Sommaire du mois d'avril 2019

Tous au Séchoir jusqu’au 26 mai 2019,

avec Mise au Vert et Fleurs, Fleurs, Fleurs
01 avril 2019 : Premier avril 2019
01 avril 2019 : La suppression des blogs du Monde ?
02 avril 2019 : La Collection Courtauld, Le parti de l’impressionnisme
05 avril 2019 : Fondation Louis Vuitton / La Collection : Le parti de la Peinture Nouvelle sélection d’oeuvres
13 avril 2019 : Talents Contemporains 7ème édition
16 avril 2019 : VASARELY, LE PARTAGE DES FORMES
18 avril 2019 : Thomas Houseago Almost Human
21 avril 2019 : Joyeuses Pâques
24 avril 2019 : Lois Weinberger – Debris Field
26 avril 2019 : Pas de poudre aux yeux, Françoise Saur
27 avril 2019 : Damien Deroubaix, Headbangers Ball – Porteur de lumière

Lois Weinberger – Debris Field

Jusqu’au 1er septembre 2019
En présentant « Lois Weinberger – Debris Field»,
le Musée Tinguely propose au public de découvrir
un travail de recherche archeo-poétique.

C’est à un véritable cabinet de curiosités que nous sommes
invités à découvrir.
A travers son travail, l’artiste autrichien Lois Weinberger
explore et révèle de manière fascinante des vestiges
de plusieurs siècles d’occupation de la ferme de ses
parents. Debris Field (2010- 2016) s’apparente a une
fouille se déployant dans les strates sédimentaires du
grenier et du plancher de la ferme. L’artiste considère la
maison comme les archives de l’existence et les vestiges
comme des notes marginales qui accompagnent l’essence
des archives, à savoir leurs espaces vides.

Il exprime ces lacunes essentielles et leurs espaces de
mémoire avec des oeuvres poétiques et rend le surréalisme
du quotidien visible à travers des objets, dessins, textes
et photographies.
Avec l’exposition consacrée à Lois Weinberger
s’ouvre un dialogue sur les différentes histoires de la
ferme qui ont servi de sources matérielles à chacune
des oeuvres.
Pionnier dans la recherche archeo-artistique
Les recherches artistiques pionnières de Lois Weinberger
(*1947 a Starns, Haut-Adige) associent l’art, la société et
la nature. Il accède à la notoriété lors de la documenta X
en 1997 lorsqu’il implante des néophytes invasives sur
une voie ferrée abandonnée
en guise de métaphore
des processus migratoires de notre époque. Il s’intéresse
à la beauté des rebuts et des choses dissimulées de l’envers du
paysage et des terrains vagues.

A travers une variété de formes d’expression et une
inclination pour l’expérimental, il entend présenter ses
recherches comme des processus complexes qui
témoignent du changement constant, du devenir et
semblable à des complices pour entreprendre un voyage
et faire des découvertes par-delà la disparition.
Par leur franchise et leur indétermination, ses installations
invitent les regardants semblables à des complices à
entreprendre un voyage et à faire des découvertes par
eux-mêmes.

Debris Field ( 2010- 2016 ) explore et révèle de manière
fascinante des vestiges de plusieurs siècles d’une ferme exploitée
jusqu’à nos jours par la famille de Weinberger.
Rattachée au monastère de Starns, la ferme reflète l’histoire
de leurs influences réciproques. Elle renferme des histoires
tour à tour pieuses et superstitieuses et d’autres qui racontent
l’austérité de vies de privations entre culture monastique
et pratiques associées au Moyen Age tardif.

Debris Field s’apparente à une fouille se déployant dans
les strates sédimentaires du grenier et du plancher
de la ferme. Dans cette « archéologie de l’habitable »,
l’absence de contact avec la terre et l’humidité a permis
de préserver une richesse semblable à un cabinet de
curiosités composant un remarquable cosmos de la vie
paysanne qui rend possible une plongée dans le quotidien.
Parmi les débris les plus captivants, ceux qui trouvent
leur origine dans des rites issus de la culture populaire
pour conjurer le malheur.

