troublante volupté.
 C’est à l’école d’ Antoine Watteau, une œuvre toute entière consacrée à l’amour, que Boucher apprend la polysémie amoureuse, la sensualité envoutante du nu, ou encore la voluptueuse audace d’un fessier nu,  la puissance subjective d’un regard.

Le XVIIIe siècle signe l’avènement du plaisir des sens. Plus qu’à toute autre époque, l’Amour y occupe une place dominante dans les arts. Philosophes,
hommes de théâtre, romanciers et artistes, tous investissent le thème des passions amoureuses et des désirs charnels.

On ne compte plus, sous le pinceau des meilleurs peintres, les scènes bucoliques où badinent bergers et bergères, les boudoirs où s’échangent les soupirs langoureux, les alcôves où s’égarent « le coeur et l’esprit ». Pourtant, dans cet océan d’images consacrées à l’Amour, on a jusqu’ici peu insisté sur l’audace et l’originalité de certaines inventions.

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L’exposition rassemble près de 120 oeuvres. Les prêts viennent de nombreux fonds privés et publics d’Allemagne et de l’étranger, en particulier de France, de Grande-Bretagne, d’Autriche, de Suède et de Suisse.
La direction du projet est confiée au Dr. Astrid Reuter. Elle bénéficie du soutien de Barbara Bauer, stagiaire de recherches.

« Bloß ich » – installation auditive
La compositrice Elina Lukijanova a créé une installation auditive et interactive qui sera intégrée à l’exposition, et dans laquelle des éléments stylistiques du rococo seront traduits au travers de sons et de mots de notre époque.

Caroline-Louise de Bade-Durlach
La présentation du musée fait suite à la longue tradition de la maison et son attachement à l’art français.

De toute évidence, le style de François Boucher n’a pas laissé sa contemporaine, la margrave Caroline-Louise de Bade-Durlach, insensible. Elle qui était une fervente adepte des tableaux « bien finis » – selon ses propres termes – a trouvé dans les oeuvres de l’artiste, dont le fini rappelle l’éclat de l’émail et dont les sujets semblent faits de porcelaine, la projection de son idéal artistique. En 1759, elle commande deux pastorales à François Boucher et acquiert des esquisses ainsi que six études au pastel du maître. Ce n’est que bien plus tard que les musées allemands ont commencé à s’intéresser à cet artiste français du XVIIIe. A Karlsruhe, ces tableaux et dessins acquis en 1759 font partie des oeuvres collectionnées par la margravine qui ont ultérieurement constitué le fonds du Musée National des Beaux-Arts.

Actualité
Toute l’actualité de l’exposition François Boucher – artiste rococo est disponible en langue française sur le site de la Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe à l’adresse :
www.kunsthalle-karlsruhe.de/fr/exposition/francois-boucher

L’exposition, elle aussi retardée du musée Cognacq-Jay de Paris :

« L’Empire des sens, de Boucher à Greuze » explore le thème de l’Amour
dans sa forme la plus licencieuse, au prisme des créations de Boucher
et de ses contemporains – maître, rivaux ou élèves – tels que Watteau,
Greuze et Fragonard.

En raison de la situation sanitaire, l’exposition du musée Cognacq-Jay est reportée, les nouvelles dates seront communiquées dès que possible

 

 

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Sommaire du mois d’avril 2021

Fondation Beyeler, terrasse de la Villa Berower

Calendrier du déconfinement du 29 avril 2021

Et la Covid est toujours là !!!

24 avril 2021 : Life – OLAFUR ELIASSON à la Fondation Beyeler
23 avril 2021 : « Faces » d’Anne-Sophie Tschiegg
20 avril 2021 : LENZ AU MUSÉE
17 avril 2021 : Anne-Catherine Goetz
11 avril 2021 : Donner son sang au musée !
9 avril 2021 : Peintres femmes, 1780-1830. Naissance d’un combat
7 avril 2021 : La Fondation Beyeler et Nordstern Basel présentent Dixon x Transmoderna
4 avril 2021 : Joyeuses Pâques
1 avril 2021 : Philippe GELUCK, Le Chat à Matignon

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Life – OLAFUR ELIASSON à la Fondation Beyeler

Olafur Eliasson, Life, 2021, Photo: Mark Niedermann, Courtesy of the ar9st;
neugerriemschneider, Berlin; Tanya Bonakdar Gallery, New York / Los
Angeles © 2021 Olafur Eliasson

Je n’ai qu’une hâte, c’est que la frontière s’ouvre afin de courir à la Fondation Beyeler pour y découvrir la dernière exposition consacrée à Olafur Eliasson.
Cela semble être une fantastique fête de l’eau, de l’humain, de la nature, un hymne à la vie sous toutes ses formes, animale et végétale, un spectacle de lumière, de couleurs, une ouverture grandiose pour tous, une ode à la vie, au climat,  pour le plaisir de tous les sens.

