Anne-Catherine Goetz

Nom : Goetz
Prénom : Anne-Catherine
Profession : enseignante
Spécialité : Maitrise d’anglais, littérature américaine et cinéma
Signe Particulier : Adjointe à la culture de la ville de Mulhouse

Grand merci à Anne-Catherine Goetz, d’avoir donné de son temps, si compté, de m’avoir accordé un entretien hyper confiné, masqué. Nous sommes restées masquées, juste une petite incartade pour déguster un café, à la table ronde.

La Covid jusqu’à présent avait empêché presque toutes les activités culturelles. Je n’ai eu l’occasion de la croiser que pendant une courte période
Lors de la biennale de la photographie de Mulhouse, où elle inaugurait l’exposition de Christophe Bourguedieu à la Filature.

Mais aussi au musée des Beaux Arts de Mulhouse où elle vernissait la même biennale, en compagnie de Madame la Maire de Mulhouse, Michèle Lutz et Anne Immelé, commissaire, sous un soleil accablant. De confinement en confinement, il ne s’est plus présenté pratiquement aucune occasion de célébrer officiellement la  culture. Aussi, j’ai souhaité la connaître plus et mieux, en temps qu’adjointe à la culture femme.
2021 est consacré aux femmes au niveau des grandes expositions parisiennes (Luxembourg et Pompidou), des Mooc (cours gratuits) sur le même sujet sont à suivre actuellement, même l’académie française pense féminin
Puisque le virus tant dévastateur est féminin, la Covid. Je n’ai pas assisté aux discussions académiques quant à ce sujet, mais j’ai le sentiment que dès qu’il se profile un ouragan ou une autre catastrophe naturelle, ils sont baptisés d’un prénom féminin… Même la mythologie abonde dans ce sens : c’est Pandora qui a ouvert la boite mystérieuse,  celle qui contenait tous les maux de l’humanité

Sa devise ?
                          « Demain est un autre jour »

L’entretien, confiné, masqué

Quelle est votre profession ?
Enseignante,

Vos études ?
L’IUFM à Colmar,

Vos parents ? Vous ont-ils emmené vers la culture ?
Mes parents étaient fonctionnaires tous les deux, dans l’administration territoriale. Mon père nous a amenés vers la musique, il nous a incité  à jouer d’un instrument de musique : nous sommes quatre enfants et tous jouent d’un instrument, en amateurs. J’ai grandi à Lauw, dans la vallée de Masevaux. J’étais à l’école de musique de Masevaux et de Thann où j’ai une formation musicale classique.

Comment êtes-vous venu à la culture, par la musique ?
J’ai fait un bac littéraire, j’ai toujours beaucoup lu, je pense être venue à la culture par les livres et la musique. Et j’ai envie de dire que je suis ensuite venue aux cultures, j’ai eu la chance de beaucoup voyager dans ma vie, de vivre à l’étranger aussi,  j’ai notamment  habité aux Etats-Unis, pendant 2 années.

Donc vous êtes bi- voire trilingue
Bilingue en anglais et  en allemand, je me débrouille bien, j’ai travaillé en Suisse dans mes jeunes années, avant d’être enseignante.
Pour mes études universitaires, je me suis intéressé à la littérature américaine et au cinéma, ce qui m’a aussi amenée progressivement à la culture.

Vous êtes en fonction depuis presque 1 an, à peu près, avez-vous pris vos marques ?
J’occupe ces fonctions depuis juillet 2020, depuis les dernières élections municipales. J’avais fait un précédent mandat en partie à la culture, puisque j’étais en charge du patrimoine culturel et des relations internationales. Michel Samuel Weiss mon prédécesseur était quant à lui en charge de la culture. Donc j’ai déjà eu l’occasion de comprendre quelles étaient les missions d’un élu, d’un adjoint, en partie dans la culture en m’occupant des musées, des bibliothèques et des archives.

C’est la raison pour laquelle on vous a confié ce mandat.

En quoi consiste ce mandat, la culture en générale, mais vous avez d’autres attributions, pouvez-vous développer ?
Les missions consistent à dérouler la politique culturelle de la ville, mais d’abord, il faut que nous l’écrivions puisque nous tournons une page en quelque sorte. Mon prédécesseur était là pendant 30 ans, maintenant se fixer un nouveau cap en gardant l’héritage du passé : la ville a été très équipée avec la création de beaucoup de structures culturelles. Maintenant il s’agit de mettre tout cela en cohérence et mon objectif est de toucher davantage les publics qui sont éloignés de la culture. Ça s’est mon objectif numéro 1.
C’est vrai que j’ai d’autres missions, la présidence de l’Opéra Nationale du Rhin, tournante tous les 2 ans, entre les 3 villes principales, Strasbourg, Colmar et Mulhouse. J’ai aussi la charge d’un secteur où j’habite, à Daguerre, un travail dans la proximité et dans la vie de tous les jours.

J’ai une question bête: l’adjoint à la culture est-il essentiel
dans une municipalité ? (rires)
C’est une bonne question, je vous répondrai qu‘il  est indispensable.
La culture concerne toutes les délégations, à mon sens c’est la délégation la plus transversale : pour les espaces verts, où il y a des créations parfois. Dans les projets urbains on peut aussi solliciter le regard de l’artiste, ou bien dans l’éducation, dans la santé, avec  l’art thérapie, par exemple, pour moi la culture est transversale et indispensable, je ne sais pas si un adjoint est indispensablemais la culture oui.

J’ai vu sur FB que vous avez signé avec d’autres organismes mulhousiens, la charte de la bonne pratique, signée en janvier 2021. Qu’est-ce que ça veut dire, quel est son but exactement ?
Les arts visuels par rapport à l’art ? Quels sont les interlocuteurs des artistes visés ? Pouvez-vous développer ?
Cela veut dire que la ville et les signataires comme la Filature, l’Agrandisseur, la Kunsthalle, Mulhouse Art contemporain, Motoco, le Séchoir s’engagent à contractualiser avec les artistes plasticiens et à les rémunérer. Quand un artiste plasticien est sollicité, quand on lui donne un travail, il faut qu’on le rémunère, afin de mieux sécuriser ses conditions de travail.

Avez-vous rencontré des Artistes ? Locaux ou dans un circuit plus large, national, international ? Vraiment pour leur travail, pour leurs prestations.
Oui, plein d’artistes ! A travers des rendez-vous formels, comme maintenant dans mon bureau, ou dans leurs ateliers, ce que j’aime bien faire, m’imprégner de leur univers,  ou encore  dans des ateliers  collectifs comme le Séchoir -quand il y avait les ateliers ouverts entre les 2 confinements. Je rencontre aussi des artistes dans la rue, ils m’interpellent.  Mes amis me font des retours bien sympathiques.

