Sarah Jérôme, à la Santé du Serpent

Sarah Jérome, Fugue

Jusqu’au 15 mars 2020 à l’Espace d’Art Contemporain
André Malraux de Colmar.

(vidéo à visionner)
Entre rêve et cauchemar l’artiste Sarah Jérôme, ancienne danseuse a exposé aux quatre coins du monde, de Paris à Bali en passant par la Suisse…
Avec à la Santé du Serpent, elle investit l‘espace d’art contemporain André Malraux.


« Ce titre est d’abord un texte de René Char, mais aussi le nom d’une nouvelle d’Andrée Jérôme, ma mère. Une loi veut qu’un serpent se glisse au cœur de toute chose, écrit-elle. Il y a dans ses mots comme une résonance, un effet miroir entre son verbe et mes images », révèle Sarah Jérôme.

Entre l’âge de sept ans et vingt ans, Sarah Jérôme exerce la danse quotidiennement. Au fil des étirements, des enchaînements et des efforts, elle parvient à sculpter et à modeler son corps. La danse classique appelle à un dressage du corps, une discipline que l’artiste a peu à peu refusée et abandonnée. En 2008, elle décide de se plonger dans le dessin, la peinture et la sculpture. Le corps constitue la colonne vertébrale de sa réflexion plastique. Des ramifications s’opèrent vers d’autres territoires comme le temps, la mémoire, le paysage et la matière. Ses œuvres génèrent des impressions contradictoires. Si la danse représente une source de jouissance et de beauté, elle renferme aussi la douleur, la privation et la soumission. La grâce y est synonyme de torture.

À travers différentes séries de dessins, de peintures et de sculptures, l’artiste tente d’exprimer ce cheminement, elle montre les corps – sa thématique fétiche – ainsi que les rapports dualistes entre hommes et femmes dans de poreuses frontières entre le bien et le mal. Souvent, ses œuvres génèrent des impressions contradictoires, tout comme la danse représente à la fois une source de beauté et une source de douleurs, entre la séduction et la répulsion.
Elle met en exergue, les paradoxes, les contradictions, les clichés et même les incompréhensions humaines, les conflits nés de problèmes d’interprétation.  La santé du serpent, qu’en est-il de la pomme croquée, du ver dans la pomme et du prétendu paradis et de cette manière  d’y échapper et rester prisonnier ? Quelle est la signification de l’Éden, quel est le sens du bien et du mal, est-ce que c’est binaire, est-ce que c’est manichéen ? Cette exposition est organisée comme différents mondes.

Au rez-de-chaussée le monde du dessous, l’installation Champ de Pensées, présente comme des têtes germées en grès noir, qui auraient été découvertes après une fouille archéologique, une civilisation oubliée, têtes recouvertes d’excroissances, la nature ayant repris ses droits. Derrière il y a un triptyque « Fossile » ou Dream d’après la fiche technique, qui vient étayer la notion de corps paysage, en fragments, une peinture à l’huile sur papier calque, technique personnelle de l’artiste qui lui donne la possibilité de travailler la chair dans la transparence et la fragilité, de manière à pouvoir voir les éléments en transparence sous la peau.
Dans la 2e partie du bas, c’est le monde de la mise en scène, on entre dans l’univers de Pina Bausch avec des images  tirées de deux pièces , Kontakthof et les oeillets.

A l’étage, telle une chambre, pour la sphère privée, un volet qui serait plutôt celui de l’intériorité. Un Livre en porcelaine plein de stigmates de temps ouvert raconte le corps intime, ses blessures et ses mutations.

Infos pratiques :
Espace d’art contemporain André Malraux
4, rue Rapp — 68000 Colmar
03 89 20 67 59 — 03 89 24 28 73
Horaires : du mardi au dimanche de 14h à 18h
sauf le jeudi de 12h à 17h — Entrée libre
Site internet
Un concert-performance avec Sarah Jérôme et la chanteuse-scénographe Ruppert Pupkin sera proposé le 5 mars à 19 h au Grillen à Colmar.
Entrée : 5 €.

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Peindre la lumière du soleil – Edward Hopper à la Fondation Beyeler

Wim Wenders devant Cape Cod Morning, 1950, Edward Hopper

Jusqu’au 17 mai 2020
commissaire Dr Ulf Küster

« Ce que j’ai cherché à faire, c’est peindre la lumière du soleil sur le mur d’une maison. » Edward Hopper en conversation avec Lloyd Goodrich, avril 1946

              Edward Hopper Cobb’s Barns and Distant Houses, 1930–1933

Vernissage en vidéo

La #Fondation Beyeler présente dans son exposition de printemps 2020 un ensemble d’œuvres d’#Edward Hopper (1882-1967), l’un des principaux peintres américains du XXème siècle. Ses références sont Manet, Degas, Rembrandt, Watteau, Courbet. Il trouve que l’Amérique est insensible à l’art. Les peintures de Hopper sont l’expression du regard singulier que l’artiste porte sur la vie moderne. Il commença sa carrière comme illustrateur, par nécessité.  Son premier succès à l’âge de 41 ans est le Bateau Jaune en 1924.  Son épouse Joe, fut son principal modèle.

Edward Hopper Lighthouse Hill, 1927

Aujourd’hui, il est surtout connu pour ses peintures à l’huile, qui témoignent de son intérêt pour l’impact de la couleur et de sa virtuosité dans la représentation de l’ombre et de la lumière. Le thème central de l’exposition est fourni par ses images iconiques des immenses paysages naturels et urbains de l’Amérique. L’exposition réunit des aquarelles et des huiles des années 1910 aux années 1960, offrant ainsi un large et passionnant panorama des multiples facettes de la peinture hoppérienne.

Jo dessinant à Good Harbor Beach

Bien qu’Edward Hopper ait longtemps travaillé principalement en tant qu’illustrateur, il est aujourd’hui connu surtout pour ses peintures à l’huile, qui témoignent de son intérêt profond pour la couleur et de sa virtuosité dans la représentation de l’ombre et de la lumière. Les toiles de Hopper sont l’expression de son regard unique sur la vie moderne: stations-service, maisons, bars, phares et bateaux, mais aussi vues intérieures de logements, d’hôtels et de cinémas. Les rares figures humaines qui apparaissent dans ses œuvres semblent souvent porter leur regard au-delà de la surface de la toile, comme si ce qui se «passait» dans l’image n’était pas accessible au spectateur: des événements invisibles semblent se produire en dehors du tableau.

