Marcelle Cahn, en quête d’espace

Marcelle Cahn, Femme et voilier, 1926-1927,
huile sur toile, 66 x 50 cm, MAMCS.
Photo : Angèle Plisson, Musées de la Ville de Strasbourg

Jusqu’au 31 JUILLET 2022 au Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg MAMCS
Commissariat général : Cécile Godefroy, historienne de l’art et commissaire indépendante.
Commissariat associé : Barbara Forest, conservatrice en chef du Patrimoine au MAMCS et Alexandre Quoi, responsable du département scientifique du MAMC+.
Scénographie : atelier FCS – Frédéric Casanova
Identité visuelle de l’exposition : Atelier Bastien Morin

Cette exposition, également présentée au Musée d’art moderne et contemporain Saint-Étienne Métropole (MAMC+) et au Musée des beaux-arts de Rennes, verra son format varier à chaque étape en fonction du site.

Rétrospective

Le MAMCS présente la première grande rétrospective consacrée à Marcelle Cahn (1895-1981). Dans l’histoire de l’art du XXème siècle, le parcours de cette artiste se situe à ses débuts à l’orée des courants expressionnistes et puristes, et s’épanouit dans les années 1950 au travers d’une abstraction libre, dotée tout à la fois de fantaisie et d’une grande rigueur, dont les tableaux-reliefs et les spatiaux des années 1960 sont un remarquable aboutissement. De l’infiniment petit à la quête d’un espace architectural, Marcelle Cahn, qui parallèlement n’a jamais renoncé à la figuration considérant ses
« choses lyriques » comme une « récréation », a développé un langage singulier de l’abstraction, épuré et sensible, dépourvu de tout dogmatisme.

Cette exposition illustre la richesse et la singularité de l’oeuvre de Marcelle Cahn. Elle restitue les différents contextes de création au sein desquels cette artiste a évolué, de l’expressionnisme allemand du début du XXème siècle aux principaux courants de l’abstraction géométrique et lyrique. Ce parcours chronologique rassemble plus de 400 oeuvres – peintures, arts graphiques, sculptures, photographies et collages – provenant d’institutions culturelles et de collections particulières françaises et étrangères, couvrant l’ensemble des techniques engagées par l’artiste. Parmi elles, le Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, à qui l’artiste avait donné son fonds d’atelier et ses archives en 1980.

Estelle Pietrzyk vous présente « Guitare et éventail » de Marcelle Cahn, issue des collections du MAMCS.

Biographie

Alsacienne, née à Strasbourg où elle vécut la majeure partie de sa jeunesse, Marcelle Cahn se forma à Berlin pendant la Grande guerre auprès de Lovis Corinth et Eugen Spiro, puis à Paris auprès de Fernand Léger et Amédée Ozenfant, où elle choisit de passer les trente-cinq dernières années de sa vie. Marcelle Cahn participe dès l’entre-deux-guerres aux grands rassemblements de défense de l’art abstrait. Soutenue et appréciée des artistes et des critiques influents de son temps, elle ne bénéficia que de rares expositions personnelles dans les dernières années de sa vie et vécut dans un certain isolement accru par des périodes de mises en retrait du monde de l’art. Pour des raisons matérielles et de santé, les collages sont la pratique dominante des quinze dernières années d’une artiste encline à s’appuyer sur le minimum de ressources à sa disposition. Ils traduisent l’appétence d’une créatrice animée toute sa vie durant par la liberté et la poésie du geste, ainsi que le jeu des infinies variations.

Film

Ci-dessous un film provenant des archives du regard

Le tableau en relief

Étendue 1955 Tempera sur isorel 200 x 74 x 7,5 cm
Photographie © Musée de Grenoble

À partir de 1953, Marcelle Cahn renoue avec l’abstraction géométrique avec un ensemble remarquable de tableaux-reliefs que l’on peut situer dans la continuité des peintures les plus abstraites de la période puriste. Dans chaque tableau peint sur bois, isorel ou contreplaqué, l’artiste incise la matière blanche de traits noirs parallèles et perpendiculaires qui dessinent des trames géométriques plus ou moins serrées et dont l’entrecoupement, à l’intérieur du tableau, donne lieu à un univers de carrés et de rectangles ponctués de prismes et de triangles blancs ou colorés. Pour rythmer ses peintures, l’artiste appose à la surface des tableaux des petits éléments de format géométrique et circulaire en bois, isorel ou balsa, puis, à partir de 1960, les premières sphères blanches et colorées. Ces peintures de moyen et grand format dialoguent avec les oeuvres de la tendance abstraite internationale qui, par des chemins divers, empruntés pour beaucoup dans le sillage du néoplasticisme, considère le relief comme l’une des voies possibles de renouvellement de l’abstraction, visant l’architecture elle-même.

Objets cosmiques

Pour Marcelle Cahn, qui cherche à s’échapper des intérieurs bourgeois et contrer l’idée de décoration, les « Spatiaux sont des équivalences spatiales à partir de panneaux fixes et mobiles qui devront participer à la structure de notre univers ». En 1961, Marcelle Cahn conçoit son premier 

avec les encouragements de l’artiste suisse Gottfried Honegger. Nés du découpage et de l’assemblage de petites boîtes de médicament, les Spatiaux sont exécutés en bois peint par un praticien et s’appréhendent pour la plupart frontalement en déclinant un registre de formes élémentaires cadencées par le relief, les pastilles de couleur et des angles découpés qui modulent la lumière. Avec les tableaux-reliefs et les photocollages, les Spatiaux convoquent l’imagerie spatiale – stations, fusées aérospatiales et satellites en orbite – nourrie par la rivalité qui oppose États-Unis et URSS dans le domaine astronautique depuis la fin des années 1950, et constituent probablement l’un des aboutissements les plus sensationnels de la quête d’espace engagée par Marcelle Cahn depuis le milieu des années 1920.

Musique et poésie

Musique et peinture sont étroitement liées dans l’imaginaire des artistes, en particulier dans les débats synesthésiques qui préludent à la naissance de l’abstraction coloriste.

La thématique musicale est présente chez Marcelle Cahn, comme nous pouvons l’apprécier dans Éventail et guitare, 1926, mais aussi à travers les titres qui font allusion aux syncopées du jazz et autres tempos. Les nombreuses variations que l’artiste opère à partir de sérigraphies, de cartons d’invitation et de photographies, faisant danser des motifs identiques de façon sans cesse renouvelée, témoignent d’une sensibilité musicale qui rappelle la famille de musiciens dont l’artiste, formée au violon et au piano dans sa jeunesse, est elle-même issue.

Proche des compositeurs autant que des poètes, celle qui déclara
« développe[r] des formes initiales, simples, comme un musicien développe un thème dans une fugue » sans « exclure la poésie » fut enfin l’auteure d’une vingtaine de courts textes poétiques auxquels s’ajoutent les dessins-poèmes composés à partir de 1956.

Le collage en jeu

Les collages que Marcelle Cahn entreprend depuis 1952 et qui, à partir du milieu des années 1960, constituent l’essentiel de sa production, oscillent entre géométrie stricte et fantaisie lyrique. D’un côté, la rigueur de la pensée construite, de l’autre, la spontanéité, l’amusement qui déconstruit. Tandis qu’elle doit quitter son logement-atelier de la rue Daguerre en 1969 pour intégrer la maison de retraite pour artistes de la fondation Galignani à Neuilly,

Marcelle Cahn restreint ses usages et pratiques aux matériaux qui lui restent facilement accessibles : papiers de couleur, autocollants, transparents et autres articles de papeterie, nécessaire de pharmacie, carton gaufré, laine et tissus divers, enveloppes de sa correspondance, lames de rasoir, tickets de métro, matériaux d’emballage et de récupération plus ou moins inattendus sont rehaussés de crayon, de craie grasse ou de peinture blanche, réemployés et détournés à l’envi dans des compositions majoritairement abstraites, mais qui parfois convoquent le réel. La poésie et l’humour avec lesquels Cahn métamorphose les plus modestes objets et rebuts du quotidienLe collage sur carte postale semble être autant une occupation qu’un jeu pour l’artiste qui déploie tout son sens de l’espace à partir de cartes postales de la ville de Paris dont elle se plaît à adresser les détournements poétiques et espiègles à ses proches.
Pour l’étape dijonnaise de l’exposition Marcelle Cahn en 1973, Serge Lemoine fait commande à l’artiste d’un ensemble de collages à partir de cartes postales de la ville. À l’aide de gommettes de couleurs et de formats variés, l’artiste met en scène avec humour et poésie les monuments les plus emblématiques de la ville bourguignonne, qu’ils relèvent du patrimoine médiéval ou de constructions plus récentes à l’instar du grand projet urbanistique du lac Kir construit en périphérie et bordé de tours à étages. nous transportent dans un monde sensible et vibrant, sans cesse renouvelé.

