Snowman de Fischli/Weiss

La Fondation Beyeler célèbre l’arrivée du Snowman de Fischli/Weiss dans le Parc Berower: ce week-end, l’accès au musée est gratuit pour tous

Snowman, une sculpture des artistes suisses Fischli/Weiss, prend aujourd’hui sa place dans le Parc Berower de la Fondation Beyeler, où il passera toute une année. La sculpture Snowman représente un sympathique bonhomme de neige dans un réfrigérateur à porte vitrée. La Fondation Beyeler célèbre son arrivée avec un accès gratuit au musée pour tous·tes les samedi 28 et dimanche 29 novembre 2020.
La sculpture Snowman, nouvellement installée dans le Parc Berower, représente un bonhomme de neige, figure familière et sympathique composée de trois boules de neige superposées. Au sommet, sur la plus petite d’entre elles, deux trous marquent les yeux et un trait la bouche. Le bonhomme de neige se trouve dans un réfrigérateur à la façade transparente, qui lui permet de survivre toute l’année.
Snowman illustre la contradiction entre nature et artificialité, avec le penchant pour l’absurde si typique du travail de Fischli/Weiss. Alors même que, comme le dit Peter Fischli, un bonhomme de neige est
«une sculpture que presque tout le monde est capable de réaliser»
en roulant et en empilant simplement trois boules de neige, pour perdurer toute une année la sculpture de Fischli/Weiss est tributaire d’un dispositif technique complexe. Le contexte du bonhomme de neige dans son réfrigérateur est aujourd’hui tout autre qu’au moment de sa conception. L’image de dépendance totale à l’énergie que présente Snowman de manière si attachante acquiert une dimension nouvelle, poignante et terrifiante à la fois, au vu de la crise climatique.
Peter Fischli (*1952) et David Weiss (1946-2012) avaient initialement conçu cette oeuvre en 1989/90 dans le cadre d’une exposition dans l’espace public à Sarrebruck. En réponse à l’emplacement qui leur avait été attribué à côté d’une nouvelle centrale thermique, ils avaient décidé d’imaginer une oeuvre qui dépende de l’énergie de la centrale. Le bonhomme de neige devait donc utiliser l’énergie résiduelle de la centrale, convertie en froid dans un renversement typique de l’univers de Fischli/Weiss. Au final, l’exécution n’avait pas entièrement répondu aux attentes des artistes mais l’envie était restée de transformer un jour cette idée en oeuvre.
Une ébauche de projet a émergé fin des années 1990 à l’invitation du Walker Art Center de Minneapolis, sans être mise à exécution. La réalisation de la sculpture Snowman s’est finalement faite en 2016. Sa trajectoire l’a menée dans le Sculpture Garden du Museum of Modern Art à New York, puis sur la terrasse du Art Institute à Chicago, et plus loin encore.
Le Snowman désormais installé à la Fondation Beyeler, l’un de quatre exemplaires, est le seul en Europe et en Suisse, et le premier dont l’opération est assurée par de l’énergie solaire.
Snowman est la dernière acquisition en date de la collection de la Fondation Beyeler.


La collaboration des deux artistes suisses Peter Fischli (*1952) et David Weiss (1946–2012) a duré plus de trois décennies. Leurs oeuvres, réalisées dans une grande variété de médias, se distinguent par un sens de l’humour prononcé, un amour de la poésie et une fascination pour le quotidien.
En 2016, Fischli/Weiss étaient représentés à la Fondation Beyeler dans l’exposition «Alexander Calder & Fischli/Weiss».

Fondation Beyeler, Beyeler Museum AG,
Baselstrasse 77, CH-4125 Riehen
Horaires d’ouverture de la Fondation Beyeler:
tous les jours 10h00–18h00, le mercredi jusqu’à 20h00

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Ana González Sola, A LAS CINCO DE LA TARDE…

A la Fondation Fernet Branca jusqu’au 10 janvier 2021

« elle parle encore avec l’acharnement de la palette »
Léonardo Crémonini

Une belle découverte, des couleurs exacerbées, une ambiance féerique, la Corée du sud, c’est Ana González Sola

Le choc

A las cinco de la tarde, -le choix du titre, tiré d’un poème de Federico García Lorca, Le Coup de Corne et la Mort, – nous fait pressentir, toute la sueur, la chaleur, la lumière et l’odeur du moment de la mort de la corrida.
Dès que vous pénétrez dans la salle qui lui est dédiée, vous êtes pris par la force
de ses toiles accrochées aux cimaises de la Fondation. Elles sont inondées de couleurs, nimbées de reflets chatoyants, tout à fait particuliers, sur leur support en bois.


On entre de plein pied dans les marchés coréens, grouillant de personnages
à l’activité débordante. A peine s’étonne-t’on de ne pas sentir l’odeur du poisson. Il se dégage une telle sensualité des tons, une luminosité poétique.
Il faut s’en approcher, on éprouve l’impression d’être dans la peinture même, dans ces marchés asiatiques.


La transparence étonnante des couleurs, malgré l’effet de nuit voulu, dans des lieux fermés, sans ciel, donne à voir une peinture saisissante, avec parfois une dimension géométrique.

Trois grandes séries sont présentées ensemble :
série la Corée et le Japon, les Marchés, les robes et Vitrines.

               tryptique du port de Beyrouth

Ces séries sont accompagnées de trois tableaux de paysages du port de Beyrouth, avant l’explosion.
Ces oeuvres sont des constructions architecturales de l’espace dans lequel
la vie prend forme par la couleur et la lumière.

L’histoire de l’art revisitée

Elle convoque l’histoire de la peinture avec ses séries aux abattoirs, les écorchés de boeufs à la Rembrandt.

Ainsi les enfilades de la boucherie reviennent dans celles de la penderie pour nous parler du corps vivant qui était là, comme si sa palpitation pouvait diminuer la nostalgie de sa présence / absence.
De cette vitalité qui traverse encore l’utopie espagnole et humaniste, de son flamenco et de ses corridas…  De même que les boutiques avec les étals de peignes, de sacs, de coiffes, de perruques ou de broches, tout est couleurs, lumière et désirs. Tout évoque son origine espagnole.

