A la Fondation Beyeler du 25 janvier – 25 mai 2026 L’exposition « Cezanne » est placée sous le commissariat d‘Ulf Küster, Senior Curator de la Fondation Beyeler.
Pour la première fois de son histoire, la Fondation Beyeler consacre une exposition monographique à Paul Cezanne (1839-1906), pionnier de l’art moderne et artiste majeur de sa collection. Réunissant environ 80 oeuvres, l’exposition se concentre sur la dernière et la plus significative des périodes de travail du peintre français, donnant à voir Cezanne au sommet de son art : portraits énigmatiques, figures paradisiaques de baigneurs et de baigneuses, paysages provençaux viscéralement évocateurs, et enfin son motif privilégié, la montagne Sainte-Victoire, dont il réalise des vues toujours renouvelées. Dans son atelier du sud de la France, Cezanne met son intuition magistrale au service d’un puissant jeu de tensions entre lumière, couleur et forme, construisant des images révolutionnaires qui inspirent jusqu’à aujourd’hui des générations d’artistes. L’exposition donne à voir un artiste qui a réinventé la peinture, s’établissant ainsi, selon les mots de Pablo Picasso, comme « notre père à tous ». NB : n’oubliez pas de contempler les Picasso dans le foyer de la Fondation.
Devant « les Grandes Baigneuses » (conservé aujourd’hui à la Barnes Foundation)Devant « les Grandes Baigneuses » (conservé aujourd’hui à la Barnes Foundation),, 19050000, ,, , ,,,,
L’exposition
L’exposition présente l’oeuvre tardive profondément novatrice de Cezanne à travers 58 huiles sur toile et 21 aquarelles provenant de célèbres collections institutionnelles et privées de Suisse, de France, d’Allemagne, du Royaume-Uni, d’Espagne, des Pays-Bas, du Danemark et des États-Unis. Aux côtés de tableaux emblématiques de collections publiques majeures, telles celles du Museum of Modern Art (MOMA) et du Metropolitan Museum (MET), tous deux à New York, du Musée d’Orsay à Paris, du Philadelphia Museum of Art, de la National Gallery of Art Washington et de la Tate à Londres, la moitié des oeuvres exposées sont de rares prêts venant de collections privées.
Points forts
Il faut souligner, un accrochage exceptionnel, qui permet de bien suivre le travail de Cezanne. Parmi les points forts de l’exposition figure le rassemblement de neuf vues de la montagne Sainte-Victoire, ainsi que la présentation conjointe des deux rares versions des joueurs de cartes : d’une part l’oeuvre très connue de la CourtauldGallery à Londres,
Joueurs de cartes Courtauld Gallery à Londres 1892-1896
d’autre part les Joueurs de cartes du Musée d’Orsay à Paris, qui sont tout aussi légendaires. Sont également exposées 14 natures mortes de fruits du peintre, très appréciées, ainsi que huit portraits et autoportraits remarquables. Par ailleurs, La pierre à moudre au parc du Château Noir (La meule), 1892–1894, est une oeuvre majeure venue de Philadelphie, qui n’a jusqu’ici jamais été prêtée en Europe.
La pierre à moudre au parc du Château Noir (La meule), 1892–1894 Philadelphia Museum of Art, Philadelphia
C’est la première fois que deux versions à l’aquarelle du Garçon au gilet rouge sont présentées l’une à côté de l’autre, ce qui constitue un événement particulier.
Aquarelles du garçon au gilet rouge sur papier collection privée
Plusieurs oeuvres, qui n’avaient pas été montrées depuis des décennies, sont également exposées, dont le Portrait de Paul Cezanne, vers 1895. L’exposition met en avant de nombreux tableaux sur lesquels Cezanne a volontairement laissé la toile en partie non peinte,
CH11964772 La Montagne Sainte-Victoire vue des Lauves, c. 1904 (oil on canvas) by Cezanne, Paul (1839-1906); 54 x 65 cm; Private Collection; Christie’s Images.
ainsi que plus de 30 paysages de Provence.
Portrait de Paul Cezanne, 1895 collection privée
La route tournante en haut du chemin des Lauves 1904/1906
L’exposition débute au milieu des années 1880. Cezanne s’était alors émancipé de l’impressionnisme et avait développé le style qui fait de lui une figure clé de l’art moderne. Natif d’Aix-en-Provence, l’artiste ose à la fin du XIXe et au début du XXe siècle une approche artistique radicalement nouvelle, en libérant la peinture de conventions traditionnelles comme celle de la perspective centrale ou la représentation anatomique. L’ambition déclarée de Cezanne était de ne plus représenter la nature mais d’analyser et de rendre visible dans son travail le processus de la peinture du monde naturel.
Paul Cezanne se passionne pour la montagne Sainte-Victoire. Encore et encore, il installe son chevalet devant le massif rocailleux, parce qu’il y voit un champ d’essai idéal pour la question centrale qui l’anime : comment peindre le monde tel qu’on le perçoit vraiment ?
Pour Cezanne, cela signifie qu’il ne faut pas simplement représenter la nature mais donner à voir ses formes, ses couleurs et son atmosphère, l’art comme parallèle à la nature. Des années 1880 à sa mort, il peint la montagne Sainte-Victoire une trentaine de fois à l’huile et en réalise de nombreuses vues à l’aquarelle. L’exposition à la Fondation Beyeler réunit sept peintures à l’huile et deux aquarelles.