Hopper Premier bras du White River

L’exposition de la Fondation Beyeler met l’accent sur les représentations iconiques de Hopper des étendues infinies des paysages naturels et urbains de l’Amérique, c’est comme si le temps ralentissait avec lui. Il s’agit là d’un aspect rarement placé au centre des expositions consacrées à Edward Hopper, mais pourtant clé pour comprendre son œuvre et sa réception. Le langage formel de Hopper s’est développé indépendamment des tendances populaires de son temps.

Edward Hopper, 5 A.M. 1937


Son mode de représentation caractéristique, lui, a fortement influencé des peintres contemporains majeurs comme Peter Doig et a entretenu une relation quasi symbiotique avec le cinéma: les toiles de Hopper ont inspiré des films majeurs comme La Mort aux trousses d’Alfred Hitchcock (1959), Paris, Texas de Wim Wenders (1984) ou encore Danse avec les loups de Kevin Costner (1990).

Edward Hopper Portrait of Orleans, 1950

A l’occasion de l’exposition, cadeau supplémentaire, Wim Wenders présente un  film consacré aux paysages d’Edward Hopper. Il a su retracer les ambiances, retrouver les lieux, il nous plonge parfaitement, dans cette magie, mais aussi dans ce sentiment de solitude et presque d’angoisse, que Hopper traduit dans ses toiles.

Edward Hopper La côte Lee

L’exposition de la Fondation Beyeler montre aussi de sublimes aquarelles et des huiles sur toile des années 1910 aux années 1960, proposant ainsi un aperçu ample et passionnant de la richesse de la peinture d’Edward Hopper.

Fondation Beyeler, Beyeler Museum AG,
Baselstrasse 77, CH-4125 Riehen
Les informations sur le programme associé à l’exposition
ci-dessus

Un petit cahier à l’attention des enfants a été édité pour l’occasion.

Horaires d’ouverture de la Fondation Beyeler:
tous les jours de 10h00 à 18h00,
le mercredi jusqu’à 20h00 /
Pendant la durée d’Art Basel: 8 – 16 juin 2019, 9h00–19h00
Passmusées
Depuis la gare SBB tram n° 2 directeur Eglisee, descendre à Messeplatz,
puis tram n° 6 arrêt Fondation Beyeler.
Conférence de Didier Ottinger le 1 avril « Les fantômes de Hopper »

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De mains et d’yeux au musée Unterlinden

Jusqu’au 22 juin 2020
commissaire : Frédérique Goerig-Hergott, conservatrice en chef, collections d’art moderne et contemporain au Musée Unterlinden

Conçue comme une rencontre entre art et science, l’exposition
De mains et d’yeux est née d’une collaboration entre
le Musée Unterlinden et le programme scientifique
« Création, cognition, société » de l’Université Paris Sciences et Lettres, développée dans le cadre de la #restauration du Retable d’Issenheim entreprise depuis 2018.

L’équipe de chercheurs étudie la manière dont le regard des visiteurs est guidé par les formes, les couleurs et la lumière des panneaux peints de Grünewald et dans quelle mesure ce regard est modifié par les changements résultant de sa restauration. Pour enregistrer les mouvements des yeux et donc l’attention visuelle, les chercheurs utilisent un ensemble de techniques dites eye tracking (oculométrie en français) et un outil, l’eye tracker (oculomètre). Celui-ci enregistre les mouvements des yeux capturés par des caméras et envoie ces informations à un logiciel qui en extrait avec une grande précision les tracés. Il permet ainsi de connaître la manière dont nous regardons un tableau et de repérer les éléments qui accrochent le plus fortement le regard.

Dans ce contexte, l’exposition du travail de Michel Paysant constitue l’indispensable pendant artistique à cette démarche scientifique.
Son titre, De mains et d’yeux, est à prendre à la lettre, les dessins ayant été dessinés par les yeux de l’artiste grâce à cet outil, l’oculomètre. Les mouvements des yeux de l’artiste, tel un crayon, tracent les lignes et les formes des œuvres. L’enregistrement de son regard porté sur les panneaux du Retable d’Issenheim et sur la tapisserie Guernica, ou plus précisément la transcription des lignes des déplacements et des points de fixation de ses yeux face à l’œuvre, donne naissance à une nouvelle interprétation de l’œuvre originale.

1er lieu de l’exposition : la tribune, 1er étage du Cloître
L’atelier de [M] DENKRAUM

Inspirée librement du Retable d’Issenheim, de la vie de Grünewald et de l’inventaire après décès de ses biens établit en octobre 1528, cette installation propose une version contemporaine de l’atelier du Maître. L’installation évoque l’univers de l’atelier, l’envers fictionnel et théâtralisé de sa peinture, les coulisses de sa pensée. La définition du lieu Lieu de création et de vie, l’installation rappelle autant un cabinet de dessin qu’une cellule de moine, une chambre de dispensaire ou un jardin de méditation. Au sein de la tribune de la chapelle, l’aménagement de l’installation en fait un endroit où l’on peut s’immerger, se ressourcer, être à l’écoute. Halte, étape ou simple respiration dans la visite du musée, il fournit au visiteur un havre de paix, un lieu d’accueil et d’hospitalité à l’image de la mémoire des lieux. L’évocation, l’atmosphère Exposée en regard du Retable d’Issenheim, l’installation crée une atmosphère étrange de tourment et de quiétude, de feu et de froid, de sang et de larmes, d’interrogations et d’espoir. Le lieu imaginé par l’artiste est un espace « en suspens » qui ouvre sur l’infini des interprétations.

Redonner à voir Les objets créés, qu’ils soient liés au dessin, au songe, à la rêverie, au corps, à la botanique et à l’art du jardinage, sont mis en espace afin de permettre aux visiteurs de se recueillir et de leur fournir un point de vue différent, intérieur et sensible, sur le chef-d’œuvre de Grünewald.

Œuvres exposées dans la tribune Le grand dessin (Das große Bild) Impression numérique sur papier Hahne Mühle Ce dessin monumental est extrait des Carnets des Regards de Michel Paysant. La ligne est générée par le mouvement des yeux enregistré sur un détail du Retable d’Issenheim : les mains de la Vierge dans le panneau de la Crucifixion.