                                           LIFE OLAFUR ELIASSON
                                           AVRIL à JUILLET 2021

L’artiste dano-islandais Olafur Eliasson (né en 1967) s’exprime par la sculpture, la peinture, la photographie, le film, l’installation et les médias numériques. Son oeuvre traite des questions de perception, de mouvement, d’expérience corporelle et de la relation entre la perception de soi et le sens de la communauté. Il ne se limite pas aux musées et aux
galeries, mais implique le public à travers des projets architecturaux, des interventions dans des espaces publics, l’éducation artistique, l’élaboration de politiques et l’action climatique.
Olafur Eliasson est internationalement connu pour ses installations qui remettent en question la façon dont nous percevons notre environnement et contribuons à le façonner.

Sam Keller, directeur de la Fondation

Cette oeuvre d’art est une expérience collective.
Elle remet en question nos conventions en
matière d’art, de nature, d’institution et de vie, en tentant d’abolir leurs frontières. Les plantes, les animaux, les êtres humains et les microorganismes cohabitent dans cette oeuvre.
L’heure de la journée et la météo influencent
l’évolution et la perception de cette exposition.
Life est accessible à toute heure (billets 9-21h)

Olafur Eliasson

Je m’intéresse de plus en plus à la vie non pas du point de vue de l’être humain, mais avec une perspective plus large, du point de vue biocentrique. Je me suis amusé à créer des néologismes, à transformer des noms en verbes – en parcourant mon exposition, je m’efforce d’arbrer, par exemple – afin d’aborder des perspectives dépassant celles que nous concevons habituellement en tant qu’êtres humains.
La vie, chez les humains, chez les mammifères, est subordonnée à l’inspiration et à l’expiration, à l’oxygène. Pour reprendre la terminologie des anthropologues Natasha Myers et Timothy Choy, je dirais également que la vie con-spire – en jouant sur l’étymologie du mot (« respirer avec ») et la définition que l’on en trouve habituellement dans le dictionnaire. Nous conspirons avec les arbres, les uns avec les autres, et avec la
planète.

Olafur Eliasson Life, 2021 (Détail)

Pour reprendre les mots de l’anthropologue Anna L. Tsing :
« La précarité semblait autrefois être le sort des moins fortunés. Aujourd’hui, nos vies nous paraissent précaires –alors même que, actuellement, nos poches sont pleines. »

Life, mon oeuvre, et la Fondation Beyeler se confondent avec le parc environnant, le paysage urbain, la planète tout entière, et prennent vie à travers tout ce qui s’y trouve et tous ceux qui s’y rencontrent.
Depuis mes premiers travaux d’artiste au début des années 1990, je m’intéresse à la perception et aux conditions cognitives et culturelles qui la façonnent.
Life prend vie à travers la rencontre active que l’on en fait, à travers la perception de chacun. J’ai volontairement opté pour une absence de textes didactiques ou explicatifs en regard des oeuvres d’art afin d’éviter d’influencer la perception des visiteurs et leur appréhension de l’exposition. Il est important pour moi de ne pas partager une perspective limitée et prédéfinie de Life. Certaines de mes réflexions sur la réalisation de l’oeuvre d’art et sa pérennité, ainsi que mes sources d’inspiration pour ce travail, se trouvent ici. Dans le même temps, j’accueille les contributions des visiteurs – leurs attentes, leurs souvenirs, leurs pensées, leurs émotions.
Life présente un modèle de paysage futur. Un environnement accueillant. Lorsque Sam Keller, directeur de la Fondation Beyeler, et moi avons discuté de l’exposition pour la première fois il y a deux ans, je me suis dit :
« Pourquoi ne pas inviter tout le monde à l’exposition ? Invitons la planète – les plantes ainsi que plusieurs espèces différentes. »
Je voulais ouvrir plus qu’une brèche : je tenais à supprimer toutes les limites structurelles qui créent une barrière entre le musée et l’extérieur – et je suis reconnaissant à la Fondation Beyeler et l’architecte Renzo Piano, qui a conçu le musée, pour la confiance qu’ils m’ont accordée en me laissant précautionneusement et soigneusement retirer la façade en verre
de la bâtisse.

Olafur Eliasson Life, 2021 Photo: Mark Niedermann
Courtesy of the artist; neugerriemschneider, Berlin; Tanya Bonakdar
Gallery, New York / Los Angeles
© 2021 Olafur Eliasson

 Lorsque nous reconnaissons que nos vies sont inextricablement liées à notre
environnement, ainsi qu’à des structures et des systèmes qui vont bien au-delà de notre contexte local, nous apprenons, je crois, que nous sommes tous vulnérables et que nous ne contrôlons pas tout. Nous agissons et interagissons dans des situations définies par l’incertitude et des résultats peu clairs.