Vous  en connaissez en particulier, comme Eric Kheliff qui est comédien,
des personnes comme Denis Ansel qui écrit pour le CNRS

Philippe Schweyer et mediapop, Bernard Latuner, Anne-Sophie Tschiegg
Robert Cahen, vidéaste, président de vidéo les beaux jours
Véronique Arnold qui a des galeristes bâlois et tessinois qui a exposé à Art Basel, Michele Morando, artiste, poète publie en italien.
Robert Cahen, oui oui, Eric Khéliff, je l’ai rencontré dans le cadre de Mulhouse Art contemporain, pour la résidence d’un artiste, soutenu dans le cadre de la Biennale photo, Christophe Bourguedieu, puis on se suit sur les réseaux sociaux. Philippe Schweyer aussi avec qui on a sorti un livre autour d’un projet avec la bibliothèque de Mulhouse, qui s’appelle
« Instants confinés », et qui sera présenté à la presse ce jeudi.
J’avais souhaité que les gens écrivent sur leur confinement, comment ils l’ont vécu, qu’on ait une trace de ces instants. Pas uniquement des photos, mais un texte, quelque chose d’un peu officiel. Philippe m’a dit
« ok, je te suis, mais il faudrait une ligne éditoriale et qu’on puisse faire intervenir un auteur ».
Il m’a mise en contact avec un auteur Christophe Fourvel, qu’il édite aussi, qui a l’habitude de faire de l’accompagnement d’écriture. Trente personnes ont contribué, trente mulhousiens. Ce livre est en vente chez Bizey. Ils ont pu écrire leur texte, l’améliorer et l’enrichir avec cet auteur, et les textes sont réunis dans ce recueil.
Bernard Latuner, Denis Ansel, Anne-Sophie Tschiegg, je les connais bien sûr.

Et Véronique Arnold ?
Alors Véronique Arnold, j’ai une oeuvre d’elle ici, on l’avait exposée au musée des Beaux Arts, il y a 3 ans environ.

La ville soutient les institutions locales et les artistes, de quelle manière ?
Motoco, Le Séchoir, Le cinéma Bel Air, La Kunsthalle
Mulhouse Art Contemporain, Dominique Bannwarth, Eric Khéliff ?
La ville soutient par des subventions annuelles, puisque qu’on subventionne largement, selon le montant de la subvention on fait une convention d’objectifs sur 2/3 ans. Des objectifs sont définis ensemble, avec des bilans réguliers.

Et en ce qui concerne le cinéma Bel Air, qui doit être à la ramasse en ces temps incertains ?
Aussi, la ville donne aussi des subventions à ce cinéma. Je pense qu’ils sont dans une situation  compliquée, je ne sais pas si au niveau des aides de l’état, de la région il existe des possibilités.
En tous cas nous ne modifierons pas nos subventions, elles seront maintenues au même niveau. A partir de l’année prochaine, nous ferons un travail sur les subventions avec la mise en place de critères d’attribution. Mais nous attendons que les gens se remettent sur pied, on ne veut pas les bousculer dans leur reprise.

La ville se porte –t’elle acquéreur d’œuvres pour soutenir les artistes  ?
Celle-ci par exemple a été achetée à Véronique Arnold

Donc ce n’est pas un cadeau (rires) !
Ah non, non non, c’est aussi une façon de soutenir les artistes.
Géraldine Husson expose actuellement au musée des Beaux Arts, nous allons prolonger son temps  exposition, autant qu’on pourra, car après il y a une autre exposition, sinon il y aura un embouteillage, les autres artistes attendent.
La semaine prochaine, nous allons acquérir une œuvre de Géraldine, chaque année on a une enveloppe pour l’achat d’œuvres notamment d’artiste exposés au Musée des Beaux Arts

Qui est défini par un comité ?
Oui avec le service du développement culturel, Eric Vincent responsable de ce service. C’est lui qui gère cette enveloppe, et en général, c’est avec le maire que c’est décidé. Quand on expose un artiste, on  lui achète une œuvre, pour garder une trace de son exposition.

Que pensez-vous des réseaux sociaux ?
J’en pense plutôt du bien, parce que c’est un bon moyen de garder du lien, avec la crise que avons vécue. Je crois que quand des gens  sont un peu isolés, cela leur permet de garder ce contact permanent avec les autres et avec le fil d’actualité, mais il faut faire attention.
Je pense aussi que c’est potentiellement dangereux pour des twitts ou des posts qu’on peut facilement mal interpréter. En tout cas, ne  jamais avoir de  réactions à chaud !

Vous y êtes active, vous postez souvent des photos de plats, aimez-vous la gastronomie en général, locale, régionale ?
Dans la partie culture, il y a langue et culture régionale, à laquelle je suis extrêmement attachée, personnellement car je suis alsacienne et mulhousienne.
C’est une façon de mettre en avant les produits du terroir, les recettes.
Je ne cuisine pas du tout, je donne un peu le change, je fais illusion.

Parlez-vous l’alsacien ?
Oui, j’ai cette chance,  je l’ai appris par ma grand’mère

La Covid a-t-elle limité votre action, en ce qui concerne les musées, c’est évident, mais pour le reste ?
Oui, ce samedi des artistes devaient se produire en extérieur mais cela ne sera pas possible.
Le festival Motàmot a été reporté. Si les bibliothèques sont ouvertes, on ne peut plus faire de conférence littéraire, on est limité à 6 personnes maximum, les conférences sont en visio mais cela ne remplacera jamais le présentiel.

Que pensez-vous de la cancel culture ? Le bicentenaire de la mort de Napoléon ?
Je pense que c’est catastrophique, pour la culture précisément.
On ne va pas réécrire l’histoire de France, elle est ce qu’elle est.
On peut célébrer un anniversaire, sans adhérer aux idées, aux thèses des personnages en question. On ne va pas gommer des pans de l’histoire qui sont constitutifs de ce que l’on est, même s’il y a des zones difficiles, c’est presque du négationnisme.
Je pense qu’il faut parler de tout, avec le recul nécessaire, que l’on explique avec beaucoup de pédagogie aussi. Ce n’est pas parce que l’on parle d’un évènement que l’on en fait l’apologie. Pour moi la cancel culture c’est le début de la fin !