L’atelier [M] Le jardin des larmes de verre en goutte de rosée (Der Garten der Glass Tränen)

Produite au Centre International d’art verrier (CIAV) de Meisenthal, cette œuvre est constituée de deux séries : – 189 mains en verre réalisées au chalumeau reproduisant, en langage des signes, un court extrait des notes de Michel Paysant sur le Retable d’Issenheim :

« Ici tout n’est que dialogues de mains et d’yeux Passants Comme il est profond de laisser une trace sur le sable et sur l’eau De remuer ciel et terre Comme en un souffle Ligne d’erre et de larmes Pour dire l’indicible Dessiner l’invisible » – 28 mains, interprétation des mains dans les panneaux de Grünewald.

La maison-inventaire
Un « inventaire » (Das Inventar) de divers objets « réversibles » : outils et accessoires d’artiste-botaniste inspirés librement de l’inventaire après décès de Grünewald. À la fois fictionnels et fonctionnels, ces objets évoquent tous l’art de peindre et l’art de cultiver son jardin.

2e lieu de l’exposition : la galerie

Michel Paysant
Voir la guerre les yeux retournés (Guernica revisited)
Michel Paysant a réalisé des dessins en eye tracking sur une autre œuvre majeure de la collection du musée : la tapisserie Guernica réalisée par Jacqueline de la Baume-Dürrbach en 1976 d’après le chef-d’œuvre de Picasso. Tout comme l’étude sur Grünewald, il s’agit ici d’une copie du regard, une production immatérielle qui a pour but de « redonner à voir » et de questionner l’art par la science.

À la différence des dessins créés à partir du Retable d’Issenheim, il s’agit ici d’un regard qui crée à partir de deux autres : celui porté par Jacqueline de la BaumeDürrbach sur l’œuvre de Picasso et celui de l’œuvre originale gardée en mémoire par Michel Paysant.
Pourtant ces deux modèles, celui de la tapisserie et celui de la mémoire, ne se combattent pas, mais se fondent l’un dans l’autre. En témoigne le fait que l’œil dessine en une ligne continue, comme en un souffle.

Opening night
13.03.20

Concert – Performance musicale « Guernica » par Nocto

En réponse au film de l’artiste Michel Paysant, Guernica, Nocto propose une pièce ambiante faite de lignes et d’improvisations.
Horaire 20h
Entrée libre
Lieu Piscine – Entrée par le bâtiment des Bains
Cette performance musicale est aussi proposée 26/04 à 15h
Tarif : Accès libre pour les visiteurs du musée

Discussion avec un médiateur autour des dessins de Guernica de Michel Paysant

Horaires de 19h à 22h
Entrée libre
Lieu salle d’exposition, Ackerhof – Entrée par le bâtiment des Bains

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Ernest Pignon-Ernest – Ecce Homo

« Le choix de dessiner est éthique maintenant, le dessin a quelque chose d’essentiel, l’affirmation de l’humanité, il n’y a pas de distance entre la pensée et la main, c’est l’homme, c’est l’humanité.
Depuis 50 ans mes images ne font qu’interroger l’homme et sa relation avec ce qui l’entoure, les autres, l’histoire, la politique, la pratique des Pietà, interroger l’homme et les violences qu’on lui fait
« . EPE

Ernest Pignon Ernest Ecce Homo, Palais des Papes Avignon 2019/2020

L’artiste Ernest Pignon- Ernest a investi la Grande chapelle du Palais des Papes  jusqu’au 29 février 2020.
L’exposition, baptisée « Ecce Homo » retrace le parcours de l’artiste et explique sa démarche artistique, intellectuelle, politique depuis plus de 60 ans, par un panel d’œuvres provenant de la galerie Lelong & Co de Paris, de collections privées, du musée de Montauban et des témoignages photographiques de son travail prolifique dans les rues du monde entier. Près de 400 œuvres – photographies, collages, des dessins au fusain, pierre, encre noire et gomme, des documents – sont ainsi exposés évoquant ses interventions de 1966 à nos jours. Ernest Pignon-Ernest est considéré comme l’initiateur du « street art » de par les images grand formats à la pierre noire, au fusain, les collages qu’il réalise dans les rues des villes et sur les murs des cités depuis près de 60 ans. C’est en voyant Guernica de Picasso, qu’il décide de devenir artiste. Il explique qu’il expose dans la rue, parce que c’est tout simplement la plus grande galerie du monde. Il voyage, se nourrit de rencontres, réalise des décors pour le théâtre, élabore des revues, réalise des portraits, des affiches, des collages…des milliers d’œuvres, toujours dans un esprit d’engagement politique et social, de défenseur de grandes causes, en gardien de la mémoire et de l’histoire collective.

En janvier 2020 il a l’intention de créer « in situ » une œuvre pour Avignon dans l’espace du trésor bas du Palais des Papes. (La personne qui a commenté la visite guidée, dit qu’elle ignorait ce qu’il en est du projet.)
Depuis 2011, date à laquelle j’ai vu « les Mystiques du Carmel » qu’il a exposé Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis (voir sur mon blog) il me tardait de voir l’ensemble de ses oeuvres exposées à Avignon.L’exposition, dans l’immense nef de la grande chapelle du Palais, d’une dimension très solennelle, le lieu où il appose ses sérigraphies a une importance primordiale, l’harmonie entre certaines oeuvres et l’architecture  est évidente. L’exposition  faite de dessins et sérigraphies,  de photographies in situ est trop dense. Une présentation plus dépouillée aurait été plus forte, nous aurait interpellé encore davantage.
Podcast

Le ton est donné dès l’entrée, face à ces linceuls suspendus de la prison Saint-Paul à Lyon et transposés ici sur ces murs du XIV siècle.

En 1971, il pose ainsi sur une dizaine de marches du Sacré-Cœur des silhouettes de gisants, hommage aux fusillés de la Commune contre la mémoire desquels cette architecture pâtissière fut érigée. Plus tard la fusillade du métro Charonne

Trois ans plus tard, pour protester contre le jumelage de Nice avec Le Cap, dans une Afrique du Sud alors sous le joug de l’apartheid, il placarde dans les rues de la ville le dessin d’une famille noire parquée ­derrière des barbelés. Depuis, il n’a cessé de plaider, à coups d’images, pour le droit à l’IVG ou contre le mur de séparation entre Israël et la Palestine.

