Nos Iles, Fondation Schneider

Oeuvre de Brankica Zilovi

A la Fondation Schneider jusqu’au 18 septembre 2022

Au commencement était le vent … puis le naufrage … puis le sable… puis la jungle…puis la solitude…
et peut-être le paradis.

Commissaire : Marie Terrieux directrice du Centre d’art contemporain de la Fondation François Schneider de Wattwiller.
Sa narration rythmée d’extraits littéraires évoque l’insularité en jetant l’ancre sur des territoires troublants ou saisissants.
Conception du dossier : Morane Remaud avec l’aide de Lucie Strohm

Les artistes exposés

Hoda Afshar • Cécile Beau • Benoit Billotte • Stéphane Clor • Olivier Crouzel • Pauline Delwaulle . Gilles Desplanques • Pierre Fraenkel • Charles Fréger • François Génot • Axel Gouala • Sébastien Gouju . Rodney Graham • Yohanne Lamoulère • Philippe Lepeut • Aurélien Mauplot • Abraham Poincheval
Eleonore Saintagnan • Stéphane Thidet • Brankica Zilovic

L’exposition

Très riche, elle aborde aussi bien des questions géographiques (flux migratoires), historiques (colonialisme), qu’utopiques et artistiques et vous permet d’explorer diverses thématiques. L’écriture et la littérature sont aussi à l’honneur avec une scénographie ponctuée de textes et citations allant de Marivaux à Michaël Ferrier en passant par Jules Verne et Saint-John Perse. Cela peut être l’occasion pour vous, selon vos programmes scolaires, de faire découvrir à vos élèves des textes issus de la littérature classique et contemporaine liés aux îles.

Dans un espace clos et sombre, un son grandissant, une houle répétitive, enveloppante nous happe et nous embarque sur de nouveaux rivages. Apparait alors dans l’oeuvre voisine un curieux corsaire qui nous invite à explorer un territoire où se côtoient une drôle de cabane de pluie, des masques et autres objets. Il nous perd dans une jungle de cuir ou de plastique ponctuée de douces vahinés aux déhanchés hypnotiques. L’itinérance se poursuit sur des îles plus hostiles. S’y croisent des prisonniers au large des côtes australiennes, un individu loufoque échoué sur une île de béton, des jeunes femmes isolées en Bretagne ou une famille confinée sur un bras du Rhône. Des cartographies encrées, tissées, brillantes, bleutées nous entraînent vers des songes lointains quand un nuage de coquillages sonore ouvre vers de joyeux horizons.
Composée comme un voyage et née au printemps 2020, lors d’une expérience globale d’enfermement, où l’isolement et la solitude furent prégnants, Nos îles est aussi la suite de L’Atlas des Nuages*, l’exploration des multi-composantes de l’eau formant des paysages visuels, naturels, imaginaires qui habitent tout un chacun.
Morceau de terre entouré par les eaux, îles aux trésors oubliées, abandonnées, mystérieuses, fantasmées, le sujet a un potentiel narratif inépuisable et se déploie aussi bien dans la littérature que dans les arts visuels. Pour rejoindre Ithaque, Ulysse parcourt différents archipels pendant de longues années, Robinson Crusoé fonde un des mythes majeurs de l’explorateur et d’une certaine vision de l’ailleurs, Marivaux plante son décor en paysage insulaire pour une utopie sociale.
Entre tragédie et burlesque, documentaire et fiction, 20 artistes sont conviés pour ce voyage en pays ilien.
Nos îles est une vision subjective de l’insularité et ses métaphores variées ; les artistes eux-mêmes ne sont ici pas ou peu insulaires mais nous livrent leurs différentes visions du naufrage, de la robinsonnade, de l’exotisme, de l’enfermement et des utopies.
*L’Atlas des Nuages, exposition de 25 artistes en 2018 à la Fondation François Schneider.

Thèmes & pistes de réflexion

L’exposition Nos îles propose un voyage insulaire dont découlent de nombreuses thématiques liées au voyage, à la robinsonnade, à l’exotisme mais aussi la solitude, l’exil, l’ouverture sur le monde grâce à la cartographie. Le visiteur est plongé dans un univers onirique qui s’inscrit toutefois dans la réalité en abordant des thèmes et enjeux sociaux et contemporains. Imaginée pendant la difficile expérience de confinement et de renfermement sur soi dûs
à la crise sanitaire mondiale, l’exposition illustre la rêverie, l’ouverture vers l’ailleurs mêlées à l’isolement mais aussi et surtout à l’eau par les multiples manières de représentations de ces grandes thématiques. Conçue comme une histoire avec une narration qui évolue au fil du parcours, l’exposition tisse de multiples liens avec la littérature. Tout le parcours est ponctué de citations d’auteurs classiques ou contemporains qui guident le visiteur au fur et à mesure de sa déambulation : comme si ce dernier ouvrait un roman afin de se plonger dans une histoire bien particulière.

ACTE 1 – La tempête & le naufrage

Le parcours débute par un naufrage… qui fait échouer le visiteur sur l’île et lui ouvre la voie vers la suite de son aventure. Plongé dans une salle obscure éclairée par une lumière succincte, le voyage débute avec une installation immersive dont jaillit le puissant bruit du vent. Pris dans la tempête, on pourrait imaginer être dans la cale d’un bateau, bercé, ou emporté par ces sons, par la mer en colère, on ne sait pas où l’on va atterrir…
Philippe Lepeut, C’est du vent, 2015, Installation sonore, 5 haut-parleurs, banc, ampoule électrique


C’est du vent est une installation sonore qui plonge le visiteur dans une pénombre et invite au recueillement. Dans une salle aveugle, des haut-parleurs diffusent le bruit léger, répétitif et enveloppant du vent. Ce son familier, pourtant capté à des milliers de kilomètres d’ici, devient fond sonore qui ne tarde pas à encercler le visiteur. Oeuvre mystérieuse et intime, C’est du vent peut s’entendre comme la révélation d’un secret à demi-mots et à mi-voix.

ACTE 2 – L’arrivée sur l’île : La robinsonnade

a. Vexation Island (L’île de la contrariété), Rodney Graham

Après cette tempête, tel un pirate, le visiteur échoue sur une île paradisiaque de sable blanc avec des cocotiers et une eau transparente. À son réveil difficile après ce naufrage, il tente de s’emparer d’une noix de coco pour assouvir sa soif mais celle-ci lui tombe sur la tête. Assommé par le choc, il retombe aussitôt dans un état d’inconscience…
Rodney Graham,Vexation Island, 1997, boucle vidéo de 9 min.
Revisitant le mythe de Robinson Crusoé, le film nous fait assister au réveil difficile du naufragé sur une île déserte. Filmée en boucle, l’oeuvre évoque l’idée du cycle perpétuel, il y est aussi question d’autodérision. L’artiste dépeint un corsaire un peu idiot, symbolise à la fois une génération d’aventuriers anciens mais aussi le fantasme du tourisme balnéaire, comme un spot publicitaire tropical… L’humour et l’absurde ainsi qu’une certaine théâtralité habitent son oeuvre. Tournée aux îles vierges et jouant lui-même le rôle de ce pirate en perdition, Rodney Graham met en exergue la contradiction dans laquelle il se trouve, sauvé sur une île, dont il ne peut s’échapper… Avec Vexation Island, Rodney Graham aborde une étape supplémentaire avec le film dans son travail, jusque-là plus photographique et textuel, introduit la couleur et le costume ses films et érige une recherche entre fiction et réalité et mise en abîme.

b. Le refuge, Stéphane Thidet

« Hélas ! Voici l’orage encore ! Ce que j’ai de mieux à faire est de me glisser sous son caban, il n’y a pas d’autres abris aux environs. Le malheur vous donne de bizarres compagnons de lit. Je vais m’abriter là jusqu’à ce que la tempête ait jeté sa lie. »
William Shakespeare, La tempête, Acte II, scène 2, vers 1610

Une cabane en bois, meublée succinctement. Un abri dans lequel il pleut sans cesse… à l’intérieur. Ainsi le mot refuge perd tout son sens. Question de temps ou de contre-temps, de point de vue, de dépérissement, d’inquiétude. Le monde de Stéphane Thidet, souvent lié à l’enfance ou au divertissement, place le spectateur dans un état de gène et d’incertitude. C’est un refuge qui se refuse à nous puisque la seule solution pour y entrer serait d’accepter d’être entièrement trempé, de s’installer au sein de ce déluge pour en profiter. Le refuge se trouve alors entièrement détourné de sa fonction première, celle d’abriter, en oscillant entre hostilité et fascination parce que l’on a très envie d’y entrer, malgré son caractère peu accueillant. L’oeuvre joue sur les sensations, le bruit de la pluie diluvienne qui s’écoule, l’humidité fraîche sur notre peau au fur et à mesure que l’on s’approche de l’entrée, des fenêtres. Une forme de réalité très proche s’entremêle à une métaphore quasi surréaliste de la
« maison qui pleure » parce que nous avons tous cette volonté d’être abrité, par la maison de famille, par un cocon que l’on aimerait avoir ou que l’on arrive à avoir, que l’on perd mais que l’on rêve de retrouver, que l’on pleure de chagrin.