S’il exécute un nombre quasiment infini de versions, c’est moins dans un esprit de recherche obstiné que dans une tentative cohérente et systématique de se rapprocher de cette vision. Cezanne cherche à réconcilier la puissance immuable de la montagne et les impressions fugaces de l’instant – une quête qui exercera plus tard une influence déterminante sur des artistes tels que Pablo Picasso ou Georges Braque.
Les Baigneurs
Les figures de baigneurs et de baigneuses constituent un autre motif central de l’exposition : Paul Cezanne revient régulièrement à ce sujet et y apporte toujours de nouvelles variations, sondant ainsi la relation entre l’être humain et la nature. Au lieu de représenter des figures idéalisées, Cezanne mêle si étroitement les corps et le paysage que les baigneurs·ses se fondent dans le rythme des arbres, épousent les berges sinueuses du fleuve ou semblent surgir de terre comme des plantes. Cette fusion silencieuse confère aux scènes leur tension particulière : les figures sont à la fois présentes et sur le point de disparaître dans leur environnement. Les baigneurs·ses de Cezanne associent la tradition classique du nu à une approche moderne de la forme et de l’espace.
Les natures mortes
Les natures mortes de Paul Cezanne témoignent également de ses efforts inlassables pour transposer le monde visible en un ordre solide et presque hors du temps. Ces toiles, qui ressemblent à première vue à de simples agencements de pommes, de poires, d’oranges, de cruches, de pichets, de pains et de nappes au drapé soigneusement arrangé, s’avèrent en réalité être le terrain d’expérimentations approfondies sur la forme, la couleur et l’équilibre. En transformant les fruits en de solides et compactes masses colorées, en modelant ses tissus tels des paysages mouvants et en explorant le jeu subtil de l’ombre et de la lumière sur les surfaces lisses de différents récipients, Cezanne transforme des objets ordinaires en éléments constitutifs d’une nouvelle architecture picturale. Ses natures mortes ne sont pas des instantanés mais des constructions réfléchies dans lesquelles chaque objet est doté d’un poids, d’un volume et d’un effet spatial
– laissant apparaître la manière dont Cezanne perpétue, à petite échelle, la même quête de l’ordre intérieur des choses qui le fascine aussi dans la vaste nature.
Les portraits
Ce sont :L’autoportrait à la palette 1890, le jardinier Vallier, Ambroise Vollard, Madame Cezanne, le garçonnet au gilet rouge
L’exposition cherche à montrer comment Cezanne met à nu les structures de ses tableaux, invitant ainsi les spectateurs·rices à observer son processus pictural et à y participer. Cela est particulièrement vrai pour les oeuvres qui paraissent inachevées. L’artiste y prend la liberté de laisser certaines parties de la toile vierges, parvenant à une harmonie nouvelle précisément dans cet inachèvement. Ces oeuvres présentent une « fin ouverte », ce qui permet aux visiteurs.ses de les compléter en mettant en action leur regard et leur imagination.
Clôture
Dans cet esprit, à la suite du parcours d’exposition, les visiteurs·ses ont l’occasion de s’essayer eux-mêmes à la technique de l’aquarelle pratiquée par Cezanne avec tant de virtuosité. L’aménagement d’un atelier au sein même du musée a pour but de proposer une expérience pratique et pas seulement visuelle du processus créatif développé par le peintre.
L’exposition se clôt sur le court-métrage Cezanne on art, 2025, réalisé par Albert Oehlen, peintre contemporain majeur, et Oliver Hirschbiegel, cinéaste renommé pour ses productions cinématographiques internationales, dont La Chute, 2004, et L’Expérience, 2001. S’inspirant des conversations entre Cezanne et son ami écrivain Joachim Gasquet, le film mêle art, philosophie et paysage pour approcher la figure de l’artiste par le sensible. Les rôles principaux sont tenus par Sean O’Brien, Sam Riley et Nichole Galicia. Tourné dans les environs de la montagne Sainte-Victoire et des carrières de Bibémus, le film capte la lumière et l’atmosphère envoûtante des paysages qui ont tant marqué l’oeuvre de Cezanne. Le film est projeté pour la première fois à la Fondation Beyeler.
A la Galerie de la Filature jusqu'au 1 mars 2026 commissaire : Emmanuelle Walter
Cette double exposition, réalisée à partir des collections de La Conserverie et du travail d’auteur de Pascal Bastien, propose de faire se rejoindre photographies de famille et journal photographié, ouvrant ainsi un champ de réflexion sur la photographie comme archive de l’intime. Depuis 2012, le photographe Pascal Bastien saisit au quotidien des instants de vie – familiale, amicale mais aussi professionnelle de reporter de presse – qui forment un journal au long cours publié par fragments chez Médiapop
18 NOVEMBRE 2017
L’exposition Tu gères la fougère de Pascal Bastien rassemble plus de cent photographies prises ces vingt dernières années, qui révèlent le quotidien de l’artiste, ses souvenirs, ses pensées, dans un récit rétrospectif. Elles composent un travail à la première personne, une sorte de journal photographié réalisé avec un appareil moyen format chargé de pellicule argentique noir et blanc. Le photographe y explore le quotidien pour faire l’image de son milieu social, amical, familial, intime… Il engage l’acte photographique sur le terrain du dévoilement d’une vérité sur soi, faisant de la puissance affective un élément constitutif de la valeur de ses images.
CyberViewX v5.16.20 Model Code=60 F/W Version=1.26
En regard de ce journal photographié, Anne Delrez présente des fragments de l’exposition S’écrire(La photographie du portefeuille ; Lumière, cuisine, regards et paysages; Your wife), produite par la Conserverie à Metz, lieu dédié à la photographie vernaculaire, reconnu comme Conservatoire National de l’album de famille. S’écrire est une réflexion autour de la photographie amateur et familiale perçue comme objet de lecture de notre être social, de notre écrit volontaire et de notre empreinte fortuite. Les photographies de famille sont des récits de soi, pour soi et pour l’autre.