Mahmoud Darwich dont le portrait est apposé à Ramallah, à Bethléem, à Naplouse, sur le mur de séparation et aux checkpoints 

Depuis, ses sérigraphies grandeur nature façon suaires ont tapissé les rues de Paris, Nice, Naples ou Ramallah. Hommage d’un artiste à un poète, afin de ramener à sa place, celui qui en a été mis hors, par les ignominies.
Sa méthode consiste à faire se rencontrer un lieu et un thème.

Mahmoud Darwich

C’est de nuit qu’il colle, sans jamais d’autorisation – il a été arrêté plus de cinquante fois –, repérant de jour, calculant la pose au millimètre près,
sa méthode qui consiste à faire se rencontrer un lieu et un thème.
A Naples qu’ il a arpentée de jour comme de nuit, sur les pas de Virgile, du Caravage  et d’Erri De Luca. Il lui a fallu trois mois et quatre versions déchirées avant de trouver son Pasolini assassiné, portant son propre cadavre  « AutoPietà« , image ô combien saisissante, que l’on retrouve
« face au mur » de la Chapelle.

L’artiste indique que le siècle de Vivant Denon est loin, que le XIX e estpassé par là. La femme de face, exhibe son sexe, mais détourne la tête, se cache les yeux, la culpabilité a fait son ouvrage, dessin fascinant.

C’est encore à Naples qu’Ernest Pignon-Ernest a collé durant la nuit une citation de la mort de la vierge du Caravage. Il n’a gardé que le visage, le buste, la main droite et le bras gauche de la vierge. Le lendemain matin, deux vieilles femmes, deux vendeuses de cigarettes et autres babioles, toujours assises derrière une petite table dans la rue, se sont mises à veiller cette image.

La vierge du Caravage

Quelques années plus tard,Ernest Pignon-Ernest est revenu à Naples. Les deux vielles napolitaines n’étaient plus là. A partir d’une photo, il a redessiné Antonietta, l’une deux, et a collé ce dessin à l’endroit où elle avait tenu, avec son amie, son petit commerce. Toute la rue a été bouleversée par cette image et voulait la protéger par une vitre. Ernest Pignon-Ernest a refusé mais a promis de revenir dessiner Antonietta si le dessin était détruit. Et c’est ce qu’il a fait en 2011.

Les immigrés, la guerre à Haïti, les poètes, (Neruda, Rimbaud, Maïakovsky) les humiliés les opprimés, les injustices, tout s’élabore dans la perspective des relations et interactions avec les lieux, soigneusement repérés, auxquels ils sont destinés. Son humanité transperce et nous interpelle et nous laisse pensif et ému.

vue de l’exposition Ernest Pignon Ernest Ecce Homo

Podcast France Inter

Palais des Papes Avignon

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Sommaire de janvier 2020

Edward Hopper 5 AM 1937 Wichita Art Museum Kansas
Roland Murdoch Collection

8 billets pour ce mois

01 janvier 2020 : Annus mirabilis
02 janvier 2020 : Leonard de Vinci
05 janvier 2020 : La Fondation Gandur Les sujets de l’abstraction au musée Rath de Genève
09 janvier 2020 : Charlotte Perriand
14 janvier 2020 :  Degas À L’Opéra
18 janvier 2020 :  La Saison Africa2020
21 janvier 2020 :  Kiki Smith Au 11 Conti – Monnaie De Paris
30 janvier 2020 : Lumineuses Figures Dessins Et Vitraux D’Holbein À Ringler

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Lumineuses figures Dessins et vitraux d’Holbein à Ringler

Ludwig Ringler, blason de la faculté de médecine 1560

Jusqu’au 26.04.2020, au Kunstmuseum Basel | Neubau
Commissaire : Ariane Mensger

Au XVIe siècle, les vitraux de petites dimensions étaient très répandus dans le Sud de l’Allemagne, mais surtout dans la Confédération helvétique. Les dessins préparatoires de ces œuvres étaient souvent réalisés par d’éminents artistes très appréciés tels que Hans Holbein le Jeune, Niklaus Manuel et Tobias Stimmer. Toutefois, peu de gens savent aujourd’hui que ceux ci étaient actifs dans le champ de l’art du vitrail. À travers l’exposition Lumineuses figures. Dessins et vitraux d’Holbein à Ringler, le Kunstmuseum Basel met en lumière la qualité et la diversité de ces œuvres d’art et révèle ainsi une facette méconnue bien que fascinante de la Renaissance.

Les petits vitraux colorés étaient pour ainsi dire omniprésents au XVIe siècle : ils décoraient les cloîtres et les églises, mais aussi les salles du conseil et les maisons de corporations ainsi que les bâtiments universitaires. Seul un nombre réduit a été conservé jusqu’à aujourd’hui.
En revanche, il subsiste de nombreuses ébauches dessinées. Il s’agit d’exceptionnels dessins de maîtres anciens conservés au sein de diverses collections d’art graphique en Suisse, en Allemagne et en Grande-Bretagne.

                                              Hans Holbein le Jeune

Le Kunstmuseum Basel possède au sein du Kupferstichkabinett près
de 400 dessins préparatoires et au moins 20 vitraux de cette époque dont l’exposition présente une sélection des plus marquants et des plus séduisants. Parmi ceux-ci figure non seulement l’un des tous premiers exemples d’ébauches, mais aussi un grand nombre de dessins d’Hans Holbein le Jeune qui a exercé une activité intense dans ce domaine. Une série de vitraux de Ludwig Ringler réalisés jadis pour l’université de Bâle compte également parmi les fonds de la collection.

                                                              Ludwig Ringler
Outre la qualité artistique des œuvres, leur sujet présente également un intérêt d’un point de vue de l’histoire et de la sociologie culturelle. Des institutions comme les cantons, les cloîtres, les guildes ainsi que les particuliers comptaient parmi les commanditaires de vitraux. Le don d’un vitrail faisait partie intégrante de la communication au sein de la société à travers laquelle se reflétaient les alliances, les amitiés et les distinctions.

L’armoirie du donateur (Georg Wannewetsch) constitue à ce titre un élément essentiel du vitrail qui ne doit guère faire défaut. Par ailleurs, les vitraux présentent une large variété de motifs : aux côtés de sujets religieux, pour l’essentiel des personnifications et des allégories, des représentations de métiers ainsi que des motifs et des événements liés à l’histoire de la confédération.