ACTE 3 – SOS Bouteille à la mer

Le premier réflexe d’un naufragé sur une île serait d’appeler au secours, de chercher de l’aide. Mais que faire quand nous nous trouvons livrés à nous même, abandonnés, coupés de tout contact humain et du monde extérieur ?
Une bouteille lancée à la mer…
Abraham Poincheval, Bouteille, 2016, sérigraphie, gouache, feutre et aquarelle sur papier, 89 × 113 cm

ACTE 4 – À la découverte de l’île

L’exploration de l’île permet au visiteur de découvrir de nombreux objets particuliers, incongrus, que l’on ne trouverait pas dans notre quotidien plus urbain. Elle soulève aussi certains questionnements quant aux populations auxquelles il se trouve ici confronté.

a. Des objets étranges en lien avec l’artisanat

 Pierre Fraenkel, Monstrum : des coiffes inquiétantes et fascinantes
. Pierre Fraenkel, Monstrum, 2020, fils coton DMC, bois d’animaux.
Trophée de fil rouge, coiffe chamanique, déguisement d’un autre temps, curiosité d’une île lointaine ?
Lesdéroulent des histoires étranges et effrayantes et provoquent en nous un possible malaise, une exploration de nos pulsions intimes, animales, aux confins du morbide. Pierre Fraenkel réinvente une civilisation habitée par l’étrangeté. On aurait envie d’animer ces parures fascinantes dans des cérémonies rituelles, celles-ci se faisant aussi l’écho du monstre de la grande machine industrielle d’antan, ayant englouti une part de nos sociétés. Sous ces chevelures, échouées sur une plage abandonnée, on peut s’y cacher, s’y réfugier et épuiser les possibilités de la transformation.

. Sébastien Gouju et ses palmiers revisités
Sébastien Gouju, Fougère, 2019, Cuir, bois peint et acier, environ 102 × 157
Palmier, 2019, Cuir, bois peint et acier, environ 230 × 340

Les arbres noirs de   nous font pénétrer dans un monde sombre, ténébreux. Avec un feuillage de cuir et de peau, qui n’est pas totalement innocent, un décalage se créé dans la représentation classique du palmier romantique au soleil couchant. Ce n’est pas non plus la jolie plante d’intérieur, mais peut-être plus l’évocation d’un jardin secret. Invité en résidence dans un atelier de ganterie par la Fondation Hermès l’artiste a développé cette série d’arbres qui s’inscrit dans sa réflexion autour du monde animal et végétal développée depuis une quinzaine d’années. La sensualité du cuir, la texture et la dentelle délicate de fines lamelles en font des arbres aux allures fantastiques pour une petite forêt à l’exotisme nouveau.

b. Des objets étranges en lien avec des questionnements contemporains

• Axel Gouala et ses joyeuses sculptures
« J’ai toujours senti deux moteurs dans le travail. L’un est l’amour du dessin, l’envie de matérialiser des images, considérant aussi la sculpture comme du dessin. L’autre étant l’envie de m’amuser. Un terrain de jeu où partager avec les amis et le spectateur des stupidités qui me passent dans la tête. Dans mes pièces récentes, je porte un regard ironique sur mon propre romantisme et mon rapport à la marche ou au paysage, ce qui oppose des pièces très littérales à des pièces second degré. »

• Un paradis bleu ?
Charles Fréger, Blue Heaven, 2013. Installation de 6 boucles vidéos.


Charles Fréger
explore les ailleurs proches ou lointains notamment à travers les coutumes et les costumes. Avec Blue Heaven, le paradis est revisité, il est ici au féminin, avec 6 vahinés, figures typiques de l’imaginaire occidental de l’exotisme. Pour la réalisation de ses vidéos, l’artiste fait le choix de ne pas se rendre sur les terres originelles des vahinés, il rend visite à ces danseuses polynésiennes établies sur le continent, à Toulon. Il les filme, une à une, et ralentit leurs mouvements. Les vahinés font front, colliers de fleurs et air rieur, leur épaisseur mystérieuse intacte. La danse hypnotique des vahinés évoque le chant des sirènes qui appelle le marin à sans cesse reprendre la mer. Et dit tout autant le désir tenace du photographe de poursuivre sa quête, vers l’autre.

ACTE 5 – Le sentiment de solitude, d’isolement, d’enfermement

Après de longues heures de marche rythmées par de multiples découvertes sur cette île, apparaît le sentiment de solitude chez le visiteur. Seul, abandonné, ses proches lui manque, il a le goût d’ailleurs et se sent alors prisonnier de cette île aux aspects paradisiaques qui finissent par le hanter…
a. L’isolement
Le mot isolement vient du latin «insula» qui désigne l’île. L’exposition Nos îles a été pensée durant la difficile épreuve de confinement connue ces deux dernières années suite à la pandémie mondiale. L’isolement, l’enfermement et le repli sur soi sont alors devenus communs à nous tous, qui avons connu ce sentiment de solitude, comme enfermés, chacun sur notre île. Car l’île présente une dualité permanente entre enfermement et ouverture sur le monde, deux visions paradoxales, entre paradis et solitude…
« Nul homme n’est une île, complète en elle-même ; chaque homme est un morceau de continent, une part de l’océan… ». John Donne
Notion musicale Le mash-up7Le son a une importance toute particulière pour Thomas Teurlai dans cette oeuvre, il donne ainsi oeuvre le titre Mash-up qui est un style musical.C’est une technique et style consistant à mélanger deux, voire plusieurs titres en une seule piste sonore à partir de compositions préexistantes.Ce terme anglais, qui vient du verbe « to mash », n’a pas réellement d’équivalent français. Il signifie « réduire en purée » et, par extension, mélanger ou mixer. Le mash-up, c’est l’art d’associer différentes choses ; cela s’applique aux domaines de la musique ou l’informatique, par exemple. Cabine de douche, stroboscope, platine vinyle, 200 x 120 x 80 cm.

Yohanne Lamoulère, L’île, 2020, photographies, 5 x (60×60), 13 x (40×40),
13 x (30×30) cm

Yohanne Lamoulère met en photographie deux mois de confinement sur u
n bras du Rhône entre avril et mai 2020. C’est l’expérience de la vie sauvage, telle une Robinson Crusoé des temps modernes. Douce – amère, sa série L’île dépeint l’innocence des jeux, l’ambiguïté du déguisement, adossées à la spontanéité du bocage et de la mangrove.

b. La solitude en béton
Gilles Desplanques, Île de béton, 2016, vidéo, 9 min. 20


 Un homme égaré sous un échangeur autoroutier, noeud urbain des métropoles du XXème siècle, dans un paysage de glace et de béton … Ainsi est posé le décor de la performance vidéo de Gilles Desplanques au cadrage minutieux. Son héros s’agite de manière peu cohérente en petite tenue orange, il est sur le point de basculer… dans quel monde ? Inspiré par la nouvelle éponyme de J-G. Ballard où un architecte plonge dans un trou lors d’un accident automobile, ici notre Robinson des temps modernes descend aux enfers mais doit s’adapter, comme tout un chacun dans une humanité loufoque, grave et aux rebondissements nombreux.

c. L’île prison

Hoda Asfhar, Remain, 2018, installation vidéo à deux canaux.