La série Foot

La série Foot de 30 monotypes, des figures de personnages gravés à la Goya, sont d’une extrême violence.

Née en 1977, à Madrid, Ana González Sola vit et travaille à Paris
Diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris en 2001
Résidence Casa de Velázquez à Madrid de 2003 à 2005.

Informations pratiques

Fondation Fernet-Branca
2, rue du Ballon 68300 Saint-Louis
fondationfernet-branca.org Instagram @fernetbranca Facebook @fernetbranca68
Horaires d’ouverture :
du mercredi au dimanche de 13h à 18h
Accès : Aéroport Bâle/Mulhouse (à 5 minutes)
SNCF -Autoroute A35
La Ville de Bâle est à 5 minutes de Saint-Louis.
Arrêt de bus « Carrefour Central / Croisée des Lys » (à 3 minutes du musée) – direction Bâle station « Schifflände »


Des visites guidées étaient prévues en parallèle avec l’exposition :
Un monde infini: Artistes chamanes, autour d’une collection de l’Himalaya
qui ont du être annulées pour cause de confinement

 
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Elina Brotherus, la lumière venue du nord

Exposition de courte durée à la Galerie de la Filature qui se termine le
29 novembre 2020
Elina était plusieurs fois annoncée,
hélas les circonstances actuelles ont empêché sa venue.

« Quand je me photographie, c’est moi mais en même temps ce n’est pas moi… C’est la condition humaine que j’essaie de décrire » Elina Brotherus


this is the first day of the rest of your life

(c’est le premier jour du reste de ta vie)

Elina Brotherus, et Cindy Sherman, ont en commun le sujet de leurs photographies, une seule et même personne : elle.
Pour Elina Brotherus, ce n’est pas une métamorphose, il faut regarder les détails pour passer au second degré. Elle se montre de face ou de dos, telle qu’elle est, nue, debout ou assise, sans pose recherchée, ni artifice qui l’embellisse. Son pied est presque toujours posé sur le déclencheur de l’appareil photo. Elle opère toujours seule, d’une part pour n’avoir personne sur le dos ! d’autre part parce qu’elle utilise une matériel léger, qu’elle peut transporter à elle toute seule. Avec la photographie, et plus récemment la vidéo, Elina Brotherus explore le paysage émotionnel, les sentiments de l’individu et tente de déterminer comment celui-ci devient une partie de l’ensemble formé par les autres. Avec un langage délibérément structuré, elle travaille sur sa propre personne à partir des événements de sa vie.

Comme l’art est aujourd’hui le seul domaine dans lequel on accepte que des adultes s’amusent, elle ne s’en prive pas. C’est en tout cas ainsi que l’artiste finnoise qui pratique depuis un quart de siècle l’autoportrait mis en scène, généralement seule, mais parfois accompagnée de son chien ou, plus récemment de complices, présente sa démarche.
Elle construit tout avec une belle prise de distance qui n’empêche nullement une vision poétique, entre autres dans les paysages de sa Scandinavie natale ou de sa Bourgogne d’adoption.
Le paysage, aux différentes saisons, devient un décor à la respiration ample, un paysage en écho à la peinture romantique
– et à la peinture en général dont Elina a une belle connaissance – pour un corps libre, tour à tour dénudé ou vêtu de couleurs qui dialoguent avec celles de la nature.
Une peinture qu’elle réinterprète en jouant, en référence aux grands moments d’histoire et en écho du contemporain, en allant de l’atelier et de ses modèles réinventés à la mise en situation de son corps, à la limite de l’équilibre,
dans des lieux inattendus comme le chantier des grands magasins de La Samaritaine, exposés ici pour la première fois.

La  couleur

Savante coloriste, elle a cette capacité rare, en milieu de carrière et avec toujours ce mélange de sérieux et de fantaisie, de distance et de sourire,
de se pencher sur ce qu’elle a fait et de recomposer un passé récent qu’elle transforme pour la série 12 ans après.
L’image animée, série de fables qui ne sont jamais édifiantes, est une occasion de plus de jouer. De se jouer de l’espace, de le construire et de le faire exister en devenant illusionniste et magicienne.

Travaux pratiques, bricolages, rêves et divertissements articulent
une oeuvre dont la cohérence profonde n’enlève jamais
l’indispensable légèreté.
C’est rare, voire unique aujourd’hui.
extrait du Texte Christian Caujolle (commissaire de l’exposition), août 2020

Photos choisies

« Cette image d’autoportrait est aussi un clin d’œil à la difficulté que j’ai eu à mon arrivée en France, je n’avais pas les mots pour communiquer en français… »

C’est grâce à des amies photographes, après un parcours en sciences, – une maitrise en chimie -, études suivies en parallèle, qu’elle apprend l’autoportrait. Pour elle cela a été une libération. C’était la mode dans les années 90 dans les écoles d’art. Quand elle regarde les photos de cette période, elle dit avoir crée une autofiction.
Dans Le reflet dans la suite des séries françaises, elle est dans le coin de la photo,
le visage découpé, on en voit que le menton. Une salle de bain devant un lavabo où sont collés une multitude de post-it, un post-it sur le reflet de son visage cache son reflet. Post-it où il est marqué : reflet.
Tout les objets sont nommés sur les post-it. C’est la première fois qu’elle sortait de son pays pour aller en résidence au musée Nicéphore Niépce. Comme elle ne parlait pas le français c’était
le meilleur moyen d’apprendre la langue en nommant les objets.

Biographie

Elina Brotherus est née en 1972 à Helsinki et partage sa vie et son travail entre la Finlande et la France. Avec la photographie et plus récemment la vidéo,
Elina Brotherus explore le paysage émotionnel, les sentiments de
l’individu et tente de déterminer comment celui-ci devient une partie de l’ensemble formé par les autres. Avec un langage délibérément structuré, elle travaille sur sa propre personne à partir des événements de sa vie.
Bien que ses autoportraits dominent son oeuvre, elle n’interprète jamais de rôles et ne crée pas de mises en scène ; ses paysages révèlent tout autant la nature de ses sentiments.