Ces objets para-religieux et apotropaïques –
crânes d’animaux , pattes de chien, momie de chat et
chaussures orphelines de défunts conservées sous
le plancher – s’imposent grâce a leur pouvoir instantané
aux cotes de témoignages de la foi chrétienne comme des
textes sacrés, des images d’indulgence et des billets de
confession, des insignes de pèlerins ou encore des reliquaires.

Weinberger considère la maison comme les archives
de l’existence et les vestiges comme des notes marginales
qui définissent l’essence des archives, à savoir leurs espaces
vides. Il exprime ces lacunes essentielles et leurs espaces
de mémoire avec des oeuvres poétiques et représente le
surréalisme du quotidien à travers des objets, dessins, textes
et photographies.
Ceux-ci se prêtent à des mises en scène ludico-animistes
conçues par association ainsi qu’à des réévaluations par
l’intégration de ce que l’archéologie classique perçoit
comme insignifiant.

Ainsi, des journaux fragmentés en morceaux par des souris
pour la construction de leur nid sont par la suite rongés
autour des caractères d’imprimerie par des poissons d’argent.
En dialogue avec
Mengele-Danse macabre de Jean Tinguely
« Lois Weinberger – Debris Field» est la troisième
d’une série d’expositions en dialogue avec

Mengele -Danse macabre (1986) de Jean Tinguely
qui s’attache à souligner le caractère pluridimensionnel
de cette oeuvre tardive. Dans le cadre de l’inauguration
du nouvel aménagement de la salle en 2017, une première
exposition consacrée à Jerome Zonder mettait en évidence
les aspects de la critique du totalitarisme.
En 2018, une seconde exposition organisée autour de
Gauri Gill abordait les thèmes du memento mori
et de la danse macabre. A présent, cette troisième
exposition consacrée à Lois Weinberger ouvre un
dialogue sur les différentes histoires de la ferme
qui ont servi de sources matérielles à chacune des
oeuvres.
Commissaire d’exposition:
Roland Wetzel, directeur du Musée Tinguely,

conjointement avec l’artiste .
Publication
A l’occasion de l’exposition paraitra en reférence à
la publication épuisée Debris Field Erkundungen im
Abgelebten, 2010-2016 de la documenta 14 (2017)
une nouvelle interprétation de cet ouvrage en
allemand et en anglais.
Une présentation d’oeuvres inédites sera complétée
par un texte poétique de Lois Weinberger ainsi
que deux contributions de Roland Wetzel et
Adam Szymcyzk, commissaire de la documenta 14 a Kassel et à
Athènes.
Musee Tinguely I Paul Sacher-Anlage 1 I 4002 Bale
Horaires: mardi – dimanche, 11h-18h
Site internet : www.tinguely.ch

Mon petit saut à Baden Baden

Deux engueulades et un semi-compliment
Tout Baigne ce matin-là, le soleil est au rendez-vous.
Le TER, puis l’ICE sont à l’heure.

A Bâle, SBB je m’installe dans un compartiment « Ruhe » où je suis
la seule voyageuse. Ce n’est qu’à Freiburg, qu’un musicien
après avoir bien inspecté les réservations affichées sur
la porte me rejoint. Il doit aussi être à la recherche de
calme.
Il pose délicatement sa contrebasse dans le compartiment
à bagages et se plonge dans un livre.
A Baden Baden le « schnell-bus » est en gare, bondé, je crains
le pire, en effet, pas de place assise, je reste debout jusqu’au
musée Burda.
Après ma visite  au musée Frieder Burda, ayant déjeuné
au soleil à une terrasse,

je poursuis ma balade, les fleurs annoncent le printemps.
Je marche sur une plate bande pour zoomer sur les belles
fleurs bleues.
Je suis apostrophée par une dame, en allemand qui visiblement
n’apprécie pas mon geste. Je lui réponds, avec mauvaise foi,
que je ne la comprends pas. Surtout que d’autres personnes
en font autant, et c’est à moi qu’elle s’adresse !

Au retour, je m’assieds à l’extérieur de la gare de Baden Baden, au
soleil. Un léger vent, qui  monte de plus en plus en intensité.
Une chaise vole. Ne voilà-t’il pas qu’un distributeur de
journaux gratuits, m’interpelle sur un ton menaçant, il
ramasse la chaise, et me fait comprendre que je dois prendre
soin du matériel, matériel qui est à tous, et ne m’appartient en
aucun cas.
A peine a t’il le dos tourné, que la fameuse chaise s’envole
à nouveau. On est repartit pour la scène 2.