De concert avec le musée, je cède le contrôle à l’oeuvre d’art et, pour ainsi dire, je donne tout pouvoir aux visiteurs humains, mais aussi aux visiteurs non-humains, aux plantes, aux micro-organismes, aux caprices du temps, au climat – un grand nombre d’éléments que les établissements artistiques s’efforcent habituellement de tenir à l’écart. Au lieu de cela, nous invitons chaque être et chaque chose à l’intérieur. 

Philosophe, poétesse scientifique, architecte paysagiste

Je m’intéresse à la façon dont nous u8lisons nos sens, à la façon dont nous utilisons notre perception. Que se passe-t-il lorsque nous devenons insensibles à notre environnement ?
Le studio  – www.olafureliasson.net_ Olafur Eliasson, basé à Berlin, réunit une vaste équipe d’artisans, d’architectes, d’archivistes, de chercheurs, de cuisiniers, d’historiens de l’art et de techniciens spécialisés.

Mon amie Pireeni Sundaralingam, poétesse et spécialiste en sciences cognitives, a mené des recherches sur la manière dont les environnements numériques sont souvent conçus comme des systèmes de captation de l’attention générant un stress neurologique et des schémas comportementaux qui se fondent sur la menace. Elle soutient que les environnements sensoriels riches et les espaces numériques ou physiques incertains – par opposition à
« menaçants » – ont un impact positif en termes de développement cérébral sur la croissance, la créativité, l’innovation et la résilience. J’ai l’espoir que Life encourage les visiteurs à faire l’expérience d’eux-mêmes dans un paysage élargi – ouvert, incertain – et qu’ils se voient en tant qu’êtres composites au sein d’écologies plus vastes et insoumises
.
Life offre aux visiteurs la possibilité de mettre tous leurs sens en éveil. Les odeurs de plantes et d’eau, les sons environnants et l’humidité de l’air incitent les visiteurs à dépasser la vision seule pour explorer les oeuvres d’art.
Life invite à une « conscience panoramique » au coeur du paysage.

Elle suggère que, ce qui est derrière vous, de chaque côté de vous, ou
au-dessus de vous est tout aussi important que ce qui est devant vous et au-delà.
J’ai récemment fait la connaissance de Natasha Myers, anthropologue et danseuse. Elle nous invite – comme elle le formule elle-même – à
« végétaliser » nos sens afin de saisir le potentiel des relations entre les plantes et les êtres humains. Dans son essai, Natasha Myers s’interroge : « Que désirent les plantes ? Que savent les plantes ? Que peut faire une plante ? Nous ne le savons pas encore. Mais nous pourrions allez à leur rencontre avec l’honnêteté et la candeur de ne pas savoir, et en laissant de côté ce que nous prenons pour de la connaissance. »

Invitation

Je vous (OE)vous invite à découvrir l’exposition par vous-même. Si vous ne pouvez pas vous rendre en personne à la Fondation Beyeler, vous aurez la possibilité de la visiter sur le site  – www.olafureliasson.net/life,- à toute heure du jour et de la nuit, pour voir s’alterner en direct les points de vue humains et non-humains.
Le microsite qui accompagne l’exposition, www.life.fondationbeyeler.ch, rassemble les matériaux qui ont inspiré l’exposition et continuent de s’étoffer, notamment une série de conversations que j’ai eues avec la Prof. Anna Wirz Justice, le professeur Günther Vogt, Sam Keller et Pireeni   Sundaralingam.    

                                         Photo: Patricia Grabowicz  «Life» En collaboration avec VOGT ,Case Studio.

Je leur suis redevable d’avoir partagé leurs connaissances avec moi au cours de ces conversations déterminantes dans l’élaboration de cette oeuvre. Comme je considère leurs perspectives fascinantes et importantes, je leur ai demandé de se rendre disponibles pour des entretiens sur leur propre travail, ce qu’ils ont aimablement accepté de faire.

Certaines Photos courtoisie Fondation Beyeler

MÉDIAS SOCIAUX
Pour les dernières mises à jour sur l’exposition, visitez life.fondationbeyeler.ch, retrouvez-nous sur Facebook
à facebook.com/fondationbeyeler, ou suivez @studioolafureliasson et @fondationbeyeler sur Instagram.