La Conserverie, un lieu d’archives reçoit le soutien de la DRAC Grand Est, du Conseil régional Grand Est, de la Ville de Nancy, de la Ville de Metz, du Conseil départemental de la Moselle ainsi que de l’Académie des beaux-arts
La Filature 20 allée Nathan Katz, 68100 Mulhouse Galerie de La Filature · entrée libre du ma. au sa. 13h-18h + di. 14h-18h + soirs de spectacles · coproduction La Filature, Scène nationale
Partager la publication "Tu gères la fougère – Pascal Bastien S’écrire – Anne Delrez la Conserverie, un lieu d’archives"
(Re) découvrez les collections du musée dans un cadre privilégié, la nuit, à la lumière de textes, de poèmes et de dialogues sur le thème Villes et campagnes sélectionnés par les élèves du Cycle 3 à Orientation Professionnelle théâtre du Conservatoire de Colmar.
Publics | Dès 12 ans Date | 23.01.2026 Horaires | 19h et 20h30 Durée | 45 min Tarif | Entrée gratuite (jauge limitée*) Lieu | Point de rencontre à la billetterie du musée
* Pour participer à l’événement, nous vous invitons à réserver auprès du service réservations du lundi au vendredi au +33 (0)3 89 20 22 79 – reservations@musee-unterlinden.com / le weekend au +33 (0)3 89 20 15 58 ou billetterie@musee-unterlinden.com
Visite – atelier Visite écriture Le 25.01.26 à 11h
Equipé de votre plus belle plume partez en voyage, entre villes et campagnes, à travers les collections du musée. Par le biais de petites expérimentations littéraires, appréhendez les œuvres de manière créative et tout en sensibilité.
Publics | Adultes Date et horaire | 25.01.26 à 11h Durée | 1h30 Tarif | 4,50 € et droit d’entrée (jauge limitée*) Lieu | Point de rencontre à la billetterie du Musée * Pour participer à l’événement, réservations du lundi au vendredi au +33 (0)3 89 20 22 79 – reservations@musee-unterlinden.com / le week-end au +33 (0)3 89 20 15 58 ou billetterie@musee-unterlinden.com
Atelier familles Happy Family – Villes et campagnes
Le 25.01.26 à 14h
En compagnie de Dominique Zerlauth, intervenante en écriture, petits et grands sont invités à cueillir des mots, poser des phrases, construire de courts textes autour des collections du musée et sur le thème Villes et campagnes. Date I 25.01.26 Publics I Familles, enfants dès 3 ans Horaire I de 14h à 16h Tarif I Entrée du musée (jauge limitée*) Lieu I Point de rencontre à la billetterie du Musée
Pour participer à l’événement, réservations du lundi au vendredi au +33 (0)3 89 20 22 79 – reservations@musee-unterlinden.com / le week-end au +33 (0)3 89 20 15 58 ou billetterie@musee-unterlinden.com
Visite du Retable d’Issenheim Le 25.01.26 à 14 h
Le Retable d’Issenheim du peintre Grünewald et du sculpteur Nicolas de Haguenau est un chef d’œuvre mondialement reconnu. En compagnie d’une médiatrice, partez à la rencontre de ce polyptique monumental, composé d’une caisse sculptée et de volets peints dédiés à saint Antoine et à la vie du Christ. Date et horaire | 25.01.26 à 14h Durée | 1h30 Tarif | 4,50 € et droit d’entrée (jauge limitée*) Lieu | Point de rencontre à la billetterie du Musée * Pour participer à l’événement, réservation en ligne depuis le site internet ou auprès du service réservations du lundi au vendredi au +33 (0)3 89 20 22 79 – reservations@museeunterlinden.com / le week-end au +33 (0)3 89 20 15 58 ou billetterie@musee-unterlinden.com
Visite nocturne à la lampe torche Le 30.01.26 à 18h30
Venez vivre une expérience nocturne inédite au cœur des œuvres. Nous vous invitons à pénétrer dans un musée endormi, plongé dans la pénombre, uniquement éclairé par le faisceau discret de votre lampe torche. Cette lumière intimiste vous guidera au fil d’un parcours sensoriel, propice à l’éveil des sens, à la curiosité et à l’émotion. Accompagné d’un médiateur passionné, vous découvrirez les chefs-d’œuvre du musée – dont l’exceptionnel Retable d’Issenheim – sous un jour nouveau. Jeux d’ombres et de lumières, détails insoupçonnés, récits oubliés ou méconnus… chaque salle devient un théâtre d’histoires et de sensations, hors du temps !
Tout public Date I 30.01.26 Horaire I de 18h30 à 19 h30 Tarifs I 20€ pour les adultes et jeunes dès 12 ans ; 17€ pour les moins de 12 ans (jauge limitée*) Lieu I Point de rencontre à la billetterie du musée Réservation en ligne https://my.weezevent.com/visite-nocturne-a-la-lampe-torche-2 * Pour participer à l’événement, vous pouvez également réserver auprès du service réservations du lundi au vendredi au +33 (0)3 89 20 22 79 ou au comptoir de la billetterie du musée.