Deux allemandes me demandent la permission de
s’installer à ma table, étant donné que les autres sont
prises, elles ramassent la chaise, s’attablent pour
manger, les plats achetés au self de la gare.
Soudain, un coup de vent emporte le petit pot
de sauce prévu pour assaisonner la salade de l’une d’elle,
ainsi que son petit pain. Elle ramasse le tout et,
imperturbable, affamée sans doute, elle mange de bon
appétit. Le pot s’envole à nouveau, je lui montre la
poubelle, ravie, elle l’y jette.
Puis comme c’est l’heure du retour,  je vais sur le quai pour
attendre le TGV, annoncé à l’heure.
Sur le tableau des placements il y a une grand barre
rouge qui indique « vous êtes ici ».  Trop contente, je constate
que la voiture 15 où je dois prendre place s’arrêtera exactement
à cet endroit.
Le TGV arrive et comme de coutume à Baden Baden
cela devient surréaliste,
c’est panique sur le quai, tous les voyageurs courent,
la plupart munis de valises, et accompagnés d’enfants,
car entre les indications du plan et l’arrêt réel du TGV
il y a comme un grand écart.

C’est comme si entre la DB et la SNCF il y a une
mésentente viscérale, dont l’origine est inexplicable.
Puis je gagne ma place dans un carré où 3 jeunes
ont fermé le rideau pour mieux se pencher sur leurs
smartphones respectifs.
Arrivée à destination je m’apprête à descendre,
c’est là qu’un jeune m’interpelle :
« Vous avez ENCORE le look »
moi : pourquoi encore ?
lui : je voulais vous faire un compliment, je voulais
être gentil

moi : maladroit…
il aggrave son  cas
lui : ben il y a des jeunes de 30 ans qui s’habillent
comme des vieux.  😡
 

Sommaire du mois de Février 2019

Banksy en me
musée Frieder Burda de Baden Baden

01 février 2019 : 1518, LA FIÈVRE DE LA DANSE
03 février 2019 : Sigmund Freud, du Regard à l’Ecoute
05 février 2019 : Le jeune PICASSO – Périodes bleue et rose
10 février 2019 : Tomi Ungerer
14 février 2019 : Clément Cogitore
17 février 2019 : Roots Canal avec Cyprien Gaillard
20 février 2019 : Gina Folly au Kunsthaus Baselland
25 février 2019 : La Brique, The Brick, Cărămida
27 février 2019 : Banksy @ Museum Frieder Burda

Banksy @ Museum Frieder Burda

Love is in the bin
Jusqu’au 03 mars 2019

Le Musée Frieder Burda présente pour la première fois
au public en février 2019 « Love is in the Bin », œuvre
de Banksy récemment acquise aux enchères chez
Sotheby’s à Londres par une collectionneuse européenne.
Elle est exposée pendant quatre semaines durant lesquelles
s’est tenu également un colloque.
Début octobre, l’autodestruction partielle de cette oeuvre devant
un public médusé, juste après son acquisition pour
1,042 million de livres (1,185 million d’euros) chez
Sotheby’s à Londres, avait jeté le trouble dans le marché de l’art.
Cette oeuvre en peinture acrylique et aérosol, l’une des plus
célèbres de Banksy, montrait une petite fille laissant s’envoler
un ballon rouge en forme de coeur.
Le mystérieux artiste de Bristol, qui maintient l’anonymat avait
revendiqué ce pied de nez au marché de l’art, voulant dénoncer
sa « marchandisation ». L’acheteuse de la toile, une
« collectionneuse européenne », avait ensuite confirmé
sa décision
d’acquérir la nouvelle oeuvre créée ce soir-là »,
avait annoncé Sotheby’s.
Depuis qu’existe l’art conceptuel, les artistes se sont à
plusieurs reprises essayé à la disparition de l’existence
même de l’œuvre d’art, voire à sa destruction, en vue de
saper sa valeur vénale ou de la transférer dans un
autre système de valeurs.