Amitiés en partage

En 1980, Marcelle Cahn fait une considérable donation au Musée d’Art moderne de Strasbourg, comprenant ce qu’elle conserve encore de son oeuvre ainsi que ses archives et livres. Ce fonds est constitué de près de 350 oeuvres originales dont plusieurs peintures inachevées, des Spatiaux, des dessins, estampes et de nombreux collages des années 1960 et 1970. Elle inclut également des dessins et photographies d’artistes ami.e.s. Dans ses archives personnelles, figurent plusieurs centaines de lettres et cartes, des dizaines de négatifs et photographies de ses oeuvres comme de sa famille, ses poèmes originaux, des dizaines de cartes de voeux ainsi que des cartons d’invitation et articles de presse. Ses archives professionnelles sont principalement composées d’échanges avec des éditeurs, galeries et institutions. L’ensemble de la correspondance éclaire enfin la richesse des relations et amitiés artistiques de Marcelle Cahn, dont l’internationalisme, l’écart générationnel et la diversité des styles témoignent de sa grande ouverture d’esprit.
Cette donation si généreuse un an avant sa disparition trouve dans cette exposition sa présentation la plus complète et témoigne, au-delà des oeuvres, d’une personnalité attachante, l’amie des artistes.

Informations pratiques

Musée d’Art moderne et contemporain (MAMCS)
1 place Hans-Jean-Arp, Strasbourg Tél. : +33 (0)3 68 98 50 00
Horaires : tous les jours – sauf le lundi – de 10h00 à 18h00
Fermé le 1er janvier, Vendredi Saint, 1er Mai, 1er et 11 Novembre et le 25 décembre.

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La Couleur en fugue

Sam Gilliam – Katharina Grosse – Steven Parrino – Megan Rooney – Niele Toroni

Fondation Louis Vuitton jusqu’au 29 AOÛT 2022

Commissaire générale
Suzanne Pagé, Directrice artistique de la Fondation Louis Vuitton, Paris
Commissaires
Ludovic Delalande, Nathalie Ogé et Claire Staebler avec Claudia Buizza

Architecte scénographe
Jean-François Bodin et associés

« L’exposition « La couleur en fugue » s’est donnée pour objet de rendre sensible aux visiteurs l’« expansion de la couleur dans l’espace ». Je ne peux donc former qu’un vœu : qu’une telle initiative, bénéficiant du dialogue fécond entre une artiste et un architecte visionnaire, réalise ce que Frank Gehry a maintes fois affirmé : ce bâtiment, qu’il a inventé pour accueillir des œuvres de plusieurs époques de l’art moderne comme de l’art contemporain est aussi une création vivante à la rencontre du public le plus large et le plus divers. »

Extrait La Fondation au prisme de la couleur
(texte tiré du Journal #13)
 
Bernard Arnault
Président de LVMH / Moët Hennessy – Louis Vuitton Président de la Fondation Louis Vuitton

Si la couleur échappe,

« Si la couleur échappe,
on n’échappe pas à la couleur« 

Suzanne Pagé
Directrice artistique de la Fondation Louis Vuitton

Depuis son ouverture, la couleur est l’invitée permanente de la Fondation Louis Vuitton.

En témoignent d’emblée les expositions et commandes de l’inauguration. Tandis qu’Olafur Eliasson, jouant de réflexions et diffractions, a conçu, dans le Grotto, son chemin de lumière sur la rémanence d’un halo de couleur jaune, Ellsworth Kelly a créé, pour l’Auditorium, une installation permanente où cinq panneaux monochromes – jaune, rouge, bleu, vert et violet – s’égrènent telles des notes de musique dans l’espace, le rideau de scène y ajoutant un accord arc- en-ciel. Primordial déjà, le dialogue de la couleur avec l’architecture.

« La Couleur en fugue », programmée ici aujourd’hui s’inscrit dans cette même ligne illustrée par l’exposition « Les Clefs d’une passion » en 2015. La couleur y triomphait au fil des quatre axes sensibles fondateurs de la Collection.

Avec ces artistes, Sam Gilliam, Steven Parrino, Niele Toroni, Katharina Grosse, Megan Rooney, la couleur s’affranchit de toutes les frontières et réaffirme un rôle premier. À un moment où triomphe, portée par de fortes et talentueuses personnalités, une peinture figurative électivement consacrée au portrait, cette exposition – sans doute trop contrainte au regard de l’ampleur du phénomène – pointe la coexistence d’une puissante forme d’expression « abstraite » avec un ensemble d’œuvres forçant les limites du lieu et du qualificatif, s’agissant d’œuvres où partout s’infiltre le réel.

Si la dénomination « La Couleur en fugue » induit d’abord la métaphore musicale et avec elle l’idée de rythme, de danse, de mouvement, la fugue renvoie aussi à un état juvénile ivre de liberté où tout est possible et à une fraîcheur libre d’attaches et de dépendances. Le monde est à découvrir, un monde est à réinventer. La couleur y aura son rôle, au plus près. C’est à ce carrefour sensible que se situent les cinq peintres retenus ici.

Galerie 8 – Megan Rooney

Artiste pluridisciplinaire, Megan Rooney associe dans une même oeuvre peinture, sculpture, performance et écriture. L’acte de peindre est pour elle un engagement physique et mental intense qui culmine dans ses peintures monumentales, comme ici avec With Sun, peinture murale inédite et éphémère réalisée spécifiquement pour la Galerie 8, reliant dans un même élan les parois sur toute leur hauteur.

Munie de différents outils et aidée d’une nacelle élévatrice, Megan Rooney s’est engagée dans une performance de longue haleine qui s’est déroulée sur plusieurs semaines. Comme toujours chez l’artiste, l’oeuvre se construit dans un dialogue étroit avec l’architecture, sans esquisse préparatoire. Au fil des jours, les couches de peinture s’accumulent, avant d’être révélées par endroits à l’aide de disques abrasifs, laissant apparaître des configurations abstraites où l’on croit deviner les indices d’éléments anthropomorphes. Rooney explore ici la densité d’une palette solaire, riche et colorée, dominée par des teintes et des variations chatoyantes d’orangé, de mauve, de jaune, de vert, de rose, jusqu’à des tonalités pastel. Inspirée par les spécificités de cet espace ouvert sur le ciel, l’artiste a créé une peinture en connexion avec la nature environnante – dans laquelle elle puise continuellement – en écho avec les modulations lumineuses d’un soleil printanier et ses vibrations qui envahissent l’espace.

Galerie 9 – Sam Gilliam – Steven Parrino

Sam Gilliam est une figure majeure de la peinture américaine d’après-guerre. Son oeuvre est associée à la Washington Color School, un courant du Color Field painting qui se développe à New York au cours des années 1950 à partir de l’expressionnisme abstrait.

En 1968, il inaugure les Drape paintings à travers lesquels il définit un langage pictural nouveau, en explorant le potentiel de la surface et l’étendue du champ coloré. Les trois oeuvres monumentales exposées ici sont emblématiques de cette série qui marque à la fois l’abandon total du châssis et l’avènement d’une peinture dont la forme se déploie à chaque fois en fonction des particularités architecturales du lieu d’exposition. Dans l’atelier, Gilliam travaille sur une toile posée à même le sol sur laquelle il verse des pigments acryliques largement dilués avant de tamponner, frotter ou presser la matière à l’aide de pinceaux et de chiffons. Dans le flot des couleurs qui se répandent largement sur les deux faces de l’étoffe, le long des plis, dans les creux et dans les courbes, apparaissent des formes aléatoires – aplats, lignes, coulures, gouttes, traces et autres empreintes – qui se construisent sur le vif. Lorsque la toile est imbibée l’artiste la manipule, la plie, la froisse, l’enroule avant de la laisser sécher. Parfois il ajoute de la poudre d’aluminium et applique par touches, ici et là, de la peinture acrylique dont les effets de matière et de texture contrastent avec la surface plane imprégnée de couleurs. Dans un second temps, la toile est nouée en plusieurs points avant d’être suspendue librement dans l’espace, entre sol, mur et plafond. Dans cette présentation inédite, la puissance lyrique et vibrante des couleurs requalifie l’architecture de Frank Gehry, dans une tension entre ordre et désordre.