Dans sa série The New Painting, Elina Brotherus questionne aussi bien les
codes esthétiques de la peinture que la notion de Beauté et va au-devant de questions sur la réalité et sa représentation.
parcours détaillé sur www.gbagency.fr

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L’Orient de
Rembrandt

Rembrandt Harmensz. van Rijn  –
Brustbild eines Mannes in orientalischer Kleidung

Jusqu’au 14.02.2021, au Kunstmuseum Basel | Hauptbau
Commissaire : Bodo Brinkmann, Gabriel Dette
Commissaire invité : Gary Schwartz

Rembrandt Harmensz. van Rijn; Erster Orientalenkopf; 1635 Platte: 15.1 x 12.5 cm
Blatt: 24 x 17.6 cm; Radierung, Kaltnadel; Inv. 2019.168

 

La curiosité de Rembrandt Harmensz. van Rijn pour tout ce qui est étranger et son insatiable appétit de collectionneur sont déjà légendaires de son vivant. Artiste, collectionneur et citoyen, il entre en contact avec des oeuvres d’art, des objets d’usage courant et des individus de toutes les parties du monde connu à l’époque et s’en inspire pour son oeuvre.

L’exposition L’Orient de Rembrandt présentée à l’automne au Kunstmuseum Basel | Neubau explore ce monde des idées au travers d’une sélection d’oeuvres du peintre hollandais et de ses collègues artistes.

Rembrandt (1606-1669)
et ses contemporains n’ont eu de cesse de peindre des objets de pays lointains : turbans et tapis, sabres et soieries. Leurs oeuvres d’art témoignent de la première mondialisation et illustrent l’influence de cultures étrangères dans les Pays-Bas du XVIIe siècle.
La soif de connaissance, le désir de collectionner et la fierté de posséder marquent cette époque significative pour l’histoire de l’art et constituent une source d’inspiration pour les peintres dans la réalisation de scènes d’histoire, de portraits et de natures mortes d’un genre nouveau. Toutefois, comme nous le constatons aujourd’hui, le revers de cette appropriation du monde demeurait absent des représentations ; le déséquilibre des forces entre les cultures se
traduisant également par l’esclavage, la violence, l’exploitation et les guerres commerciales.

L’exposition présente un peu plus de 120 oeuvres au total, parmi lesquelles figurent aux côtés de peintures nombre de gravures, dessins, miniatures, cartes et ouvrages. Parmi ces oeuvres, une centaine sont des prêts consentis par d’importantes collections muséales et particulières du monde entier


Les Sources

Une autre source importante se trouve au sein même de la collection du Kunstmuseum Basel qui possède un témoignage de jeunesse majeur de la confrontation de Rembrandt avec le thème de l’exposition : David présentant la tête de Goliath au roi Saül, peinture réalisée en 1627.

Rembrandt Harmensz van Rijn (1606–1669); David übergibt Goliaths Haupt dem König Saul; 1627 27.4 x 39.7 cm; Öl auf Eichenholz

En outre, le Kupferstichkabinett (cabinet des arts graphiques) dispose d’un fonds de l’oeuvre gravé de Rembrandt remarquable tant sur le plan qualitatif que quantitatif. La généreuse donation d’un ensemble de 150 feuilles consentie par le collectionneur bernois Eberhard W. Kornfeld a contribué à l’élargir considérablement ces dernières années. Plus d’une douzaine de ces feuilles sont visibles au sein de L’Orient de Rembrandt.
Une présentation d’Ariane Mensger se tenant simultanément à l’entresol du Hauptbau montre au public d’autres pans de cet exceptionnel ensemble de la collection.

Le parcours de l’exposition

Avec turban et robe en soie :
l’Orient à domicile

L’expansion du commerce vers d’autres continents n’a pas seulement
engendré une très grande prospérité pour une partie de la bourgeoisie
de la République néerlandaise ; l’augmentation des connaissances et la
disponibilité des marchandises ont également assuré la présence, intellectuellement par l’érudition ou physiquement par les objets, de pays
éloignés de l’Europe. La présence de l’exotique a également influencé les
habitudes et la mode aux Pays-Bas – ainsi que la peinture. Les motifs des
cultures étrangères ont trouvé leur place dans les scènes de genre, les
portraits ou les portraits historiés. Ils ont servi de symboles de statut
social, évoquant la position et la prospérité financière de leur propriétaire.

Les voies de la prospérité.
Commerce et guerre

L’intérêt pour les pays lointains et la disponibilité d’objets exotiques s’explique
par la circulation mondiale des marchandises que les Pays-Bas ont
développée au XVIIe siècle. Les représentations picturales consacrées au
thème du commerce n’étaient pour la plupart ni réalistes ni documentaires ;
elles ne prétendaient pas rendre avec précision une scène quotidienne,
ni présenter un événement historique de manière factuelle. Elles répondaient
davantage à des préoccupations représentatives ou décoratives.
Ceci s’appliquait même à la figuration des conflits armés en cours – la face
cachée du commerce mondial.

La connaissance du monde.
Collectionner et rechercher
Jan van der Heyden; Zimmerecke mit Raritäten; 1712

L’expansion du commerce sur tous les continents a entraîné un élargissement des connaissances et du savoir dans le monde. Une multitude de livres et de cartes décrivent et révèlent des terres lointaines. Amsterdam devient le centre de l’édition. Les portraits d’érudits figurés entourés de
livres soulignent un idéal d’éducation, qui forme un contrepoint à la passion pour le négoce. Des objets tels que des coquillages exotiques deviennent
des pièces de collection convoitées par la bourgeoisie pour ses cabinets de curiosités. Les natures mortes et les peintures d’intérieurs mettent en évidence l’exotisme et le luxe.