Vous avez été nommée présidente de l’ONR,  vous nous avez dit que vous jouer du piano.
A ce titre avez-vous des préférences musicales, les concerts, l’opéra, le ballet ?
Je joue du piano en amateur. J’ai surtout beaucoup d’affection pour l’opéra. Au milieu du mois de mai, nous allons présenter le programme de la nouvelle saison

Avez-vous d’autres spécificités cachées, en dehors du mandat de la ville et de la présidence ? Du sport, des hobby ? du yoga ?
Ah oui, je fais du Pilates, dans un studio tenu par une ancienne danseuse du ballet, au Parc des collines. Je suis une amoureuse de la montagne, je randonne dès que je peux, dans les Vosges, dans les Alpes, j’ai déjà fait une randonnée au Népal, j’adore randonner, j’adore la montagne, mais jamais seule, la montagne reste un milieu hostile.

Sur un réseau social, vous avez publié une photo, où vous êtes en compagnie du regretté Jean Claude Carrière, à quelle occasion ? quelles étaient vos relations ?
C’était une belle rencontre au forum du livre à St Louis, j’ai toujours beaucoup aimé cet auteur, sa voix, sa façon de raconter, j’étais très touchée de pouvoir le rencontrer. Il était tout seul, aussi je suis allée le voir pour parler un peu et prendre une photo. Depuis la Controverse de Valladolid -j’avais été marquée par ce film- je me suis intéressée à ses écrits.

Cela avait été une pièce jouée au théâtre de Poche par Jean Marie Meshaka


Avez-vous des références littéraires , puisque vos études étaient orientées vers les lettres ?  musicales ?
Je lis plutôt  des biographies. Quand j’aime un auteur, je lis tout ce qu’il fait.
J’ai lu tout Jacques Attali, tout Marcel Pagnol, en ce moment Gilles Kepel
c’est un spécialiste de l’Islam. La question de la république et de la laïcité, sont des sujets qui me passionnent.
En musique ma préférence c’est Bach, c’est mon compositeur préféré.

Que  devient votre travail pendant le confinement, a t’il été empêché, augmenté, diminué, réduit, différent ?
Dans mon travail, il y a beaucoup de représentations, beaucoup de contacts avec le monde, avec les gens, on va voir ce qui se fait, tous les spectacles, les expositions qu’on soutient. Là cela s’est particulièrement réduit, on a développé d’autres liens, peut-être plus proches
finalement, parce qu’il fallait téléphoner aux artistes, c’est un lien un peu différent. C’est un travail différent, mais somme toute réduit, je ne peux pas dire qu’on a travaillé plus.


Comment définiriez-vous votre action en temps qu’adjointe à la culture?
C’est une action qui est très engageante, qui prend beaucoup de temps, beaucoup de réflexion aussi, puisque je vous ai dit que nous sommes dans cette phase de réflexion, c’est quelque chose de très enrichissant. J’ai beaucoup de chance, et je m’enrichis constamment au contact des gens et des œuvres.

Je rencontre des gens que je n’aurai jamais rencontré autrement. Il y a des côtés plus difficiles. Par exemple, je ne peux pas soutenir tous les artistes qui viennent me voir et qui voudraient qu’on leur achète des oeuvres. Parfois je suis obligée de dire  – enfin les gens sont convaincus que leur œuvre d’art doit avoir sa place, dans tel ou tel endroit de Mulhouse,-  je leur dis : ce n’est pas le projet, on ne peut pas, nous avons un budget défini avec des contraintes. Il y a des côtés moins sympathiques, mais globalement c’est passionnant, ça m’enrichit beaucoup.

Qu’est-ce que vous avez envie de partager en général avec les personnes ?
J’ai envie de partager et discuter de ma vision de la vie, du monde, de la ville de Mulhouse. J’aime bien que les gens me donnent aussi leur avis, et qu’on puisse échanger mais pas forcément qu’avec des Mulhousiens.  On n’a pas  toujours une vision très juste de ce qu’on est. J’ai des contacts avec des élus en particulier de Colmar, Strasbourg, St Louis, Paris, dans l’agglomération, d’ailleurs en France, avec des gens qui réfléchissent sur la culture. Par exemple hier soir j’ai organisé une conférence en visio avec le président de l’observatoire des politiques culturelles, un institut rattaché à Sciences Po Grenoble. C’est une personne qui a un certain âge, Jean Louis Bonin, qui a donné une conférence, pour tous les élus du groupe majoritaire. Tous les mois nous avons une conférence, avec une personnalité inspirante, il nous a donné sa vision des choses sur comment on construit une politique culturelle,
et sur  la place de l’art et de la culture dans la ville. C’est pour moi vraiment éclairant, enrichissant, cela alimente  une réflexion et permet de faire un petit pas de côté, parce que quand on est le nez dans le guidon, on ne voit plus sa ville, telle qu’elle est vraiment. J’aime bien ce genre de rencontres  et j’aime partager ces visions.
 

Quel est le rôle des politiques, sont-ils en adéquation avec leur époque ?

Cela dépend, j’ai bien aimé quand le président Macron a dit qu’il y a 66 millions de procureurs en France, on a tendance à beaucoup critiquer et puis on a envie de dire aux gens : ben écoutez, faitesfaites avec nous, mettez la main à la pâte, n’attendez pas toujours tout de l’état, et la fameuse phrase de Kennedy, reprise par Obama : Qu’est-ce que l’état fait pour moi, qu’est-ce que moi je peux faire pour l’état.
Je dis souvent ça pour la ville aussi :
que faites- vous, vous pour la ville ?
quand on dit qu’il y a des déchets, des encombrants, des saletés etc ..

Quelle est votre plus belle rencontre dans la vie ? … votre mari (rires)
Je ne suis pas mariée, j’ai un compagnon, ma plus belle rencontre, c’est un peu bateau mais  c’est ma grand’mère, je l’ai rencontrée, j’étais toute petite (sourires), c’est un peu la femme de ma vie, mon pilier, mon guide, ma référence.

Y a-t-il une question que vous auriez aimé que je vous pose et que j’ai oubliée ?
Oui il y en a plein, comme celle-ci !

   Send article as PDF   

Eliane Goepfert

Chère Eliane,
Tu nous manques déjà.
Tu es allée rejoindre, le 18/3, ton complice photographe Ramon Ciuret,
qui a tiré sa révérence le 15 novembre 2020, mais aussi tu as rejoint
ton époux parti en 2020.
Dans notre microcosme mulhousien, tu étais une figure indispensable.
Deux amis au paradis des photographes.

Je laisse la parole à Guillaume Touboulic, qui a su exprimer avec justesse, ce que nous ressentons tous aujourd’hui :

« Dans la douleur, je pleure la grandeur d’âme d’une très grande dame, qui ne diffusait que du bonheur, de la bonne humeur autour d’elle. Quel honneur d’ avoir pu te connaitre chère Eliane !