Bousculant les frontières entre peinture et sculpture, Steven Parrino libère la toile de sa planéité et fait sortir la couleur du cadre, la laissant déborder dans l’espace. Les oeuvres présentées appartiennent à la série des misshaped canvases (toiles déformées) que l’artiste développe à partir de 1981.

Steven Parrino définit à l’avance le processus de réalisation des oeuvres : une fois décidés le support et ses dimensions, il peint la surface de façon uniforme – à l’acrylique, à la bombe, à la peinture émail ou la laque. Puis il opère toute une série d’actions violentes : il décadre, arrache, tord et froisse le support peint, puis le refixe sur son châssis, souvent après l’avoir retouché. Ces opérations font passer les surfaces bi-dimensionnelles de la peinture à la tri-dimensionalité du relief et de la sculpture. De plus, l’importante implication physique de l’artiste dans le processus confère aux oeuvres un caractère performatif.

Au mur, quatre tondi et un carré percé dont les toiles ont été peintes soigneusement par Parrino avant d’être manipulées pour créer des effets de vortex en relief.

Au sol, deux installations de toiles froissées entourées d’adhésif. Ces toiles deviennent sculptures. Au carrefour de la high et de la low culture, Parrino privilégie ici les couleurs brillantes, également choisies pour leur portée symbolique

Galerie 11 – Niele Toroni

Artiste connu pour ses pratiques hors champ et nomades, réalisant ses empreintes à l’intérieur comme à l’air libre, Niele Toroni requalifie les espaces qu’il investit en adaptant ses oeuvres au lieu d’exposition. Depuis 1966, il réalise des empreintes monochromes au moyen de pinceaux plats, larges de 5 cm, qu’il applique sur une surface donnée à intervalles réguliers de 30 centimètres. Bien que ce « travail-peinture » soit le résultat d’un geste répété à l’identique, chaque empreinte est différente et varie en fonction de la quantité de peinture, de la vigueur du geste, du type de support, de sa forme, et de la couleur choisie.

Toroni est présent ici par un ensemble d’oeuvres réalisées entre 1967 et 1997 qui témoigne de la diversité des supports utilisés. La toile cirée, utilisée par l’artiste à ses débuts, lui permet de déployer ses empreintes en fonction de la dimension du mur. Découpée selon les besoins, c’est le lieu qui détermine la quantité de peinture visible.

Avec Flambo, marque de présentoir des magasins de décoration, Toroni pose ses empreintes de différentes couleurs sur les panneaux mobiles qui composent cet objet, tandis que l’Hommage aux hirondelles est placé en hauteur dans un angle, tel un nid d’oiseau. Les tondi aux « rouges » de Bordeaux proviennent des empreintes réalisées par l’artiste sur des barriques de vin. Les quatre peintures formant un ensemble accueillent chacune des empreintes de couleur différente : rouge, jaune, bleu, noir. La couleur rythme chaque toile de cette partition picturale.

Galerie 10 – Katharina Grosse

Depuis la fin des années 1990, Katharina Grosse explore les potentialités de la peinture au-delà des limites du cadre et de la toile. Embrassant sols, murs, plafonds, objets ou paysages entiers, elle crée des sites picturaux multidimensionnels grâce à la technique de projection de la couleur par pistolet-pulvérisateur qui est devenue sa signature. La couleur est au coeur de son travail et fait le lien entre toutes ses oeuvres. La question de l’échelle, ou encore de la fusion peinture / architecture / sculpture est omniprésente, comme ici dans le projet conçu en dialogue étroit avec le bâtiment de Frank Gehry.

Au départ de Splinter, l’artiste crée un élément hétérogène dynamique, composé de formes triangulaires, à partir duquel la couleur se propulse dans un grand élan. Composé d’une vingtaine de triangles en contreplaqué emboîtés sur une structure autoportante, ce dispositif occupe une partie du mur de droite de la Galerie 10 et fonctionne comme un « déclencheur » visuel reliant sol et plafond. Une fois la structure installée dans l’espace, la seconde étape consiste à la peindre, ainsi que tout ce qui l’environne. Grâce à un pochoir, Katharina Grosse crée un vide au centre, comme si la lumière, en s’engouffrant par le skylight était venue « brûler » la peinture. Selon les mots de l’artiste « une peinture peut atterrir n’importe où, et s’attarder partout (…). La peinture n’est pas reliée à un endroit donné. Elle met à l’épreuve – et condense spectaculairement – les caractéristiques du réel. »

Informations pratiques

Réservations

Sur le site : www.fondationlouisvuitton.fr

Horaires d’ouverture

Lundi : 11h – 20h Mardi : fermeture Mercredi : 11h – 20h Jeudi : 11h – 20h

Vendredi : 11h 21h (sauf les premiers vendredis du mois, fermeture à 23h) Samedi et dimanche : 10h – 20h

Accès

Adresse : 8, avenue du Mahatma Gandhi, Bois de Boulogne, 75116 Paris.

Métro : ligne 1, station Les Sablons, sortie Fondation Louis Vuitton.

Navette de la Fondation : départ toutes les 20 minutes de la place Charles-de-Gaulle – Etoile, en haut de l’avenue de Friedland.(Service réservé aux personnes munies d’un billet Fondation et d’un titre de transport – billet aller-retour de 2€ en vente sur www.fondationlouisvuitton.fr ou à bord)

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Brice Marden Inner Space

Jusqu’au 28.8.2022, au Kunstmuseum Basel | Neubau
Commissaire : Josef Helfenstein

Brice Marden (*1938, Bronxville, New York) est l’un des peintres majeurs de notre temps. Dans le cadre de l’exposition Inner Space présentée dans le Neubau, le Kunstmuseum Basel rassemble quelque 90 oeuvres de cet artiste américain réalisées entre 1972 et 2019. Parmi celles-ci, des séries de dessins et des tableaux provenant de la collection de l’artiste, dont certaines exposées pour la toute première fois.

L’art minimal

Brice Marden établit sa réputation dans les années 1960 avec ses peintures monochromes et ses dessins empreints d’émotion. Son oeuvre réunit deux approches fondamentales de la tradition picturale moderne : d’une part le geste caractéristique de l’expressionnisme abstrait, de l’autre une tendance à la réduction à l’essentiel qui rapproche son oeuvre de l’art minimal, du moins extérieurement. L’exposition Inner Space donne à voir une oeuvre en écho avec les temps forts de la collection d’art américain après 1960 figurant au sein de la Öffentliche Kunstsammlung Basel.

Sa pratique picturale

Jusque dans les années 1970, Marden crée des panneaux monochromes qui, quelques années plus tard, prennent la forme de diptyques et de tableaux de grandes dimensions composés de plusieurs parties, qui donnent lieu à des confrontations complexes avec la surface et la couleur et se lisent comme des paysages ou des architectures. Son intérêt pour la ligne, le geste et l’emploi de moyens et de matériaux simples (« there’s no electricity involved ») figure au coeur de sa pratique picturale et dessinatoire.

En outre, il revendique bientôt une reconnaissance à part entière de ses dessins généralement subordonnés aux peintures dans la hiérarchie des médiums artistiques. Dans un texte de 1979, Brice Marden demande que ceux-ci soient considérés « comme des espaces ». Pour lui, le dessin est un médium qui, outre le fait d’exister en plus de deux dimensions, est également en mesure de refléter l’esprit et l’expérience d’un lieu précis.