                                                     Veit Hirschvogel
Présentée au niveau inférieur du Kunstmuseum Basel | Neubau, l’exposition fait la lumière sur ce genre artistique rarement mis à l’honneur et pourtant d’une importance primordiale pour la Suisse, à travers environ 90 œuvres (20 vitraux, 70 dessins) de la période florissante de l’art du vitrail au XVIe siècle. Un demi-millénaire plus tard, les rares exemples pour lesquels le vitrail et le dessin préparatoire ont tous deux été conservés sont de nouveau réunis et présentés côte à côte.
Une magnifique série de dessins de Hans Holbein le Jeune, sur la passion du Christ est présentée.

Les fonds de la collection sont complétés par de prestigieux prêts de collections nationales et internationales parmi lesquelles le Victoria and Albert Museum à Londres, le Germanisches Nationalmuseum à Nuremberg et le Schweizer Nationalmuseum à Zurich entre autres. Des vitraux demeurés jusqu’à aujourd’hui sur leur lieu de destination originel sont démontés spécialement pour l’exposition, afin d’être exposés aux côtés d’autres œuvres. Ainsi, le Schützenhaus de Bâle consent par exemple à trois prêts provenant de son grand cycle de vitraux.

Dans le cadre de l’exposition, un catalogue paraît aux éditions Hirmerverlag (en Allemand) avec des contributions d’Ariane Mensger, de Marina Beck, Christian Müller et Martin Möhle.

L’exposition s’accompagne d’une abondante programmation. Elle comprend notamment une visite guidée avec Pamela Jossi, restauratrice de verre, qui donnera un aperçu pratique de ce thème dans le cadre d’un Atelier Ouvert. En outre, des visites guidées auront lieu sur place au Basler Rathaus et au Schützenhaus où il est possible jusqu’à aujourd’hui d’admirer les vitraux in situ, en compagnie de Martin Möhle de la préservation du patrimoine cantonal de Bâle.

St. Alban-Graben 8, Case postale CH–4010 Basel
Tram n 2, arrêt Bankverein

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Kiki Smith au 11 Conti – Monnaie de Paris

Kiki Smith
Sainte Geneviève, 1999 Cette œuvre fait partie d’un cycle consacré à la sainte patronne de Paris, dans lequel elle apparaît nue et en compagnie d’un ou de plusieurs loup(s).

Le 11 Conti – Monnaie de Paris présente la première exposition personnelle de l’artiste américaine Kiki Smith (née en 1954, vit à New York) dans une institution française.
Jusqu’au 9 février 2020.

Commissaires : Camille Morineau, Lucia Pesapane
Scénographie :  Laurence Le Bris

 

Exceptionnelle du fait de son ampleur, cette exposition inédite réunit près d’une centaine d’œuvres, des années 1980 à nos jours. Deux sculptures (Alice et Marie Madeleine) accueillent les visiteurs au sein des cours extérieures de la Monnaie de Paris et l’exposition se déploie sur deux niveaux, sur plus de
1000 m2, notamment au cœur des salons historique côté Seine.
Le parcours conduit à travers les thématiques majeures du travail de l’artiste, parmi lesquelles le corps humain, les figures féminines et la symbiose avec la nature composent des motifs récurrents. Les œuvres présentées à la Monnaie de Paris reflètent la grande diversité de la pratique de Kiki Smith, qui explore de nombreux médium : le bronze, le plâtre, le verre, la porcelaine, la tapisserie, le papier, ou encore la cire.
L’art de Kiki Smith se nourrit symboliquement des souvenirs de son enfance – des lectures des contes de Grimm et de Perrault au travail de modélisation effectué pour son père, le sculpteur Tony Smith.
L’ensemble de son œuvre est marqué par sa fascination pour le corps humain, qu’elle représente d’abord de manière morcelée, la peau apparaissant comme une frontière fragile avec le monde. Dès le milieu des années 1980, Kiki Smith propose une manière inédite d’explorer le rôle social, culturel et politique des femmes. Son travail prend, par la suite, un tournant plus narratif. Dans une perspective féministe, elle s’empare notamment de grandes figures féminines bibliques pour en proposer de nouvelles représentations. Dans son corpus, celles-ci côtoient des héroïnes de contes, ou le personnage ambigu de la sorcière, à la croisée de l’univers fantastique et de la culture populaire. À partir des années 2000, les grands mythes des origines attirent progressivement son attention, et la cosmogonie devient un chapitre à part entière de sa pratique. Parallèlement, femmes et animaux coexistent souvent de manière harmonieuse : leurs corps se relient parfois et des fusions opèrent, indépendamment de toute vraisemblance.

L’œuvre de Kiki Smith s’apparente ainsi à une traversée, une quête romantique de l’union des corps avec la totalité des êtres vivants et du cosmos. D’éléments microscopiques aux organes, des organes au corps dans son ensemble, puis du corps aux systèmes cosmiques, l’artiste explore la relation entre les espèces et les échelles, cherchant l’harmonie qui nous unit avec la nature et l’univers.

Si la sculpture occupe une place centrale dans son travail, Kiki Smith réalise également de nombreux dessins, aux dimensions souvent importantes. L’artiste apprécie particulièrement l’art de la gravure et possède une collection personnelle de médailles et de monnaies anciennes.
L’exposition se prolonge au sein du parcours du musée du 11 Conti – Monnaie de Paris, avec une présentation de pièces issues des collections patrimoniales choisies par Kiki Smith.

Sleeping, Wandering, Slumber, Looking About, Rest Upon, 2009-2019 À l’origine, cet ensemble sculptural en bronze a été imaginé pour être déployé au sein d’un vaste espace vert. L’artiste a choisi de l’installer dans le Salon Dupré consacré aux grands hommes de la Monnaie de Paris et où les précédents artistes invités ont eu tendance à proposer des œuvres monumentales et verticales, Kiki Smith a imaginé une œuvre reposant sur la dissémination, l’horizontalité, la féminité et l’animalité confondues. Trois femmes en bronze dorment, accompagnées de trois moutons. Les mots du titre reprennent et décrivent très brièvement la posture de chacune de ces six formes, qui invitent à circuler entre elles et pourquoi pas à s’y asseoir, comme l’animal perché sur le corps endormi. Dans une atmosphère bucolique, femmes et animaux cohabitent de manière harmonieuse. Un sentiment de quiétude se dégage de cette imagerie pastorale, où les moutons semblent veiller leurs bergères assoupies. Caractéristique du tournant amorcé par Kiki Smith dans son travail à compter des années 2000, lorsque le corps féminin, la nature et le monde animal s’enchevêtrent, la scène semble échappée des contes et des légendes populaires que l’artiste apprécie tant.