La vie est belle mais elle est parfois si cruelle  … 4 mois après notre ami Ramon, une amie, une copine, une voisine, vient de s’éteindre sans jamais se plaindre.

Mes pensées émues vont vers sa famille, ses amis qui n’oublieront jamais sa gentillesse extrême, son sourire, son rire contagieux, radieux, merveilleux. Ainsi que son humilité, sa sensibilité qui se reflétaient dans ses photos et ses peintures, toutes remarquables … Elle aimait tant les fleurs, les couleurs, de tout son cœur.

Le souvenir est le parfum de l’âme, il est aussi présence invisible et rien n’est plus puissant que le souvenir. Elle qui adorait le vert, je terminerai avec un peu de
Prévert, un peu son univers :
« La vie est une cerise, la mort est un noyau. L’amour, un cerisier. »
L’autre soir, gardant un faible espoir, j ‘ai pu te dire au revoir .
Tu ne souffres plus maintenant.
Comme beaucoup, je pense très fort à toi et notre camarade Ramon .

Merci à Jean Paul Houille et Ramon pour les photos. »

   Send article as PDF   

Sommaire du mois de février 2021

Photo Robert Cahen

21 février 2021 : Noir & Blanc : une esthétique de la photographie
17 février 2021 : Le noir insondable, ultime – Pierre Soulages,
13 février 2021 : ORLINDA GALLERY
07 février 2021 : Gustave Doré, Illustrateur, caricaturiste, peintre, graveur et sculpteur français.
04 février 2021 : La Fondation Beyeler a rouvert ses portes au public
02 février 2021 : La Chandeleur

   Send article as PDF   

La Chandeleur

C’est l’heure de la Chandeleur ou de faire la crêpe !

La Chandeleur (fête des chandelles) est une ancienne fête païenne et latine, devenue ensuite une fête religieuse chrétienne correspondant à la présentation du Christ au Temple et sa reconnaissance par Syméon comme « Lumière d’Israël ». C’est une des douze grandes fêtes liturgiques célébrées par les églises orthodoxes.

Cette fête se déroule le 2 février, soit 40 jours après Noël.

                         Tableau du peintre flamand Pieter Aertsen – 1560

Étymologie

Le nom de cette fête, « Chandeleur », a une origine latine : la festa candelarum, (ou « fête des chandelles ») expression dans laquelle on retrouve candela, qui signifie chandelle. Aujourd’hui, des cierges sont bénis pour rappeler que Jésus est lumière du monde.

Historique

Chez les Romains, on fêtait les Lupercales aux environs du 15 février, fêtes inspirées de Lupercus, dieu de la fécondité et des troupeaux. À la même époque, on trouve également la fête de Feralia.

Les Lupercales ont fréquemment été liées à la fête de la Chandeleur, notamment par le cardinal Cesare Baronio au XVIe siècle, sans doute en raison de la visée purificatrice que ces fêtes pouvaient avoir. En 472, la Chandeleur a été associée aux « chandelles » par le pape Gélase Ier, qui a été le premier à organiser des processions aux flambeaux le 2 février. Dans une lettre adressée au sénateur Andromachus, il souhaitait rétablir les Lupercales et arguait qu’elles avaient un pouvoir purificateur. Comme le sacramentaire gélasien mentionne la fête de la Chandeleur, on en conclut que Gélase avait remplacé la fête païenne à date environnante par la fête de la Présentation. Cependant, le sacramentaire gélasien a subi une forte influence gallicane et a été compilé entre 628 et 731 ;
il est donc aussi possible que l’adjonction de la fête ne soit pas due à Gélase.
En effet, lorsque Gélase s’adresse à Andromachus, il n’use pas d’arguments d’autorité mais se contente de montrer par exemple que la fête des Lupercales n’aurait plus d’effet, ne serait-ce que par sa dénaturation et son incompatibilité avec des idéaux chrétiens. Cela a été interprété comme dénotant son manque d’influence sur l’aristocratie romaine.

                         Andrea Mantegna, Présentation au temple, 1455

La fête de la Présentation au Temple est célébrée dès le IVe siècle à Jérusalem. On trouve ainsi des homélies sur la fête attribuées à Méthode de Patare († 312), au pseudo-Cyrille de Jérusalem, au pseudo-Grégoire de Nysse († 400) ou à saint Jean Chrysostome († 407). En outre, on dispose du récit de pèlerinage d’Égérie (381384) où elle affirme que des festivités ont lieu à Jérusalem quarante jours après l’Épiphanie — la naissance du Christ étant alors célébrée à cette date en Orient (comme cela est toujours le cas pour les Arméniens) — en l’honneur de la Présentation au Temple :

Notre Dame de la Candelaria

Notre-Dame de Candelaria (patronne des îles Canaries). Dans cet archipel espagnol a commencé l’identification de la Chandeleur avec la Vierge Marie.Dans les églises, on remplace les torches par des chandelles bénites dont la lueur est supposée éloigner le mal et rappelle que le Christ est la lumière du monde. Les chrétiens rapportent ensuite les cierges chez eux afin de protéger leur foyer. En 1372, cette fête sera également associée à la Purification de la Bienheureuse Vierge Marie, autrement dit ses relevailles.

Les crêpes

Les crêpes avec leur forme ronde et leur couleur dorée rappelleraient le Soleil enfin de retour après la nuit de l’hiver, ce qui expliquerait que l’on confectionne des crêpes à la Chandeleur, moment de l’année où les jours s’allongent de plus en plus vite. C’est également à cette époque de l’année que les semailles d’hiver commençaient. On se servait donc de la farine excédentaire pour confectionner ces crêpes, qui sont un symbole de prospérité pour l’année à venir.

Aux États-Unis et au Canada, le jour de la Chandeleur est remplacée par le Jour de la Marmotte : « Groundhog Day ».