Le rotin. Une étude de cas

Les épices orientales et la porcelaine chinoise importées ne sont pas
les seules à jouir d’une grande popularité aux Pays-Bas : l’inventaire d’un
magasin d’Amsterdam datant de 1664 recense un approvisionnement de
pas moins de 1 700 baguettes en rotin ! Le bois léger et robuste de ce
palmier très répandu en Indonésie (qui constituait en ce temps-là les
Indes orientales néerlandaises) était idéal pour fabriquer des cannes.
Mais l’armée l’a aussi utilisé : le commandant habillé à la dernière mode
sur le tableau de Simon Kick exposé ici présente fièrement son bâton
d’officier en rotin brûlé. Des objets similaires sont encore fabriqués
aujourd’hui pour être utilisés dans diverses disciplines d’arts martiaux.

Le paysage de la Bible
Le jeune Rembrandt et ses modèles
Rembrandt, Judah et Tamar

Rembrandt et ses collègues peintres plaçaient leurs représentations des épisodes de l’Ancien ou du Nouveau Testament dans un paysage qui, avec ses
rochers et ses collines gris-brun, semblait en tout cas différent des plaines
verdoyantes du nord des Pays-Bas. Ce décor était peuplé d’hommes
portant des turbans et de femmes souvent magnifiquement habillées de
costumes colorés. Ici aussi, l’imagination était au pouvoir, bien que les
couleurs et les motifs, notamment des soieries, aient pu correspondre
aux modèles réels des tissus orientaux du XVIIe siècle.

La lumière dans le temple.
Rembrandt à Amsterdam et ses suiveurs

Dans les années 1630, Rembrandt et d’autres peintres ont souvent choisi
des thèmes bibliques placés dans un intérieur peu éclairé, qu’il s’agisse
de l’étable de Bethléem ou d’un temple. Là aussi, ils ont utilisé des motifs
exotiques tels que des turbans, des vêtements ou des épées pour rendre
la scène plus authentique.

Rembrandt – Daniel and Cyrus before the Idol Bel

Dans ces oeuvres, l’Orient est rarement le
théâtre d’une splendeur imaginaire, mais un lieu mystique : la sagesse de
Dieu s’y révèle au peuple d’Israël, ou bien le mystère chrétien du Salut
s’accomplit en son sein. Sous les sombres voûtes, Rembrandt déploie
un magistral jeu de lumières avec des rayons réfléchis par des surfaces métalliques. Cet effet sert non seulement à définir l’espace à l’intérieur
de la scène, mais aussi à souligner certains éléments de sa signification.

Le goût des autres
L’assimilation de l’Orient par Rembrandt

La fascination pour l’Orient dans les Pays-Bas du XVIIe siècle n’était pas
seulement basée sur le plaisir esthétique procuré par de beaux et luxueux
objets. Il était également associé au monde de la Bible, à la fois onirique
et positivement connoté, tel qu’il se manifeste dans les peintures de
Rembrandt. La splendeur des vêtements et la préciosité des images orientalisantes contrastent avec l’austérité puritaine du calvinisme.
Dans cet intérêt pour les mises en scène orientalisantes,
l’attrait pour le merveilleux, l’extraordinaire, est alors manifeste.

J. F. F. nach Andries Beeckman; Der Markt von Batavia; nach 1688 144 x 209 cm; Öl auf Leinwand

L’ ‹ Orient › est l’Autre, une idée abstraite de ce qu’il est possible de vivre,
une surface de projection pour les besoins humains auxquels la vision rationaliste de l’Occident, particulièrement prégnante dans le protestantisme, n’offrait aucune place.

De ses propres yeux ?
Authenticité et cliché

Dans le cas des histoires bibliques, les costumes ou les décors orientalisants
servaient à créer une certaine ambiance. La question de savoir
dans quelle mesure ces motifs correspondaient à la réalité n’avait que
peu d’importance. Les paysages et les portraits prétendaient parfois
figurer une région ou une personne réelles.

Cependant, dans les Pays-
Bas du XVIIe siècle, seuls quelques tableaux fournirent une représentation
fiable des régions lointaines et de leurs habitants. On ne recherchait
visiblement pas l’authenticité dans la description d’un pays et de ses
habitants.

Inde environs 1800

De nombreuses peintures ont plutôt confirmé les clichés existants.
Les oeuvres d’art originales de l’Orient, comme les miniatures de
l’Inde ou de la Perse, ont reçu peu d’attention. Elles étaient rarement
collectionnées et seuls quelques peintres néerlandais, dont Rembrandt,
s’y sont intéressés.

Kunstmuseum Basel
St. Alban-Rheinweg 16 / Téléphone +41 61 206 62 62
info@kunstmuseumbasel.ch / kunstmuseumbasel.ch

Visites guidées en français
Dim 22.11., 27.12., 24.1., 14–15h
Frais : Entrée + CHF 5

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Roni Horn You are the Weather

Jusqu’au 17 janvier 2021, à la Fondation Beyeler

Focus

En 2016, Roni Horn  une exposition de son travail à la Fondation Beyeler, réunissait des séries et des ensembles de pièces exceptionnelles, riches d’une grande diversité visuelle et matérielle, couvrant les 20 dernières années.
Installations photographiques, travaux sur papier et sculptures en verre se partagent l’espace de six salles d’exposition dont l’ensemble peut être
appréhendé comme une unique installation.

En 1975, tout juste âgée de vingt ans, la jeune newyorkaise Roni Horn se rend pour la première fois en Islande. Depuis, elle y retourne à plusieurs reprises à cette terre de glace qui aura une influence considérable sur son travail. La singularité de cette île volcanique, ses paysages abrupts, les caprices de
son climat changeant, l’éloignement du lieu sont pour l’artiste une source d’inspiration majeure, comme en témoignent plusieurs de ses oeuvres centrales ainsi qu’une série de livres. Pour Roni Horn, l’Islande est :
« Assez grande pour s’y perdre. Assez petite pour m’y retrouver. »

Les photographies

Les 100 photographies qui constituent You are the Weather ont été prises en juillet et août 1994.