Remain n’a pas été filmé au paradis mais sur Manus Island, île prison, au nord de la Papouasie-Nouvelle- Guinée. Sur cette île de sable blanc, d’eau azur et à la jungle luxuriante, des centaines de demandeurs d’asile sont isolés et parqués par le gouvernement australien… L’artiste y recueille les témoignages terribles, où chacun raconte la violence et le désespoir qu’il a connu, dans cet enfer tropical.

d. L’île en perdition

Olivier Crouzel, Yali, 2021, installation vidéo, sable de pierre ponce de l’île, 400 × 250 cm
L’eau fait partie des sujets récurrents explorés par Olivier Crouzel avec ses grandes installations vidéos questionnant l’érosion du littoral, la représentation des bords de mer, le niveau de la mer qui monte…
Yali s’inscrit dans le projet « White Beach » démarré l’été 2017 en Grèce. Sur l’île volcanique de Nisyros, l’artiste y débusque un hôtel abandonné depuis 2010. Il filmera entre autre ses 43 vues sur la mer et repère en face une île blanche qui se détache, c’est l’île de Yali.

ACTE 6
L’ouverture au monde et la cartographie

Pour échapper à cette île, il faut étudier la cartographie. Les îles ne sont jamais seules au monde et structurent de vastes réseaux. Les artistes contemporains s’y intéressent en explorant divers matériaux.
Le visiteur est ici amené à découvrir les nombreuses formes que peuvent prendre la cartographie sur des supports traditionnels ou innovants.

a. Cartographie numérique
Pauline Delwaulle, Haïkus cartographiques, 2019, 11 boucles vidéos
Pauline Delwaulle a grandi à Dunkerque, où l’on va voir la mer, la regarder vraiment, la contempler. À proximité se trouve Calais, pour un autre type de rapport à l’eau, de départ ou d’arrivée. La relation de l’artiste avec la mer est double, à la fois poétique et politique. La carte et l’île traversent toute son oeuvre.
Les multiplicités plastiques qu’offre l’île, ses variétés toponymiques et les vastes réflexions concernant les frontières, les limites territoriales que l’homme inscrit pour ordonner le monde, permettent à Pauline
Delwaulle de composer depuis 10 ans un archipel d’images, de films, de cartes numériques, de traces où elle renverse et brouille les paysages.

b. Cartographie sur de nouveaux matériaux
Benoît Billotte, Insulae, 2015, 4 sérigraphies sur couverture de survie160 × 210 cm chacune.

Sur de grandes surfaces dorées, des silhouettes noires se détachent, ce sont des îles qui flottent sur des couvertures de survie.

c. Cartographie à l’encre
Aurélien Mauplot, Les Possessions, 2014, impressions numériques sur pages de livres, dimensions variables
Le tour du monde en quatre-vingts jours est un récit qui correspond au monde du XIXème siècle : Jules Verne y rêvait une possession complète, une connaissance absolue, un voyage au rythme

Histoire – L’île de la Rose
Les îles naissent, disparaissent, sont exploitées, cartographiées, baptisées,
colonisées. Aurélien Mauplot, avec son oeuvre tend à créer des îles utopiques,
imaginaires, en tissant des liens entre poésie, politique et cartographie. Le principe utopique d’îles de liberté n’est pas nouveau dans l’histoire, l’histoire de l’art ou encore le cinéma. Dans les années 60-70, ce modèle utopique donne naissance à quelques micro-nations insulaires. Des îles sont créées de toutes pièces, comme c’est ici le cas dans le travail de l’artiste Aurélien Mauplot. L’année 1968 vit l’apparition, au large de Rimini mais hors des eaux territoriales italiennes, de l’Insulo de la Rozoj (L’île de la Rose), plateforme d’environ 400 m2 construite par l’ingénieur Giorgio Rosa.

Il fut le président de cet état indépendant du 1er mai 1968 au 26
février 1969. En plus d’une monnaie, d’un drapeau, d’un timbre postal et d’un
hymne, la république de l’île des Roses adopte une langue destinée à symboliser sa vocation internationaliste : l’esperanto. C’est d’ailleurs dans cette langue que
fut rédigé l’acte de constitution du territoire libre de l’île de la Rose. Les autorités italiennes décident finalement de sa destruction en 1969.
Le film «L’incroyable histoire de l’Île de la Rose» réalisé en 2020 par Sydney Sibilia retrace cette histoire vraie maîtrisé.

S’emparant de ce roman, Aurélien Mauplot imprime sur chaque page du livre,
de façon arbitraire, la carte d’une île ou d’un état reconnu par l’ONU.                                  

ACTE 7 : L’ailleurs, le paradis

Stéphane Clor, Sans titre (partie de l’installation Imaginary Soundscape), 2016, coquillages suspendus et ventilateur, dimensions variables.

Nuage de coquillages tintinnabulant, écho de nacre et de calcaire, corps sonore flottant et envoutant, Imaginary Soundscape, vient à la fois clore et ouvrir cette promenade insulaire en nous emmenant sur d’autres rives, d’autres îles et de nouvelles contrées célestes.

Philippe Lepeut, On air, 2015, pierre de galène, coquillage non identifié, support et équerres en laiton, verre et système de diffusion sonore intégré, 120 × 120 × 30 cm
Robinson, l’écoute, le son, la langue…la tempête, les paysages multiples sont certains sujets qui habitent Philippe Lepeut, depuis plusieurs années. Bercé par Le Robinson Suisse, roman du pasteur suisse alémanique Johann David Wyss (1812), il consacrera d’ailleurs 10 ans de son oeuvre au sujet avec notamment « Le Projet Robinson », film mettant en scène trois personnages s’exprimant en langue des signes. La question de l’isolement et du pouvoir du langage oral s’y trame. Philippe Lepeut est un artiste multifacette, qui peut donner le sentiment de faire le grand écart, et nous porter d’un univers à un autre, tour à tour cartomancien, constructeur de cabanes, sculpteur de buis ou enregistreur de vent. Il apparaît que la nature et l’instable position de l’homme en son centre relient ses dessins, performances, installations visuelles ou sonores. Il est souvent question de son dans son oeuvre, nous poussant à écouter pour mieux voir. Avec On Air, seconde pièce sonore de l’artiste exposée, une chimère est créée, telle les étrangetés des cabinets de curiosités d’antan. En plongeant son oreille dans ce coquillage de fiction, ce sont les ondes d’un autre monde qui nous arrivent, une île où l’on tente d’échapper au libéralisme qui consomme et consume tout un chacun, artistes y compris.

Juliette Armanet, L’amour en solitaire, 2017.
« Après de longues heures de marche rythmées par de multiples découvertes sur cette île, apparaît le sentiment de solitude chez le visiteur. Seul, abandonné, ses proches lui manque, il a le goût d’ailleurs et se sent alors prisonnier de cette île aux aspects paradisiaques qui finissent par le hanter..« 

Informations pratiques

Fondation François Schneider
27 rue de la Première Armée – 68700 Wattwiller
Ouvert du mercredi au dimanche de 11h à 18h
  fondationfrancoisschneider.org

   Send article as PDF   

La Couleur en fugue

Sam Gilliam – Katharina Grosse – Steven Parrino – Megan Rooney – Niele Toroni

Fondation Louis Vuitton jusqu’au 29 AOÛT 2022

Commissaire générale
Suzanne Pagé, Directrice artistique de la Fondation Louis Vuitton, Paris
Commissaires
Ludovic Delalande, Nathalie Ogé et Claire Staebler avec Claudia Buizza

Architecte scénographe
Jean-François Bodin et associés

« L’exposition « La couleur en fugue » s’est donnée pour objet de rendre sensible aux visiteurs l’« expansion de la couleur dans l’espace ». Je ne peux donc former qu’un vœu : qu’une telle initiative, bénéficiant du dialogue fécond entre une artiste et un architecte visionnaire, réalise ce que Frank Gehry a maintes fois affirmé : ce bâtiment, qu’il a inventé pour accueillir des œuvres de plusieurs époques de l’art moderne comme de l’art contemporain est aussi une création vivante à la rencontre du public le plus large et le plus divers. »

Extrait La Fondation au prisme de la couleur
(texte tiré du Journal #13)
 
Bernard Arnault
Président de LVMH / Moët Hennessy – Louis Vuitton Président de la Fondation Louis Vuitton

Si la couleur échappe,

« Si la couleur échappe,
on n’échappe pas à la couleur« 

Suzanne Pagé
Directrice artistique de la Fondation Louis Vuitton

Depuis son ouverture, la couleur est l’invitée permanente de la Fondation Louis Vuitton.