   Send article as PDF   

Cadeaux de Noël

Non, il n'y a pas qu'une seule adresse, pour vos cadeaux de Noël. 
Voici quelques suggestions, parmi nos lieux culturels préférés,
soit achats en direct, si papa Noël Castex, nous y autorise, soit en ligne avec la nouvelle tendance clic&collect. Martine Zussi, Sandrine Stahl et Bénédicte Bach vous proposent ci-dessous :

Motoco

Motoco lance sa boutique en ligne !
Nous n’aurons pas l’opportunité, cette année du traditionnel marché de noël, et nous en sommes très tristes. Les nombreuses belles choses qui habitent notre château ne pourront, pour quelques temps encore, vous être présentés IRL ! Nous avons donc décidé de créer une boutique en ligne. Bien sûr, ça ne remplace pas ces belles rencontres auxquelles nous tenons tant.
Mais vous pouvez voir, acheter, vous faire plaisir, vous faire livrer ou choisir le click&collect (48 heures de délais pour la livraison et 24 heures pour le click&collect). Vous trouverez près de 800 oeuvres et objets issus du travail de 50 artistes de motoco ! Et dans tous les cas, on vous gâtera dans les envois ou lors de votre visite pour récupérer vos folies !
Le lien vers la boutique en ligne de motoco : https://revelateur.io/motoco

Plusieurs équipes de motoco oeuvrent dans la ville de Mulhouse en cette période de Noël. Vous pouvez suivre nos actions sur notre page Facebook, Instagram ou sur le site motoco.fr


Le Séchoir

SI LES CONDITIONS SANITAIRES AU 15 DÉCEMBRE LE PERMETTENT, NOUS OUVRIRONS NOS PORTES TOUS LES APRÈS-MIDIS DU 15 DÉCEMBRE AU 20 DÉCEMBRE AVEC UNE EXPOSITION-VENTE DE NOËL ARTISTIQUE (en respectant les consignes sanitaires of course!) !
A SUIVRE ….
EN ATTENDANT, LES ARTISTES DU SÉCHOIR NE CHÔMENT PAS !
NOUS VOUS PROPOSONS NOMBRE DE SOLUTIONS POUR GARDER LE LIEN ET VOUS GÂTER !
Suivez le lien pour tout découvrir ! à Mulhouse
https://www.lesechoir.fr/vente-en-ligne
Mulhouse Alsace Agglomération – Le Séchoir Mulhouse – Région Grand Est

LAB

Organisé par la Galerie la Pierre Large à Strasbourg
Une fois n’est pas coutume et en attendant de reprendre le programme d’exposition avec Coordonnées 72/18 d’Alain Willaume dès le 6 janvier 2021,
le LAB fait son marché de Noël. Avec des éditeurs d’ici et d’ailleurs, nous vous proposons une sélection de beaux livres dédiés à la photographie dans un esprit marché de Noël solidaire.
Venez découvrir les trésors proposés par Les Editions L’Atelier Contemporain, Chic médias, Atelier EXB / Editions Xavier Barral, et Mediapop Editions.
A découvrir aussi et en exclusivité, le dernier né des livres-objets « Fleurs Fabuleuses » de Robert Becker, tout frais sorti de l’imprimerie.
Des images et des mots au fil des pages pour se faire plaisir, découvrir des artistes et remplir la hotte du Père Noël!
Nous serons ravis de vous accueillir pour clore ensemble le chapitre de cette année si particulière et faire en sorte qu’en décembre, tout parte en livres!

Sans oublier nos libraires et éditeurs préférés

 

   Send article as PDF   

Sommaire du mois de novembre 2020

Je dédie ce mois de novembre à Ramon Ciuret, qui nous a tiré sa révérence,
avec élégance, le 15 novembre 2020.
Une nouvelle étoile luit au firmament des photographes.
Ce petit homme malicieux et joyeux, toujours armé de son appareil photo
ou de son smartphone, pour capturer les beautés de ce monde. Avec son
regard et son oeil, si juste et bienveillant,  il transmettait avec bonheur
ses prises de vue, pour le plaisir de tous dans des expositions et sur
les réseaux sociaux.
Merci à lui pour le partage.

Tu m’avais enseigné le fish eye, je n’oublie pas notre blague sur le ragondin
du bord de l’Ill, et que tu intervenais, avec justesse, dans les  commentaires
sur mon blog.
Tes nombreux amis, du monde entier sont en deuil et attendent avec impatience, une exposition de tes nombreuses et magnifiques photos.
Vous pouvez le retrouver dans un enregistrement fait avec
Francine Hebding, sur radio MNE sous ce lien
Cher Ramon tu nous manques à tous.

les liens du mois de novembre 2020

30 novembre 2020 : Sommaire du mois de novembre 2020
27 novembre 2020 : Snowman de Fischli/Weiss
24 novembre 2020 : Ana González Sola, A LAS CINCO DE LA TARDE…
19 novembre 2020 : Elina Brotherus, La Lumière Venue Du Nord
14 novembre 2020 :L’Orient de Rembrandt
11 novembre 2020 : Roni Horn You are the Weather
7 novembre 2020  : Eaux-fortes de RembrandtLes donations Eberhard W. Kornfeld
3 novembre 2020 : Le lion a faim…Présentation de la Collection à la Fondation Beyeler

   Send article as PDF   

MOOC Culturels

C’est le moment de profiter du confinement forcé pour vous
plonger dans les
MOOC culturels et autres histoires de l’art et d’histoire,
proposés par divers sites.

Ces parcours courts – environ 45 minutes – proposent d’aborder des thématiques transverses aux MOOC de la Collection de la Fondation Orange. Composées principalement d’une vidéo, de ressources complémentaires et d’un quiz, ces Graines sont accessibles à tous.

Autre nouveauté… Pour compléter chaque thématique, vous êtes invités à suivre une conférence d’une heure, en ligne et en direct avec Haywon Forgione, conférencière et historienne de l’art.
le lien ici

Trois Graines de culture

Trois Graines de culture sont proposées sur trois thématiques différentes, à raison d’une par mois.

N ° 1 « Scandale ! », c’est le titre du premier Graine consacrée aux œuvres qui ont indigné la critique. Vous y découvrirez entre autre comment la notion de scandale dans l’art a évolué entre le XIXe siècle et aujourd’hui.

Alors notez bien ces rendez-vous :
toujours accessibles

 Graine de culture « Scandale ! » sur la plateforme MOOC Culturels et le mardi , conférence en ligne et en direct. Lien ici

Voici donc de quoi enrichir votre jardin culturel, jusqu’à l’ouverture du prochain MOOC, qui sera consacré à la Bande dessinée.
Oui, à la Bande dessinée ! Vous en saurez  plus très bientôt.

N° 2 Analyser une peinture

Il y a mille et une façons de regarder une peinture, car chaque regard est unique, et chacun réagit différemment : “J’adore !”, “Je n’aime pas”, “Je ne comprends pas”,… Au premier regard, l’observateur va laisser parler ses émotions face au tableau, va chercher à l’interpréter, va associer ce qu’il voit à ce qu’il connait.