Informations pratiques

HORAIRES D’OUVERTURE:
Lundi à Dimanche 10–18
Mercredi 10–20
365 jours par an (y compris les jours fériés)
Life accessible à toute heure (billets 9-21h)

FONDATION BEYELER
Baselstrasse 101
CH-4125 Riehen/Basel
Tél. +41 61 645 97 00
Fax +41 61 645 97 19
info@fondationbeyeler.ch

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La Fondation Beyeler et Nordstern Basel présentent Dixon x Transmoderna

En collaboration avec l’équipe de Transmoderna, la Fondation Beyeler accueille Dixon, l’un des plus grands noms de la scène électronique, pour une session de mix unique lors de laquelle le DJ streamera en réalité virtuelle dans les locaux du musée. Cet ambitieux projet audiovisuel a été diffusé le 31 mars à 20 heures en partenariat avec la plateforme musicale Beatport et de Denon DJ.


Vidéo Planifié pour le 7 avr. 2021

Dixon

Dixon a choisi comme point de départ de cette expérience virtuelle l’architecture ainsi que le parc du musée, qui ont été, à cette fin, modélisés en 3D. Il prend la forme d’un avatar aux traits hyperréalistes et mixe un set exclusif d’une heure. Tout spécialement pour cette performance, Transmoderna a sélectionné une série d’œuvres issues de la collection de la Fondation qui apparaîtront aux côtés de l’avatar dans les salles d’exposition pendant le set – il s’agit, entre autres, de photographies de Wolfgang Tillmans, de sculptures de Auguste Rodin et de peintures de Paul Klee.

Des travaux d’artistes numériques renommés viennent, en outre, s’ajouter à ces œuvres d’art. Pour la réalisation de ce projet, Transmoderna a collaboré pour la première fois avec Sofia Crespo, artiste neuronale, Sabrina Ratté, artiste multimédia, et Feileacan McCormick, artiste génératif. Pendant la session de mix, les œuvres d’art ainsi que l’architecture du bâtiment sont modifiés grâce aux effets spéciaux assistés par intelligence artificielle et se transforment en une œuvre d’art totale hyperréaliste.

La musique

La musique influence aussi cette transformation. Contrairement aux performances dans une salle de club, les musiques choisies par l’avatar de Dixon transforment les salles d’exposition virtuelles grâce à des effets audio-réactifs – scindements, déplacements et inversions complètes des espaces virtuels du musée. Un titre en particulier illustre bien cette transformation :
il s’agit de « Can’t escape into space » de Wolfgang Tillmans, qui est présenté avant la sortie de l’album qui l’accompagne.


Le stream est filmé par Aaron Jablonski, artiste numérique, et réalisé entièrement sur Unity, un moteur de jeu multiplateforme permettant d’obtenir des visuels hyperréalistes extrêmement avancés. La cabine DJ Denon de l’avatar de Dixon a été créée spécialement pour cette session par l’architecte Timur Novikov.

Dixon x Transmoderna se déroule dans le cadre d’art.set, un programme de la Fondation Beyeler réalisé en collaboration avec Nordstern, discothèque bâloise spécialisée dans la musique électronique et qui présente, dans un contexte artistique, des musiciens électroniques internationaux en direct ou en ligne.

Session de mix virtuelle
Mercredi 31 mars, 20 heures UTC+1
Beatport Youtube / Twitch / Facebook Fondation Beyeler Youtube / Facebook Nordstern Basel Facebook
Transmoderna Facebook
Dixon Facebook
Denon DJ Facebook

Dixon et Transmoderna
Transmoderna est un collectif d’artistes et de créateurs de contenus numériques ; ensemble, ils ont développé l’idée d’un club virtuel. Transmoderna existe depuis 2019 et compte, outre son fondateur Steffen Berkhahn (alias Dixon), Ana Ofak, théoricienne des médias et directrice créative, Timur Novikov, architecte, et Aaron Jablonski, artiste numérique.

Intervenants : Dixon (DJ / Chef de production), Ana Ofak (Transmoderna / Directrice créative, curatrice), Timur Novikov (Transmoderna / Directeur visuel, curateur), Aaron Jablonski (Transmoderna / Directeur technique), Sofia Crespo (Transmoderna / Art neuronal), Sabrina Ratté (Transmoderna / Multimédia), Feileacan McCormick (Transmoderna / Art génératif), Alan Ixba (Transmoderna / Assistance technique), Carlos Minozzi (Transmoderna / Vidéographie), Tim Deussen Studio (Modélisation 3D), Mimic Productions (Production de personnages numériques / Capture d’images), Rania Kim (Productrice), Sandira Blas (RP), Franka Marlene Foth (Chorégraphie), Rauke Lea Hollender (Transmoderna / Réseaux sociaux)

Horaires d’ouverture de la Fondation Beyeler :
tous les jours de 10h00 à 18h00, et le mercredi jusqu’à 20h00.