Le travail de Kiki Smith est une réconciliation des contraires. De même qu’inspiration et expiration se complètent dans la respiration, spirituel et corporel, masculin et féminin, homme et animal, enfance et monde adulte, artistique et décoratif, intérieur et extérieur du corps, vertical et horizontal, petit et grand s’y entendent.

Le ciel et la terre, le corps et l’esprit, le liquide et le solide, matérialité et religiosité, poétique et tragique, banal et spirituel, art médiéval et art contemporain y sont invités à travailler ensemble. Au lieu d’opposer, son travail hybride. Au lieu de s’imposer, ses sculptures nous accueillent : ce sont des mises en cohérence.

Horaires d’ouverture
Du mardi au dimanche 11h – 19h
Mercredi jusqu’à 21h
11, Quai de Conti 75006 Paris

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La Saison Africa2020

Eva Diallo, François-Xavier Gbré, Ange-Frédéric Koffi, et Emmanuelle Walter
à la Filature de Mulhouse

Toujours à l’avant-garde la Galerie de la Filature de Mulhouse
devance la Saison AFRICA2020, une invitation à regarder et comprendre le monde d’un point de vue africain, qui se déroulera sur tout le territoire français (métropole et territoires ultra-marins) du 1er juin à fin décembre 2020. Conçue autour des grands défis du 21e siècle, elle présentera les points de vue de la société civile africaine du continent et de sa diaspora récente.
Africa2020 sera la caisse de résonance de ces agents du changement qui impactent les sociétés contemporaines.
Dans le cadre du festival les Vagamondes « I was here, I saw here »,
montre un focus sur 6 photographes, originaires du Mali, du Sénégal, du Mozambique et de Côte d’Ivoire.
Eva Diallo, King Massassy, Omar Victor Diop, François-Xavier Gbré, Ange-Frédéric Koffi, Mauro Pinto donnent à voir leurs photos jusqu’au 23 Février 2020

 

Certains, comme Omar Victor Diop, s’accomplissent dans la lignée de précurseurs tel Malick Sidibé ou Seydou Keïta (voir mes articles) tout en convoquant l’histoire de l’art occidental et en cherchant à capturer la diversité des sociétés et des modes de vie de l’Afrique moderne. D’autres, comme François-Xavier Gbré, en prise avec le temps et la géographie des territoires qu’ils traversent – des vestiges coloniaux aux paysages redéfinis par l’actualité –, convoquent le langage de l’architecture comme témoin de la mémoire et des changements sociaux.

                                                      François-Xavier Gbré
Quelles que soient leurs influences – la photo documentaire, conceptuelle, d’architecture, le portrait ou l’autoportrait en studio, la mode et le hip-hop –, les œuvres sont toutes traversées par la question d’une insaisissable identité et interrogent la place des Africains dans l’Histoire du monde. Souvent orientés sur des sujets d’actualité, plus particulièrement sur la migration de l’Afrique à l’Europe, leurs photographies sont une tentative de procéder à une narration réinventée de l’histoire du peuple noir, et partant, de l’histoire de l’humanité et celle de la notion de liberté.

Eva Diallo, installée en Suisse, se penche sur le chemin que certains de ses proches ont entrepris pour arriver en Europe. Elle documente leur parcours depuis le Sénégal, jusque dans le sud de l’Italie. Ses cousins exilés posent devant l’objectif, taisent leurs difficultés afin de ne pas décevoir ceux restés au pays, qui attendent quelque argent et qui souhaitent tous partir.

Omar Victor Diop, se met lui-même en scène dans son art, adoptant ainsi dans la position de narrateur et de personnage à la fois, et s’obligeant à affronter directement ses propres doutes. Il fait référence au monde du sport, celui du football en particulier, afin de montrer la dualité d’une vie de gloire et de reconnaissance qui est aussi une vie passée à être « l’autre ». On retrouve ce paradoxe aussi bien chez les footballeurs d’aujourd’hui que chez les hommes représentés dans ses autoportraits. 

François-Xavier Gbré  convoque ainsi le langage de l’architecture comme témoin de mémoire et des changements sociaux. Écrivant des récits visuels où s’entremêlent son expérience personnelle, la charge historique et symbolique des territoires qu’il photographie et la densité du vécu de ceux qui les regardent.

King Massassy, ancien petit cireur, rappeur, voyageur, comédien, après un rencontre décisive avec Rosa Park aux US, retourne au Mali pour se consacrer à la photographie. Il déplie le tapis rouge devant un mur jaune pour rendre hommage au « PIB » de son pays, ces petites gens qui vont dans une direction le matin et repartent en sens opposé le soir, qui travaillent dur, sans rien attendre.

Mauro Pinto originaire du Mozambique, interroge la création visuelle, l’information et la communication. Ses œuvres, qui peuvent être perçues comme provocantes, capturent l’essence de l’espace grâce à un jeu habile avec les contrastes. Le culte de Do constitue le symbole de cohésion sociale des villages Bwa. Do est incarné par le masque de feuilles qui recouvre la totalité du corps du porteur. Aucun musée ni collectionneur ne peuvent l’acquérir, tant il est sacré, ni le conserver à cause de la nature de ses matériaux par essence éphémères.

Ange-Frédéric Koffi, co-commissaire avec Emmanuelle Walter est un ancien de  la Haute École des Arts du Rhin (Hear).
Dans ces images, médiums et expériences se nouent et se confondent dans un motif, celui du transport. Les images s’imbriquent les unes aux autres. Ces fragments forment des découpes dans le mouvement et font entrevoir la fugacité de cette société africaine en bouillonnement perpétuel. Le moyen de transport n’est plus seulement un objet de l’image, il devient une forme figurée et allégorique du dynamisme.

Club sandwich
jeudi 16 janv. 12h30 visite guidée de l’expo avec King Massassy + pique-nique tiré du sac
sur inscription 03 89 36 28 28
Apéro photo mercredi 29 janv. 19h15 visite guidée de l’expo + apéritif
offert sur inscription 03 89 36 28 28
Les vagamondes festival des cultures du sud 8e édition du 14 au 25 janv. 2020 théâtre · danse · musique · cinéma · photographie · rencontres · conférences
La Filature, Scène nationale – Mulhouse

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Degas à l’Opéra

Degas, la Leçon de Danse, pastel sur papier contrecollé sur carton vers 1876
collection particulière

Jusqu’au 19 janvier 2020
Cette exposition est organisée par les musées d’Orsay et de l’Orangerie, Paris et la National Gallery of Art, Washington DC, à l’occasion du
trois cent cinquantième anniversaire de l’Opéra de Paris.
L’exposition est réalisée avec le concours exceptionnel de la
Bibliothèque nationale de France.