Rentrer dans l’analyse d’une peinture va cependant permettre d’aller plus loin, de mieux comprendre un tableau, et ainsi aider à mieux saisir ce que l’artiste a voulu exprimer. Que faut-il regarder en premier lieu ? Que dire des couleurs, de la composition ? Et qu’a voulu nous dire l’artiste en mettant en scène tels personnages, en agençant telles formes ?

Cette graine de culture vous offre les bases de l’analyse d’œuvres. Au bout du parcours, rien d’autre que le plaisir de mieux apprécier les œuvres… Tentant, n’est-ce pas ? Alors, en route
la conférence en direct ici

N° 3 Art et pouvoir

Ouverture : 12 novembre
Conférence : 24 novembre à 18h30

L’Histoire par l’image décrypte l’Histoire

Actuellement en ligne 2780 œuvres, 1535 études et 118 animations
L’Histoire par l’image explore les événements de l’Histoire de France et les évolutions majeures de la période 1643-1945. A travers des peintures, dessins, gravures, sculptures, photographies, affiches, documents d’archives, nos études proposent un éclairage sur les réalités sociales, économiques, politiques et culturelles d’une époque. Comprendre les images et les événements d’hier c’est aussi savoir décrypter ceux d’aujourd’hui. Un site qui s’adresse à tous, famille, enseignants, élèves … mais aussi à tous les curieux, amateurs d’art et d’histoire.
le lien ici 

Bonne visite et lecture

   Send article as PDF   

Sandra Kunz

Sandra Kunz nous a quitté sur la pointe des pieds le 11 juin 2020.
Une étoile qui brille au firmament des artistes.
Tout le monde se souvient de son atelier à la Manufacture où elle nous accueillait avec tant de bonheur.

Biographie

Après avoir suivi des études en design graphique en Suisse et aux Etats-Unis, Sandra Kunz ouvre sa propre agence de design et signe de nombreuses collaborations avec notamment Design-Team pour l’exposition suisse Expo.01. En 2005 et 2010, elle complète ses études avec des Masters en design, art et innovation. En 2010, Sandra et l’artiste chinoise Yang Jiansa prennent part à l’exposition universelle de Shanghai avec une œuvre monumentale The container. L’ensemble de son travail artistique tourne autour des questions d’identité et de construction de la réalité.
Elle est aussi très active dans les domaines de la sculpture, de l’installation et de la photographie.
Sandra Kunz est née en 1960 à Reinach, BL en Suisse
                                                                                                      photo Armin Roth

Régionale 2012

Sandra Kunz livre de belles photographies, très pures, inspirées de l’opéra de Pékin. Ses modèles en jyjamas évoluent gracieusement, en noir et blanc sur les murs de son loft-atelier.

Sa vie entre le sud-est de la Chine et la Suisse s’inspire d’une recherche sur les chevauchements culturels et les interprétations spécifiques à ces deux sociétés. Par une immersion dans la culture collectiviste de la société chinoise elle a été confrontée à son individualisme, héritier de ses propre racines . Ces antipodes stimulent son processus créatif

Dans son atelier à la Manufacture

Un travail tout de grâce et d’ingéniosité, de délicatesse, inspiré de son séjour en Asie

A la Kunsthalle en 2013 Fait Et À Faire – Voir Et Revoir

Dans ce travail Sandra Kunz aborde le genre de l’autoportrait. A partir d’un jeu avec ses homonymes, les Sandra Kunz de Suisse, elle manipule les images et décline les portraits de manière énigmatique et dérangeante.
Chaque nom est associé à un visage.
«Mon visage m’appartient, mon nom aussi

Sandra Kunz est unique, elle est l’original, elle ne peut être confondue. Mais si Sandra Kunz est l’original, alors que sont les autres ? Et si toutes les Sandra Kunz sont des originaux, le nom Sandra Kunz n’a plus de raison d’être. Qui est vraiment Sandra Kunz, comment est-elle perçue et comment se perçoit-elle ? C’est le thème de ces quatre séries de portraits.

Sûr qu’elle était unique et combien cela résonne très fort dans notre souvenir.
Notre dernier entretien à la Kunsthalle était tout de gaité, avec son humour, elle
me disait « tu ne parles pas assez de moi « 
Et moi de lui répondre « tu ne perds rien pour attendre … »

Puis à Art Basel en 2016, elle parcourait les allées en compagnie de son amie
Clarisse Schwarb

www.sandra-kunz.ch

 

Une vue de son atelier

Toutes les photos sont de moi sauf la 2 qui est de Armin Roth,
merci à Eric Kehliff

   Send article as PDF   

Le Char de la mort, Emmanuel Honegger.

Le « Char de la mort » est un livre d’Emmanuel Honegger au Verger éditeur.
Il devait paraître officiellement le 20 mars 2020. Dans les circonstances que nous vivons, (Covid-19) la parution de l’ouvrage, véritable hymne de Théophile Schuler à la République, est reporté au 5 juin en librairie
C’est une rencontre virtuelle, Covid-19 oblige
Merci à Emmanuel Honegger de m’avoir envoyé son livre.


C
‘est la première grande toile que l’on aperçoit lorsque l’on arrive dans
la partie art moderne, à l’Akerhof, au musée Unterlinden.
Intrigante par sa construction pyramidale, un triomphe guerrier, une mort de Sardanapale inversée ? Cela mérite un décryptage et attention.
C’est ce que propose dans son livre Emmanuel Honegger.

Tout le monde connait Gustave Doré ! Théophile Schuler, son contemporain,
né et mort à Strasbourg (1821-1878), n’est pas aussi célèbre…
c’est une véritable injustice. Dessinateur, peintre romantique et graveur, Schuler illustra notamment Jules Verne, Victor Hugo et Erckmann-Chatrian.
Emmanuel Honegger

Le Char de la mort est une immense peinture de 3.5 mètres de long présentée au musée Unterlinden de Colmar.
Ce tableau, peint au milieu du XIXe siècle, coupe véritablement le souffle, un peu comme le fait Le Radeau de la Méduse de Géricault ou La Liberté guidant le peuple de Delacroix.

Mais outre son aspect grandiose, l’œuvre se révèle une véritable profession de foi… politique ! En raison de la censure, sévère à l’époque, le peintre fut obligé de ruser : Il camoufla donc sa dénonciation de l’ancien régime, comme son immense désir de République. Pour cela, ce fils de pasteur mêla de multiples allusions religieuses aux symboles politiques qu’il choisit…

Aller à l’oeuvre pour observer tous les détails ici
en promenant votre souris sur le tableau
cela vous donnera encore plus l’envie de vous plonger dans le livre
et son analyse

Le livre d’Emmanuel Honegger se propose de décrypter les nombreux messages cachés « entre les lignes » de la fresque. Par exemple, on peut avancer que l’ange de la mort se tient en réalité debout sur le cercueil de Napoléon, ou découvrir pourquoi Jonas, personnage biblique resté trois jours dans le ventre d’une baleine, figure parmi les personnages représentés…

Vous découvrirez pourquoi ce tableau, peint après la révolution de juin 1848 qui fit 5500 morts à Paris, est un cri en faveur de la République et une charge impitoyable contre l’ancien régime.

