Qalqalah

La  Kunsthalle  Mulhouse  accueille  l’exposition « : plus d’une langue » conçue par Virginie Bobin et Victorine Grataloup.
Jusqu’au au 22 mai 2021

Pour compléter votre découverte de l’exposition, La Kunsthalle vous propose une discussion téléphonique avec une médiatrice du centre d’art !

En vidéo ici

Lawrence Abu Hamdan, Sophia Al Maria, Mounira Al Solh, Noureddine Ezarraf, Fehras Publishing Practices, Benoît Grimalt, Wiame Haddad, Vir Andres Hera,institute for incongruous translation (Natascha Sadr Haghighian et Ashkan Sepahvand) avec Can Altay, Serena Lee, Scriptings#47: Man schenkt
Intervention graphique : Montasser Drissi

Le nom

Le nom de nous vient de deux nouvelles de la commissaire d’exposition et chercheuse égyptienne Sarah Rifky1. L’héroïne éponyme de ces fictions, Qalqalah, est artiste et linguiste et habite un futur proche recomposé par la crise financière et les révoltes populaires des années 2010. Ses méditations poétiques autour des langues, de la traduction et de leur pouvoir critique et imaginant ont accompagné nos réflexions, et ne nous ont plus quittées depuis. Qalqalah  est ainsi devenue une plateforme de recherche artistique en ligne, entre trois langues et deux alphabets

– arabe, français et anglais. Voici qu’elle prend la forme d’une exposition.

Le titre

Le titre « : plus d’une langue » orchestre la rencontre entre notre héroïne et  une  citation  de Jacques Derrida. Dans Le monolinguisme de lautre2, le philosophe, né en 1930 en Algérie, raconte sa relation ambigüe à la langue française, prise dans les rets de l’histoire militaire et coloniale. Le livre s’ouvre sur une affirmation  paradoxale  :
  « Je   n’ai   qu’une   langue, ce n’est pas la mienne »,
contredisant toute définition propriétaire, figée ou univoque de la langue
qu’il s’agisse de français (comme l’exprime joliment la chercheuse
Myriam Suchet, lorsqu’on met un « s » à français, il faut l’entendre comme un pluriel), d’arabe (enseigné comme « langue étrangère » dans l’Algérie coloniale et aujourd’hui deuxième langue parlée sur le territoire français dans ses déclinaisons dialectales) ou d’anglais (langue globalisée et dominante dans l’art contemporain).

Ces trois langues (mais pas seulement) se retrouvent dans l’exposition, chacune porteuse d’enjeux politiques, historiques et poétiques qui s’entrecroisent et se répondent. L’exposition est ainsi traversée de signes et de voix, rappelant que les langues sont inséparables des corps qui parlent et écoutent  –  tout·e locuteur·trice
« s’exprimant  également par le regard et les traits du visage (oui, la langue a un visage) »3, pour reprendre les mots de l’écrivain et chercheur marocain Abdelfattah Kilito 

Les oeuvres

Les œuvres se font l’écho  de langues multiples, hybrides, acquises au hasard de migrations familiales, d’exils personnels ou de rencontres déracinées. Langues maternelles, secondaires, adoptives, migrantes, perdues, imposées, vulgaires, mineures, inventées, piratées, contaminées… Comment (se) parle-t-on en plus d’une langue, en plus d’un alphabet ? Comment écoute-t-on, depuis l’endroit et la langue dans lesquels on se trouve ? L’exposition propose ainsi, en filigrane, d’interroger le regard  que nous posons sur les œuvres en fonction des imaginaires politiques et sociaux qui nous façonnent.

Les artistes

La plupart des artistes invité·e·s placent d’ailleurs les modalités de publication, de circulation et de réception des œuvres au cœur de leur travail. Opérations de traduction, de translittération, de réécriture, d’archivage, de réédition, de publication, de montage, voire de moulage ou de karaoké, apparaissent comme autant de tentatives pour donner à voir et à entendre des histoires qui, parfois, se dérobent.

Au-delà d’une approche linguistique, il s’agit bien d’ouvrir un espace où déployer des récits pluriels et des témoignages hétérogènes, en s’appuyant, en plus d’une langue, sur l’un des sens possibles  du  mot  arabe  – « un mouvement du langage, une vibration phonétique, un rebond ou un écho ».4


texte :

Virginie Bobin et Victorine Grataloup

L’exposition sera accompagnée d’un atelier et d’un événement public autour des enjeux politiques et linguistiques du Français Langue d’Intégration, les 9 et 10 avril (sous réserve).

En 2020, l’exposition « Qalqalah  : plus d’une langue » a été présentée au Centre Régional d’Art Contemporain Occitanie à Sète.

A propos de « Qalqalah  »

  est une plateforme éditoriale et curatoriale dédiée à la production, la traduction et la circulation de recherches artistiques, théoriques et littéraires en trois langues : français, arabe et anglais. Elle a été créée par Virginie Bobin (curatrice, chercheuse et traductrice) et Victorine Grataloup (curatrice, chercheuse et enseignante) en 2018. Le collectif éditorial de Qalqalah  est aujourd’hui composé de Line Ajan, Virginie Bobin, Montasser Drissi, Victorine Grataloup, Vir Andres Hera et Salma Mochtari. 
                                                                                                                                                                 qalqalah.org


Heures d’ouverture

Du samedi au mardi de 14h à 18h
Du mercredi au vendredi de 12h à 18h
Fermé les 2, 3, 4, 5 avril et 1er mai
Entrée libre

Coordonnées

La Kunsthalle Mulhouse – Centre d’art contemporain La Fonderie
16 rue de la Fonderie – 68093 Mulhouse Cedex Tél : + 33 (0)3 69 77 66 47

kunsthalle@mulhouse.fr / www.kunsthallemulhouse.com

  • 1-Sarah Rifky, “Qalqalah : le sujet du langage”, traduit de l’anglais (Etats-Unis) in Qalqalah n°1, KADIST et Bétonsalon – Villa Vassilieff, 2015 ; puis “Qalqalah : penser l’histoire”, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Yoann Gourmel in Qalqalah n°2, ed. KADIST et Bétonsalon – Villa Vassilieff, 2016
  • Jacques Derrida, Le monolinguisme de l’autre, Galillé, 1996
  • 3-Abdelfattah Kilito, Tu ne parleras pas ma langue, traduit de l’arabe (Maroc), ed. Actes Sud, 2008

4 In Qalqalah, le sujet du langage, ibid

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Auteur/autrice : elisabeth

Pêle-mêle : l'art sous toutes ses formes, les voyages, mon occupation favorite : la bulle.

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