Informations pratiques
Musée Unterlinden Place Unterlinden – 68000 Colmar T. +33 (0)3 89 20 15 50 info@musee-unterlinden.com www.musee-unterlinden.com www.instagram.com/museeunterlinden www.facebook.com/museeunterlinden Horaires d’ouverture Mercredi au lundi : 9h – 18h Mardi : fermé Fermé le 01.01, 01.05, 01.11, 25.12 Tarifs Plein / 14 €, Réduit / 12 € Jeunes (12 à 17 ans, étudiants de – de 30 ans) / 9 € Familles / 36 € Gratuit / moins de 12 ans Pass-musées
Partager la publication "Les Nuits de la lecture – Villes et campagnes Déambulations – Théâtreau Musée Unterlinden"
Le 15.01.26 à 18h30 au musée Unterlinden de Colmar
C’est l’aboutissement d’un projet monumental pour le claveciniste de 34 ans : il publie l’intégrale de l’œuvre de Louis Couperin – l’oncle de François – sous la forme d’un coffret rassemblant 200 pièces pour clavecin mais aussi pour orgue et avec consort. Retour sur un enregistrement hors norme.
Jean Rondeau,claveciniste, pianiste et compositeur français (Paris, 1991)
Un Couperin peut en cacher un autre : c’est l’œuvre de Louis Couperin – et non celle de François, son neveu – que Jean Rondeau vient de graver. Il en propose l’intégrale avec un coffret de 10 disques contenant de très nombreuses pièces pour clavecin, mais aussi pour orgue et avec consort. Le musicien n’a pas joué en concert pendant un an pour se consacrer entièrement à ce compositeur français du XVIIe siècle, assez mystérieux, mais qui le passionne depuis longtemps.
À l’occasion du 400e anniversaire de la naissance de Louis Couperin, Jean Rondeau, devenu en quelques années l’un des clavecinistes majeurs d’aujourd’hui, se plonge dans l’aventure d’une intégrale. Elle se termine par le « Tombeau de M. Couperin ».
« Je crois que ce projet est l’un des plus importants de ma vie de claveciniste. », confie Jean Rondeau. Le musicien abordera ce répertoire lors d’un concert exceptionnel donné sur le clavecin Ruckers de 1624 du musée Unterlinden, le seul clavecin historique qu’il a retenu pour l’enregistrement de l’intégrale Louis Couperin.
« La vie si brève de M. Louis Couperin » Louis Couperin meurt à 35 ans. Comme Mozart et comme lui, mais un siècle plus tôt, c’est un génie qui met en lumière un style naissant. Mais alors que le nom de Mozart est devenu universel, celui de Louis Couperin reste encore trop méconnu, au mieux confondu avec celui de son neveu François Couperin, celui que l’on appelle Couperin le Grand, le compositeur des « Barricades mystérieuses ». Et pourtant la fulgurance de sa musique devait impressionner pour que ce jeune clerc de notaire de la Brie devienne au milieu du 17e siècle l’un des premiers musiciens de Paris et qu’en dix ans à peine il laisse une telle empreinte sur la musique du Grand Siècle. Né à Chaumes-en-Brie dans une famille de musiciens, Louis Couperin reçoit vraisemblablement sa première formation musicale dans un cadre familial et provincial avant d’être remarqué à Paris vers 1650 par Jacques Champion de Chambonnières, figure majeure du clavecin français, qui contribue à son entrée dans les cercles musicaux de la capitale. Rapidement reconnu pour son talent d’improvisateur et de compositeur, Louis Couperin obtient en 1653 le prestigieux poste d’organiste de l’église Saint-Gervais, fonction qu’il occupe jusqu’à sa mort et qui ancre durablement la présence de la famille Couperin dans la vie musicale parisienne. Son œuvre, transmise presque exclusivement par des manuscrits – notamment le manuscrit Bauyn -, comprend des pièces de clavecin, des œuvres d’orgue et de la musique de chambre, et se distingue par une inventivité formelle et expressive remarquable : il joue un rôle essentiel dans la fixation de formes typiquement françaises comme le prélude non mesuré, développe un langage harmonique audacieux, riche en chromatismes et en modulations, et fait preuve d’un sens très personnel de la rhétorique musicale et du caractère. Bien que sa vie s’achève prématurément à l’âge d’environ 35 ans, Louis Couperin laisse une empreinte profonde sur la musique française, posant les bases stylistiques et esthétiques sur lesquelles s’épanouira la génération suivante.
Informations importantes
14 € tarif plein 12 € tarif réduit (membres de la Société Schongauer, Museum Pass musée, Colmar city pass). 9 € tarif jeune (12 à 17 ans, étudiants de moins de 30 ans, élèves de conservatoire ou d’écoles supérieures de musique). Gratuit pour les moins de 12 ans
Ou auprès du service réservations du lundi au vendredi au +33 (0)3 89 20 22 79 – reservations@musee-unterlinden.com, le week-end au +33 (0)3 89 20 15 58 – billetterie@musee-unterlinden.com
PS : Par ailleurs, nous vous informons de la prolongation de l’accrochage Sortie de réserves #1 jusqu’au02.03.26.
Partager la publication "Louis Couperin par Jean Rondeau, clavecin Ruckers 1624"
Acquérir des œuvres fait partie des missions fondamentales d’un musée.