Le peintre fut obligé de livrer son message sous forme d’énigmes pour parer à la virulente censure de Napoléon III.

L’enquête se révèle aussi passionnante qu’un bon roman policier…

La crise du milieu du 19e siècle et notamment la Révolution de 1848 marquèrent profondément l’esprit romantique de certains artistes. Tel fut le cas de Théophile Schuler, peintre originaire de Strasbourg, élève de Gabriel-Christophe Guérin à Strasbourg, à Paris de Michel-Martin Drolling de 1839 à 1843 puis du peintre d’histoire Paul Delaroche de 1843 à 1848.
Le char de la Mort daté de 1848 exorcise le tumulte des évènements qui secouent l’Europe cette année-là. Inspiré autant par les Danses macabres d’Holbein que par le goût romantique pour l’ésotérisme et l’au-delà, Schuler conçoit une composition audacieuse d’une grande richesse iconographique.

Sur un char mené par quinze chevaux réduits à l’état de squelettes chevauchant dans un paysage désolé de cimetière aux tombes béantes, la Mort emporte sur son passage tous les hommes, qu’importe leur condition telle la figure du roi tentant vainement de retenir sa couronne. Les arts ne sont pas épargnés, évoqués à la fois par leurs personnifications féminines ainsi que par la pierre tombale portant, au centre de la composition, le nom du peintre.

Cette oeuvre, s’aborde aussi comme un livre d’histoire. Surchargée de symboles politiques et religieux, il a fallu deux années de travail à l’auteur pour en décrypter les messages cachés. La censure sous le second Empire avait amené Théophile Schuler à « écrire entre les lignes ».
Faire revivre sa pensée républicaine est le résultat d’une enquête minutieuse avec des rebondissements et doubles pistes dignes d’un roman policier.
Préface de Rémy Valléjo, frère dominicain, et postface de l’historien
Georges Bischoff.

NB : Le Meiselocker (charmeur de mésange), statue de la fontaine de la place Saint Etienne à Strasbourg, présente sur son socle le portrait de Théophile Schuler (et, de l’autre côté, celui de Daniel Arnold, l’auteur de la première pièce de théâtre écrite en Alsacien : Le Pfingstmontag traduite en 2014 par Roger Siffer et Suzanne Mayer, que Schuler avait illustrée.)


Emmanuel Honegger

Emmanuel Honegger présente Le Char de la mort et le travail du peintre Théophile Schuler à la salle blanche de la librairie Kléber, à Strasbourg, interviewé par Walter KIWIOR, grand spécialiste en peinture alsatique.
vidéo ici

Auteur et dessinateur, Emmanuel Honegger est né en 1956 à Paris.

Il vit et travaille à Haguenau, dans le Bas-Rhin.
J’ai publié sur mon blog, l‘article d’Emmanuel Honegger, sur David Hockney
après une discussion sur Facebook.

– Diplômé de l’École des Arts décoratifs de Strasbourg, promotion 1979.
– Président des Amis de l’œuvre et de la pensée de Georges Migot, peintre et compositeur.
– Vice-président des Amis du compositeur Jean-Jacques Werner.
– Vice-président de l’Académie rhénane.
Ancien vice-président de la SAAMS (Société des Amis des Arts et des Musées de Strasbourg)
– Ancien président de la commission Théophile Schuler de la SAAMS, récompensant des artistes de moins de 35 ans vivant et travaillant en Alsace.
Site d’Emmanuel Honneger

   Send article as PDF   

Rencontre avec Marie Freudenreich

Marie Freudenreich née à Colmar en 1975
sculpteuse, barbouilleuse.

C’est une rencontre virtuelle, Covid-19 oblige

Parcours
Ecole Nationale des Beaux-Arts de Nancy (1995 à 1998), D.N.A.P.
– Art Student’s League of New York (1998 à 2003), Certificate of Completion in Fine Arts Sculpture
– atelier à Motoco depuis 2013

photo Robert Cahen

Un monde qui tient avec du scotch.
Comme si l’image que nous percevons comme la
« réalité » n’était qu’un décor de carton, prêt à s’envoler au premier coup de vent.
Une illusion d’optique qui cache à peine, comme une jupe trop courte, le vide qui nous entoure : le cosmos immense et noir, l’éternité de mort qui encadre nos vies.
La fragilité de tout ce que nous connaissons.
Quand deux couleurs sont juxtaposées, elles sont vraiment bord à bord. Il n’y a pas de chevauchement, aucune marge de sécurité.
Si on les écartait d’un demi-millimètre, on découvrirait l’abîme caché derrière.
C’est un peu cela, mes peintures.
Marie Freudenreich

Comment définirais-tu ta peinture ?
Peindre, c’est un peu comme apprendre la mécanique. Démonter la réalité (ou l’illusion) étaler les pièces
devant soi, essayer en se grattant la tête de
comprendre comment ça s’articule. Ensuite remonter tout ça.
La plupart du temps on se trompe, on abîme une pièce ou on la remonte à l’envers. Je tente de faire de chouettes erreurs. Après tout c’est la panne qui révèle le mécanisme.

Quand travailles-tu ?
Plutôt en fin d’après-midi, le soir, la nuit, je n’ai pas d’horaire défini.

A quel endroit, maison, atelier ?
Je travaille à Motoco, dans mon atelier, avant ça je travaillais chez moi.

J’ai réessayé pendant le confinement de travailler chez moi, sans y parvenir.

photo Robert Cahen

Un rite pour te mettre au travail ?
J’ai souvent besoin de plusieurs heures pour me vider la tête, épuiser en quelque sorte la partie de moi qui s’éparpille en tracas divers, faire baisser le niveau de tension nerveuse avant de pouvoir démarrer. C’est probablement pour ça que je commence souvent ma journée de travail à l’heure où d’autres

la finissent. Mais pas de rituel précis

Quelle est ta technique ?
Récemment, huile sur contreplaqué, huile sur carton et tempera à l’oeuf sur papier. Sculpture sur bois aussi et installation.
pendant ma formation, j’ai fait beaucoup de sculpture sur pierre et de la gravure
(eau forte)

Huile sur bois

L’ambiance, musique, silence, intérieur, extérieur ?
En intérieur avec de la musique, sans perturbations.

