Picasso et les maîtres expliqué

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Si vous êtes frutrés de ne pas avoir vu cette très belle expostion, si vous avez patientez dans les queues interminables, si vous avez envie de vous y replonger, cela est possible.
Je porte à votre connaissance, les analyses détaillées, du blog Bleu de cobalt, petites chroniques picturales, que vous trouvez en lien du mien, sous la rubrique blogs amis, qui a consacré 4 billets fournis à cet évènement, que vous pouvez lire ici, , ici,et encore.

Après trois jours non-stop, 24h sur 24, l’exposition parisienne « Picasso et les maîtres » a fermé ses portes lundi soir

picasso-et-les-maitres.1233668857.jpgL’exposition du Grand Palais a accueilli plus de 780.000 visiteurs, un record. Plus de 65.000 personnes ont profité du marathon de 83 heures qui l’a conclue, de vendredi à lundi.
L’exposition en 210 chefs-d’oeuvre confrontait Picasso aux peintres qui l’ont marqué, Titien, Velasquez, Goya, Zurbaran, Rembrandt, Poussin, Manet, Cézanne ou Van Gogh.
Le succès populaire a été tel qu’il a fallu à chaque instant s’y  adapter, en élargissant les horaires et même en décidant d’une ouverture non stop pendant quatre jours et trois nuits, en réimprimant le catalogue, en augmentant  le nombre d’ateliers pour les enfants.
De ce succès, la Réunion des musées nationaux (RMN) tire au moins deux enseignements. « Même en période de  crise, ou peut-être parce que nous sommes en période de crise, l’art est une  valeur-refuge », affirme son admininstrateur général Thomas Grenon. Et la personne même de Picasso, l’accrochage qui a été un « véritable résumé d’histoire de l’art » et plus prosaïquement, l’amplitude horaire jamais atteinte à ce degré, « a amené un public nouveau, différent et renouvelé », dit-il. Le taux de primo-visiteurs, personnes qui visitent pour la première fois une exposition, a été de 55% contre 20 à 30% d’habitude.
Et des comportements que l’on n’imaginait ont été constatés, donnant matière à réflexion pour l’avenir. Si le public s’est déplacé les soirs du dernier week-end, les horaires de 6h ou 7h du matin ont aussi été réservés rapidement, par un public familial. « Jusqu’à présent, on  raisonnait en nocturne. Ouvrir tôt le matin est aussi un créneau », certains publics pouvant vouloir voir une « expo avant le bureau ou la sortie familiale à la piscine », estime Thomas Grenon.
(source France 2)

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La Magie des Images, l'Afrique, l'Océanie et l'art moderne