La politique d’acquisitions suit un fil conducteur pour préserver la cohérence de la collection. Il peut s’agir de combler les lacunes ou d’étoffer certains courants du fonds d’art ancien et moderne, mais également de conserver la mémoire et de soutenir la scène artistique locale. Un budget annuel est dédié aux acquisitions du musée par sa tutelle (ici la Ville de Mulhouse, avec dans certains cas l’aide financière de l’État et de la Région). Aux achats onéreux à des antiquaires, galeries, particuliers, artistes ou en vente publique s’ajoutent les libéralités (dons manuels, donations notariées et legs). Les objets choisis sont soustraits au marché pour devenir propriété publique et inaliénables. La pertinence de la sélection est donc cruciale, autant en termes d’intérêt artistique, d’authenticité que de provenance. Elle est garantie par l’avis d’une Commission scientifique régionale sous l’égide de la Direction régionale des Affaires culturelles.
Depuis 25 ans, le Musée des Beaux-Arts de Mulhouse a complété sa collection avec plus de 300 œuvres de différents domaines (dessins, gravures, peintures, photographies et sculptures). Il s’agit de productions d’artistes du 19e au 21e siècle, surtout originaires du Haut-Rhin ou actifs sur ce territoire. Dans le cas de l’art contemporain, la politique d’acquisitions a été étroitement liée à la programmation culturelle, car à l’issue des expositions temporaires, le musée a presque toujours acheté à l’artiste l’une de ses réalisations – soit directement, soit sous forme d’aide à la production –. Cette démarche s’inscrit dans une longue tradition puisqu’au 19e et au début du 20e siècle, les membres de la Société des arts, qui gérait le musée sous l’égide de la Société industrielle de Mulhouse, avaient fait le choix d’acheter des tableaux d’artistes de leur temps dans les Salons de Paris, Strasbourg et Mulhouse.
Cette exposition est également un hommage aux nombreux donateurs (collectionneurs, artistes ou héritiers) qui ont offert une ou plusieurs œuvres au musée, avec la certitude qu’elles seraient conservées dans de bonnes conditions pour les générations futures. Que leur générosité soit ici soulignée et honorée.
Le parcours
Le 19e siècle
Période phare du Musée des Beaux-Arts de Mulhouse, représentant plus de 60 % des œuvres, le 19e siècle a été renforcé depuis 25 ans par divers achats, dons et legs.
Jeune femme en costume de Capri 1975, huile sur toile
La part belle revient aux peintres alsaciens qui étaient déjà présents en grand nombre dans les collections. Le musée a cherché à recueillir d’autres types de production de ces artistes (portraits, nus, scènes de genre…), afin de constituer un corpus de référence pour l’histoire de l’art régional. Parmi eux, nous retrouvons Emmanuel Benner et son neveu Many Benner, premier conservateur du Musée Jean-Jacques Henner à Paris, mais aussi Marcel Rieder, un Thannois connu pour ses effets d’ombres et de lumières dans ses scènes intimistes, ou encore le Strasbourgeois Frédéric Théodore Lix, célèbre pour ses scènes campagnardes et ses peintures d’histoire. Plus récemment, un portrait de famille de Marie-Augustin Zwiller, ainsi qu’un tableau original de Ferdinand Wachsmuth représentant un ermite mort veillé par son fidèle compagnon ont enrichi les collections.
un ermite mort veillé par son fidèle 1844
Des œuvres d’artistes originaires de régions voisines sont également entrées au musée, comme le paysage des bords du Doubs du Franc-comtois Émile Isenbart ainsi que la vue du lac de Walenstadt en Suisse par l’Allemand Guillaume (Wilhelm) Wintz.
L’Entre-deux-guerres
Le musée a entré en collection les œuvres de plusieurs artistes nés avant 1914, qui ont atteint leur maturité dans l’Entre-deux-guerres.
Robert Breitwieser 1931
Robert Breitwieser, peintre mulhousien très célèbre à son époque, fort de sa double formation française et allemande, est représenté par ses thèmes de prédilection (paysage, nature morte, portrait). Les portraits du couple Spengler par Alfred Giess, dernier Haut-Rhinois qui ait obtenu le Grand Prix de Rome,
frappent par leur aspect hyperréaliste. Paul Hertzog, qui apparaît sur son autoportrait dans la fleur de l’âge, est ici entouré de ses proches. Le Franc-comtois Maurice Ehlinger gardera son style académique au-delà de la Seconde Guerre mondiale.
Maurice Ehlinger, la Belle Colmarienne
Les marines sur bois de Léon Zeytline sont moins connues que ses scènes de la vie parisienne. Léon Lehmann représente inlassablement les paysages du Sundgau qui lui sont cher. Enfin, Otto Pfeiffer, peintre naturaliste et spécialiste des animaux, se distingue par ses scènes champêtres.
Arts graphiques et sculptures – Art ancien et moderne
Jusqu’à l’époque contemporaine, les artistes travaillaient leurs compositions par des dessins préparatoires d’ensemble ou de détail, comme en attestent les
Jean Jacques Henner
croquis de Jean-Jacques Henner et d’Émile Zipelius au 19e siècle, mais aussi de Charles Walch
Émile Zipelius au 20e siècle qui met en place dans l’œuvre présentée ici les lignes directrices de son tableau L’armoire à l’ange, conservé au musée des Beaux-Arts.
Charles Walch
Les gravures de Léon Lang, Henri De Neef et Robert Simon révèlent une grande maîtrise des valeurs lumineuses pour suggérer l’ambiance, le climat, l’heure du jour ou encore les sentiments des personnages. Les aquarelles de Charles Fuetsch, Joseph Antoine Muslin et Mathieu Kohler gardent la mémoire de gardent la mémoire de paysages parfois disparus. L’art insolite de VéroniqueFilozof, qui saisit des scènes de la vie mulhousienne, contraste avec les expérimentations de formes, de motifs et de couleurs de Claude Gebhardt et Paul Misslin.