« Pendant six semaines, j’ai voyagé avec Margrét à travers toute l’Islande. En suivant les sources d’eau chaude courantes sur l’île, nous nous sommes rendues d’une piscine naturelle à une autre. Nous avons travaillé quotidiennement, la plupart du temps en extérieur, et indépendamment du climat changeant et souvent imprévisible qui règne sur l’île. »

Les photos montrent le visage d’une femme en plein soleil ou par
temps nuageux ; son expression, parfois agacée, parfois impatiente, est causée par le soleil aveuglant, le vent cinglant, etc. Bien qu’il s’agisse de portraits d’une seule et même jeune femme, on n’apprend rien sur elle.

Dans You are the Weather (vue sur la salle), l’identité est, par définition, fluctuante et changeante : elle se manifeste par une série de moments pluriels et variables.

Biographie

Née en 1955 à New York, Roni Horn a grandi dans le comté de Rockland, dans l’État de New York. Elle est diplômée de la Rhode Island School of Design et de l’université Yale. Depuis de nombreuses années, les travaux de Roni Horn font l’objet d’expositions individuelles aussi bien aux États-Unis qu’en Europe.

L’exposition focus a été conçue par Theodora Vischer, Senior Curator de la Fondation Beyeler, avec Marlene Bürgi, conservatrice assistante

Horaires d’ouverture de la Fondation Beyeler:
tous les jours 10h00–18h00, le mercredi jusqu’à 20h00.

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Eaux-fortes de Rembrandt
Les donations Eberhard W. Kornfeld

Jusqu’au 24.01.2021, au Kunstmuseum Basel | Hauptbau
Commissaire : Ariane Mensger

Rembrandt Harmensz. van Rijn; Cornelis Claesz. Anslo, Prediger; 1641 Platte: 18.3 x 15.6 cm
Blatt: 18.5 x 15.8 cm; Radierung, Kaltnadel, auf Japanpapier; Inv. 2019.152


Après une première donation substantielle d’
eaux-fortes de Rembrandt en 2007, le
collectionneur bernois Eberhard W. Kornfeld offre 31 oeuvres supplémentaires au Kunstmuseum

Basel. Environ 70 feuilles provenant de ces deux donations sont présentées dans le cadre de l’exposition
Eaux-fortes de Rembrandt à l’entresol du Hauptbau parallèlement à la grande
exposition temporaire
L’Orient de Rembrandt.

La gravure –technique
Rembrandt Harmensz. van Rijn; Der Stelzfuss – Bettler mit einem Holzbein; um 1630
Platte: 11.4 x 6.6 cm
Blatt: 13.6 x 8.6 cm; Radierung; Inv. 2019.158

De son vivant déjà, Rembrandt Harmensz van Rijn (1606-1669) jouit d’une grande estime non seulement grâce à ses peintures, mais aussi à ses gravures à l’eau-forte. Pour nombre d’amateurs d’art, ces eaux-fortes relèvent même d’un véritable exploit : le maniement unique de cette technique graphique par Rembrandt – l’intervention de différents procédés, le traitement
répété des matrices et les variations presque infinies en résultant – fait de chaque gravure une pièce de collection convoitée. Les premières collections virent d’ailleurs le jour dès le XVIIe siècle et, aujourd’hui encore, des épreuves rares et de qualité atteignent des sommes considérables sur le marché de l’art.

Le donateur

Eberhard W. Kornfeld (vidéo), commissaire priseur et collectionneur bernois, est un connaisseur averti de Rembrandt. Depuis ses débuts à la maison de ventes aux enchères Gutekunst und Klipstein à la fin des années 1940, il se consacre à cet artiste et constitue sa propre collection d’eaux fortes de Rembrandt. 

Rembrandt Harmensz. van Rijn; Die Verkündigung an die Hirten; 1634 Platte: 26.2 x 21.9 cm; Radierung, Grabstichel und Kaltnadel; Inv. 2019.166

En 2007, il lègue la plus grande partie de ce fonds au Kupferstichkabinett
(cabinet des arts graphiques) du Kunstmuseum Basel dans le cadre d’une donation substantielle. Une seconde donation a lieu en 2019.
Kornfeld, qui dispose toujours d’un droit de jouissance à vie sur ces oeuvres, confie qu’il ne se passe pas une semaine sans qu’il ne sorte
les eaux-fortes pour les étudier.
L’exposition, qui présente les 31 oeuvres de la seconde donation pour la première fois au public, rend hommage à cet engagement renouvelé et
désintéressé en faveur de la Öffentliche Kunstsammlung (collection publique bâloise). Ces oeuvres s’accompagnent d’eaux-fortes provenant à la fois de la première donation et des fonds du musée. Il s’agit là de souligner à quel point les différents pans de la collection se complètent bien.

L’exposition

Le total d’environ 70 feuilles sélectionnées pour l’exposition offre un panorama qui rend manifeste sous toutes ses facettes la remarquable habileté de Rembrandt comme graveur. Des exemples choisis révèlent les filigranes des récentes acquisitions qui jouent un rôle important pour l’évaluation et la datation des gravures aujourd’hui. D’autres exemples montrent la
provenance de ces oeuvres issues en partie de collections célèbres

L’autoportrait aux yeux hagards

Cet autoportrait Signé et daté, – RHL 1630, Eau-forte et burin – 50 x 43 mm,- d’une taille à peine plus grande qu’un timbre poste, a un côté très spontané et fascinant. Quand on regarde une reproduction, on constate que la gravure supporte très bien l’agrandissement, bien que l’oeuvre soit minuscule, cela est du au génie de l’artiste, cette force qu’il a de rendre en peu de traits et d’économie de moyens, beaucoup d’intensité dans ce regard hagard, L’estampe s’intitule aussi Autoportrait aux yeux écarquillés et Rembrandt au bonnet la bouche ouverte, les yeux et la bouche attirant particulièrement l’attention. Rembrandt réalise un gros plan sur son visage qui occupe presque tout l’espace, déborde même du cadre, surgissant devant le spectateur. L’expression de stupeur, d’étonnement feint peut-être, ou de moquerie, est saisissante. Elle est accentuée par la torsion et le rejet de la tête en arrière. De plus, la position en diagonale et l’éclairage dirigé de haut en bas en diagonale également contribuent encore à dynamiser l’ensemble.
Cette étude d’expression devant le miroir est, comme Rembrandt à la bouche ouverte, davantage expérimentale que les autoportraits des débuts. L’artiste s’en inspira pour exécuter la tête du personnage effrayé dans La Résurrection de Lazare, vers 1632.