En témoignent d’emblée les expositions et commandes de l’inauguration. Tandis qu’Olafur Eliasson, jouant de réflexions et diffractions, a conçu, dans le Grotto, son chemin de lumière sur la rémanence d’un halo de couleur jaune, Ellsworth Kelly a créé, pour l’Auditorium, une installation permanente où cinq panneaux monochromes – jaune, rouge, bleu, vert et violet – s’égrènent telles des notes de musique dans l’espace, le rideau de scène y ajoutant un accord arc- en-ciel. Primordial déjà, le dialogue de la couleur avec l’architecture.

« La Couleur en fugue », programmée ici aujourd’hui s’inscrit dans cette même ligne illustrée par l’exposition « Les Clefs d’une passion » en 2015. La couleur y triomphait au fil des quatre axes sensibles fondateurs de la Collection.

Avec ces artistes, Sam Gilliam, Steven Parrino, Niele Toroni, Katharina Grosse, Megan Rooney, la couleur s’affranchit de toutes les frontières et réaffirme un rôle premier. À un moment où triomphe, portée par de fortes et talentueuses personnalités, une peinture figurative électivement consacrée au portrait, cette exposition – sans doute trop contrainte au regard de l’ampleur du phénomène – pointe la coexistence d’une puissante forme d’expression « abstraite » avec un ensemble d’œuvres forçant les limites du lieu et du qualificatif, s’agissant d’œuvres où partout s’infiltre le réel.

Si la dénomination « La Couleur en fugue » induit d’abord la métaphore musicale et avec elle l’idée de rythme, de danse, de mouvement, la fugue renvoie aussi à un état juvénile ivre de liberté où tout est possible et à une fraîcheur libre d’attaches et de dépendances. Le monde est à découvrir, un monde est à réinventer. La couleur y aura son rôle, au plus près. C’est à ce carrefour sensible que se situent les cinq peintres retenus ici.

Galerie 8 – Megan Rooney

Artiste pluridisciplinaire, Megan Rooney associe dans une même oeuvre peinture, sculpture, performance et écriture. L’acte de peindre est pour elle un engagement physique et mental intense qui culmine dans ses peintures monumentales, comme ici avec With Sun, peinture murale inédite et éphémère réalisée spécifiquement pour la Galerie 8, reliant dans un même élan les parois sur toute leur hauteur.

Munie de différents outils et aidée d’une nacelle élévatrice, Megan Rooney s’est engagée dans une performance de longue haleine qui s’est déroulée sur plusieurs semaines. Comme toujours chez l’artiste, l’oeuvre se construit dans un dialogue étroit avec l’architecture, sans esquisse préparatoire. Au fil des jours, les couches de peinture s’accumulent, avant d’être révélées par endroits à l’aide de disques abrasifs, laissant apparaître des configurations abstraites où l’on croit deviner les indices d’éléments anthropomorphes. Rooney explore ici la densité d’une palette solaire, riche et colorée, dominée par des teintes et des variations chatoyantes d’orangé, de mauve, de jaune, de vert, de rose, jusqu’à des tonalités pastel. Inspirée par les spécificités de cet espace ouvert sur le ciel, l’artiste a créé une peinture en connexion avec la nature environnante – dans laquelle elle puise continuellement – en écho avec les modulations lumineuses d’un soleil printanier et ses vibrations qui envahissent l’espace.

Galerie 9 – Sam Gilliam – Steven Parrino

Sam Gilliam est une figure majeure de la peinture américaine d’après-guerre. Son oeuvre est associée à la Washington Color School, un courant du Color Field painting qui se développe à New York au cours des années 1950 à partir de l’expressionnisme abstrait.

En 1968, il inaugure les Drape paintings à travers lesquels il définit un langage pictural nouveau, en explorant le potentiel de la surface et l’étendue du champ coloré. Les trois oeuvres monumentales exposées ici sont emblématiques de cette série qui marque à la fois l’abandon total du châssis et l’avènement d’une peinture dont la forme se déploie à chaque fois en fonction des particularités architecturales du lieu d’exposition. Dans l’atelier, Gilliam travaille sur une toile posée à même le sol sur laquelle il verse des pigments acryliques largement dilués avant de tamponner, frotter ou presser la matière à l’aide de pinceaux et de chiffons. Dans le flot des couleurs qui se répandent largement sur les deux faces de l’étoffe, le long des plis, dans les creux et dans les courbes, apparaissent des formes aléatoires – aplats, lignes, coulures, gouttes, traces et autres empreintes – qui se construisent sur le vif. Lorsque la toile est imbibée l’artiste la manipule, la plie, la froisse, l’enroule avant de la laisser sécher. Parfois il ajoute de la poudre d’aluminium et applique par touches, ici et là, de la peinture acrylique dont les effets de matière et de texture contrastent avec la surface plane imprégnée de couleurs. Dans un second temps, la toile est nouée en plusieurs points avant d’être suspendue librement dans l’espace, entre sol, mur et plafond. Dans cette présentation inédite, la puissance lyrique et vibrante des couleurs requalifie l’architecture de Frank Gehry, dans une tension entre ordre et désordre.

Bousculant les frontières entre peinture et sculpture, Steven Parrino libère la toile de sa planéité et fait sortir la couleur du cadre, la laissant déborder dans l’espace. Les oeuvres présentées appartiennent à la série des misshaped canvases (toiles déformées) que l’artiste développe à partir de 1981.

Steven Parrino définit à l’avance le processus de réalisation des oeuvres : une fois décidés le support et ses dimensions, il peint la surface de façon uniforme – à l’acrylique, à la bombe, à la peinture émail ou la laque. Puis il opère toute une série d’actions violentes : il décadre, arrache, tord et froisse le support peint, puis le refixe sur son châssis, souvent après l’avoir retouché. Ces opérations font passer les surfaces bi-dimensionnelles de la peinture à la tri-dimensionalité du relief et de la sculpture. De plus, l’importante implication physique de l’artiste dans le processus confère aux oeuvres un caractère performatif.

Au mur, quatre tondi et un carré percé dont les toiles ont été peintes soigneusement par Parrino avant d’être manipulées pour créer des effets de vortex en relief.

Au sol, deux installations de toiles froissées entourées d’adhésif. Ces toiles deviennent sculptures. Au carrefour de la high et de la low culture, Parrino privilégie ici les couleurs brillantes, également choisies pour leur portée symbolique

Galerie 11 – Niele Toroni

Artiste connu pour ses pratiques hors champ et nomades, réalisant ses empreintes à l’intérieur comme à l’air libre, Niele Toroni requalifie les espaces qu’il investit en adaptant ses oeuvres au lieu d’exposition. Depuis 1966, il réalise des empreintes monochromes au moyen de pinceaux plats, larges de 5 cm, qu’il applique sur une surface donnée à intervalles réguliers de 30 centimètres. Bien que ce « travail-peinture » soit le résultat d’un geste répété à l’identique, chaque empreinte est différente et varie en fonction de la quantité de peinture, de la vigueur du geste, du type de support, de sa forme, et de la couleur choisie.

Toroni est présent ici par un ensemble d’oeuvres réalisées entre 1967 et 1997 qui témoigne de la diversité des supports utilisés. La toile cirée, utilisée par l’artiste à ses débuts, lui permet de déployer ses empreintes en fonction de la dimension du mur. Découpée selon les besoins, c’est le lieu qui détermine la quantité de peinture visible.

Avec Flambo, marque de présentoir des magasins de décoration, Toroni pose ses empreintes de différentes couleurs sur les panneaux mobiles qui composent cet objet, tandis que l’Hommage aux hirondelles est placé en hauteur dans un angle, tel un nid d’oiseau. Les tondi aux « rouges » de Bordeaux proviennent des empreintes réalisées par l’artiste sur des barriques de vin. Les quatre peintures formant un ensemble accueillent chacune des empreintes de couleur différente : rouge, jaune, bleu, noir. La couleur rythme chaque toile de cette partition picturale.