Le concours

L’exposition Inner Space propose une mise en regard de séries de dessins et de peintures qui souligne l’importance du processus dans le travail de Marden. Une période de son oeuvre trouvant son origine à Bâle en constitue le point de départ : Marden se consacra à cette ville pendant sept ans. En 1978, il remporta un concours pour concevoir les nouveaux vitraux du choeur de la cathédrale de Bâle. Ses esquisses restèrent toutefois sans suite.


L’exposition présente une sélection des travaux préparatoires de ce projet conservés au sein de la collection du Kunstmuseum Basel, ainsi que plusieurs Window Paintings exécutés à cette occasion qu’il est rare de voir exposés.

Son évolution artistique

Malgré l’échec du projet bâlois, ces années marquèrent une rupture décisive dans l’oeuvre de Brice Marden et établirent les fondements de son évolution artistique à venir. Au début des années 1980, enthousiasmé par la visite d’une exposition à New York, il entame une exploration de la calligraphie et de la poésie asiatiques et effectue ses premiers voyages en Thaïlande. Durant ses séjours en Asie et sur l’île grecque d’Hydra, il réalise des dessins inspirés de caractères extrême-orientaux, qui continuent toutefois à résulter d’observations de la nature. Ce faisant, Marden commence à se détourner de la peinture monochrome.

Cold Mountain

Au milieu des années 1980, Brice Marden initie la série Cold Mountain. Celle-ci se réfère aux écrits du célèbre poète Han Shan, connu sous le nom de
« Cold Mountain », qui vécut en Chine sous la dynastie Tang (618–907). Les aplats de son oeuvre de jeunesse s’y dissipent en lignes et en signes suggérant le mouvement. Désormais, des grilles colorées dynamiques et des traits entrelacés dominent les toiles de Marden. Dans les années suivantes, les tracés s’agrègent et renouent avec la couleur. The Muses (1991–1993),
 peinture monumentale conservée au sein de la collection Daros à Hurden, en constitue un exemple éloquent : la structure calligraphique à la base du tableau se déploie en une chorégraphie souple de lignes fluides dans des tons de vert, jaune, gris et bleu.

À travers 80 dessins et 10 peintures provenant du Kunstmuseum Basel ainsi que de prêts suisses et internationaux, l’exposition Inner Space retrace cette évolution artistique jusqu’aux oeuvres d’aujourd’hui.
Brice Marden. Inner Space est une version élargie de l’exposition Think of Them as Spaces. Brice Marden’s Drawings curatée par Kelly Montana qui s’est déroulée à la Menil Collection de Houston (21.2.–14.6.2020).

Variation in Print La gravure américaine

Blatt: 63.3 x 90.4 cm; Farblithographie von 4 Steinen in Schwarz, Dunkelrot, Ultramarinblau und Grün

– Jusqu’au 28.8.2022, au  Kunstmuseum Basel | Hauptbau
Commissaire : Judith Rauser
Parallèlement à l’exposition Inner Space, une sélection de gravures américaines de Barnett Newman, Sam Francis, Jasper Johns, Donald Judd, Sol LeWitt, Frank Stella et Brice Marden est à voir dans le Hauptbau. Cette présentation est consacrée au « Graphic Boom » survenu à partir des années 1960, lorsque des artistes américains majeurs s’enthousiasment pour les possibilités et les défis de l’impression. Cette exposition présente de nombreuses oeuvres de l’art graphique américain, pour certaines rarement exposées.

Kunstmuseum Basel
St. Alban-Graben 8
Postfach, CH-4010 Basel
T +41 61 206 62 62
kunstmuseumbasel.ch

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Wang Keping  à l’œuvre au musée Rodin

Le musée Rodin invite Wang Keping à investir le jardin de sculptures pour en faire son atelier pendant tout le mois de mai (du mardi 3 mai au dimanche 5 juin 2022).

Proche de la nature comme Rodin le fut, l’artiste peut travailler en direct sous les yeux du public sur quatre sculptures monumentales en cours d’élaboration, dans le vaste espace du sous-bois. Wang Keping travaille, en taille directe, des troncs d’arbres entiers dont il sait faire surgir des formes sensuelles, pleines d’émotion et de poésie.
Cette invitation, une première pour le musée Rodin, est une occasion unique
pour le public de découvrir l’artiste au travail et de voir l’oeuvre en cours de création.

Biographie

Né en 1949 près de Pékin dans une famille de lettrés, Wang Keping a connu les
bouleversements de la révolution culturelle. Ouvrier, soldat, comédien, écrivain, il devient sculpteur comme il aime à le raconter, après avoir vu des oeuvres de Rodin. Autodidacte, et sans formation académique, il dit avoir inventé sa technique si particulière. Profondément chinois d’influence et de culture, il ne pratique pourtant pas ce qu’il appelle un « art chinois».
En 1979, il participe en Chine à la création du groupe d’artistes dissidents des
« Etoiles » et affronte alors la censure politique et les privations de liberté, avant de s’exiler en France en 1984.

Son oeuvre

Le bois, matériau privilégié de l’artiste, est au coeur de son oeuvre. Wang Keping parcourt les paysages et les scieries à la recherche de troncs d’essences différentes. Une fois écorcé, le bloc suggère les formes que prendra la sculpture. A l’aide de sa tronçonneuse puis d’outils de plus en plus fins, l’artiste fait parler le bois. Il le ponce et le reponce, jusqu’à ce que la forme juste se dégage et révèle l’âme que la matière impose : des formes féminines arrondies,
douces, sensuelles, lisses comme de la peau.

A propos des femmes de Rodin, Wang Keping dit :
« Des corps nus de femme sculptés par Rodin se dégagent une lumière brillante d’amour… et en même temps, un vibrant appel à la liberté. […] La célébration des femmes dans l’oeuvre de Rodin a laissé une empreinte profonde dans mon parcours créatif, guidant ma tête et mes mains, passant de la conception à la réalisation, de 1978 jusqu’à aujourd’hui, des images imprimées à Pékin jusqu’au musée Rodin à Paris »

Quatre sculptures en cours d’achèvement sont installées dans l’atelier à ciel ouvert du jardin. Une sculpture achevée L’Amour des Forêts (chêne vert), H 172 x 150 x 122 cm est également présentée dans le hall de l’hôtel Biron pendant tout le mois de mai.
L’artiste est présent dans son atelier à ciel ouvert, les mardis, jeudis, samedis et dimanches après-midi, sous réserve des conditions météorologiques.
Tous les détails sur musee-rodin.fr.

Renseignements

MUSÉE RODIN
77, RUE DE VARENNE 75 007 PARIS
T. +33 (0)1 44 18 61 10
M° VARENNE
OUVERT DU MARDI AU DIMANCHE
DE 10 H À 18 H

BILLETTERIE ET PROGRAMME
MUSEE-RODIN.FR

EN PARTENARIAT AVEC LA
GALERIE NATHALIE OBADIA
PARIS/BRUXELLES

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Alerte 1,1°C – Exposition collective au Séchoir

C’est jusqu’au 22 mai au Séchoir
Les commissaires :  Jonathan Naas (http://www.naas.fr/home) et Paul
Béranger (https://www.lesechoir.fr/paulberanger), artistes résidents du Séchoir.

Le Propos

« Il y a quelques mois, une barre a été franchie dans la quasi indifférence collective : pour la première fois, la moyenne des températures sur ces vingt dernières années ont dépassé de 1,1° celsius celles de l’ère pré-industrielle. Ce chiffre, aussi petit soit-il, devrait résonner comme un glas, un avertissement du danger qui se rapproche plus vite que prévu.
La réalité est actuellement toute autre. Cette alerte est à peine audible dans le raffut d’une pandémie qui s’étouffe sous le vacarme d’une récession économique en approche. La question climatique, l’effondrement de la biodiversité, la dégradation des sols restent marginalisés dans les médias, oubliés des débats de la présidentielle car jugés inaudibles par les citoyens. Pourtant tout ce bruit n’est rien au vu du changement climatique, et bien pire encore, du silence assourdissant de l’effondrement du vivant.