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Sommaire du mois de mars 2021

                                             photo Robert Cahen

Et la Covid-19 est toujours là

27 mars 2021 : Dorian Sari
Post-Truth (Prix culturel Manor 2021)
21 mars 2021 : Eliane Goepfert
20 mars 2021 : Sophie Taeuber-Arp
Abstraction vivante

17 mars 2021 : Le Définitif – c’est le Provisoire
10 mars 2021 : Qalqalah
09 mars 2021 : Le Séchoir, en mouvement
07 mars 2021 : Banksy – Building castle in the sky
04 mars 2021 : «Leu Art Family. Caresser la peau du ciel»
Museum Tinguely, Basel

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Dorian Sari
Post-Truth (Prix culturel Manor 2021)

Au Kunstmuseum Basel | Gegenwart, jusqu’au 24 mai 2021
Commissaires : Philipp Selzer, Sarah Wiesendanger

À l’occasion du Prix culturel Manor 2021, le Kunstmuseum Basel | Gegenwart présente l’exposition individuelle Post-Truth de Dorian Sari (*1989 à Izmir en Turquie, vit et travaille à Bâle).


Post-Truth présente de nouveaux travaux vidéo et sculptures de Dorian Sari dans deux salles du Kunstmuseum Basel | Gegenwart et dans la rivière traversant le musée. Le titre de l’exposition reprend un adjectif élu mot de l’année 2016 par le Oxford Dictionary. Post-Truth a été défini comme un adjectif faisant

« référence à des circonstances dans lesquelles les faits ont moins d’influence sur l’opinion publique que les émotions et les convictions personnelles ».

Ce terme est souvent utilisé dans le contexte politique et social afin de décrire par exemple les processus décisionnels publics autour du Brexit ou de l’élection de Donald Trump.

Post-vérité

Pour Dorian Sari, la qualification Post-Truth recouvre une multitude de thématiques faisant l’objet de vifs débats à l’heure actuelle. L’artiste remet en question l’évolution selon laquelle les faits et les analyses reposant sur des bases scientifiques ne sont plus considérés comme ayant de la valeur. Ils font place à un sentiment d’insécurité collective et individuelle qui existe aujourd’hui malgré – ou précisément à cause de – la disponibilité omniprésente d’informations et leur volume. La norme de la vérité en tant qu’objectif éthique fait face à une crise. Il ne s’agit pas de rechercher la vérité pour tirer des conclusions, mais davantage de réaffirmer des convictions et des intérêts existants qui s’inscrivent dans des contextes politiques et économiques hétérogènes.

L’exposition

Dans son exposition, Dorian Sari explore des aspects empiriques et artistiques de la Post-Truth. Il décrit une situation qui suscite des émotions d’insécurité et de dissociation radicale, qui met en doute nos systèmes de confiance personnels. Il explique comment cet état contribue à la négociation de changements sociaux ou au renforcement de la polarisation. À travers une installation vidéo et plusieurs travaux sculpturaux, Sari attire l’attention sur ces questions urgentes de notre époque. Dans le cadre de l’exposition, paraît en outre une publication artistique comportant des textes consacrés à ces thématiques rédigés par l’artiste.

Dorian Sari a étudié à Genève, Naples et Paris avant d’obtenir son Master à l’Institut Kunst à la Hochschule für Gestaltung und Kunst de la Fachhochschule Nordwestschweiz FHNW à Bâle en 2019.
Le Prix culturel Manor encourage depuis 1982 de jeunes artistes suisses oeuvrant dans le domaine des arts visuels en Suisse. C’est l’une des principales initiatives de soutien à des créations d’art contemporain en Suisse.
L’exposition bénéficie du soutien de :
Manor
SAHA Association

Digital Programme

#thisistalking
Dans le projet participatif #thisistalking, Dorian Sari invite le monde à placer ses messages sur la frise LED du Kunstmuseum Basel | Neubau.
Chaque semaine de la mi-février à la mi-mars, il sélectionnera 3 à 5 phrases parmi les soumissions de la communauté. Ceux-ci seront affichés sur la frise LED du jeudi au dimanche. Le week-end, un gagnant sera choisi parmi ces phrases par les followers sur les réseaux sociaux. Ce gagnant recevra une petite sculpture en cadeau de Dorian Sari.


Si vous souhaitez également participer, veuillez envoyer votre message à pressoffice@kunstmuseumbasel.ch.
Archive of Emotions
Série en 10 parties de conversations vidéo entre Dorian Sari et ses invités.
Les conversations d’une heure sont enregistrées et publiées sur le site Web du Kunstmuseum Basel à partir de mars.

Invités: Övül Durmusoglu, Latifa Echakhch, Ines Goldbach, Sophie Jung, PRICE, Hannah Weinberger, Maja Wismer et autres.