L’autodestruction du tableau de vidéo
Banksy, « Girl with Balloon », daté de 2006,
a sans nul doute permis à cette stratégie artistique
d’atteindre une apogée radicale et nouvelle, et a fait
grand bruit dans le monde entier. En quelques secondes
ce travail acquérait le statut d’œuvre de renom
international – et ce dans un monde pratiquement
submergé par les images.

Le musée a prévu une mise en scène toute concentrée
sur le tableau lui-même, nouvelle icône mondiale, et
visant parallèlement à rendre plausibles les motivations
et intentions contenues dans l’œuvre de Banksy – tout
comme à questionner le contexte dans lequel évolue un
monde artistique qui autorise, ou plutôt génère à lui- seul
la possibilité d’une pareille évolution, pour ne pas dire
explosion, des valeurs et références.

Les conditions d’entrée sont aménagées – dans un esprit
conforme aux propres convictions de Banksy– de façon
à ce que la visite soit accessible au plus grand nombre.
Torpiller les stratégies du marché de l’art – tout en leur
insufflant une forte dynamique : une série de discussions
a permis en accompagnement de se pencher sur cette
question fondamentale, sur la stratégie subtile de Banksy.

Y ont  participé notamment Elke Buhr, rédactrice en chef
de Monopol, Wolfgang Ullrich, chercheur en sciences de
la culture, ainsi que le
spécialiste de Banksy, Ulrich Blanché.
La mise en scène de « L’amour est dans la poubelle »
dans le musée a reçu beaucoup de popularité.
Elle s’appuyait entièrement sur la photo, la nouvelle
« icône mondiale », comme cela a souvent été mentionné
dans la vaste couverture nationale et internationale.
Dans le même temps, elle a essayé sous une forme
concentrée de rendre plausibles les arrière-plans et
les intentions du travail Banksy et de remettre en
question les conditions dans un monde de l’art.

Un monde de l’art qui rend possible un tel développement,
voire une explosion de valeur, en premier lieu.
Les conditions d’admission étaient – délibérément orientées
sur les croyances de Banksy – conçues délibérément
pour que la visite d’un maximum de personnes soit possible:
Au lieu d’admission, un don à un organisme de bienfaisance
a été demandé.
Des fans de Banksy du monde entier sont venus rendre visite.
La foule de visiteurs, 60 000, dont 7000
le dernier week end,

qui ont visiblement apprécié l’atmosphère détendue autour
de l’image comprenait de nombreux jeunes, des familles
et des classes entières.
« J’étais là »: d’innombrables selfies avec le travail
de Banksy constituent le document de fond sur la rencontre
totalement amusante avec l’art.
À compter du 7.3.2019, la Staatsgalerie Stuttgart intégrera
sous forme de prêt permanent l’image de
«L’amour est dans le bac» (de la poubelle ? 🙄 ) de Banksy
et en discutera ainsi l’importance pour l’histoire de l’art.

Gina Folly au Kunsthaus Baselland

Pour le projet annuel du Kunsthaus Baselland 2019,
l’artiste Gina Folly (* 1983, Zurich), établie entre
Bâle et Paris, a créé une nouvelle œuvre de plus de
huit mètres, située sur la façade, à l’avant du Kunsthaus,
au cœur de l’espace urbain.

Pendant de nombreuses années, Gina Folly s’est largement
concentrée sur le support photographique, qu’elle
a développé et complété par de nouvelles formes
et possibilités de présentation.
Les plantes, les animaux
ou même les choses du quotidien et les situations avec
lesquelles elle réfléchit et analyse avec précision
son environnement immédiat peuvent jouer un rôle
essentiel dans son travail d’installation.
L’homme dans son environnement créé par lui
– entre naturel et artificialité, dans la création
constante de chaque concept de vie – sont d’autres
sujets qui intéressent l’artiste.
Les événements et phénomènes politiques, économiques,
culturels, sociaux, ainsi que les questions écologiques,
avec lesquelles elle reflète et analyse précisément son
environnement immédiat, peuvent jouer un rôle essentiel
dans son travail d’installation.

Pour le projet annuel 2019 Mode, Sexe et Mort – Science –
Sports, jardins et consommations, c’est une immense
bibliothèque composée de ses livres et auteurs préférés,
qu’elle a classé selon des critères très particuliers,
en apposant des étiquettes trouvées dans une brocante (?)
Il restera présent dans l’espace public pendant les 12 prochains
mois, 24 heures par jour, permettant, changeant, irritant et
s’inscrivant dans un vaste espace extérieur.