Paul Béranger commissaire et artiste du Séchoir

Cette exposition peut sembler dérisoire pour beaucoup mais ne rien faire serait encore plus dramatique.
Extrait d’un texte de Pierre Rabhi, la symphonie de la terre 2008 in manifeste pour la terre et l’humanisme, Arles – Actes sud

« Ainsi l écologie comme principe n’est pas réductible à un simple paramètre qui compose la réalité, elle est la réalité fondamentale sans laquelle rien d’autre ne peut être. L’écologie doit devenir un état de conscience et non une discipline nécessitant des décisions, des aménagements, des lois restrictives ou répressives…
Certes il faut dans l’urgence où nous sommes prendre des décisions et des résolutions pour limiter les dégâts. Mais nous ne ferons que limiter les dégâts si nous ne prenons pas en compte la mesure de l’enjeu qui concerne rien moins que la survie ou l’extension du phénomène humain. »

GIEC : définition et contexte

Le rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec), rédigé par des centaines de scientifiques, a été approuvé par 195 pays. © Amphon – stock.adobe.com

Publié ce 4 avril 2022, la troisième et dernière partie du sixième rapport du GIEC révèle les solutions pour limiter les impacts dévastateurs du réchauffement climatique. D’après les experts, il reste moins de 10 ans pour agir. De fait, ce volet présente plusieurs scénarios visant à limiter les émissions de gaz à effet de serre et ainsi respecter l’Accord de Paris.

Qu’est-ce que le GIEC ?

Le GIEC est le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Créé en 1988 par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et l’Organisation météorologique mondiale (OMM), il rassemble 195 États membres.

Lieu d’expertise synthétisant l’état des connaissances sur le changement climatique et le rôle de l’activité humaine, le GIEC publie des rapports scientifiques sur lesquels s’appuient les États pour trouver des accords dans la lutte contre le réchauffement.

Le bureau du GIEC rassemble ainsi les scientifiques de diverses nationalités et diverses disciplines. Le GIEC est par ailleurs composé de trois groupes de travail (aspects scientifiques du changement climatique ; impact et vulnérabilité des systèmes socio-économiques et naturels ; solutions envisageables) et d’une équipe spéciale pour les inventaires nationaux de gaz à effet de serre.

Pierre Rabhi

Paysan, écrivain et penseur français d’origine algérienne, Pierre Rabhi a été l’un des pionniers de l’agriculture écologique en France (1938-2021)

« De ses propres mains, Pierre Rabhi a transmis la Vie au sable du désert… Cet homme très simplement saint, d’un esprit net et clair, dont la beauté poétique du langage révèle une ardente passion, a fécondé des terres poussiéreuses avec sa sueur, par un travail qui rétablit la chaîne de vie que nous interrompons continuellement ». Yehudi Menuhin

Films et ouvrages
L’agroécologie
Verbatim

L’art écologique

Dans ce contexte quasi « apocalyptique », comment se positionne la création plastique contemporaine, cette création, qui depuis toujours,
tire une inspiration absolue et ses ressources de la Nature. Comment la création
prend-elle la forme d’un « art écologique » pour répondre à la disparition progressive de la biodiversité et le changement du climat ?
Le foisonnement de la création actuelle fait apparaître diverses tendances, d’un art militant en réaction à l’immobilisme de la société, d’un art outil de pédagogie sur la fragilité de notre monde , quelque soit l’attitude des artistes, l’art à venir devra rappeler contrairement au développement sans fin de notre modèle libéral, que nous avons une limite : la terre, que ses ressources sont limitées, que l’homme devra apprendre la sobriété.
L’exposition « 1,1°C » propose de montrer ces différentes formes de regard, résiliant ou non, porté sur la catastrophe écologique à venir, au travers d’une sélection d’artistes du Grand-Est confrontant leur recherche à ces bouleversements. »

Les artistes

                                      les artistes du Grand Est et Sandrine Stahl

– Guillaume Barth http://www.guillaumebarth.com/
– Paul Béranger https://www.lesechoir.fr/paulberanger
– Marie-Paul Bilger https://www.mariepaulebilger.fr/
– Emmanuel Henninger https://emmanuelhenninger.art/
– Laurence Mellinger http://laurence.mellinger.free.fr/index.php
– Jonathan Naas http://www.naas.fr/home
– Lucas Pfeiffer https://www.lucaspfeiffer.com/
– Anne Zimmermann  https://www.motoco.fr/residents/anne-zimmermann/

Le fil rouge de l’exposition est le petit homme perdu dans le monde, il suffit de suivre son parcours dans l’exposition
visible les samedi et dimanche de 14 à 18 h

Livret de l’exposition

Quelques photos

LE SECHOIR 25 rue Josué HOFER 68200 MULHOUSE

ACCÈS EN BUS
La ligne C7 de Soléa vous déposera
devant Le Séchoir, arrêt LESAGE.

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Jean-Jacques Lebel «La Chose» de Tinguely, quelques philosophes et «Les Avatars de Vénus»

Jean Jacques Lebel et la sculpture de Spinoza 1985

Au musée Tinguely Basel jusqu’au 18 septembre 2022

Cette exposition a pour point de départ le premier happening en Europe organisé par Lebel le 14 juillet 1960 et dans lequel jouait un rôle principal une sculpture de Jean Tinguely, à savoir L’enterrement de la Chose de Tinguely. Sont présentés des documents sur ce happening, quelques Philosophes de Lebel et de Tinguely ainsi que l’œuvre tardive de Lebel, Les Avatars de Vénus.

Le happening

Le happening L’Enterrement de la Chose de Tinguely a eu lieu à la suite de la deuxième exposition Anti-Procès, une série de trois manifestations en opposition à la guerre cruelle que menait la France contre les mouvements indépendantistes en Algérie. Il s’agissait là d’exprimer tout à la fois anticolonialisme, rejet du chauvinisme affiché par exemple par la Biennale de Venise et hostilité envers l’art nationaliste ou patriarcal.
L’Enterrement faisait suite à la mort violente à Los Angeles d’une jeune femme, Nina Thoeren, avec laquelle les organisateurs d’Anti-Procès, Jean-Jacques Lebel et Alain Jouffroy, étaient amis. Thoeren avait auparavant vécu à Venise:
son viol et son assassinat ont profondément choqué de nombreuses personnes impliquées. Le happening était une manifestation commémorative.
Après une cérémonie avec des femmes en lamentation, une lecture de textes et une mise à mort rituelle de la sculpture, la « Chose » de Tinguely fut chargée sur une gondole, suivie de deux autres portant des spectateurs et spectatrises ; et pour finir, la sculpture fut immergée dans le Canale della Giudecca.
Il existe quelques photos de ce happening, un carton d’invitation ainsi que des récits de différent.es participant.es.

Peinture politiquement engagée et performance

Avec ce premier happening en Europe, Lebel a posé les bases de son développement artistique futur, entre peinture politiquement engagée et performance. Son objectif déclaré, entièrement placé sous le signe de l’insurrection, du soulèvement, de la révolte et de la désobéissance, est alors
de faire sauter toutes les frontières sociétales.

                                     Le retour de Bakounine 1  1988
Dans les années 1960, à travers les Festivals de la Libre Expression, Lebel envisage la rupture avec toutes les normes comme le début d’une nouvelle société. Son art et sa pensée ont été marqués par l’étude, sa vie durant, des textes de Bakounine, Nietzsche, Stirner. Ses positions sont marquées du reste par un regard extrêmement critique sur les politiques publiques.

le portrait de Nietzsche par Jean Jacques Lebel

Les Avatars de Vénus

JJ Lebel Les avatars de Venus

Parmi ses oeuvres tardives figure une installation vidéo quatre canaux, Les Avatars de Vénus (2007), dans laquelle Lebel s’interroge, à travers l’image de la femme, sur la mémoire collective et les archétypes, tels qui déterminent l’histoire des arts et des cultures comme un changement continu. C’est le regard de l’artiste sur la représentation de la femme, dans 7 000 illustrations issues de cultures et de contextes les plus variés, qui, ce faisant, devient le sujet de l’installation.

Celle-ci est visible dans l’exposition, aux côtés de documents sur le happening de 1960 et quelques portraits de Lebel de « ses» philosophes, Bakounine, Dostoïevski, Duchamp, Nietzsche, Spinoza, qui font face à deux philosophes de Tinguely, Kropotkine et Bergson.