Enfin, les deux sculptures de François Cacheux en bronze et de Marguerite Petry en plâtre émeuvent par leur expressivité.
Arts graphiques et photographie – Artistes contemporains
La photographie est entrée plus récemment dans les collections du musée, à l’occasion des expositions temporaires. Celles organisées par le musée ont permis l’arrivée d’œuvres de Thierry Deveyre, Paul Kanitzer, Geneviève Boutry, Christian Glusack, Fernand d’Onofrio ou encore Yvon Buchmann.
Plus récemment ont été acquises les compositions mythologiques de Corinne Mercadier et les bouquets de Françoise Saur. La quasi-totalité des photographies sont issues de séries.
Les expositions de la Biennale de la Photographie de Mulhouse au musée depuis 2012 ont enrichi les collections d’œuvres de photographes nationaux ou internationaux : les paysages de Denis Roche en 2018 et Alain Willaume en 2020, ou encore le travail autour de la lune de Penelope Umbrico en 2022. D’autres artistes se démarquent par leur maîtrise de la gravure (Sabine Gazza et Daniel Clochey), du dessin (Eric Pina) ou d’autres techniques comme le frottage (Daniel Tiziani)
Enfin, le 9e art est également mis à l’honneur, avec le dessin préparatoire de Jacques de Loustal pour l’affiche de son exposition monographique (en 2012) ou encore le dessin original de JeanPierre Bres qui avait illustré l’affiche de l’exposition 14 en BD dans le cadre du centenaire de la Grande Guerre.
Peinture et sculpture – Artistes contemporains
La politique d’expositions temporaires consacrées aux artistes locaux, décidée par l’ancien adjoint à la Culture Michel Samuel-Weis et portée par Joël Delaine, directeur des musées municipaux de 2003 à 2023, a permis d’acquérir des œuvres de créateurs actifs à Mulhouse et sur le territoire du Haut-Rhin. Certains d’entre eux étaient émergents, d’autres confirmés. Sont ainsi présentés dans cette salle (vidéo), selon des affinités de teintes ou de formes, des artistes aussi différents que Anne-Sophie Tschiegg, Evelyne Widmaier, Vito Cecere, Christophe Hohler, Joseph Bey, Momar Seck, Élisabeth Bourdon, Jacqueline Bilheran-Gaillard, Christian Geiger, Mata, Decko, Véronique Arnold, Brigitte Bourdon, Simone Adou, Bernadette Zeller, Denis Ansel, Bernard Latuner, et au centre de la salle Géraldine Husson, Mathieu Husser, Reiner Packeiser et Francis Hungler. Les œuvres de Jean-Pierre Sergent et de Mitsuo Shiraishi sont présentées dans la cage d’escalier principale. On ne peut qu’être frappé par la diversité des styles et la variété des techniques (huile sur toile, acrylique, dessin, sculpture, collage de matériaux divers…).
Isabelle Dubois-Brinkmann directrice du musée des BA et du musée historique Mitsuo Shiraishi
Informations pratiques
Musée des Beaux-Arts de Mulhouse 4, Place Guillaume Tell 68100 MULHOUSE Tel. +33 (0)3 89 33 78 11 Ouvert tous les jours (sauf mardi et jours fériés) de 10h à 13h et de 14h à 18h ENTRÉE LIBRE ET GRATUITE Étages accessibles par ascenseur / Comptoir d’accueil bas Tram : Ligne 1 et Tram-train arrêt République Tous les évènements sont gratuits, sur réservation : accueil.musees@mulhouse-alsace.fr Retrouvez la programmation complète sur le site internet : https://beaux-arts.musees-mulhouse.fr/
Vendredi 19 décembre | 18h MUSÉOSOIRÉE Venez échanger autour d’un verre avec des artistes présentés dans l’exposition 25 ans d’acquisitions ! Ouverture en nocturne du musée jusqu’à 20h ! D’autres événements seront programmés en 2026. Tous les évènements sont gratuits, sur réservation : accueil.musees@mulhouse-alsace.fr Retrouvez la programmation complète sur le site internet : https://beaux-arts.musees-mulhouse.fr/ Suivez-nous sur les réseaux sociaux
Partager la publication "25 ans d’acquisitions au musée des Beaux Arts de Mulhouse"
Les fêtes de fin d’année sont synonymes de partage, de générosité, de cadeaux et de chaleur humaine. Autant de preuves d’attentions portées aux autres qui résonnent avec le don de sang. En ce mois de décembre, l’Établissement français du sang Grand Est invite le plus grand nombre à prendre rendez-vous pour un don de sang.
Chaque jour, des milliers de patient·es sont soigné·es grâce à des dons de sang, de plaquettes ou de plasma. Ce petit miracle est possible car notre voisin·e, notre collègue ou notre frère·sœur donnent un peu d’eux·elles-mêmes, de manière bénévole et gratuite, pour aider une personne qu’ils·elles ne connaissent pas. Cependant, la fin d’année est souvent synonyme d’une mobilisation moins forte des donneur·euses.Vacances, rassemblements familiaux, météo et virus hivernaux… les donneur·euses sont moins nombreux·euses à franchir les portes des Maisons du don et des collectes mobiles en fin d’année. Pourtant, les patient·es doivent pouvoir être soigné·es sans délai en cette période également !