Dienstag – Sonntag

11–17 Uhr

Roots Canal avec Cyprien Gaillard

Au Musée Tinguely de Bâle
Que ce soit avec ses films, photographies ou sculptures,
Cyprien Gaillard
(né en 1980, Paris) évoque la perpétuelle destruction,
préservation ou reconstruction des villes. Les oeuvres présentées
jusqu’au 5 mai 2019 dans l’exposition «Roots Canal» traduisent
l’incessante transformation du paysage urbain et celle,

conjointe, de la nature et des hommes. Au bord du basculement,
les oeuvres de l’artiste évoquent l’imminence, ou l’avènement,
d’une métamorphose. Elles interceptent le moment de la chute,
ou restent suspendues dans l’instabilité d’un devenir. Dressée au
coeur du Musée Tinguely et présentée pour la première fois
en Europe, une série de têtes d’excavatrices incarne précisément
ce moment de suspension. Métaphore de la voracité
des hommes, ces outils caractéristiques des grands chantiers
se muséifient ici pour devenir les fossiles d’un temps futur.
En contre-point, un vol d’oiseaux exotiques au-dessus
d’une ville européenne en mutation, des polaroïds en voie
d’effacement et une immersion hallucinatoire dans une nuit
citadine emplie de souvenirs.De ces fragments disparates, voire antagonistes, l’artiste
recompose un univers où le macrocosme et le
microcosme, l’outil et son objet, la ville et ses habitants,
la machine et la nature, cohabitent dans un équilibre aussi
parfait que fragile.
Destruction, préservation, reconstruction :
le travail de Cyprien Gaillard met en scène notre rapport
ambigu à la ruine, à la disparition.
En grand voyageur, il sillonne le monde, en collecte des échantillons
et utilise ces artefacts pour raconter l’inéluctable et
incessante métamorphose du paysage urbain et celle, conjointe,
de la nature et des hommes.
Dans le cadre de l’exposition « Cyprien Gaillard. Roots Canal »
le Musée Tinguely présente une série de têtes d’excavatrices.
Ces outils caractéristiques des grands chantiers sont
disposés dans l’espace en deux rangées qui se font face, dressés tels
des soldats. Présentés à l’arrêt et dans un contexte muséal, ces outils
silencieux se font statues.
Avec la patine accumulée au fil de leur vie mécanique, leurs couleurs
délavées et leurs marques d’oxydation, ces machines devenues
statues évoquent des monuments archéologiques
surgis des profondeurs de la terre. Sous leurs airs archaïques,
ces lourds éléments métalliques, issus de la révolution industrielle,
sont pourtant profondément contemporains.

Ils incarnent la promesse du changement, celle de nouvelles
constructions, celle d’une urbanité sans cesse réinventée.
Les Diggers de Cyprien Gaillard nous font ainsi voyager dans
un va-et-vient entre préhistoire et temps présent.
Les barres d’onyx et de calcite qui les parent reflètent encore ce
saut temporel : entre les roches translucides et extrêmement
fragiles, et l’outil massif qui aura servi à les excaver,
il y a non seulement jusqu’à cinq tonnes d’écart, mais aussi
quelques millions d’années.

Avec cette pièce, et comme dans toute son oeuvre,
Cyprien Gaillard souligne que les notions de construction et
de destruction ne sont pas en opposition: elles s’inscrivent
toutes deux dans un mouvement, celui du temps.
Pour bâtir de nouveaux édifices, il est nécessaire
d’entériner la disparition de ce qui a auparavant existé,
que ce soit un paysage, un monument ou un no man’s land.
La construction ne peut être envisagée que par la
destruction d’un état précédent.