Avec le soutien de la Fondation Christoph Merian.
Plus d’infos: www.kunstmuseumbasel.ch/de/programm/themen/archiveofemotion

Archive des émotions de Dorian Sari 

En période de colère, de violence et de post-vérité, l’ Archive des émotions de Dorian Sari est un antidote à la passivité sociale généralisée et au désespoir.

Avec ce format intime, il encourage la pensée critique afin de donner un langage à des vérités non dites.

«Dans ce projet artistique, j’invite des artistes, des commissaires et des créateurs devant la caméra à discuter des problèmes avec lesquels l’humanité et la nature sont actuellement aux prises. Un livre d’artiste intitulé
«Textes sur: Post-vérité, violence, colère»
sera publié dans le cadre de l’exposition
«Post-vérité». 
J
‘y partage mes pensées, mes observations et mes expériences personnelles sur divers sujets, de la violence domestique à la propagande de haine politique, de la manipulation par les médias de masse à l’islamophobie. Je crois que l’antidote à la post-vérité est de dire la vérité, qui consiste à raconter des histoires et à montrer la vulnérabilité humaine, à exposer des histoires personnelles et à réfléchir à la façon dont chacun de nous traite la post-vérité, la violence et la colère. L’une des principales raisons Engager des artistes et des conservateurs dans des conversations devant la caméra est aussi une manière de se solidariser dans cette période difficile. L’art et ses institutions restent exclus du public en raison des règles qui y sont imposées. Surtout, je pense qu’il ne faut pas cesser de partager l’art, la créativité artistique et, surtout, la pensée critique. « 

Les conversations d’une heure sont enregistrées et publiées chaque semaine à partir de mars sur le site Web du Kunstmuseum Basel. Les discussions se déroulent en anglais.

Publication

La publication de l’exposition est disponible gratuitement pour les visiteurs de l’exposition depuis le 1er mars. Si le musée est fermé, le livre peut être récupéré dans une armoire devant le Kunstmuseum Basel | Gegenwart ou le PDF du livre sera disponible en téléchargement sur le site.
Le livre est également disponible dans la boutique en ligne pour une somme modique.

Accès

A pied

 

suivre ces panneaux › St. Alban-Vorstadt › Mühlenberg › St. Alban-Rheinweg Nr. 60 (environ 10 min.)

EN TRANSPORTS PUBLICS

A PARTIR DE LA GARE CFF (BAHNHOF SBB)

Tram n°2 en direction de «Eglisee/Badischer Bahnhof», descendre à l’arrêt «Bankverein» (environ 4 min.)
› A pied, suivre ces panneaux : › St. Alban-Vorstadt › Mühlenberg › St. Alban-Rheinweg n°60 (environ 10 min.)

A PARTIR DE LA GARE BADOISE (BADISCHER BAHNHOF)

Tram n°2 en direction de «Binningen» descendre à l’arrêt «Bankverein» (environ 6 min.)
› A pied, suivre ces panneaux : › St. Alban-Vorstadt › Mühlenberg › St. Alban-Rheinweg n°60 (environ 10 min.)

Horaires

LU FERMÉ
MA–DI 11H00–18H00

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Sophie Taeuber-Arp
Abstraction vivante

Jusqu’au 20.06.2021, au Kunstmuseum Basel | Neubau
Commissaire : Eva Reifert, Anne Umland, Natalia Sidlina, Walburga Krupp

Alors que la Fondation Beyeler expose de manière grandiose Rodin/Arp, le Kunstmuseum Basel consacre une large rétrospective à l’artiste suisse
Sophie Taeuber-Arp (1889-1943) avec plus de 250 oeuvres. De nombreux Suisses connaissent son visage en raison de sa présence sur le billet de 50 francs durant plusieurs décennies. Une exposition joyeuse, colorée, dégageant la joie de vivre.
Conçue en coopération avec le Museum of Modern Art de New York et la Tate Modern de Londres, l’exposition Sophie Taeuber-Arp. Abstraction vivante s’attache à révéler enfin à un public international l’oeuvre interdisciplinaire et extrêmement protéiforme de cette pionnière de l’abstraction et à la situer parmi les grandes figures de l’avant-garde du modernisme classique.

L’oeuvre

Lors de sa mort accidentelle tragique en 1943, l’oeuvre de Taeuber-Arp comprend une extraordinaire variété de techniques et de matériaux : des textiles, des travaux de perles, un théâtre de marionnettes, de la danse, des costumes, des peintures murales, du mobilier, de l’architecture, du design graphique, de la peinture, des sculptures, des reliefs et des dessins. Sa conception de l’art, sans égale dans le modernisme classique, abolissant la frontière entre les genres, dénuée de hiérarchie et en étroite relation avec la vie contribue également à la fascination perceptible jusqu’à aujourd’hui pour ses oeuvres et à leur immuable pertinence.