Galerie 10 – Katharina Grosse

Depuis la fin des années 1990, Katharina Grosse explore les potentialités de la peinture au-delà des limites du cadre et de la toile. Embrassant sols, murs, plafonds, objets ou paysages entiers, elle crée des sites picturaux multidimensionnels grâce à la technique de projection de la couleur par pistolet-pulvérisateur qui est devenue sa signature. La couleur est au coeur de son travail et fait le lien entre toutes ses oeuvres. La question de l’échelle, ou encore de la fusion peinture / architecture / sculpture est omniprésente, comme ici dans le projet conçu en dialogue étroit avec le bâtiment de Frank Gehry.

Au départ de Splinter, l’artiste crée un élément hétérogène dynamique, composé de formes triangulaires, à partir duquel la couleur se propulse dans un grand élan. Composé d’une vingtaine de triangles en contreplaqué emboîtés sur une structure autoportante, ce dispositif occupe une partie du mur de droite de la Galerie 10 et fonctionne comme un « déclencheur » visuel reliant sol et plafond. Une fois la structure installée dans l’espace, la seconde étape consiste à la peindre, ainsi que tout ce qui l’environne. Grâce à un pochoir, Katharina Grosse crée un vide au centre, comme si la lumière, en s’engouffrant par le skylight était venue « brûler » la peinture. Selon les mots de l’artiste « une peinture peut atterrir n’importe où, et s’attarder partout (…). La peinture n’est pas reliée à un endroit donné. Elle met à l’épreuve – et condense spectaculairement – les caractéristiques du réel. »

Informations pratiques

Réservations

Sur le site : www.fondationlouisvuitton.fr

Horaires d’ouverture

Lundi : 11h – 20h Mardi : fermeture Mercredi : 11h – 20h Jeudi : 11h – 20h

Vendredi : 11h 21h (sauf les premiers vendredis du mois, fermeture à 23h) Samedi et dimanche : 10h – 20h

Accès

Adresse : 8, avenue du Mahatma Gandhi, Bois de Boulogne, 75116 Paris.

Métro : ligne 1, station Les Sablons, sortie Fondation Louis Vuitton.

Navette de la Fondation : départ toutes les 20 minutes de la place Charles-de-Gaulle – Etoile, en haut de l’avenue de Friedland.(Service réservé aux personnes munies d’un billet Fondation et d’un titre de transport – billet aller-retour de 2€ en vente sur www.fondationlouisvuitton.fr ou à bord)

   Send article as PDF   

La Fondation Beyeler fête ses 25 ans

La Fondation Beyeler pour ses 25 ans montre, la première présentation d’oeuvres de la Collection de la Fondation Beyeler, cette année, qui s’intéresse à l’interaction entre figuration et abstraction dans l’art moderne. Elle se propose d’éclairer et d’illustrer à travers plus de 70 peintures et sculptures significatives de l’impressionnisme, de la modernité classique et de l’art contemporain.

Passages – Paysage, figure et abstraction

Monet

Le passage de la figuration à l’abstraction est notamment illustré par différentes représentations de paysages et de personnages. Ainsi, les éléments abstraits prennent souvent leur source dans des motifs naturels, qui se trouvent soumis à un processus de réduction et de transformation. Mais il arrive également, à l’inverse, que des formes et des structures abstraites donnent naissance à des représentations d’objets. Ainsi, l’abstraction et la figuration peuvent constamment s’entremêler et se revitaliser mutuellement. C’est ce qu’illustre l’exemple de la célèbre série des Nymphéas de Claude Monet, née au début du XXe siècle, et qui, dans les années 1950, inspira des compositions radicalement novatrices aux artistes américains de l’expressionnisme abstrait. Sous l’invocation du « passage », la présentation rassemble ainsi des oeuvres qui permettent de reconstituer les liens entre deux conceptions opposées et en même temps complémentaires de l’image. Mais c’est aussi sur le plan des thèmes traités qu’il est possible d’identifier l’idée de « passage », au sens de la transition et de la traversée.

Gerhard Richter & Agnès Martin

Gerhardt Richter

Parmi les créateurs représentés dans cette exposition, Gerhard Richter (né en 1932) occupe une position éminente. Pour le 90ème anniversaire de l’artiste, la Fondation consacre une salle — réunissant des
pièces de la Collection Beyeler, mais aussi des oeuvres prêtées — à la vaste production de ce grand contemporain, qui illustre d’une manière frappante l’interaction artistique de la figuration et de l’abstraction.

Agnès Martin

Les prêts généreusement consentis par la Collection Daros ont permis de réserver une autre salle à l’artiste américaine Agnes Martin (1912–2004) et aux compositions caractéristiques de sa manière géométrique et abstraite.
L’exposition « Passages – Paysage, figure et abstraction » a été conçue par Raphaël Bouvier, commissaire de la Fondation Beyeler.

Liste des artistes exposés

Lucas Arruda – Francis Bacon – Paul Gauguin – Alberto Giacometti
Claude Monet – Barnett Newman – Balthus -Vincent van Gogh -Pablo Picasso
Constantin Brancusi – Ferdinand Hodler- Jackson Pollock – Georges Braque
Wassily Kandinsky – Gerhard Richter – Alexander Calder – Ellsworth Kelly
Auguste Rodin – Paul Cézanne – Agnes Martin – Mark Rothko – Max Ernst
Sam Francis – Joan Miró- Joan Mitchell – Henri Rousseau

La Fondation Beyeler célèbre ses 25 années d’existence en 2022. Le musée d’art à Riehen près de Bâle est réputé à l’international pour ses expositions de grande qualité, sa collection de premier plan d’art moderne classique et d’art contemporain, ainsi que son ambitieux programme de manifestations. Conçu par Renzo Piano, le bâtiment du musée est situé dans le cadre idyllique du parc avec ses arbres vénérables et ses bassins de nymphéas. La Fondation Beyeler bénéficie d’une situation unique, au coeur d’une zone récréative de proximité avec vue sur des champs, des pâturages et des vignes, proche des contreforts de la Forêt-Noire. La Beyeler-Stiftung prévoit avec l’architecte suisse Peter Zumthor une extension dans le parc adjacent, renforçant ainsi encore l’alliance harmonieuse entre art, architecture et nature.

Programme 2022

En 2022, le programme des expositions de la Fondation Beyeler sera placé sous le signe de son 25ème anniversaire. Il s’ouvre sur la grande rétrospective consacrée à Georgia O’Keeffe, suivie par l’exposition d’été « Mondrian Evolution ». À l’automne, la Fondation Beyeler présentera l’exposition la plus complète à ce jour d’oeuvres de sa collection, accompagnée d’une riche programmation.
Pour plus d’informations : www.fondationbeyeler.ch/fr/25ans

La Fondation Beyeler est ouverte tous les jours de 10.00 à 18.00 h, le mercredi jusqu’à 20.00 h

   Send article as PDF   

Sommaire du mois de juillet 2021

Fête de l’été à la Fondation Beyeler

26 juillet 2021 : Elles font l’abstraction
22 juillet 2021 : Museum Tinguely AHOY !
16 juillet 2021 : Centenaire de la naissance d’Ernst Beyeler
14 juillet 2021 : Christian Boltanski
10 juillet 2021 : Frieder Burda, en souvenir
05 juillet 2021 : Circumnavigation jusqu’à Épuisement
01 juillet 2021 : Palais Augmenté

   Send article as PDF   

Frieder Burda, en souvenir

Le 14 juillet 2021 , est le deuxième anniversaire de la mort de Frieder Burda.
Il était un collectionneur passionné – et un donateur et sponsor délibéré.
Avec sa fondation et son musée, il s’est tourné très tôt vers l’avenir – et a créé une maison pour sa collection et une scène pour l’art.

 Lui-même s’est plutôt éloigné de la grande scène. La retenue et la générosité dans ses relations avec les artistes, les amis et les employés l’ont façonné. Le besoin de partager – ses connaissances, son expérience, sa passion pour l’art – était ce qui faisait de lui ce qu’il était un être rare.

Le musée souhaite partager avec nous, son souvenir avec un film – que vous pouvez retrouver ICI sur le site internet. A partir de ce samedi 17 juillet, vous pouvez retrouver sur le site Internet une conversation que des proches auront à son sujet.

Frieder Burdanous ne l’oublierons pas, son héritage est devenu notre tâche.