Dans la même salle, les images de Sober City (2015-2018)
prolongent encore cette réflexion.
En contrepoint visuel aux têtes d’excavatrices, des photographies
Polaroïds apparaissent à intervalles irréguliers sur les murs
adjacents. Les images de taille modeste offrent un arrière plan
citadin aux têtes d’excavatrices. Résultats d’une double exposition,
les Polaroïds présentent des vues de New York altérées.
Ces vues se superposent à une première image,

celle d’un fragment d’améthyste du Musée américain d’histoire
naturelle de New York. Suite à l’imbrication des deux motifs et
au traitement d’exposition double, l’image apparaît
diffractée, comme sous le prisme d’une neige argentée.
Edifice, bus, sculpture ou arbres, les éléments urbains sont à peine
reconnaissables. Ils semblent se cristalliser peu à peu, à la
manière du conte de science-fiction de
J. G. Ballard, The Crystal World, où la nature et les
hommes se transforment progressivement en cristaux sous
l’effet d’un mystérieux phénomène. Par l’emploi du Polaroïd,
support fragile, éphémère et voué à l’effacement, et le
choix des motifs, les Sober Cities reflètent l’idée de métamorphose
continue de la ville. Cette ville qui, entre préservation du patrimoine
bâti et nouvelles constructions – notamment
grâce aux excavatrices –, n’échappe pas à la notion d’entropie,
ce désordre de la matière, cette inéluctable détérioration.
Une idée chère à Cyprien Gaillard dont les oeuvres traitent
précisément de ce lent basculement d’un état à un autre et de la
tension – physique, esthétique, sociale ou politique – entre
renouveau et dégradation.

Le parcours continue avec KOE (2015), une projection grand format
sur toute la largeur de la salle suivante. La caméra suit le vol répété
d’oiseaux exotiques au-dessus des plus célèbres
rues marchandes de Dusseldorf. Les volatiles, originaires d’Asie,
filent le long des magasins prestigieux, entre les architectures
modernes et le chantier constant qu’est le centre-ville. Le
vert de leur plumage trace ses lignes anachroniques au coeur
du monde hyper-esthétisé de la cité du futur, celle des enseignes de luxe,
des bâtiments éthérés, du shopping omniprésent. Cet oiseau, la perruche
à collier, échappé de sa cage domestique, a trouvé dans
certaines villes européennes un abri de choix. Son aspect séduisant
pourrait faire oublier qu’il s’agit d’une espèce invasive mettant en
danger les écosystèmes autochtones.

Nightlife (2015) entraîne le.la visiteur.se dans une transe
hypnotique. Plongé en apnée dans une nuit citadine aux couleurs
saturées, on suit une succession de scènes sans lien apparent.
La vidéo s’articule sous la forme d’une mosaïque d’éléments
disparates où l’on croise Le Penseur d’Auguste Rodin devant
le musée d’art de Cleveland, le ballet halluciné de

genévriers – une autre espèce invasive – à Los Angeles,
le stade olympique de Berlin illuminé de feux d’artifices extravagants
avant de se retrouver à nouveau à Cleveland, sous
les branches d’un arbre particulier puisqu’offert par les nazis
au champion olympique Jesse Owens en 1936. Les images, sculptées
par la technologie 3D et magnifiées par le travail de
lumière, proposent l’expérience déroutante et enivrante d’une
perception exaltée.
L’immersion visuelle et sensorielle est encore renforcée par
la bande son de l’oeuvre – un sample réalisé par l’artiste des refrains
de deux morceaux du musicien rocksteady Alton Ellis.
Ici, comme dans toute l’exposition, Cyprien Gaillard imbrique
des fragments hétérogènes, voire antagonistes, pour recomposer
un récit où l’anecdote se mêle à la grande histoire, et où
la ville, la nature et l’homme cohabitent dans un espace-temps
non-linéaire.
Commissaire de l’exposition
« Cyprien Gaillard. Roots Canal » : Séverine Fromaigeat
Evènements
Horaires : mardi – dimanche, 11h-18h
Accès
Gare centrale de Bâle CFF
/ Gare SNCF :
tram no. 2 jusqu‘au « Wettsteinplatz »,
puis bus no. 31 ou 38 jusqu’à « Tinguely Museum ».
Gare allemande (Bad. Bahnhof) : bus no. 36.
Autoroute: sortie « Basel Wettstein/ Ost ».
Parking à coté du musée ou au Badischer Bahnhof.

Clément Cogitore

Clément Cogitore (site) (* 1983, Colmar), le
Kunsthaus Baselland
présente la première exposition
personnelle en Suisse, de l’actuel lauréat
du Prix Marcel Duchamp 2018.
Exposition en deux temps.