Informations pratiques
Pour donner votre sang, vous devez :
– Être âgé·e de 18 à 70 ans
– Peser au moins 50 kg
– Être reconnu·e apte au don lors de l’entretien préalable au don
– Être muni·e d’une pièce d’identité avec photo
– Manger avant et bien vous hydrater tout au long du parcours
Au Musée Tinguely jusqu’au 10 mai 2026 L’exposition est organisée par The Contemporary Austin en partenariat avec l’Institute of Contemporary Art, University of Pennsylvania, Philadelphie ; Bonnefanten, Maastricht ; le Musée Tinguely, Bâle et l’Institute of Contemporary Art, Los Angeles. Commissaires : Carl Cheng: Nature Never Loses est conçue par Alex Klein, curatrice en chef et directrice des affaires curatoriales, The Contemporary Austin, assistée de Rachel Eboh, curatrice auxiliaire, The Contemporary Austin, et Andres Pardey, vice-directeur et conservateur, Musée Tinguely.
L’exposition Nature Never Loses met en lumière six décennies de l’œuvre visionnaire et inclassable de Carl Cheng. Né à San Francisco en 1942, l’artiste vit et travaille à Santa Monica. Il a étudié les arts plastiques et le design industriel, puis commencé sa carrière artistique au cours des années 1960, sur fond de troubles politiques et de scène artistique interdisciplinaire, auxquels s’ajoutent alors le développement fulgurant de l’industrie aérospatiale amorcée après-guerre et un paysage en pleine mutation. Cette présentation offre la vision la plus complète à ce jour de l’œuvre intégrale de Cheng, dévoilée pour la première fois à Bâle après avoir été présentée aux États-Unis et aux PaysBas. Du 3 décembre 2025 au 10 mai 2026, le Musée Tinguely expose, outre ses premières sculptures photographiques, les Art Tools, qu’il a créés et avec lesquels il élabore des œuvres éphémères, et ses machines nature, qui anticipent un monde artificiel, façonné par l’humain.
Une documentation exhaustive est consacrée aux interventions spectaculaires dans l’espace public, telles que le Santa Monica Art Tool (1983-1988), à savoir un rouleau tiré sur le sable par un tracteur et créant l’empreinte tridimensionnelle d’une ville miniature, que Cheng a appelée Walk on LA.
John Doe Co
Entre 1966 et 1970, Cheng fonde son atelier sous le nom de John Doe Co. Cette démarche, initialement motivée par des raisons pratiques, entend railler la marchandisation de l’art et l’image de marque de l’artiste, tout en critiquant la culture d’entreprise et la discrimination dont il a été victime en tant qu’Américain d’origine asiatique pendant la guerre du Vietnam. Fortement influencé par Marcel Duchamp et son alter ego Rrose Sélavy, Cheng est séduit par l’anonymat et le potentiel imaginatif que celui-ci permet, sous le nom de John Doe Co., Ainsi nommé John Doe Co., il crée des « produits » sculpturaux qui reflètent sa conception de la technologie comme outil artistique mais aussi son scepticisme face aux notions néolibérales de progrès qui ont façonné le marché de l’art et l’industrie technologique.
La générosité, l’irrévérence et les facéties qui imprègnent l’œuvre de Cheng vont de pair avec son attrait pour les procédés et matériaux organiques ainsi que son engagement à créer dans l’espace public. Cheng n’a cessé de sonder ce qui a trait à l’action naturelle et à l’impact de l’extraction par les humains sur l’environnement. Ses fréquentes déclarations, à la fois humoristiques, inquiétantes et pleines d’espoir, se résument ainsi :
« la nature ne perd jamais », « la nature gagne toujours », « la nature est tout ».
La photographie comme outil
Pour Carl Cheng, la photographie est à la fois un dispositif de cadrage et un outil artistique lui servant à extraire des images de leur contexte. Cette approche lui vient de ses études à la Folkwang Hochschule d’Essen, en Allemagne (1964-1965), et à l’UCLA (licence 1959-1963 et master 1965-1967), où il a suivi une formation interdisciplinaire, influencée par le Bauhaus et mêlant art et industrie. À l’UCLA, Cheng a étudié auprès de Robert Heinecken, fondateur du programme de photographie dont l’approche était ouverte et expérimentale.
Ce mode de pensée, conjugué au savoir de Cheng en dessin industriel – il a aussi brièvement travaillé comme maquettiste dans le bureau des designers Charles et Ray Eames –, lui inspire alors ses premières séries, telles les photographies en plastique moulé, et continue d’alimenter son intérêt croissant pour les médias à base d’objectif.
« Mon travail prend en compte l’érosion, l’obsolescence, l’usure, la dégradation. C’est une partie du processus global, rien n’est permanent… ». Carl Cheng
Processus naturels et machines nature
Dans les années 1960, les préoccupations artistiques de Cheng semblent anticiper la prise de conscience croissante des questions environnementales et ce qui sera plus tard, dans les années 2000, la notion d’anthropocène (utilisée pour décrire l’ère géologique actuelle façonnée par l’activité humaine et son impact sur l’atmosphère et le paysage). Cheng a commencé très tôt à envisager les objets fabriqués par les humains et devenus inutiles (exemple, un grille-pain cassé) comme des « roches humaines », observant que, dans la mesure où ils sont composés de minéraux et de produits chimiques, ils font également partie de la nature.
Parallèlement à des expériences, qui exposent des formes sculpturales produites en atelier à des conditions d’usure ou d’érosion, il a également créé des œuvres à partir de matériaux organiques – peaux de lézard ou cactus –, et a suivi parfois sur des dizaines d’années des processus de croissance et de décomposition comme autant de méthodologies artistiques. Cheng a poursuivi ces méthodes dans des sculptures qu’il a baptisées machines nature, à savoir de nouveaux produits qu’il a conçus pour reproduire des phénomènes naturels et renverser les notions communes de statut d’auteur et de geste artistique.