Tinguely, Kropotkine et Bergson

Informations

Musée Tinguely
Paul Sacher-Anlage 1 l 4002 Bâle

Heures d’ouverture : mardi – dimanche, tous les jours 11h-18h

Sites Internet : www.tinguely.ch

Réseaux sociaux : @museumtinguely 1  #museumtinguely 1  #lachosedetinguely #jeanjacqueslebel

Accès
depuis la gare SBB prendre le tram 2 vers Riehen
descendre à Wettstein Platz prendre le bus 31 ou 38
arrêt Tinguely

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La Collection Morozov. Icônes de l’art moderne 

La Fondation Louis Vuitton annonce une fréquentation record de 1 250 000 visiteurs pour l’exposition LA COLLECTION MOROZOV. ICÔNES DE L’ART MODERNE, du 22 septembre 2021 au 3 avril 2022. Malgré l’impact évident de la situation sanitaire sur la fréquentation, le public s’est déplacé en très grand nombre pour découvrir et admirer, pour la première fois hors de Russie, les 200 chefs-d’œuvre de l’une des plus importantes collections d’art impressionniste et moderne au monde, avec environ 84 % des visiteurs venus de la France entière pour cet événement dont l’écho a été mondial.

                                              Ivan Abramovitch Morozov

Initialement prévue jusqu’au 22 février 2022, l’exposition, en raison de son immense succès populaire, avait été prolongée jusqu’au 3 avril, soit une durée totale de plus de 6 mois.

Après l’exposition de LA COLLECTION CHTCHOUKINE en 2016, l’exposition de la Collection Morozov constituait le second volet du thème ICÔNES DE L’ART MODERNE, organisé par la Fondation Louis Vuitton en partenariat avec le Musée d’État de l’Ermitage (Saint-Pétersbourg), le Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine (Moscou) et la Galerie nationale Trétiakov (Moscou).

Les deux expositions du thème ICÔNES DE L’ART MODERNE, sous le commissariat d’Anne Baldassari, ont été dédiées à deux des plus grands collectionneurs – mécènes pionniers de l’art moderne, et auront donc rassemblé
2 550 000 visiteurs au total.

                                               Portrait de Jeanne Samary
Autre performance remarquable, le catalogue et l’album « La Collection Morozov » publiés par la Fondation Louis Vuitton et édités par la Maison Gallimard ont été vendus à 120 000 exemplaires (60 000 + 60 000).

A propos de l’exposition

Déployée dans l’ensemble des salles du bâtiment de Frank Gehry, l’exposition LA COLLECTION MOROZOV rassemblait un ensemble de chefs-d’œuvre emblématiques de la modernité artistique naissante de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème siècle, issus de la collection des frères Mikhaïl et Ivan Morozov. Dans une muséographie originale, les visiteurs ont pu admirer les œuvres des plus grands artistes français et russes tels que : Manet, Rodin, Monet, Pissarro, Lautrec, Renoir, Sisley, Cézanne, Gauguin, Van Gogh, Bonnard, Denis, Maillol, Matisse, Marquet, Vlaminck, Derain et Picasso aux côtés de Répine, Vroubel, Korovine, Golovine, Sérov, Larionov, Gontcharova, Malévitch, Machkov, Kontchalovski, Outkine, Sarian ou Konenkov.

Point d’orgue du parcours, le « Salon de musique » de l’hôtel particulier moscovite d’Ivan Morozov, constitué d’un ensemble décoratif monumental composé de 7 panneaux commandés par Ivan Morozov en 1907 à Maurice Denis sur le thème de l’Histoire de Psyché (1908-1909), et de 4 sculptures créées par Aristide Maillol, était présenté pour la première et seule fois hors du musée de l’Ermitage.

Le catalogue de l’exposition, coédité par la Fondation Louis Vuitton et les Éditions Gallimard, a permis de réunir des textes et documents inédits témoignant de la singulière histoire de la famille Morozov et d’établir le catalogue général des fonds d’œuvres français de leurs collections.

Retour des oeuvres

Deux tableaux de la collection Morozov, dont celui d’un oligarque russe et un autre appartenant à un musée ukrainien, exposés à la Fondation Vuitton à Paris jusqu’à début avril, vont « rester en France », a annoncé samedi à l’AFP le ministère de la Culture. Le premier tableau « restera en France tant que son propriétaire, un oligarque russe, demeurera visé par une mesure de gel d’avoirs », a indiqué le ministère, sans donner le nom du propriétaire. Le second, un portrait de Margarita Morozova du peintre Serov, appartient au Musée des Beaux-Arts de Dnipropetrovsk en Ukraine et restera « jusqu’à ce que la situation du pays permette son retour en sécurité », à « la demande des autorités ukrainiennes ».

La situation particulière d’une troisième œuvre « détenue par une fondation privée, liée à un autre oligarque qui vient d’être ajouté sur la liste des personnalités visées par des mesures de gel, fait l’objet d’un examen par les services de l’État », a ajouté le ministère. L’oligarque russe visé par le gel de son tableau (un autoportrait de Piotr Kontchalovski) est Petr Aven, proche de Vladimir Poutine, qui figure sur la liste des personnalités russes faisant l’objet de sanctions occidentales, a-t-on précisé de source proche du dossier.

Ce qui est inattendu dans  ce genre d’exposition, contrairement aux musées suisses et allemands, le public visite avec manteaux, sacs à dos, smartphones.
On n’a pas l’impression que c’est contingenté, malgré la crise sanitaire, aussi,
le plaisir et la chance  de voir toutes ces toiles sont un tantinet gâché par le trop plein de public.

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SMITH, artiste interdisciplinaire

Jusqu’au 7 mai 2022 à la Galerie de la Filature de Mulhouse

Les images impalpables de SMITH, photographe et plasticien, ont une qualité obsédante : portraits silencieux à l’identité trouble ou paysages pâles, ils sont d’autant plus forts qu’ils se réclament d’une certaine « fadeur ». Ce premier volet d’une exposition dédiée au jeune artiste, aujourd’hui très plébiscité, revient sur plus de 10 ans de création. 

PREMIER VOLET D’UNE EXPOSITION DE SMITH

« Des corps, des visages, des espaces, des teintes plus que des couleurs, de la poésie bien plus que du constat, de l’évocation et non du récit, des questionnements, beaucoup, et énormément de poésie. On ne peut réduire l’oeuvre de SMITH à ce qui en fait son contenu affirmé autour du genre, de l’identité, de la relation au cosmos car, même s’il se confronte en permanence à ces interrogations fondamentales qui l’amènent logiquement à des collaborations avec des artistes d’autres domaines et à des scientifiques de toutes disciplines, les dépasse par les enjeux esthétiques qu’il met en oeuvre.
Dans cette première étape d’une présentation qui se poursuivra avec Désidération, c’est la photographie et un peu de vidéo qui sont en oeuvre, avant l’installation. Une photographie qui questionne les codes de genres établis – portait, paysage – et les normes de la perception en confrontant une palette fragile et vibrante, presque estompée, aux tonalités affirmées et plus graphiques de ce que l’oeil humain ne perçoit pas mais que la caméra thermique révèle. Révélation, liée à autobiographie, ce sont peut-être là les mots qui conviennent le mieux au travail de SMITH« .
Christian Caujolle, commissaire de l’exposition

SMITH

Né à Paris en 1985, SMITH est diplômé de l’École nationale supérieure de la photographie (Arles) et du Fresnoy (Studio national des arts contemporains).
Photographe, cinéaste, plasticien et doctorant en esthétique, son travail transdisciplinaire s’appréhende comme une observation des constructions, déconstructions, délocalisations et mues de l’identité. À travers l’hybridation des techniques, des médiums, l’utilisation des nouvelles technologies et de nombreuses collaborations avec des scientifiques et philosophes, SMITH développe une poétique de la métamorphose. Explorant les figures transgenres du fantôme, du fantasme et de la transformation posttraumatique, l’artiste donne corps à des processus de subjectivation qui agissent en creux ou en négatif, à même l’effacement, l’altération ou la blessure de l’identité.
Ses travaux ont été présentés sous la forme d’expositions personnelles aux Rencontres de la photographie d’Arles, à la galerie Les
filles du calvaire, au Palais de Tokyo à Paris, au musée de la Photographie d’Helsinki, mais aussi dans de nombreux pays d’Europe
(Suisse, Suède, Autriche, Luxembourg, Allemagne, Espagne, Italie), d’Asie (Chine, Cambodge, Corée du Sud), d’Amérique latine
(Mexique, Chili, Uruguay) ainsi qu’aux USA.