Rembrandt Harmensz. van Rijn; Die Taufe des Kämmerers; 1641 Blatt: 18 x 21.3 cm
Platte: 17.8 x 21.1 cm; Radierung; Inv. 2019.165

La parution d’un catalogue comprenant une interview du donateur ainsi que l’ensemble des 31 oeuvres de la seconde donation accompagne l’exposition.

Kunstmuseum Basel | Hauptbau
St. Alban-Graben 8, Postfach
CH–4010 Basel

Horaires

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Le lion a faim…Présentation de la Collection à la Fondation Beyeler

Louise Bourgeois, les trois grâces

Jusqu’au 28 mars 2021 à la Fondation Beyeler

Le parc de la Fondation est resplendissant aux couleurs de l’automne. Le parcours des salles permet d’admirer l’accrochage des tableaux tout en harmonie avec le paysage, que l’on aperçoit à travers les baies vitrées.
Un plaisir pour les yeux

Henri Rousseau, Le lion, ayant faim, se jette sur l’antilope, 1898–1905

Tel le lion dans le tableau de Henri Rousseau  (vidéo) se jetant avidement sur l’antilope, nous ressentons, nous aussi, à la Fondation Beyeler une faim puissante – une faim d’art : en ces temps difficiles, il est d’autant plus important de se rappeler combien l’art est passionnant, fascinant. Jusqu’au  28.3.2021, la nouvelle présentation de la collection réunit, dans huit salles différentes, une sélection
de peintures et de sculptures légendaires, toutes des chefs-d’oeuvre du modernisme classique ou de l’art contemporain.

Les autres artistes

Elle permettra d’admirer à nouveau les silhouettes en papiers découpés de Henri Matisse, aussi emblématiques que fragiles, notamment Nu bleu I dont l’élégance, la spatialité et la présence palpable suscitent encore et toujours l’émerveillement. Figurent également à l’honneur le groupe de sculptures
réalisé à l’origine pour la placette devant la banque Chase à Manhattan dans la capitale newyorkaise par Alberto Giacometti à la fin des années 50. L’Homme qui marche, qui a longtemps figuré sur nos billets de
banque de 100 francs, fait partie de l’ensemble.

En outre, une salle entière est consacrée à Louise Bourgeois, artiste qui connaissait bien Giacometti et qui a élargi le concept de sculpture en rendant
l’inconscient, sinon visible, du moins vivable. Autre point fort de cette présentation automnale, la relation
entre Vassily Kandinsky et Paul Klee dont l’amitié extraordinaire fait l’ objet, pour la première fois à la
Fondation Beyeler, d’une appréciation critique. On peut voir sous ce lien, un compte rendu de l’exposition consacrée
à Paul Klee en 2017, en présence de son petit fils.
Trois tableaux particulièrement touchants, peints par Vincent van Gogh, dont le jardin de Daubigny, -dont l’authenticité  contestée -, peu de temps avant sa mort, sont exposés ensemble et engagent un dialogue avec les oeuvres de Paul Cézanne et Edward Hopper.

L’expressionnisme

L’expressionnisme abstrait est au centre d’une autre salle


dans laquelle sont présentées des oeuvres de Willem de Kooning, Clyfford Still et Sam Francis ainsi qu’un tableau grand format de Joan Mitchell.
Pour la première fois, le musée présente l’une des plus récentes
acquisitions de la Collection de la Fondation Beyeler : l’émouvante installation sonore Seven Tears de Susan Philipsz

fait référence à la composition éponyme du contemporain de Shakespeare,
John Dowland, et exprime les états émotionnels qui – accompagnés de larmes – passent de la joie jubilatoire à la profonde tristesse. Trop mélancolique ? Absolument pas ! La mélancolie sert bien souvent de germe à la créativité – comme en témoignent les oeuvres grandioses aujourd’hui à nouveau
exposées à la Fondation Beyeler.

En vidéo par Ulf Küster en anglais

 

Horaires d’ouverture de la Fondation Beyeler:
tous les jours 10h00–18h00,
le mercredi jusqu’à 20h00.

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Sommaire du mois d’octobre 2020

Balthus, Passage du commerce St André, 1952/1954 à la fondation Beyeler

30 octobre 2020 : MOOC Culturels
24 octobre 2020 : Fragments éphémères
17 octobre 2020  : L’OEil de Huysmans. Manet, Degas, Moreau
10 octobre 2020  : Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton
04 octobre 2020 : Man Ray et la mode

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MOOC Culturels

C’est le moment de profiter du confinement forcé pour vous
plonger dans les
MOOC culturels et autres histoires de l’art et d’histoire,
proposés par divers sites.

Ces parcours courts – environ 45 minutes – proposent d’aborder des thématiques transverses aux MOOC de la Collection de la Fondation Orange. Composées principalement d’une vidéo, de ressources complémentaires et d’un quiz, ces Graines sont accessibles à tous.

Autre nouveauté… Pour compléter chaque thématique, vous êtes invités à suivre une conférence d’une heure, en ligne et en direct avec Haywon Forgione, conférencière et historienne de l’art.
le lien ici

Trois Graines de culture

Trois Graines de culture sont proposées sur trois thématiques différentes, à raison d’une par mois.

N ° 1 « Scandale ! », c’est le titre du premier Graine consacrée aux œuvres qui ont indigné la critique. Vous y découvrirez entre autre comment la notion de scandale dans l’art a évolué entre le XIXe siècle et aujourd’hui.