Tout au long de sa carrière, de ses débuts dans les années 1860 jusqu’à ses œuvres ultimes au-delà de 1900, Degas a fait de l’Opéra le point central de ses travaux, sa « chambre à lui » pour parler comme son ami Mallarmé. Il en explore les divers espaces (salle et scène, loges, foyer, salles de danse),

s’attache à ceux et celles qui les peuplent, danseuses (sur scène, au repos, s’exerçant), chanteurs, musiciens de l’orchestre, spectateurs, abonnés en habit noir hantant les coulisses. Si les autres sujets traités par l’artiste (portraits, paysages, scènes de courses, de maisons closes, de café-concert, modistes ou repasseuses…) n’apparaissent que de façon sporadique, l’Opéra est continûment présent. C’est que cet univers clos, qui ne laisse à travers les fenêtres voilées ou aveuglantes des salles de danse que de rares échappées vers l’extérieur, est un microcosme aux infinies possibilités, qui permet toutes les expérimentations : multiplicité des points de vue suscitant des cadrages inusités (vues plongeantes ou di sotto insu), contraste des éclairages, étude du mouvement et de la vérité du geste, dont la spontanéité apparente dissimule l’entraînement constant et l’étude patiente, rapprochement aberrant des corps qui provoque ces « belles grappes » qu’il appréciait tant… tout ce que pourvoit ce monde de « distance et de fard ». L’Opéra est aussi un laboratoire propice aux innovations techniques : c’est avec Ludovic Lepic, habitué de l’Opéra pour lequel il créa des costumes, et sur le thème du Maître de ballet que Degas réalisa en 1876-1877 son premier monotype, en 1881, Petite danseuse de quatorze ans, statue de cire complétée d’accessoires véritables, révolutionne la sculpture. Depuis la grande rétrospective de 1988 (Paris, New York, Ottawa) qui a marqué le renouveau des études sur Degas, plusieurs expositions ont été consacrées au « peintre des danseuses » (notamment Degas and the Dance, Detroit et Philadelphie 2003 ; Degas and the Ballet ; Picturing Movement, Londres, 2011). Mais aucune n’a envisagé l’Opéra globalement, étudiant tout à la fois le lien passionné qu’il avait avec cette maison – « le manque d’opéra est une souffrance véritable » écrivait-il après quelques semaines seulement à la Nouvelle-Orléans -, ses goûts musicaux (son attachement au Grand opéra français et sa haine du wagnérisme), ses relations personnelles avec les directeurs successifs, les compositeurs (Auber, Reyer ou Chausson), le corps de ballet (Mlles Salle, Sanlaville, Van Goethem, Chabot, Biot, Mauri…), les chanteurs (Jean-Baptiste Faure, Rose Caron…), les abonnés (le milieu Halévy), mais aussi les infinies ressources de cette merveilleuse
« boîte à outils ». Les premiers carnets de l’artiste, conservés à la Bibliothèque Nationale de France, montrent son intérêt précoce pour la scène. En 1860, il ouvre avec Petites filles spartiates provoquant des garçons à la lutte (Londres, National Gallery)

un chantier de plus de vingt ans où les jeunes gens, s’exerçant dans l’aride plaine de Sparte, deviennent les prototypes des scènes de ballet à venir. Le Portrait de Mlle E(ugénie) F(iocre) à propos du ballet de « la Source » (New York, The Brooklyn Museum), exposé au Salon de 1868, L’Orchestre de l’Opéra (Musée d’Orsay, vers 1870) introduisent définitivement et sur des modes divers l’Opéra dans l’œuvre de Degas. Des « exercices de précision » du début des années 1870 aux pastels et fusains à « gros traits » des années 1890 et 1900, Degas use des techniques et supports les plus divers, les déclinant en peintures de grand format, en « produits » ou « articles » destinés à la vente, en sculptures, en illustrations (La Famille Cardinal), en éventails, se limitant au noir et blanc ou se livrant à des « orgies de couleurs ». Il explore ainsi tous les recoins, tous les usages et, entre observation réaliste et fantasmagorie
– « J’en ai tant fait de ces examens de danse, sans les avoir vus, que j’en suis un peu honteux » écrit-il autour de 1880 – construit autour de l’Opéra son œuvre.

Commissaires : Henri Loyrette, commissaire général, Leïla Jarbouai, conservatrice au musée d’Orsay, Marine Kisiel, conservatrice au musée d’Orsay, Kimberly Jones, conservatrice à la National Gallery of Art de Washington

Je ne pouvais manquer les

               Degas danseuses bleues Fondation Beyeler

La deuxième étape de l’exposition aura lieu à la National Gallery of Art de Washington du 1er mars au 5 juillet 2020.

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Charlotte Perriand

© F.L.C./ ADAGP, PARIS, 2019/COURTESY OF VITRA DESIGN MUSEUM

Jusqu’au 24 février 2020

A l’occasion du vingtième anniversaire de la disparition de Charlotte Perriand (1903-1999), la Fondation Louis Vuitton lui consacre une grande exposition abordant les liens entre art, architecture et design. Pionnière de la modernité, l’architecte et créatrice Charlotte Perriand est notamment connue pour son apport essentiel au domaine du design. La Fondation propose au visiteur un voyage au fil du XXème siècle dans l’ensemble de ses galeries, aux côtés d’une femme engagée dans la définition d’un nouvel art de vivre.

L’exposition entend retracer le travail d’architecte de Charlotte Perriand, dont l’œuvre anticipe les débats contemporains autour de la femme et de la place de la nature dans notre société. Elle offre au visiteur la possibilité d’entrer de plain-pied dans la modernité, grâce à des reconstitutions, fidèles scientifiquement, intégrant des œuvres d’arts sélectionnées par Charlotte Perriand afin d’incarner sa vision de la synthèse des arts. A travers cette exposition, l’œuvre de Charlotte Perriand nous invite à repenser le rôle de l’art dans notre société : objet de délectation, il est aussi le fer de lance des transformations sociétales de demain.