La photographie comme une langue maternelle 

SMITH est tombé dans la marmite de la photographie dès l’enfance:
« Les images les plus anciennes sont issues de la série Löyly , réalisées à la sortie de l’adolescence », dit-il. « Je tenais une sorte de journal photographique, mes parents étaient photographes, l’appareil était un outil familier, presque une langue maternelle pour communiquer avec le reste du monde. Ce sont des photos prises toujours dans les mêmes conditions, des images spontanées, sans réflexion. 
Quand j’étais à court de matériel, j’utilisais leurs vieilles pellicules, qui donnaient parfois un résultat surprenant »
C’est plus tard que SMITH a appris à analyser, à construire sa pensée, quand il a intégré l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles.

Parutions

Sa première monographie, Löyly, paraît aux éditions Filigranes en 2013, suivie de Saturnium aux éditions Actes Sud et d’un livre d’entretiens avec l’historienne de l’art Christine Ollier aux éditions André Frère en 2017. Paraissent ensuite ses livres de photographie : Astroblème (éd. Filigranes, 2018), Valparaiso (si tu pleux) (éd. André Frère, 2019), Désidération (prologue) (éd. Textuel, 2021) et Desiderea Nuncia (éd. Ateliers du Palais, 2021). En 2021, la revue The Eyes publie Transgalactique, qui donne  pour explorer le thème
« Photographie, genre, transition ».

Courts-métrages Spectrographies

Ses courts-métrages Spectrographies (2014), TRAUM (2015) et Les apocalyptiques (2020) ont été diffusés au cours de festivals
et en salles en Europe et aux USA. Ses performances artistiques et chorégraphiques ont été présentées au Centre Georges-Pompidou, au théâtre de la Cité internationale avec le soutien de la Fondation Hermès – New Settings, au Centre national de la danse (Pantin), au musée de la Danse (Rennes) et au Centre chorégraphique national de Montpellier, sous la direction de Christian
Rizzo.

La cellule Cosmiel

« La désidération, c’est se sentir orphelin des étoiles » SMITH

SMITH fonde en 2018 la cellule Cosmiel avec l’écrivain Lucien Raphmaj et l’astrophysicien Jean-Philippe Uzan. En collaboration avec les architectes du studio DIPLOMATES, des musiciens et des performeurs, ils développent le projet Désidération qui explore la porosité des pratiques artistiques, scientifiques, de la philosophie et des narrations spéculatives, et propose une
autre mythologie du spatial, à travers la pensée d’une humanité interstellaire en quête de nouvelles alliances avec son cosmosoriginaire.
Exposé pour la première fois à la galerie Les filles du calvaire en 2019, puis aux Rencontres de la Photographie d’Arles en 2021, le projet Désidération fera l’objet d’un deuxième volet de l’exposition de SMITH à La Filature du 24 mai au 24 juillet 2022.

En 2012, avec son projet Cellulairement, l’implant d’une puce sous-cutanée RFID dans le bras permet à l’artiste de ressentir, grâce à une caméra thermique infrarouge, les ondes de chaleur de traces de corps absents: Smith appelle ces images spectrales des « thermogrammes».

SMITH, ARTISTE COMPLICE DE LA FILATURE, SCÈNE NATIONALE DE MULHOUSE
Depuis 2020, La Filature, Scène nationale accompagne l’artiste SMITH dans sa recherche et sa création.

SÉRIES EXPOSÉES

Spree, 2008
Löyly, 2009
Sub Limis, 2010
C19H28O2 (Agnès), 2011
Hear us marching up slowly, 2012
Spectrographies, 2012
Traum, 2016
Saturnium, 2017
♄ (suite saturnienne), 2018
Valparaiso, 2017

Informations

Exposition en entrée libre jusqu’ au 7 mai 2022
VISITES GUIDÉES sur rendez-vous
edwige.springer@lafilature.org ou 03 89 36 28 34
LA FILATURE, SCÈNE NATIONALE DE MULHOUSE
20 allée Nathan Katz 68100 Mulhouse · 03 89 36 28 28 · www.lafilature.org

À VENIR

Résidence de recherche-création pour le développement du projet Désidération, du 4 au 8 avril 2022
Accueil d’un nouveau volet de l’exposition Désidération, du 24 mai au 24 juillet 2022 en partenariat avec la Biennale de la Photographie de Mulhouse
Production et accueil d’une exposition sur le thème « genre, transition » sur une proposition de SMITH et Nadège Piton au printemps 2023
Production et accueil d’une forme performative de Désidération au printemps 2023

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Signé Whistler

La Frick Collection, ouverte au public en 1935 dans la « mansion » new-yorkaise du magnat de l’industrie et grand collectionneur Henry Clay Frick (1849-1919), est l’un des plus importants musées d’art européen des États-Unis. À la faveur de la fermeture de l’institution pour travaux et de la présentation temporaire des collections au « Frick Madison » entre 2021 et 2023, un important ensemble d’œuvres du peintre américain James Abbott McNeill Whistler (1834-1903) quitte New York pour la première fois depuis plus d’un siècle pour être présenté au musée d’Orsay jusqu’au 8 mai 2022.

Cette présentation exceptionnelle rassemble 22 œuvres dont 4 peintures, 3 pastels et 12 eaux-fortes de la Frick Collection ainsi que 3 peintures des collections du musée d’Orsay.

Entré de son vivant dans les collections du musée du Luxembourg, peintre américain exigeant d’être retenu dans la section française, ce grand artiste dont le Musée d’Orsay conserve l’un des chefs-d’œuvre, le portrait de sa mère, a tenté de définir une beauté qu’on appelle le « whistlerisme« .
Un artiste, cité par Baudelaire, ami très intime de Mallarmé, de Huysmans et pour un temps d’Oscar Wilde deviendra l’incarnation d’un des personnages majeurs de Marcel Proust, le peintre Elstir.
                      Whistler Portrait of Mrs. Frances Leyland,

Pour les uns, il fut un imposteur qui jetait un pot de peinture à la tête du public, pour d’autres, un artiste déterminant qui proposait une esthétique radicalement nouvelle.

Ses portraits ou ses paysages ont des titres peu descriptifs de leurs sujets mais beaucoup de leurs apparences Arrangement en gris et noir ; Nocturne en en bleu et or ; Variation en violet ou Symphonie en blanc.

James McNeill Whistler mal connu aujourd’hui du grand public en France est un des artistes les plus en vue et les plus débattus à Londres, New York et Paris à la fin du XIXe siècle.

Apparu à la fin des années 1850 dans le sillage du réalisme de Courbet, il s’écarte rapidement de cette veine pour rechercher une peinture libre de toute anecdote, de tout autre propos que celui de son esthétique. Cet engagement vers art pour l’art, le conduit à défendre contre le grand critique anglais de l’époque, John Ruskin, la liberté absolue de l’artiste.

Présentation exceptionnelle en salle 9

Avec les États-Unis et le Royaume-Uni, la France est une des trois patries du peintre. Né en 1834 dans le Massachussetts, Whistler fait son apprentissage et ses débuts à Paris entre 1855 et 1859. Après son installation à Londres, l’artiste garde un lien privilégié avec la scène artistique parisienne, exposant aux côtés des refusés en 1863 et devenant dans les années 1890 l’un des « phares » de la nouvelle génération symboliste. En 1891, l’État français achète son chef-d’œuvre : Arrangement en gris et noir : portrait de la mère de l’artiste. À la même date, Henry Clay Frick bâtit sa collection, et au début des années 1910, l’ouvre à l’art de la fin du XIXe siècle. Il achète dix-huit œuvres de Whistler – peintures et arts graphiques – faisant ainsi de cet artiste l‘un des mieux représentés de sa collection. Aujourd’hui, les grands portraits en pieds de Whistler comptent parmi les œuvres les plus admirées des visiteurs au côté des remarquables peintures d’Holbein, Rembrandt, Van Dyck ou Gainsborough de la collection.