Alors notez bien ces rendez-vous :
toujours accessibles

 Graine de culture « Scandale ! » sur la plateforme MOOC Culturels et le mardi , conférence en ligne et en direct. Lien ici

Voici donc de quoi enrichir votre jardin culturel, jusqu’à l’ouverture du prochain MOOC, qui sera consacré à la Bande dessinée.
Oui, à la Bande dessinée ! Vous en saurez  plus très bientôt.

N° 2 Analyser une peinture

Il y a mille et une façons de regarder une peinture, car chaque regard est unique, et chacun réagit différemment : “J’adore !”, “Je n’aime pas”, “Je ne comprends pas”,… Au premier regard, l’observateur va laisser parler ses émotions face au tableau, va chercher à l’interpréter, va associer ce qu’il voit à ce qu’il connait.

Rentrer dans l’analyse d’une peinture va cependant permettre d’aller plus loin, de mieux comprendre un tableau, et ainsi aider à mieux saisir ce que l’artiste a voulu exprimer. Que faut-il regarder en premier lieu ? Que dire des couleurs, de la composition ? Et qu’a voulu nous dire l’artiste en mettant en scène tels personnages, en agençant telles formes ?

Cette graine de culture vous offre les bases de l’analyse d’œuvres. Au bout du parcours, rien d’autre que le plaisir de mieux apprécier les œuvres… Tentant, n’est-ce pas ? Alors, en route
la conférence en direct ici

N° 3 Art et pouvoir

Ouverture : 12 novembre
Conférence : 24 novembre à 18h30

L’Histoire par l’image décrypte l’Histoire

Actuellement en ligne 2780 œuvres, 1535 études et 118 animations
L’Histoire par l’image explore les événements de l’Histoire de France et les évolutions majeures de la période 1643-1945. A travers des peintures, dessins, gravures, sculptures, photographies, affiches, documents d’archives, nos études proposent un éclairage sur les réalités sociales, économiques, politiques et culturelles d’une époque. Comprendre les images et les événements d’hier c’est aussi savoir décrypter ceux d’aujourd’hui. Un site qui s’adresse à tous, famille, enseignants, élèves … mais aussi à tous les curieux, amateurs d’art et d’histoire.
le lien ici 

Bonne visite et lecture

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Fragments éphémères

Hao Jingfang & Wang Lingjie, Over the rainbow, 2016.

C’est la 8ème édition du concours Talents Contemporains de la Fondation François Schneider, qui est  présentée jusqu’au  3 janvier 2021,
sous la direction de Marie Terrieux.

Rachael Louise Bailey • Guillaume Barth • Olivier Crouzel • Hao Jingfang & Wang Lingjie . Eva Nielsen • Capucine Vandebrouck • Wiktoria Wojciechowska

sont les artistes sélectionnés par Le Grand Jury International de la 8ème édition  composé de :

Jean-Noël Jeanneney – Président du Jury ; Felizitas Diering – Directrice du FRAC Alsace ; Alfred Pacquement – Conservateur général honoraire du patrimoine ; Ernest Pignon-Ernest, dessinateur, photographe ;
Fabrizio Plessi – Artiste représentant l’Italie à la 42ème Biennale de Venise
en 1986 ; Roland Wetzel – Directeur du Musée Tinguely (Bâle, Suisse), 

La création contemporaine sur le thème de l’eau

Au programme, un arc en ciel composé de milliers de micro billes de verre chez le duo d’artistes Hao Jingfang & Wang Lingjie, (Over the Raibow ) , une flaque d’eau dessinée au sol comme une installation vivante qui par essence est en mutation éternelle chez Capucine Vandebrouck (série Puddle ), les cyclistes de la photographe Wiktoria Wojciechowska pris sous un orage chinois et
couverts de minuscules gouttelettes évanescentes sur leurs larges capes de pluie (Short Flashes, 2013). La découverte se poursuit avec Elina, une planète éphémère conçue en brique de sel sur le salar de Uyuni en terre Bolivienne par Guillaume Barth, narrant la fragilité du monde et la puissance de la nature.
Eva Nielsen quant à elle propose une peinture où jeux d’optique, illusion et mirage sont au rendez-vous pour ses trouées sur l’océan. Il est aussi question d’océan et de fêlure chez Olivier Crouzel qui a patiemment filmé l’immeuble du Signal à Soulac sur mer, bâtiment à l’abandon, à la nouvelle vie délabrée… 18 rideaux vidéos composent une gigantesque installation-projection.
Enfin Rachael-Louise Bailey expose Global, une grosse sphère flottante, composée de 3,5 km de chambres à air, récoltées parmi les matières polluantes trouvées en mer. De ces objets éparpillés et fragmentés, elle les regroupe pour leur donner une nouvelle fonction.
Originaires de Chine, de Grand-Bretagne, de Pologne, du Danemark ou de France, chacune et chacun des artistes explorent la fugacité des éléments et
du monde.

Rachael Louise Bailey, Global, 2018. Plastique, 2m de diamètre

Dans le parc, dès l’accueil, une sculpture, Global, qui s’apparente à une balle flottante de deux mètres de diamètre composée de matières polluantes ramassées dans la mer. Rachael Louise Bailey collectionne ainsi ces objets issus de la pollution marine depuis 2016. Elle collecte en particulier les chambres à air de voitures qui ont été recyclées et reconditionnées avant d’être utilisées dans la culture industrielle de l’huître. Ce plastique est régurgité par la mer.

Guillaume Barth, Le deuxième Monde, Elina, 2015

Si ci-dessus on est dans l’écologie, avec Guillaume Barth, on entre de plein pied
en poésie. C’est l’alsacien de l’étape.