L’Aubette (salle 5)

L’oeuvre de Sophie Taeuber-Arp repose sur l’association à nulle autre pareille de sa formation en arts appliqués et du goût pour l’expérimentation des cercles de l’avant-garde zurichoise et parisienne qu’elle fréquentait. Plutôt que d’assigner le langage formel de l’abstraction, alors nouveau et révolutionnaire, à un champ intellectuel et théorique, elle y recourt pour façonner la vie quotidienne : coussins, nappes, sacs, meubles et pièces entières, à l’instar de l’Aubette, café strasbourgeois considéré comme
« la chapelle Sixtine de l’art moderne ».


Jusque dans ses tableaux abstraits aux formes géométriques réduites qu’elle réalise dans les années 1930 à Paris, les compositions sont colorées et rythmées, jamais statiques ni sévères. À la fin des années vingt, Taeuber-Arp reçoit la commande de la décoration de l’Aubette – un complexe de loisirs situé sur la place Kléber à Strasbourg comprenant un bar, un restaurant, un dancing, une salle de billard et un salon de thé. Pour concevoir cet ensemble qui s’apparente à une oeuvre d’art totale, l’artiste fait également appel à Theo van Doesburg et à son mari Hans Arp. À l’aide de photographies anciennes de grand format, mais aussi de nombreuses études et de vitraux réalisés par Taeuber-Arp ayant été conservés, la salle cinq située au coeur de l’exposition permet de comprendre à quel point le recours au langage formel abstrait dans la conception de cet espace public fut véritablement radical

L’exposition

Conçue de manière chronologique, l’exposition Abstraction vivante donne un aperçu de l’oeuvre et des inspirations diverses de Taeuber-Arp, tout en mettant en évidence l’apparente aisance avec laquelle l’artiste estompe les frontières traditionnelles entre l’art et la vie et efface les catégories figées de l’histoire de l’art.

La Chronologie

Dans la première salle de l’exposition, bourses en perles, coussins et poudriers en bois donnent un aperçu des objets d’arts appliqués fabriqués et vendus par Taeuber-Arp. Parmi les oeuvres réalisées, nombre d’entre elles n’ont malheureusement pas été conservées. Cependant, des gouaches lumineuses et des dessins au crayon de couleur plongent l’observateur dans son univers de motifs abstraits à partir de 1915. Il est probable qu’un triptyque apparaissant aujourd’hui comme un tableau autonome ait été un paravent dans une vie antérieure. Il s’agit là d’un exemple frappant de la manière dont les frontières entre artisanat et arts libres s’estompent dans l’oeuvre de Taeuber-Arp.

La seconde salle

Présenté dans la seconde salle, l’ensemble original de marionnettes créé par Taeuber-Arp pour l’adaptation de la pièce commedia dell arte Le Roi Cerf constitue l’un des temps forts de l’exposition. Seules trois représentations eurent lieu lors de l’effroyable épidémie de grippe en 1918, et pourtant ces marionnettes stimulent l’imagination des créateurs jusqu’à aujourd’hui (Karl Lagerfeld a ainsi photographié une collection à leurs aux côtés en 2015). Une certaine continuité s’exprime dans le langage formel également : tout comme les motifs de ses travaux artisanaux, les figures sont assemblées à partir de formes extrêmement géométrisées. Dans le cadre d’une coproduction avec Narrative Boutique et avec le soutien du Théâtre de marionnettes de Bâle et du Museum für Gestaltung de Zurich, des séquences de film produites spécialement pour l’exposition redonnent vie à ces marionnettes.

En lien avec le projet de marionnettes, Taeuber-Arp réalise, en outre, une série de têtes abstraites en bois d’une importance artistique considérable dans le contexte dada. Celles-ci figurent dans toute anthologie consacrée à ce mouvement anti-art marqueur d’une époque.

La troisième salle

Sophie Taeuber-Arp a participé à un grand nombre d’expositions consacrées à l’artisanat d’art. Les expositions bâloises et zurichoises du groupe d’artistes Das Neue Leben (La vie nouvelle) qui, comme d’autres associations réformistes, visait à effacer les frontières entre les arts appliqués et les arts libres, attribuent, pour la première fois, ses housses de coussin et travaux de perles au champ de l’art.

La troisième salle est consacrée à l’activité d’enseignante de Taeuber-Arp à l’École des Arts appliqués de Zurich et à ses merveilleuses oeuvres textiles élaborées selon différentes techniques. Qu’ils soient noués, tissés ou brodés, les tapis, nappes et coussins présentent des motifs de formes géométrisées colorées ainsi que des animaux et des figures abstraites. Les petits fragments de papier peints conservés à leurs côtés donnent un aperçu fascinant du processus de création artistique de Taeuber-Arp : en les déplaçant et en les assemblant par module, elle utilisait un procédé expérimental pour produire de nouvelles combinaisons.