portrait-en-plumes-kii-hulu-manu-du-dieu-de-la-guerre-kukailimoku.1233265914.jpgLa Magie des images – l’Afrique, l’Océanie et l’art moderne », présentée à Bâle, à la Fondation Beyeler,  à la fois la réunion la plus riche d’oeuvres africaines et océaniennes que l’on ait vue depuis longtemps et une expérience artistique bluffante.
Cette exposition instaure un dialogue captivant qui témoigne de la contribution irremplaçable de l’Afrique et de l’Océanie à l’histoire de l’art mondiale.
 Au mur des Nymphéas, de Monet ; et, devant elle, au sol, deux longues sculptures de crocodile de Nouvelle-Guinée, une idée déconcertante. l’association est-elle une symbolique de l’initiation, par le fleuve et le crocodile ?
Chaque salle – il y en a douze – associe un artiste à une esthétique et une provenance, Cézanne et les Sénoufo, Miro et les Dogon, Léger et les Mumuye, Klee et les îles Cook, Picasso et les « fétiches à clous » des Vili et des Yombe. Quelques prêts provenant de la prestigieuse collection Barbier Muller de Genève viennent compléter les toiles de la Fondation Beyeler. Quelques 180 pièces, présentées comme seule la Fondation Beyeler excelle dans ce domaine. Pour une novice de l’art africain et océanien, comme moi c’est un bonheur sans limite, une occasion formidable de m’initier quelque peu à cet art, où culture, artisanat et culte sont expliqués, que j’avais tenté d’approcher au Quai Branly et au musée Dapper. Ici elles vous invitent au regard, par la polychromie et la diversité des objets présentés dans un choix judicieux et unique, qui semble une évidence et qui vous laisse pantois. On comprend aussi où les artistes comme Picasso, Vlaminck et d’autres étaient inspirés par ces visages et cette culture.  Le regard provocateur des grands yeux en fragments de nacre et la bouche grimaçante, abondamment pourvue de crocs de dents de chiens, les plumes de coloration rouge vif, sont une représentation du Dieu de la guerre Kübâ’ilimoku, il fait partie d’un groupe de huit sculptures en plumes acquises lors du troisième voyage de James Cook à Hawaï, (assassiné lors de son retour involontaire) Les images en plumes étaient fichées sur un bâton et menées en procession en l’honneur des dieux lors des expéditions guerrières. Elles associaient forces vitales divines et revendications profanes du pouvoir. La toile rouge de Rothko est en parfaite résonance avec ce guerrier.mabuiag-rothko.1233415745.jpg
Par contre je n’ai pas trouvé de correspondance entre Mondrian et les sculptures malagan, est-ce à cause des codifications, cérémonies funéraires pour les uns, l’arbre pour l’autre ? Les Mumuye  du Nigéria avec leur coiffe de « Bécassine » sont en parfaite concordance avec la magnifique sculpture de Hans Arp et la toile de Fernand Léger.
Après avoir visiter cette nouvelle présentation, on ne peut rester indifférent à cet art. Je ne peux que vous encourager à vous précipiter pour cette exposition visible jusqu’au 24 mai 2009. Sans oublier l’exposition sur les Nagas au musée des cultures de Bâle jusqu’au 17 mai ni le Musée Tinguely qui présente le cabinet de curiosités de Ted Scapa : un mélange haut en couleurs d’œuvres d’art, d’objets artisanaux et d’objets curieux, jusqu’au 19 avril. L’ exposition Venise  à la Fondation Beyeler se termine le 15 février, 4 bonnes raisons pour faire un petit saut dans la ville de Federer, d’Erasme et de Holbein.
ypwom.1233490582.jpg Vous pouvez lire ici le billet plus détaillé de Détours des Mondes, mon amie Lyliana, spécialiste de l’art africain et océanien, ancienne élève et diplômée de l’école du Louvre, conférencière, qui m’a permis de bénéficier d’une visite guidée commentée par elle, avec force détails et brio.
photo 1 provenant du dépliant de la Fondation

 photo 2 de presse, ne concerne pas le guerrier

 photo 3 provenant du blog de Détours des Mondes

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Londres 5 filles et 1 garçon pour Rothko

Moi je plagie ? Rassurez-vous, il n’y a pas eu d’enterrement. C’était une belle équipée, qui partait ce 22 janvier à la découverte des joies de la capitale de la brume. Cette fois je m’étais entourée de gardes du corps et du coeur. 
rothko-national-gallery-of-art-washington.1233102294.jpgPour nous mettre dans le bain, les grilles du métro se ferment, pour laisser sortir un nombre incessant de passagers et restent closes pendant un bon quart d’heure. Devant le flegme manifesté par les usagers nous en faisons autant et nous patientons. Ce qui nous fait arriver devant la Tate Modern avant l’heure.  cimg0014-medium.1233103241.JPGTout d’abord nous allons au 7 ème étage pour contempler la vue, sur la cathédrale St Paul, la Tamise, mais aussi les affreuses grues qui défigurent les paysages urbains du monde entier.
La foule est là, pour admirer la réunion de 16 toiles, qui avaient été commandées au nombre de trente pour des peintures murales destinées au restaurant les quatre saisons dans le Seagram Building de Londres. Mark Rothko en avait offert 9 à la Tate Gallery. Cela me permet de dire que j’ai apprécié davantage l’intimité de la Rothko room, plus sombre, moins facile d’approche, les toiles se méritent, il faut les laisser monter vers vous, les couleurs se révèlent au fur et à mesure, il faut y revenir sans cesse, passer et repasser, les considérer sous un autre angle, se rapprocher s’éloigner, le mystère demeure, le moment est intense.
Mark Rothko renonça à poursuivre et à terminer son travail. Ses peintures sont dominées par des pigments sombres, pétries de tragique. Sa palette décline le brun, le rouge, le noir, certaines toiles paraissent singulièrement éteintes si on les compare au jaune, bleu et rose, plus connues. Parfois le contraste avec le rectangle est à peine perceptible, ainsi on comprend ce que Dore Ashton a appelé « une expression sans dieu de la divinité » L’exploration au coeur des ténèbres se poursuit dans l’exposition avec les cycle Black-Form, les oeuvres sur papier Brown on Grey et son ultime série, Black and Grey.