Dans son travail, qui prend de l’ampleur au fil des ans,
le cinéaste et photographe français discute en détail
de la question du rôle des images issues de la publicité,
du divertissement, des réseaux sociaux ou même des rituels,
des secrets et des mondes illusoires, qui jouent un rôle actif
dans la construction des modes de vie.
Clément Cogitore, nous accueille avec une photographie
minimaliste,
(Photographie, C-print contrecollé sur aluminium, 110×60 cm
Courtesy de l’artiste, de la galerie Eva Hober (FR)
et de la galerie Reinhard Hauff (DE))
une fenêtre (romane ?) qui préfigure sa curiosité et son
esprit ouvert porté sur l’observation du monde,
son goût pour l’iconographie religieuse, le théâtre, le baroque.
Conteur, poète, manipulateur, cet ancien pensionnaire de la
Villa Médicis, aime confronter et mélanger le passé et le présent.


Puis avec Élégies, 2014 (vidéo)
(Vidéo HDCAM – couleur – 6 min
Courtesy de l’artiste, de la galerie Eva Hober (FR)
et de la galerie Reinhard Hauff (DE))
nous sommes plongés dans une ambiance étrange, signe
des temps, les téléphones ont remplacés les briquets.
Des centaines de petits écrans lumineux flottent au-dessus
d’une marée humaine : le public d’un concert (secret)
photographie à l’aide de téléphones portables une scène hors-champ.
Comme les sous-titres d’un chant absent, ou de la voix intérieure
d’un narrateur invisible, des vers des
Elégies de Duino” de R.M Rilke rythment ce gigantesque
élan collectif aux airs de liturgie numérique.
Puis dans un court film couleur qui tourne en boucle de 45 secondes
Sans titre
(Courtesy de l’artiste, de la galerie Eva Hober (FR) et de la galerie
Reinhard Hauff (DE))
Le matériel de départ pour cette vidéo est un plan d’archive
de la grotte Lascaux réalisé dans les années 1980.
Ce court film montre des fresques aujourd’hui disparues ou
gravement dégradées par les champignons. Ces images sont
ensuite projetées dans une petite serre contenant une centaine
de papillons de différentes tailles avec un écran disposé au fond.
Les ailes des papillons se déploient dans la lumière du faisceau
de projection, pour accrocher l’image film au rythme de leur
battement, saisi par la pellicule. Dans cet étrange bestiaire ou
cohabitent traces et images de prédateurs millénaires et insectes
éphéméroptères, plusieurs temporalités s’entrechoquent.
extrait du texte de
Léa Bismuth, Critique d’art et commissaire d’exposition
Digital Désert


Courtesy de l’artiste et de la galerie Eva Hober.
Pour cette série, l’artiste nous propose une nature morte,
déposée en plein-air. Les différentes photographies nous
rapprochent plus ou moins des éléments photographiés.
On y découvre alors le dépôt au sol d’uniformes militaires,
dans un environnement désert. Inspiré du motif militaire
de camouflage américain « digital desert », Clément Cogitore
confond la matière des uniformes et celui du paysage.
Puis, ils se distinguent finalement par l’agrandissement du
grand format, capable de confondre la matière du paysage
et des vêtements dans une surface indéterminée constituée
des pixels.
Il interroge ainsi les questions de la visibilité
et de camouflage grâce à une représentation d’un conflit
moderne et non une image documentaire.
Le motif des uniformes militaires permet aux soldats
de ne pas être repérés par les drones.

GHOST_HORSEMAN_OF_THE_APOCALYPSE_IN_CAIRO
_EGYPT, 2017
Il s’agit d’une photographie de foule réunie sur la Place Tahrir,
lors de la révolution égyptienne qui symbolise à elle seule cette
capacité que possède le cerveau humain à créer ses propres récits
et narrations. Cette image, capture d’écran tirée d’une vidéo d’une
chaîne d’informations a circulé sur la toile pendant plusieurs jours
car certains internautes y avaient vu en son centre une figure
trouble, un halo lumineux prenant la forme d’un homme sur
un cheval et devenu soudainement sur les réseaux sociaux le
quatrième cavalier de l’Apocalypse.
La cause est simple et technique : là où certains ont détecté
rapidement un « facteur de flare », illusion optique produite
par une diffusion de la lumière à l’intérieur d’un objectif de
caméra, d’autres ont laissé courir leur imagination, teintée
du plus grand mysticisme.
extrait de Léa Chauvel-Lévy, Critique d’art
Cette image est à l’origine d’une tapisserie confectionnée
par les Tapisseries d’Aubusson, livrée cet été.
Les Indes Galantes