L’APPARTEMENT IDEAL (Galerie 1)


Le rez-de-bassin est consacré à l’invention d’une modernité oscillant entre fascination pour l’industrie, engagement politique et nécessaire retour vers la nature. Dès les années 1920, Charlotte Perriand imagine un
« art de vivre » en rupture avec les codes de son époque. S’inspirant de l’univers de l’automobile, du cinéma et repensant le rôle de la femme, elle conçoit pour son studio de Saint-Sulpice (1927) des meubles en acier chromé qui témoignent d’une étonnante modernité, puis étudie un projet intitulé « Travail & sport » (1927) qui illustre sa vision de l’appartement moderne. Associée à Le Corbusier et Pierre Jeanneret, elle dessine en dialogue avec eux des « icônes » telles que la « chaise longue » ou le
« fauteuil grand confort » qui prennent place au sein d’un appartement idéal, présenté lors du Salon d’automne de 1929.

ENGAGEMENT POLITIQUE & RETOUR VERS LA NATURE (Galerie 2)

 Consciente de l’écueil d’une modernité vouée au fonctionnalisme, elle opère dès les années 1930 un retour vers la nature et s’engage en faveur d’un renouveau de l’habitat. Elle dénonce « La grande misère de Paris » en matière de logement et propose avec la Maison du jeune homme (1935) un espace où s’entrelacent lumière, œuvres d’art, objets trouvés et meubles modernes. La confrontation entre ses photographies d’art brut et les dessins de Fernand Léger illustre la force d’une nature dans laquelle Charlotte Perriand puise son inspiration, créant ses premières
« formes libres » aux courbes organiques.

LE JAPON & LA RECONSTRUCTION (Galerie 4)
Invitée au Japon en 1940 pour orienter la production du pays dans le domaine des arts appliqués, elle présente une exposition intitulée « Sélection-Tradition-Création » (Galerie 4) qui appelle à repenser l’espace à vivre et l’usage de matériaux traditionnels, tels que le bambou. Elle influence une génération de designers japonais et puise dans cette culture de nouvelles sources d’inspiration. Après la Libération, elle prend part à la Reconstruction, faisant appel à des artistes, tels que Fernand Léger, Pablo Picasso ou Alexandre Calder pour ses projets. En 1947, le magazine Elle la consacre ministre de la Reconstruction, dans un hypothétique 1er ministère de femmes. (n°15)

Les chambres d’étudiants qu’elle dessine pour la Maison du Mexique (1952) et la Maison de la Tunisie (1952) illustrent sa réflexion sur l’espace minimum et l’imbrication entre mobilier, architecture et art. Cette Reconstruction est bien sûr physique mais également métaphorique, avec pour ambition d’offrir aux hommes et aux femmes un indispensable renouveau après le traumatisme de la guerre. Sa fenêtre dévoilant un dessin de Picasso (Maison familiale de Nelson, 1947), la sélection de « formes utiles » qu’elle réalise à l’occasion d’une exposition au musée des Arts décoratifs (1949-1950), ainsi que la cuisine ouverte de l’unité d’habitation de Marseille sont autant d’exemples de cette fonction poétique qu’entend offrir Charlotte Perriand.

 

 

UNE SYNTHESE DES ARTS ET DES CULTURES (Galerie 5, 6 et 7)

La continuité entre Art et Architecture s’incarne dans l’exposition « Proposition d’une Synthèse des arts » qui s’ouvre à Tokyo en 1955 (Galerie 5). Charlotte réunit ses compagnons de route, Fernand Léger et Le Corbusier, mais aussi Hans Hartung et Pierre Soulages, en concevant un espace qui unit peintures, sculptures, tapisseries, mobilier et architecture, abolissant les frontières des disciplines. Son dessein est de transformer le quotidien grâce aux arts en créant un nouveau rapport au monde, de nouvelles interactions sociales, moins cloisonnées et sollicitant les sens. Cette proposition utopique est portée à Paris par la galerie Steph Simon (Galerie 6) qui diffuse les créations emblématiques de l’art de vivre de Charlotte Perriand. La résidence qu’elle imagine à Rio (Galerie 7) illustre la capacité de cette créatrice infatigable à se renouveler tout au long de sa carrière, en demeurant toujours fidèle à ses principes : concevoir des formes utiles, intégrant les technologies d’avant-garde ainsi que les savoir-faire de différentes cultures.

CHARLOTTE PERRIAND ET LES ARTS (Galerie 9)
Le dernier niveau de la Fondation présente des aspects méconnus de l’œuvre de Charlotte Perriand, notamment sa contribution au monde des musées et des collectionneurs (Galerie 9). L’équipement du musée d’art moderne (1965), l’appartement du collectionneur Maurice Jardot (1978) et la nouvelle conception de la galerie Louise Leiris (1989) définissent des espaces qui invitent à un dialogue entre le visiteur et les œuvres. Charlotte Perriand est aussi un grand « bâtisseur ».

L’ARCHITECTURE DES ARCS (Galerie 8 et 10)
Réfléchissant à la préfabrication dès les années 1930, elle imagine avec Pierre Jeanneret un « Refuge Tonneau » (1938), tout à la fois abri et invitation au voyage. Cet amour de la nature et de la montagne explique la force et la discrétion de l’architecture que dessine Charlotte Perriand pour la station de ski des Arcs en Savoie (1967-1989). Rivalisant d’ingéniosité quant à leur inscription dans la pente, ses immeubles offrent à leurs occupants des lieux de repos, mais aussi de contemplation, avec de spectaculaires cadrages des sommets alpins (Galerie 10).

Enfin la dernière galerie du parcours (Galerie 11) invite le visiteur à une méditation sur la place de la nature et l’importance du dialogue des cultures, avec la Maison de thé (1993), réalisée pour l’UNESCO et dialoguant avec des œuvres d’artistes japonais, tels que Sofu Teshigahara et Isao Domoto.

Le comité scientifique de l’exposition réunit cinq commissaires :
Jacques Barsac, Sébastien Cherruet, Gladys Fabre, Sébastien Gokalp,
Pernette Perriand
; et Arthur Rüegg comme conseiller scientifique pour les reconstitutions.

               Le  Corbusier

               Calder


Fernand Léger

Fondation Louis Vuitton

Bernard Arnault, Président

Jean-Paul Claverie, Conseiller du Président

Suzanne Pagé, Directrice artistique

Sophie Durrleman, Directrice déléguée

 

 

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