« Je ne m’intéresse pas au rapport entre les couleurs et la forme ni a rien de tel. La seule chose qui m’intéresse, c’est d’exprimer des sentiments humains fondamentaux, la tragédie, l’extase, le destin funeste et ce genre de chose »
Mark Rothko

En 2001, la Fondation Beyeler présentait, grâce aux liens tissés avec le fils Christopher une exposition intitulée « Mark Rothko – Union approfondie entre peinture et spectateur

En 2006, La Filature de Mulhouse à l’issue d’une conférence d’Isy Morgensztern, un film écrit et réalisé par celui-ci a été projeté sur la vie et l’oeuvre de Mark Rothko, intitulé : The Rothko Chapel Project. Depuis le film existe dans le commerce.
Un concert a complété idéalement cet évènement.

En hommage à son ami disparu Mark Rothko, Morton Feldman a composé une musique en se fondant sur les quatorze grandes toiles que Rothko avaient peintes pour « la Chapelle Rothko » (Houston, Texas), lieu de culte et de recueillement. De l’espace créé par la chapelle, dans laquelle le visiteur se trouve environné par les toiles, Feldman a retenu l’essence purement émotionnelle. Gualtiero Dazzi, sans imiter Feldman, mais en se donnant comme contrainte d’employer la même distribution, donne une autre lecture sensible du lieu : il rend à son tour hommage au peintre, en introduisant dans son écriture, l’ode magnifique du poète John Taggart, dédiée aussi à la Chapelle Rothko. Enfin, Georges Bloch s’attache à ce qui, dans la musique de Feldman, s’entend sans que cela y soit : une activité intense, fébrile presque, qui se dissimule derrière la lenteur et le pianissimo. Un seul concert, trois œuvres en écho, qui permettent de comprendre que dans la peinture comme dans la musique, c’est l’émotion qui est au centre de l’œuvre. Ce que les compositeurs proposent ici est certes un hommage au peintre, mais plus encore à sa volonté d’œcuménisme : un hommage au public. Gualtiero Dazzi est un compositeur cosmopolite et polyglotte, dont on dit « qu’il vous réconcilie avec l’art lyrique ». Loin de tout refuge idéologique réducteur, il bâtit son œuvre à partir des influences les plus diverses ou sur la base de rencontres avec d’autres disciplines artistiques. Ce fut un moment de pure émotion.

 

Ce fut une journée pleine de joie, de bonheur et d’amitié partagés, je regrette que vous n’ayez pas participé aux évènemens antérieurs à Beyeler et à la Filature.

Pour ceux qui sont allés à la National Gallery et à la Courtauld Gallery, et celle qui a été fouillée non seulement au corps, mais dans son bagage, qui a dû abandonner son entremets, qu’elle comptait déguster en attendant l’embarquement, par la sécurité sous mon oeil connaisseur, mais néanmoins intéressé,  je leur laisse la parole…

 

Je vous dis à bientôt pour une autre incursion dans le domaine de l’art.

 

photo n° 1 provient du site de la Tate, photo n° 2 de l’auteur

pour la diversité des polices je donne ma langue au chat … je plaide non coupable.

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Google Earth et le Prado

pict0210.1232382244.JPG J’en ai rêvé Google l’a fait, du moins une salariée de la filiale espagnole de Google, Clara Rivera, qui, après une visite du Prado, ressentait la frustration de n’avoir pas pu savourer les œuvres autant qu’elle l’aurait souhaité. Comme je la comprends , on peut me voir sur la miniature, arpentant les salles, atteinte du syndrome de Stendhal, passant 3 jours complets dans ce musée, sans relâche.pict0152.1232382655.JPG
Pour l’anecdote, nous avions perdu le catalogue du musée, aussi, le dernier jour nous l’avons racheté, pour être sûrs de l’emporter chez nous. Que vois-je à la première visite à la Fnac de ma ville, au rayon des beaux arts, en tête de gondole presque ? :  Le catalogue du musée du Prado, qui me nargue….
Il a fallu huit mois de travaux pour réaliser le projet. Les quatorze tableaux ont été choisis parmi les milliers de la collection par une commission d’experts du musée. « La sélection s’est faite sur un critère didactique pour que soient représentées toutes les écoles et leurs maîtres », souligne M. Zugaza. Une sorte de « Prado essentiel » que le musée propose aux visiteurs.
Cela est aussi  une bonne préparation pour une visite future, car on ne voit bien que ce que l’on connaît déjà. Les vrais amateurs, ne se contenteront pas de rester derrière leur pc, à accumuler les kilos en restant coincés pendant des heures dans leur fauteuil. Cela aura aussi le mérite d’attirer les curieux.
Pour visualiser les œuvres, il faut positionner le navigateur Google Earth sur le musée du Prado, à Madrid, et ensuite cliquer sur l’icône « Obras maestras » pour ensuite entrer dans chacun des tableaux comme on pourrait le faire avec une loupe. Une reproduction « digitale ne peut se substituer à l’œuvre originale mais permet d’arriver à des détails que jamais on ne pourrait voir à l’œil nu », souligne le directeur du Prado. Chaque tableau a été l’objet de centaines de clichés à très haute résolution, chaque cliché se concentrant sur une partie infime de l’œuvre. Sur La Descente de croix de Roger van der Weyden, on peut voir le réalisme d’une larme perlant à l’œil de saint Jean.
Je sais à l’avance que cela fera le bonheur de mes amis qui ont le projet de visiter le Prado en 2009.