Cette vidéo est une confrontation de plusieurs univers dont
la symbiose offre un univers intemporel. Il s’agit de l’adaptation
d’une partie du ballet Les indes galantes de Jean-Philippe Rameau,
avec le concours de danseurs de Krump et de trois chorégraphes :
Bintou Dembele, Grichka et Brahim Rachiki.
Le Krump émerge aux Etats-Unis à la suite des émeutes raciales
de 1992. Les mouvements du Krump sont des éléments inspirés
des arrestations policières ; pacifique, le Krump est, pour ses créateurs,
un don de Dieu. Déposé sur cette musique baroque, le ballet captive
et envoute le regard.
La première séquence de l’exposition donne un aperçu de son
travail des dernières années avec différentes œuvres,
tandis que dans la seconde partie, à partir de la mi-mai,
sa nouvelle œuvre The Evil Eye, pour laquelle il a reçu
le prix Marcel Duchamp en 2018, fera pour la première fois
l’objet d’une présentation institutionnelle.

Après des études à l’Ecole supérieure des arts décoratifs
de Strasbourg, et au Fresnoy – Studio national des arts
contemporains, Cogitore développe une pratique à mi-chemin
entre art contemporain et cinéma. Mêlant films, vidéos,
installations et photographies son travail questionne les modalités
de cohabitation des hommes avec leurs images.
Il y est le plus souvent question de rituels, de mémoire collective,
de figuration du sacré ainsi que d’une certaine idée de la perméabilité
des mondes.
Clément Cogitore a été récompensé en 2011 par le
Grand prix du Salon de Montrouge, puis nommé pour
l’année 2012 pensionnaire de l’Académie
de France à Rome-Villa Médicis. Ses films ont été sélectionnés
et récompensés dans de nombreux festivals internationaux
(Cannes, Locarno, Telluride, Los Angeles, San Sebastian…).
Son travail a également été exposé et projeté dans de nombreux
musées et centre d’arts (Palais de Tokyo, Centre Georges Pompidou
– Paris, ICA Londres, Museum of fine arts – Boston, MoMA New-York…).
En 2015 son premier long-métrage « Ni le ciel, Ni la terre »
a été récompensé par le Prix de la Fondation Gan, au Festival de
Cannes – Semaine de la critique, salué par la critique et nominé
pour le César du meilleur premier film. La même année il reçoit
le Prix BAL pour la jeune création. L’année 2016, il reçoit le
Prix Science Po pour l’art contemporain et le 18° Prix de la
Fondation d’Entreprise Ricard pour l’art contemporain.
En 2018, le Prix Marcel Duchamp lui est décerné par
l’ADIAF (Association pour la Diffusion Internationale de
l’Art Français).
Pour célébrer son 350ème anniversaire, l’Opéra National de
Paris a confié à Clément Cogitore la mise en scène
de l’intégralité de l’opéra-ballet Les Indes galantes
de Jean-Baptiste Rameau. La première représentation
aura lieu en septembre 2019.
Sur une invitation de José-Manuel Gonçalvès, Clément Cogitore
devient artiste associé au 104 pour l’année 2018-2019.
Le travail de Clément Cogitore est présent dans de nombreuses
collections publiques : Centre Georges Pompidou, Musée national
d’art moderne, Fonds national d’art contemporain, Fonds
d’art contemporain de la Ville de Paris, FRAC Alsace, FRAC
Aquitaine, FRAC Auvergne, MAC VAL, Musée d’art moderne
et contemporain de Strasbourg, Daimler Art collection et
de nombreuses collections privées.
Né en 1983 à Colmar, Clément Cogitore vit et travaille entre
Paris et Strasbourg.
Représenté par la Galerie Eva Hober (Paris) et la
Galerie Reinhard Hauff (Stuttgart)