 Elke Burda & sa famille et l’équipe du musée

Biographie

Frieder Burda est né le 29 avril 1936 à Gengenbach dans le Bade-Wurtemberg, dans une famille connue d’entrepreneurs allemands du secteur des médias. Il grandit à Offenbourg entre son frère aîné Franz, décédé avant lui, et son cadet Hubert. Après sa scolarité effectuée notamment en Suisse, il suit un apprentissage des métiers de l’imprimerie et de l’édition, et une formation commerciale dans l’entreprise paternelle. À l’issue de séjours prolongés à l’étranger, en France, en Angleterre et aux États-Unis, il reprendra une imprimerie à Darmstadt et en fera l’une des plus grandes imprimeries de
labeur d’Europe.

À partir de 1973, Frieder Burda occupe divers postes dans la centrale des éditions de presse de ses parents à Offenbourg, où il est responsable des finances, de la gestion et des participations. Mais c’est dans l’art que Frieder Burda trouvera sa véritable vocation. Jeune trentenaire, il achète en 1968 un tableau du peintre Lucio Fontana vu à la documenta de Kassel, et ce sera l’élément fondateur d’une collection prestigieuse comptant aujourd’hui quelque mille pièces, dont de nombreux chefs d’œuvre de Pablo Picasso, Max Beckmann et Ernst-Ludwig Kirchner, Jackson Pollock, Willem de Kooning et Mark Rothko, Gerhard Richter, Georg Baselitz et Sigmar Polke. Cette première acquisition marque le début d’une grande passion mais aussi d’une profonde connaissance de l’art contemporain. Il s’émancipe ainsi sciemment de la collection de son père essentiellement tournée vers l’expressionnisme allemand.

La Fondation

Le Musée Frieder Burda, œuvre d’une vie
La Fondation Frieder Burda est créée en 1998 – après des efforts inaboutis d’installation à Mougins dans le sud de la France- pour abriter la collection et de la rendre visible au public. C’est sur cette base qu’est édifié le musée dessiné par le célèbre architecte Richard Meier, qui accueille depuis 2004 la Collection Frieder Burda à Baden-Baden aux côtés d’autres chefs d’œuvre internationaux : un solitaire d’une blancheur éclatante situé sur l’historique Lichtentaler Allee, le plus souvent désigné sous le terme de « Joyau dans le parc ».

De nombreuses expositions prestigieuses s’y sont tenues depuis, consacrées notamment à Gerhard Richter, Sigmar Polke, Katharina Grosse, William N. Copley, Andreas Gursky et James Turrell.
Il faut y ajouter des expositions thématiques telles que
« Die Bilder tun was mit mir » ou « America ! America ! ».
Ce faisant, Frieder Burda, citoyen d’honneur de la ville de Baden-Baden, eut toujours à cœur de transmettre une connaissance profonde de l’art, donnant à cet objectif une dimension d’engagement social par le biais de l’atelier d’art du musée. Le musée célèbre en 2014 ses dix ans d’existence avec deux grandes expositions rétrospectives intitulées « 40I10 ». Le quinzième anniversaire a donné lieu en 2019 à l’exposition « Ensemble » qui, par le biais du dialogue avec des chefs d’œuvre du Centre Pompidou à Paris célèbre l’amitié franco-allemande. Le début de 2019 avait été marqué par l’énorme succès remporté par l’exposition consacrée à Bansky. Enfin, avec le Salon Berlin dirigé par la belle-fille de Frieder Burda, Patricia Kamp, le musée assure le lien avec l’art contemporain.

Frieder Burda a toujours été ouvert aux impulsions nouvelles générées par l’art contemporain tout comme au débat qu’il suscite. Pour autant il est toujours resté fidèle en sa foi envers le pouvoir d’intégration de l’art. En évoquant l’exposition « Ensemble », ce francophile passionné avait écrit dans le catalogue :

« les deux collections qui se reflètent, le face-à-face d’œuvres de différents artistes allemands et français montrent le pouvoir fédérateur de l’art, son influence positive et son apport au- delà des frontières. Cela me rend heureux et me conforte dans ma conviction que l’art a le pouvoir universel de tisser des liens, d’exister et de perdurer par-delà toutes les crises. »

Frieder Burda s’est éteint à 83 ans entouré des siens à Baden-Baden le 14 juillet 2019, le jour de la Fête nationale en France.

Sa foi dans le pouvoir réconciliateur de l’art resta toujours inébranlable, tout comme sa fascination envers l’enivrante puissance de la couleur : le monde des arts a perdu avec Frieder Burda un grand collectionneur qui veilla sans relâche à partager son amour et sa passion pour l’art avec le plus grand nombre. Il donna toujours aux valeurs humanistes la priorité sur les matérielles, convaincu que posséder des œuvres d’art implique l’obligation de les rendre visibles. Ami des artistes, il fut amené à débattre des origines de l’art et à rechercher le contact direct et stimulant avec les créateurs ; mécène fondateur du musée, il fit preuve d’une grande générosité en gratifiant sa ville natale d’une institution qui ne cesse d’attirer à Baden-Baden des visiteurs venus du monde entier ; à la tête du directoire de la fondation, il fut pour ses collaborateurs un modèle de modestie et d’humanité. En tant que particulier enfin, il sut, aux côtés de sa femme Elke, renouveler sans cesse la manière de fédérer famille et amis sous la bannière des arts.

Informations pratiques

MUSEUM FRIEDER BURDA
Lichtentaler Allee 8B
76530 Baden-Baden
Tel: 07221 398980
Fax: 07221 210226

HORAIRES D’OUVERTURE:
MAR–DIM, 10H–19H
KUNSTWERKSTATT

Transports en commun
• Liaison directe par autobus depuis la gare de Baden-Baden :
• Lignes comportant l’arrêt « Augustaplatz/Museum Frieder Burda » (notamment lignes 201 et 216).

• Depuis l’arrêt Augustaplatz/Museum Frieder Burda, traverser la place à droite pour rejoindre le parc, traverser l’Oos pour arriver directement au musée.

   Send article as PDF   

Sommaire du mois de juin 2021

                              Mulhouse juin 2021

23 juin 2021 : « Suān Tian Kŭ Là » 酸甜 苦辣
17 juin 2021 : Yan Pei-Ming – Au nom du père
15 juin 2021 : Le château de Versailles et le Grand Palais
de chez soi, comme si on y était

10 juin 2021 : Kara Walker
08 juin 2021 : motoco, l’insolite au quotidien !
05 juin 2021 : Les territoires de l’eau

   Send article as PDF   

Les territoires de l’eau

Muh-he-kun-ne-tuk
Studio Anne Denastas & Jean Wollenschneider

Jusqu’au 26 septembre 2021
Une exposition co-produite par la Fondation François Schneider et le
musée du quai Branly – Jacques Chirac
Un dialogue entre le fonds d’art contemporain de la Fondation François Schneider et la collection d’objets extra-européens du musée du quai Branly – Jacques Chirac pour mettre en lumière l’universalité du thème de l’eau
Plus de 120 oeuvres et objets d’artistes, créateurs et artisans plongeant
dans les siècles, les matériaux et les représentations de l’eau sur les 5
continents.

Pirogue
Archipel des Tuamotu, Polynésie française
Début du 20e siècle
Bois, fibres végétales
© musée du quai Branly – Jacques Chirac,

Statuette féminine.
Idoma, Nigéria, région de la Bénoué.
© musée du quai Branly – Jacques Chirac,
photo Patrick Gries

L’exposition les territoires de l’eau met en résonance des œuvres et objets des collections du musée du quai Branly – Jacques Chirac avec une sélection des œuvres de la Fondation François Schneider, fonds d’art contemporain constitué depuis 2011 sur la question de l’eau. Le concours Talents Contemporains récompense 7 lauréats de toutes disciplines et nationalités confondues. Vidéos, photographies, dessins, installations, œuvres numériques, sculptures de verre soufflé constituent un ensemble de pièces racontant l’eau sous toutes ses formes. La traversée de la Méditerranée, des moutons à la dérive, une odyssée sur les fjords norvégiens, l’étain et l’eau en fusion, des rituels contemporains, des interrogations sur la pêche de masse, les barrages, la mécanique de l’eau, une planète réinventée… sont les thèmes et sujets variés des artistes contemporains lauréats du concours. Ces histoires d’eau méritent une mise en perspective avec des œuvres extra-européennes, mettant en lumière l’universalité du sujet. Les exceptionnelles pièces du musée du quai Branly – Jacques Chirac offrent ainsi la possibilité de créer un parcours inédit invitant le visiteur à une plongée dans les matières, les siècles et les représentations liées à l’eau.
Depuis des millénaires, les artistes, créateurs, artisans ont pu être fascinés par ce sujet et l’on observe ainsi des résurgences et liens iconographiques importants entre toutes les périodes. Quels que soient leurs statuts, objets
de la vie quotidienne, objets sacrés ou oeuvres d’art contemporain, toutes ces oeuvres témoignent des liens tissés par les hommes avec la source première
de la vie.
Le parcours de l’exposition permet de naviguer dans 5 grandes sections : la fabrique des techniques et du paysage, le quotidien de l’eau, imaginaires liquides, territoires du sacré et géographie des traversées.