J’ai besoin de me sentir seule au monde, comme au fond d’une grotte,
et plongée dans la musique, pouvoir chanter en travaillant

Qui sont tes maîtres ?
Fra Angelico, Joseph Albers, Jacob Laurence, Mark Rothko

Zut il n’y a que des mecs
Louise Bourgeois, Agnès Martin, Frida Kahlo

Quelles sont tes références littéraires ?
« Interaction of Color » Josef Albers

J’ai aussi un gros faible pour l’écriture des dramaturges américains, Eugene O’Neill : « Long days’s journey into night »
Tennessee Williams :  » A street car named Desire »
Ce qui me touche, c’est leur art de dissimuler le drame qui sous-tend la pièce et fait craquer les coutures des personnages entre les lignes des dialogues les plus triviaux.
Rien de ce qui est important n’est jamais énoncé, et pourtant tout se dessine, petit à petit, dans les fissures du récit.
J’aime tellement l’écriture de ces pièces, que je n’éprouve pas le besoin de les voir mises en  scène, les lire me bouleverse.

Que devient ton travail pendant le confinement, est-il une source de création et de recherches plastiques ?
Le confinement n’a pas eu d’effet bénéfique sur ma créativité.

J’avais un projet « spécial confinement » mais ça n’a pas du tout marché.

Que cherches-tu à exprimer dans ton travail, qui ne serait pas possible avec des mots ?
Que dire ..

Tout sauf le titre ?
Les mots capables de dire, sans doute, les mêmes choses qu’une oeuvre d’art plastique sont les mots des poètes. Pourtant malgré l’immense respect que j’ai pour la poésie, je ne suis pas sûre qu’elle ait vocation à supplanter toutes les autres formes d’expression, et surtout, je ne comprends pas en quoi ce serait un progrès.
Je ne ressens pas cette supposée supériorité du verbe.
L’idéal pour moi, serait qu’une oeuvre permette de transporter une idée, une émotion, une interrogation, une intuition, une image mentale ou peu importe sous forme graphique (ou volumique), directement du cerveau de l’artiste à celui du regardeur, via ses yeux, sans passer par le laminoir ou la moulinette de la verbalisation, pire encore, de la rationalisation.

Comment définirais-tu ton travail ?
C’est une espèce de chemin que j’emprunte sans connaître et sans vouloir connaître ma destination.

Ce n’est que quand une étape (comme l’application d’une couleur) est achevée que je décide de la suivante, comme un marcheur qui déciderait à chaque croisement de la direction à emprunter.
J’ai répondu un peu à côté de la question, parce que je ne sais pas définir mon travail. Mais il semble que si je savais le définir, je serais incapable de le poursuivre. Sa définition serait comme son rapport  d’autopsie.

Peins-tu des autoportraits ?
On dit que chaque oeuvre est un portrait de son auteur.
Des autoportraits de ma tête, ça m’est arrivé, mais très peu, mais quand je peins une table ou un bol, c’est aussi une sorte d’autoportrait.
Cela dit, j’aime bien les autoportraits des autres, surtout quand ils révèlent un trouble, comme ceux de Schoenberg.
J’aime aussi ceux, nombreux, où on sent de la méfiance, quand l’artiste se regarde d’un air de dire :
« toi mon coco, je te connais trop bien pour te faire confiance »

Motoco ? Depuis ?
J’ai eu la chance in extremis de pouvoir intégrer Motoco dès le démarrage, en 2013. Mischa Schaub m’avait attribué le tout dernier espace disponible à l’époque.

A modifié ta manière de travailler de vivre ?
J’ai mis longtemps à arriver à vraiment travailler à Motoco, à y retrouver le degré de concentration dont j’ai besoin, et qui peut aujourd’hui encore être facilement compromis, par l’absence de séparation phonique entre les ateliers, la chaleur étouffante en été, le froid en hiver.

photo Robert Cahen

Motoco est-il un apport pour toi ?
Motoco m’a apporté énormément en terme de vie sociale, et même d’existence sociale. Pouvoir échanger avec les autres artistes du lieu est infiniment précieux.
Ma présence à Motoco m’a aussi permis de rencontrer un public, qui ignorait mon existence et mon travail jusque là.

Pour terminer, peut-on revenir sur l’exposition au forum de St Louis en 2012
A ce moment là, je pensais que c’était un appel, solitaire, tu voulais convier les gens à ta table, muette, tu t’exprimais par ton travail.
La table exposée à Saint-Louis, je crois qu’elle date de 2005. Je l’ai mise en œuvre 5 fois à ce jour. C’est une idée qui m’est venue comme ça, toute faite et qui ne m’a plus lâchée, même si je ne la comprenais pas.

Elle a longtemps été sans titre.
Tout ce que je savais en dire est que c’était une pièce importante pour moi, d’où son titre transitoire « wie ich tisch ».
Elle a maintenant je crois son titre définitif: « Tableau ».

Dans cette vidéo de l’exposition au forum de St Louis de 2012,
on peut constater que Marie est dans la continuité de son travail et de son maître Josef Albers

Expositions
– CORK Gallery, Lincoln Center New York, 2002 (Nessa Cohen memorial Grant winners show)
– CORK Gallery, Lincoln Center New York, 2004 (idem)
– « Liquid Memories » (exposition personnelle), 2006, association culturelle :
à table !, Boulogne-sur-Mer conjointement à cette exposition,
publication d’ un livret de dessins intitulé :
« my life is as empty as a room full of boxes »
– « (é)mouvantes couleurs (vidéo)» en duo avec Robert Cahen, 2012, forum de l’ Hôtel de ville de Saint-Louis
– « archéologies mentales » en duo avec Eric Smolinski, hiver 2013-2014,
« Mulhouse Jeune Art Contemporain »
– REGIONALE 14 : « Noli Me Tangere » (group show), E-WERK Freiburg
« à la croisée des chemins potentiels » (group show), FABRIK culture, Hégenheim
– Janvier 2017 : « ÉDEN », galerie Jean-François Kaiser, Strasbourg
– Février-Mars 2018 : « Et, toujours, ils tiennent le monde / Désirer un coin de soi-même inconnu « , LE GRANIT et la Cantine d’art contemporain, Belfort
Régionale 20, « les chemins du rêve » Fabrikculture Hégenheim 2019/20

crédit photos :
Robert cahen 1,2,3,8
Marie Freudenreich 6,7
Elisabeth Itti 4,5,8 + 1 vidéo

   Send article as PDF