Voyages et spécimens
Les voyages que Cheng entreprend au début des années 1970 avec sa compagne, la graphiste Felice Mataré, influencent profondément sa vision artistique. Vivre et voyager au Japon, en Indonésie, en Inde et autres pays asiatiques transforment son regard sur l’objet, sur les modes de création occidentaux, sur le statut d’auteur et le public. Engagé dans un processus de désapprentissage, Cheng commence alors à remettre en question les hiérarchies entre art, artisanat et commerce, de même que l’insularité des musées. Cette profonde remise en question finit par nourrir son intérêt pour l’art public. Son mode de vie itinérant l’amène également à produire des œuvres de plus petite taille qu’il peut rapporter à Los Angeles pour ensuite les intégrer dans des projets plus vastes. Parmi eux figurent des « spécimens » organiques présents dans des œuvres comme Art Medicine Kit et des petites sculptures insaisissables, dites « outils émotionnels ».
« N’importe quoi peut être transformé en artefact, en relique. Il n’y a pas de gaspillage. Tout trouve sa place. » Carl Cheng
Outils artistiques (Art Tools)
Les outils artistiques (Art Tools), instruments alternatifs pour la création artistique, constituent l’une des principales gammes de produits de John Doe Co. Cheng utilise ces « outils », qui sont des dispositifs mécaniques durables, pour créer des compositions éphémères telles que des coulures de cire ou de peinture, ou des dessins au sable. L’invention de ces nouvelles méthodes de création s’est imposée en réponse à la préférence habituelle accordée aux outils comme les ciseaux ou le pinceau par rapport aux alternatives technologiques contemporaines.
Si les premiers outils de Cheng sont simples et de petite taille, ces prototypes rudimentaires deviennent finalement des appareils motorisés sophistiqués et de vastes installations de la taille d’une salle.
Bien que Cheng ait intégré ensuite de nouvelles technologies à chaque modèle de ces produits, il préfère éviter les systèmes automatisés et informatisés qui pourraient compromettre sa capacité à utiliser et entretenir les machines lui-même. Ces outils artistiques témoignent ainsi de son approche de la technologie, à la fois comme un ensemble de restrictions et un espace de créativité, mais aussi de sa conviction selon laquelle nous devons développer de nouveaux outils et technologies formels pour des futurs encore inimaginables
Installations et projets artistiques publics
Après ses voyages en Asie dans les années 1970, Cheng renonce à exposer des objets isolés dans des galeries d’art habituelles, préférant créer des installations cinétiques à grande échelle et concourir pour des commandes d’art public dans le cadre du « 1 % artistique ». Ces programmes, adoptés par de nombreuses villes américaines dans les années 1960, allouent à des projets artistiques publics 1 % du budget de chaque projet de développement.
De nouveaux besoins voient le jour qui confèrent aussi à l’art une signification nouvelle dans l’espace public à travers le pays. En 1979, peu après la création du Natural Museum of Modern Art qu’il a lui-même lancé, Cheng reçoit sa première commande officielle d’art public pour Seattle Underwater. La formation de Cheng en design industriel lui permet alors d’acquérir les compétences nécessaires à l’élaboration de propositions convaincantes et concrètes, et son approche expérimentale de la création artistique renforce sa capacité à aborder toute une variété de matériaux et de facteurs environnementaux. Cheng considère ses projets artistiques publics comme l’opportunité de travailler à plus grande échelle et de toucher un public plus large. Il les perçoit également comme une exploration approfondie de ce qu’il appelle l’« érosion humaine ».
Pour Cheng, la dégradation de plusieurs de ses projets publics, due au vandalisme ou au manque d’entretien, ainsi que le caractère éphémère des œuvres réalisées à partir de matériaux organiques ou naturels, sont autant de métaphores de la précarité d’un climat et d’un paysage irrémédiablement modifiés par l’humain et ce qu’il a bâti.
Informations pratiques
Musée Tinguely Paul Sacher-Anlage 1 | 4002 Bâle Heures d’ouverture : mardi– dimanche 11h-18h, jeudi 11h-21h Site Internet : ww.tinguely.ch Depuis la gare SBB tram n°2 jusqu’à Wettsteinplatz, puis bus 31 ou 38 arrêt Musée Tinguely Réseaux sociaux : @museumtinguely | #museumtinguely | #natureneverloses | #carlcheng | @carlfchengjohndoecompany | www.johndoecompany.com
Partager la publication "Carl Cheng : Nature Never Loses"
du 27.11.25 au 4.01.26à La Filature, Scène nationale du 28.11.25 au 11.01.26 à La Kunsthalle
L’exposition s’inscrit dans le cadre de la Regionale 26, une manifestation réunissant 20 institutions en Allemagne, en France et Suisse et visant à mettre en lumière la production artistique contemporaine de la région tri-rhénane.
Les artistes exposés
Clara Silvina Álvarez, Boglárka Balassa, Pauline Beck, Valentine Cotte, Arthur Debert, Juliette Dignat, Eddie de Goër, Sarai Duke Rose, Mathis Esnault, Yoshikazu Goulven Le Maître, Claire Hannicq, Zoé Joliclercq, Elisa Lohmüller, Jules Maillot, Elise Planhard, Naomé Nazire Tahmaz, Hélène Thiennot. Commissariat : Licia Demuro.
Emmanuelle Walter (La Filature)- Licia Demuro-Sandrine Wymann (la Kunsthalle)