L’exposition se divise donc en cinq chapitres dans lesquels oeuvres d’art contemporaines et oeuvres d’art extra-occidentales se côtoient pour raconter des histoires d’eau. Les associations d’oeuvres faites dans l’exposition sont tout aussi bien intellectuelles et thématiques que formelles et esthétiques.

La fabrique des techniques et du paysage

Nasses, hameçons & photographies d’Antoine Gonin et Edouard Decam
Différentes nasses provenant de divers lieux dans le monde (Océanie, Afrique, Asie), sont ici présentées comme sur le lit d’une rivière. Les nasses ont été soclées de telle manière qu’on a l’impression que les poissons ou autres animaux aquatiques vont y pénétrer pour s’y faire piéger.
En effet, les nasses comme les hameçons servent à attraper les poissons, c’est donc un outil pour l’homme pour se nourrir. La fabrication de ses nasses requiert d’un réel savoir-faire. Elles sont posées dans le courant ou aux marées, avec des appâts, afin d’attirer les poissons.

Les hameçons présentés dans plusieurs vitrines dans cette salle proviennent également de différentes régions du monde et figurent quant à eux parmi les objets les plus anciens retrouvés en contexte archéologique. Ils étaient associés à des lignes, des cannes, des flotteurs, des lests et munis de leurres. Ils sont
adaptés à la pêche en eaux profondes ou en surface. Les matériaux précieux (os, écaille de tortue, nacre, le coquillage haliotis) en faisaient des objets de
valeur qui étaient échangés et transmis dans les familles.

Les êtres qui peuplent l’eau inspirent de tout temps. Grâce à cet aquarium géant reconstitué dans la grande halle de la Fondation, les visiteurs peuvent voir de quelles manières dans certaines cultures les masques en formes de poissons, requins, etc. sont utilisés pour personnifier des esprits aquatiques tout en plongeant ensuite dans les abysses et l’univers féérique de l’artiste Yves Chaudouët. Seule une petite partie de la pièce est ici présentée dans un aquarium mis en parallèle avec des masques cimiers et autres créatures directement inspirées du monde aquatique.

Les Inuits sont un groupe de peuples autochtones, partageant des similitudes culturelles et une origine ethnique commune, vivant dans les régions arctiques de l’Amérique du Nord, au Groenland, au Canada et aux États-Unis. Ils utilisent de nombreuses techniques artisanales pour vivre dans leur environnement
parfois hostile. Le phoque leur fournit l’essentiel de leur alimentation et de leur culture matérielle. De l’animal rien ne se perd. En plus de donner la viande, la graisse et le sang pour la nourriture, il fournit la fourrure des vêtements,
la toiture des habitations, le revêtement des kayaks et la graisse des lampes.
Le manteau d’enfant, présenté ici, et datant du début du 20ème siècle a également été réalisé en intestin de phoque ce qui le rend totalement
imperméable.

Le quotidien de l’eau

L’eau est un élément majeur du quotidien des hommes, parce que nécessaire pour boire, arroser les cultures et abreuver les animaux, l’eau délimite un territoire de vie. Toutes les communautés humaines se sont constituées, à l’origine, autour d’un point d’eau. Et plus tard, en zone rurale comme en zone urbaine la présence de l’eau a un impact considérable dans les vies des individus, au quotidien.
L’eau, en arabe mā’, occupe une place prépondérante dans le monde arabo-musulman. Elle est l’élément culturel majeur de la civilisation islamique. Evoquée dans 44 versets du Coran, qui en fait la source même de toute vie, l’eau joue également un rôle essentiel dans le rite islamique.
L’eau est en effet nécessaire cinq fois par jour pour les ablutions servant à purifier le corps de tout musulman qui s’apprête à accomplir la prière.
L’eau rare, qu’il ne faut pas gâcher est une des préoccupations d’Asieh Deghani qui travaille sur l’espace intime, la dimension précieuse de l’eau, ce qui va dans le même sens que les objets du hammam.

Anahita, The Eros of Community est une série de vidéos, composée de séquences prises le long du Zayanderud, le plus grand fleuve du plateau central de l’Iran en voie d’assèchement, et du pont Siosepol qui le surplombe comme point de rendez-vous de l’eau et de la communauté. Anahita est le nom en
ancien perse de la déesse de l’eau, associée à la fertilité et à la sagesse.
Asieh Dehghani explore les façons dont la géopolitique, la religion et la culture de son pays ont sans cesse formé l’identité iranienne.
L’eau étant un fondement spirituel et matériel de la communauté iranienne – a toujours réuni les habitants des pays secs du Moyen-Orient, comme l’Iran.

Imaginaire liquide

L’eau est aussi source d’imaginaire pour les artistes. Les formes de l’eau en mouvement, la pluie, la silhouette des vagues sont successivement représentées dans cette section avec la peinture (aborigène, Australie), par la
broderie (robe et veste, Chine),

de manière numérique (Waterscape, Claire Malrieux) ou thermoformées sur du plexiglas (Holding the sea, Paul Souviron).
Ces représentations de l’eau font appel à l’imaginaire et permettent à l’esprit de divaguer, ils ont également des significations différentes en fonction des cultures et du sens que leur donnent les artistes. Une partie des
oeuvres contemporaines bien que présentant des formes parfois similaires aux ornements que l’on retrouve sur les tissus ou la peinture aborigène traitent également des questions environnementales de manière sousjacentes
comme l’oeuvre de Waterscape de Claire Malrieux.

Territoires du sacrées

L’eau accompagne la naissance de la vie. Qu’elle soit liquide, gazeuse, ou solide, vivante ou dotée de mémoire, sur le plan symbolique, elle remonte à la source du sacré, établissant un lien entre celui-ci et les créatures qui peuplent le monde. Les hommes de tous les continents n’ont cessé de diriger leurs
invocations pour que le miracle du vivant advienne, générant croissance et abondance.
Cette quatrième partie de l’exposition s’intéresse au lien entre eau et sacrée. Différents objets et masques utilisés pour les dévotions sont ainsi présentés en parallèle de mythologies plus contemporaines. On y retrouve donc des masques utilisés lors de divers rituels, certains objets qui ont des fonctions de
dévotions pour l’appel à la pluie, la fertilité et d’autres qui ont même un potentiel « magique ».


Le cimier Ciwara apparait au moment des semailles, juste avant la saison des
pluies lors de rituels liés à la pluie et à la fécondité.
Ciwara est le nom de la créature qui, dans le mythe d’origine des bambaras du
Mali, apprit aux hommes à cultiver la terre.

L’image de Mami Wata (déformation de « Mother of Water ») est très présente en Afrique centrale et occidentale. Elle figure en
esprit aquatique, capricieux et versatile, qui procure richesse et prospérité à ses adeptes les plus dévoués. Les origines de Mami Wata
sont complexes et multiples : à l’origine, il s’agirait d’une image en chromolithographie d’une charmeuse de serpents qui aurait été produite en Europe du Nord – ce qui explique que la figure féminine tienne en mains deux reptiles.

Géographie des traversées

La notion de traversée induit un déplacement, qui peut être physique ou mental. Dans les deux cas, un mouvement est à l’oeuvre. La traversée marque un temps suspendu, un entre-temps, un temps long, étiré, qui permet l’émergence d’un nouveau statut.
Les oeuvres présentées dans cette dernière partie de l’exposition invitent le visiteur au voyage et à faire perdurer celui qu’il a entamé dès le début de l’exposition, en découvrant l’eau à travers ses représentations et usages selon les cultures. Ici se côtoient des pirogues océaniennes, des cartes maritimes traditionnelles ou plus contemporaines, ou encore les questions migratoires et les drames humains qu’elles engendrent.