Arrangement en gris et noir : portrait de la mère de l’artiste

Au Musée d’Orsay sont présentés l’étonnant paysage L’Océan, peint par Whistler lors d’un voyage au Chili, trois pastels et douze estampes à sujets vénitiens, et trois grands portraits représentatifs de ses célèbres
« symphonies en blanc »

Whistler, Symphony in Grey and Green
et
« arrangements en noir » : le portrait de Mrs Frederick Leyland (chef-d’œuvre de l’Aesthetic Movement) , le portrait de Rosa Corder, et enfin celui de l’extravagant esthète Robert de Montesquiou-Fezensac. Ce dernier, l’un des ultimes tableaux peints par Whistler, est probablement l’œuvre la plus moderne de la collection de Frick. Alors que l’année 2022 sera placée sous le signe de Marcel Proust, dont nous célébrerons le centenaire de la mort, cette effigie nous rappellera aussi l’influence de Montesquiou et de Whistler dans l’élaboration de La Recherche et la création des personnages du baron de Charlus et du peintre Elstir.

Pratique

Lundi Fermé
Mar. Mer. 9h30 – 18h00
Jeudi 9h30 – 21h45
Ven. Sam. Dim.9h30 – 18h00
Localisation
Musée d’Orsay
Adresse
Esplanade Valéry Giscard d’Estaing 75007 Paris

Depuis les champs Elysées bus 73

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Charles Ray
Sculpture-fiction

Horse and Rider (2014).

Jusqu’au 20 juin 2022

Commissariat :
Jean-Pierre Criqui, conservateur, service de la collection contemporaine, Musée national d’art moderne
Assistée d’Annalisa Rimmaudo, attachée de conservation au service
des collections contemporaines, Musée national d’art moderne

Pour la première fois en France, le Centre Pompidou et la Bourse de Commerce — Pinault Collection proposent une monographie consacrée à
Charles Ray, figure majeure de la sculpture américaine contemporaine
(né à Chicago en 1953, vivant et travaillant à Los Angeles).
Imaginée en dialogue avec l’artiste, l’exposition du Centre Pompidou,
propose, à travers un ensemble d’œuvres représentatif de ses cheminements, une promenade, un paysage à habiter autant par le corps que par l’esprit.

« L’espace est le médium principal du sculpteur et les sculptures sont elles-mêmes faites d’espace. Elles font, en quelque sorte, partie de la mosaïque spatio-temporelle. Ce sont des événements dans l’espace, faits d’espace. » Charles Ray

Artiste essentiel de l’art de notre temps, le sculpteur américain Charles Ray  fait l’actualité culturelle : en dialogue avec Charles Ray, la Bourse de Commerce — Pinault Collection lui consacre aussi une importante exposition. Cette carte blanche à l’artiste, inédite en France et en Europe par son ampleur, est partagée avec le Centre Pompidou : deux expositions présentées dans les deux musées, voisins l’un de l’autre. Le corpus de l’œuvre de Charles Ray étant composé d’une centaine de sculptures et de bas-reliefs, c’est plus d’un tiers de son œuvre sculptée qui se trouve présenté à Paris pour la première fois, avec près d’une vingtaine d’œuvres à la Bourse de Commerce — Pinault Collection comme au  au centre Pompidou

Les mannequins The Big Lady ou Fall 91

Entre formalisme et réflexion sur la représentation et sur l’individu, Charles Ray joue avec la notion d’échelle, le recours au réalisme comme à la stylisation. Ici une attention soudaine au détail, ailleurs une veine qui s’efface, un regard absent, une expression suspendue… Faits sculptures, les êtres et les objets quotidiens pris pour modèles déjouent sobrement nos repères, par ces imperceptibles décalages et transpositions, par un recours à ce que l’œil pourrait, au premier regard, retenir comme une obsession hyperréaliste, virtuose presque, mais dont les détails, les particularismes, se dérobent.

Sans attribut, contexte, ni narration, les œuvres de Charles Ray parviennent, par leur présence, leur masse, leur monumentalité, à s’ériger en figure universelle, jusqu’à l’abstraction.

L’artiste s’amuse à « nous y faire regarder à deux fois ». Plus encore : tant par leur «étrange familiarité », leur ambiguïté, que par leur indicible précision aux allures de prouesse, les œuvres de Charles Ray déstabilisent, comme sous l’effet d’une hallucination, parvenant presque à ébranler l’espace autour d’elles, la réalité même, faisant entrer silencieusement le regardeur dans une forme de fiction.

Boy with frog 

M. Pinault m’avait demandé de faire une sculpture pour la Punta de la Dogana quelques années avant l’ouverture du musée. À l’époque, j’allais me faire opérer à cœur ouvert pour remplacer une partie de mon cœur. Sa demande m’a instantanément fait visualiser cette sculpture. Je crois que c’est à cause du rôle de la grenouille en Amérique : elle est utilisée en cours de sciences à l’école primaire, pour les premières dissections. Les enfants l’ouvrent pour regarder à l’intérieur. En un sens, cette sculpture renvoie à mon cœur ou à mes entrailles. 

Le corpus de Charles Ray, s’il est restreint en quantité (une centaine d’objets à ce jour) est extrêmement riche. Son travail interroge le spectateur : qu’est-ce qu’une sculpture ? Les réponses de l’artiste sont multiples. Grâce à une profonde connaissance de l’histoire de l’art sculptural, des sculptures archaïques grecques jusqu’aux réalisations de ses contemporains, le travail de Charles Ray se distingue par son immédiateté. 

Huck and Jim

Charles Ray, “Huck and Jim“ (2014) d’après Mark Twain’s The Adventures of Huckleberry Finn. © Charles Ray. Courtesy Matthew Marks Gallery. Photograph by Josh White
Paru en 1884, le livre dont l’action se situe une 40e d’années auparavant, raconte les péripéties de deux fugitifs qui descendent ensemble le Mississipi : Huck un adolescent blanc fuyant un père tyrannique, et Jim, un homme noir tentant d’échaper à sa condition d’esclave. Dans sa sculpture Ray imagine Huck
courbé dans l’eau du fleuve en train de ramasser des oeufs de grenouille. Jim étend sa main au-dessus de lui en un geste protecteur.

“La” nouvelle œuvre de l’artiste a été placée au Centre Pompidou :

Elle a été réalisée, de manière particulièrement non conventionnelle, en papier blanc, et représente une femme nue allongée. Portrait of the Artist’s Mother (2021) est assurément une forme inédite : en sus de la qualité singulière que lui confère le papier blanc devenu volume, un motif floral coloré est peint à la gouache sur sa surface. La couleur, imbibant le papier, semble entrer dans ses profondeurs. Le motif, plaqué sur la forme, en complique la lecture, comme deux récits qui seraient superposés et entreraient en conflit pour devenir cette sculpture… prouvant bien qu’on peut encore inventer des formes dans une discipline qu’on décrit souvent comme ne permettant plus aucune invention.

Elle semble également bien légère, cette œuvre de papier, qui s’oppose aux sculptures en acier de plusieurs tonnes. Ray s’en amuse et conclut ainsi le texte qu’il a rédigé pour l’impeccable catalogue qui accompagne la rétrospective parisienne : “Merci d’avoir visité mon exposition à la Bourse de commerce et au Centre Pompidou. Le poids total des deux expositions s’élève à vingt-six tonnes. Trop lourd pour échapper à l’attraction terrestre. Mais ce que je partage avec vous et avec les sculptures, c’est une réalité physique qui intègre un processus mental.”

Vu ci-dessous au Kunstmuseum Basel et Museum für Gegenwartskunst 

Pratique

Bourse Pinault
métro arrêt Louvre Rivoli
Du lundi au dimanche de 11h à 19h
Fermeture le mardi et le 1er mai.
Nocturne le vendredi jusqu’à 21h
Le premier samedi du mois, nocturne gratuite de 17h à 21h.

Pompidou arrêt Hôtel de Ville

11h – 21h, tous les lundis, mercredis, vendredis, samedis, dimanches
11h – 23h, tous les jeudis

Réservation fortement recommandée

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