 Elina, est un doux nom qui résonne à nos oreilles… Serait-ce celui d’une princesse, une divinité, une incantation ?
Elina est une planète imaginaire conçue à partir de briques de sel selon des techniques artisanales des indiens Ayamaras, peuple de Bolivie, au nord du grand désert de sel. Guillaume Barth y a passé 3 mois pour réaliser
son projet, se déployant en une sculpture éphémère (Elina ), un film (Le deuxième monde, Elina ) et un livre. L’artiste avait exposé à la Chapelle
St Quirin de Sélestat un projet original en 2011

Olivier Crouzel, 18 rideaux, 2015

18 rideaux est une installation vidéo racontant les vies et les vues d’un immeuble à l’abandon devant l’océan.
L’eau monte, le trait de côte avance : le Signal, immeuble construit en 1967 sur le littoral atlantique, à Soulacsur-mer, est menacé par l’érosion. Le 8 décembre 2014, un arrêté préfectoral oblige les résidents à quitter définitivement leurs appartements. À l’abandon, l’immeuble est vandalisé. L’installation vidéo 18 rideaux a été tournée dans le Signal de 2015 à 2019.
Les 18 vidéos fixent ce que les habitants voyaient à travers leur fenêtre, depuis leur appartement, des vues imprenables sur l’océan. Comme une horloge fatiguée, les rideaux s’ouvrent et se ferment, inlassablement. On
entend grincer les mécanismes des fenêtres et le vent à travers les vitres cassées.

Hao Jingfang & Wang Lingjie, Over the rainbow, 2016

Over the Rainbow est une installation composée de sable de verre et de sable blanc sur lequel apparait un arcen-ciel. Le duo d’artiste Hao Jingfang & Wang Lingjie s’inspire de la philosophie chinoise 水不洗水,尘不染尘. Qui
dit que : « L’eau ne se purifie pas par l’eau, La poussière ne se contamine pas par la poussière ».

L’arc en ciel, provoqué par la réflexion des rayons de lumière sur une surface irisée de l’oeuvre apparaît comme un instant fugace à saisir. Visible seulement depuis certains points, il se déplace avec la marche du spectateur, puis disparaît. Le dépouillement du dispositif souligne la nature délicate de cette apparition. L’expérience sensorielle et méditative permet d’apprécier différents phénomènes liés à l’écoulement du temps, aux variations lumineuses ou aux limites de notre perception.

Eva Nielsen, Zode IV : la mer, horizon des possibles, 2018

Zode IV : la mer, horizon des possibles est une peinture hybride constituée de strates successives, alternant sérigraphie, huile brossée et dilutions réalisées à l’encre.
Un fragment de réel se superpose ici à un paysage marin dans une volonté de collage. La grille sérigraphiée de la toile fragmente la perception sur l’étendue marine, réduite à une ligne, à la fois proche et inaccessible. Une échappée visuelle se crée pour le regardeur et encadre dans le même mouvement la perception de l’espace.
La mer se présente ici à la fois comme une projection et la suggestion d’un ailleurs. C’est bien sur l’horizon de la peinture, celui qui obsède les peintres depuis des siècles.
Eva Nielsen utilise à la fois ses photographies, des morceaux d’image trouvés, des parties uniquement dessinées. Cette peinture répond à une obsession qui anime l’artiste depuis quelque temps : les stigmates des architectures dans le paysage, ce qu’il reste, ce qui est en conflit avec le paysage ou qui lui donne un sens.

Capucine Vandebrouck, Puddles, 2017

Puddles est une installation éphémère et vivante dessinant une flaque d’eau. Capucine Vandebrouck en suivant un protocole précis la contient grâce à une frontière hydrophobique préalablement esquissée au sol.
Elle façonne ici l’éphémère et renverse le réel.
En revisitant les frontières de ce qu’on connaît déjà et en cernant ce qui habituellement ne peut être contenu, Puddles nous conduit dans un entre deux, entre la compréhension et la lecture de la réalité. Cette installation
vivante en perpétuelle mutation met à l’épreuve le « ici et maintenant » propre à l’impermanence du matériau.
Cette étendue d’eau devient alors un miroir où se reflète l’environnement qui l’entoure et où les jeux de lumière sont omniprésents.

Wiktoria Wojciechowska, Short Flashes, 2013-2014

Short Flashes est une série de 12 photographies. En septembre 2013, Wiktoria Wojciechowska est au coeur d’un typhon saisonnier sur la ville de Hangzhou, au sud-est de la Chine. L’eau submerge la ville et ses habitants.
Ils se hâtent sous la pluie. L’artiste a ainsi pour première impression, une ville pluvieuse et colorée, remplie de cyclistes vêtus d’imperméables. L’artiste a mémorisé les expressions de leurs visages, les émotions, la fatigue,
les silhouettes colorées et brillantes mues par le vent, les réactions du corps au mauvais temps.


Seul un flash pouvait figer le moment. De courts éclairs capturent les gens qui se battent contre la pluie. Les visages sont nets et détaillés et l’effet presque pictural des imperméables colorés créent un portrait paradoxal de
ces habitants : une tentative d’isoler les individus, de saisir une myriade d’expressions sur les visages trempés, sans ne jamais savoir qui ils sont vraiment. Transporteurs, cuisiniers, étudiants, ouvriers ou constructeurs. Sous
la pluie, ils sont tous égaux et la protection de plastique coloré ne peut dévoiler aucun statut social. Wiktoria Wojciechowska a présenté à la Filature de Mulhouse « Sparks (Étincelles) », un focus sur la Pologne, une exposition qui donne à voir en 72 portraits de quelque 60 personnes différentes,  inspirée de
la tradition des portraits militaires.

Informations pratiques

Fondation François Schneider
27 rue de la Première Armée 68700 Wattwiller – FRANCE
TEL : +33 (0)3 89 82 10 10 info@fondationfrancoisschneider.org

Visites guidées (dates ici)
Tous les mercredis à 14h et tous les premiers dimanches du mois à 11h et 14h.
Visite comprise dans le billet d’entrée.
Réservation obligatoire au 03.89.82.10.10. ou à info@fondationfrancoisschneider.org
Port du masque obligatoire.

N’oubliez pas de cliquer sur le nom des artistes pour découvrir leurs sites
et ainsi leur travail

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