Du face-à-face entre les oeuvres traditionnelles océaniennes et celles des artistes contemporains comme Cristina Escobar et Mehdi Medacci émerge également une faille. Là où les oeuvres du Pacifique évoquent une profonde connexion aux éléments et à l’eau en particulier, les oeuvres
contemporaines interrogent la violence de la rupture entre les hommes et leur environnement, autant intérieur qu’extérieur. La traversée porte alors la balafre de l’arrachement, du déracinement ; elle est comme suspendue entre l’eau et le ciel.

Conclusion

Petits et grands, peuvent s’amuser sur la terrasse extérieure à remonter les courants, mais attention à ne point s’y perdre !
Muh-he-kun-ne-tuk ?!
Incantation, dieux aztèque, spécialité culinaire… mais que nous dit ce curieux nom ? Dans la culture amérindienne, Muh-he-kun-ne-tuk signifie « le fleuve qui coule dans les deux sens ». C’est un jeu de parcours intuitif proposé par le Studio Anne Denastas & Jean Wollenschneider qui invite à traverser le temps et les cultures, à se remémorer les forces symboliques et philosophiques de l’eau.

Artistes de la collection de la Fondation François Schneider

Nour Awada, Guillaume Barth, Benoît Billotte, Mathieu Bonardet, Jessie Brennan, Julie Chaffort, Yves Chaudouët, Edouard Decam, Asieh Dehghani, Rebecca Digne, Cristina Escobar, Sara Ferrer, Antoine Gonin, Elizaveta Konovalova, Mathilde Lavenne, Olivier Leroi, Claire Malrieux, Mehdi Meddaci, Camille Michel, Gustavo Millon, Hélène Mugot, Benoît Pype, Paul Souviron, Wiktoria Wojciechowska.

Informations

Commissariat général
Marie Terrieux, directrice de la Fondation François Schneider
Commissariat associé
Constance de Monbrison, responsable des collections Insulinde
(musée du quai Branly – Jacques Chirac)
Aurélien Gaborit, responsable des collections Afrique
(musée du quai Branly – Jacques Chirac)
et responsable du Pavillon des Sessions (musée du Louvre)
Scénographie
Olivia Berthon, Studio Vaste

Fondation François Schneider
27 rue de la première armée
68700 Wattwiller (Haut Rhin)
fondationfrançoisschneider.org

Pratique

Ouvert du mercredi au dimanche de 11 h à 18 h

   Send article as PDF   

Sommaire du mois d’avril 2021

Fondation Beyeler, terrasse de la Villa Berower

Calendrier du déconfinement du 29 avril 2021

Et la Covid est toujours là !!!

24 avril 2021 : Life – OLAFUR ELIASSON à la Fondation Beyeler
23 avril 2021 : « Faces » d’Anne-Sophie Tschiegg
20 avril 2021 : LENZ AU MUSÉE
17 avril 2021 : Anne-Catherine Goetz
11 avril 2021 : Donner son sang au musée !
9 avril 2021 : Peintres femmes, 1780-1830. Naissance d’un combat
7 avril 2021 : La Fondation Beyeler et Nordstern Basel présentent Dixon x Transmoderna
4 avril 2021 : Joyeuses Pâques
1 avril 2021 : Philippe GELUCK, Le Chat à Matignon

   Send article as PDF   

La Fondation Beyeler et Nordstern Basel présentent Dixon x Transmoderna

En collaboration avec l’équipe de Transmoderna, la Fondation Beyeler accueille Dixon, l’un des plus grands noms de la scène électronique, pour une session de mix unique lors de laquelle le DJ streamera en réalité virtuelle dans les locaux du musée. Cet ambitieux projet audiovisuel a été diffusé le 31 mars à 20 heures en partenariat avec la plateforme musicale Beatport et de Denon DJ.


Vidéo Planifié pour le 7 avr. 2021

Dixon

Dixon a choisi comme point de départ de cette expérience virtuelle l’architecture ainsi que le parc du musée, qui ont été, à cette fin, modélisés en 3D. Il prend la forme d’un avatar aux traits hyperréalistes et mixe un set exclusif d’une heure. Tout spécialement pour cette performance, Transmoderna a sélectionné une série d’œuvres issues de la collection de la Fondation qui apparaîtront aux côtés de l’avatar dans les salles d’exposition pendant le set – il s’agit, entre autres, de photographies de Wolfgang Tillmans, de sculptures de Auguste Rodin et de peintures de Paul Klee.

Des travaux d’artistes numériques renommés viennent, en outre, s’ajouter à ces œuvres d’art. Pour la réalisation de ce projet, Transmoderna a collaboré pour la première fois avec Sofia Crespo, artiste neuronale, Sabrina Ratté, artiste multimédia, et Feileacan McCormick, artiste génératif. Pendant la session de mix, les œuvres d’art ainsi que l’architecture du bâtiment sont modifiés grâce aux effets spéciaux assistés par intelligence artificielle et se transforment en une œuvre d’art totale hyperréaliste.

La musique

La musique influence aussi cette transformation. Contrairement aux performances dans une salle de club, les musiques choisies par l’avatar de Dixon transforment les salles d’exposition virtuelles grâce à des effets audio-réactifs – scindements, déplacements et inversions complètes des espaces virtuels du musée. Un titre en particulier illustre bien cette transformation :
il s’agit de « Can’t escape into space » de Wolfgang Tillmans, qui est présenté avant la sortie de l’album qui l’accompagne.


Le stream est filmé par Aaron Jablonski, artiste numérique, et réalisé entièrement sur Unity, un moteur de jeu multiplateforme permettant d’obtenir des visuels hyperréalistes extrêmement avancés. La cabine DJ Denon de l’avatar de Dixon a été créée spécialement pour cette session par l’architecte Timur Novikov.

Dixon x Transmoderna se déroule dans le cadre d’art.set, un programme de la Fondation Beyeler réalisé en collaboration avec Nordstern, discothèque bâloise spécialisée dans la musique électronique et qui présente, dans un contexte artistique, des musiciens électroniques internationaux en direct ou en ligne.

Session de mix virtuelle
Mercredi 31 mars, 20 heures UTC+1
Beatport Youtube / Twitch / Facebook Fondation Beyeler Youtube / Facebook Nordstern Basel Facebook
Transmoderna Facebook
Dixon Facebook
Denon DJ Facebook

Dixon et Transmoderna
Transmoderna est un collectif d’artistes et de créateurs de contenus numériques ; ensemble, ils ont développé l’idée d’un club virtuel. Transmoderna existe depuis 2019 et compte, outre son fondateur Steffen Berkhahn (alias Dixon), Ana Ofak, théoricienne des médias et directrice créative, Timur Novikov, architecte, et Aaron Jablonski, artiste numérique.

Intervenants : Dixon (DJ / Chef de production), Ana Ofak (Transmoderna / Directrice créative, curatrice), Timur Novikov (Transmoderna / Directeur visuel, curateur), Aaron Jablonski (Transmoderna / Directeur technique), Sofia Crespo (Transmoderna / Art neuronal), Sabrina Ratté (Transmoderna / Multimédia), Feileacan McCormick (Transmoderna / Art génératif), Alan Ixba (Transmoderna / Assistance technique), Carlos Minozzi (Transmoderna / Vidéographie), Tim Deussen Studio (Modélisation 3D), Mimic Productions (Production de personnages numériques / Capture d’images), Rania Kim (Productrice), Sandira Blas (RP), Franka Marlene Foth (Chorégraphie), Rauke Lea Hollender (Transmoderna / Réseaux sociaux)

Horaires d’ouverture de la Fondation Beyeler :
tous les jours de 10h00 à 18h00, et le mercredi jusqu’à 20h00.

   Send article as PDF   

Sommaire du mois de février 2021

Photo Robert Cahen

21 février 2021 : Noir & Blanc : une esthétique de la photographie
17 février 2021 : Le noir insondable, ultime – Pierre Soulages,
13 février 2021 : ORLINDA GALLERY
07 février 2021 : Gustave Doré, Illustrateur, caricaturiste, peintre, graveur et sculpteur français.
04 février 2021 : La Fondation Beyeler a rouvert ses portes au public
02 février 2021 : La Chandeleur

   Send article as PDF