La quatrième salle

Dans la seconde moitié des années vingt, Sophie Taeuber-Arp et son mari acquièrent la nationalité française. Elle séjourne à Strasbourg où elle reçoit un nombre important de commandes pour l’aménagement d’intérieurs. Dans la quatrième salle de l’exposition, des gouaches présentant des lignes légèrement ondoyantes et des dégradés chromatiques témoignent du changement de vocabulaire de l’artiste dans ce contexte, mais aussi de sa grande sensibilité pour les couleurs et les formes. Le motif de la figure aux bras angulaires se fait récurrent. On le retrouve dans l’aménagement de l’hôtel Hannong, les peintures murales de la maison du couple Heimendinger et les vitraux de l’appartement de l’architecte André Horn. Des photographies de petit format prises par Taeuber-Arp lors de voyages permettent d’entrevoir à quel point ses sources d’inspiration étaient étroitement liées à la vie quotidienne : elle fixe autant les éléments d’architecture arqués dans les villes italiennes que la mer de corbeilles de plage sur l’île de Rügen.

La sixième salle

Dans son oeuvre, l’articulation entre l’art et la vie se traduit aussi dans la sixième salle par la réorganisation d’intérieurs, en passant par des études de mobilier jusqu’à l’édification de sa maison atelier aux portes de Paris.
Au début des années trente, Taeuber-Arp quitte son poste d’enseignante à Zurich, qui lui a permis de subvenir à ses besoins et à ceux de son mari pendant plus d’une décennie, puis emménage à Paris.

Elle y fréquente les groupes d’artistes de l’avant-garde non figurative, Cercle et Carré et Abstraction-Création, auxquels appartiennent également Wassily Kandinsky, Piet Mondrian et Kurt Schwitters, et participe à des expositions internationales en tant qu’artiste plasticienne. On attribue son style au constructivisme. Un mouvement visuel dans un jeu de pondération et d’équilibre caractérise constamment ses oeuvres, quoique désormais tout à fait abstraites géométriques

La salle sept

Elle permet de saisir la manière dont motifs et idées – à l’instar de constellations de cercles, de chevauchements diagonaux et de formes circulaires rencontrant des droites – se développent dans ses groupements d’oeuvres tout en créant des tensions dans leurs multiples rapports. Dans un environnement désormais de plus en plus hostile à l’art moderne, Sophie Taeuber-Arp oeuvre en outre comme designer graphique depuis 1937. Elle conçoit par exemple la mise en page de la revue Plastique/Plastic qu’elle édite et à travers laquelle elle souhaitait encourager les échanges transatlantiques de l’avant-garde.

La salle huit

L’exposition collective Constructivistes à la Kunsthalle Basel en 1937 dont il est question dans la salle huit fut la plus importante consacrée au travail de Sophie Taeuber-Arp de son vivant. Parmi les objets exposés à l’époque figuraient des reliefs en bois peint à nul autre pareils reprenant le matériau des marionnettes dans une composition néanmoins totalement abstraite : des tableaux tridimensionnels, des oeuvres au croisement de la peinture et de la sculpture.

La neuvième et dernière salle

Les dessins présentés dans la neuvième et dernière salle de l’exposition témoignent du changement radical du cadre de vie accompagnant la fuite du couple Taeuber-Arp de Paris vers le Sud de la France. La distinction entre esquisse et oeuvre autonome ne revêt ici aucune importance : les lignes colorées et monochromes formant des méandres suggèrent assurément une échappée et une agitation, cependant ils égalent en précision et en clarté les oeuvres de l’époque parisienne. Un collage vidéo de photographies anciennes de l’artiste et de son entourage, réalisé en collaboration avec maze pictures, donne un dernier aperçu commenté au moyen d’extraits de lettres de la vie de Sophie Taeuber-Arp, de ses multiples relations au sein des cercles artistiques de son époque et de l’abstraction vivante de son oeuvre.

Catalogue

 Conçu par le Museum of Modern Art, l’abondant catalogue de l’exposition paraît en anglais et dans une édition en langue allemande publiée par le Kunstmuseum Basel chez l’éditeur Hirmer. Les contributions d’auteurs internationaux mettent en lumière différents aspects de l’oeuvre de Sophie Taeuber-Arp.

Information

www.kunstmuseumbasel.ch
Veuillez noter qu’un créneau horaire doit être réservé online pour l’exposition spéciale Sophie Taeuber-Arp.
• L’accès aux différentes salles d’exposition et également au musée peut être temporairement limité si il y a trop de visiteurs.
• Le passage des visiteurs dans le musée sera adapté afin que les règles de distance puissent être respectées.
 . La station de tramway « Kunstmuseum » n’est pas desservie
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