gracias a usted señora Clara

photos de l’auteur

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La nuit des musées de Bâle



museumnacht.1231205663.jpgLe vendredi 16 janvier 2009, de 18 heures à 2 heures du matin, un programme exceptionnel vous sera concocté par une bonne trentaine de musées et huit autres institutions culturelles de la région bâloise: expositions, brèves visites guidées, lectures, concerts, ateliers, films, jeux, danse et histoires. La prévente a débuté le 20 novembre 2008.

Pour les inconditionnels de la nuit des musées bâlois, nulle obligation de se rendre à pied de musée à musée: les trajets nocturnes pourront être effectués à bord de bus navettes, de bateaux rhénans et de tramways historiques. En effet, le ticket d’entrée à la nuit des musées vous permettra à nouveau de voyager gratuitement sur toutes les lignes du réseau TNW (Tarifverband Nordwestschweiz) à partir de 17 heures.

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La plupart des musées offrent la possibilité de se restaurer, d’écouter un concert. Les billets sont en vente à l’office du tourisme de Mulhouse et dans tous les musées bâlois.


Lorsque la nuit des musées aura touché à sa fin, les amateurs de danse auront l’opportunité de prolonger le plaisir: les clubs «Allegra», «Schiff», «Kuppel» et «Nordstern» vous invitent aux after hours en vous offrant une entrée gratuite à partir de 2 heures du matin sur présentation du ticket de la nuit des musées.Point n’est besoin de parler l’allemand, des visites guidées en français sont programmées, pour d’autres visites et concerts , il n’est pas indispensable de parler le schwitzerdeutsch. 😉trajet.1231210169.jpg
La tarif est de 20 CHF ou 13 €, pour les possesseurs du pass – musées, il est réduit à 10 CHF ou 6.50 €.

J’y ai participé l’année dernière, je n’ai qu’un souhait : que la météo soit clémente.  Je commence une neuvaine ce soir …

Un seul regret cela ne dure qu’une nuit…..L’organisation suisse est sans pareille.

vidéo de l'auteur

  
La Nuit des musées à Bâle, vendredi 16 janvier, comprend de nombreuses visites et animations en français :
A l’Antikenmuseum Basel, visite « Sculptures en vrac » à 19h30 (Oberlichtsaal)
A la Fondation Beyeler, Venise à 18h45 et à 21h15
A l’Historisches Museum, Barfüsserkirche, Sous nos pieds. L’archéologie à Bâle à 19h30
Au Kunsthaus Baselland, programme vidéo reflétant les années ’60, leur dimension politique et les expériences psychédéliques.
 De 18h à 2h du matin
.Au Museum der Kulturen : Naga. La redécouverte d’une région de montagne oubliée. Visite à 19h30 et à 22h30
.Au Musée Tinguely. Jean Tinguely et Eva Aeppli. Visites guidées à 18h30 et à 21h30
Plug-in : The making of. Quand la mode rencontre la technologie numérique : Ying Gao et Simon Laroche. A 18h.
Au Vitra Design Museum. Visite guidée d’architecture, à 19h15, 21h15 et 23h15. 

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Giovanni Bellini

bellini.1230477179.jpgEst-ce une coïncidence ? Au moment où Andrea Mantegna triomphe à Paris, (exposition que j’ai vue, d’autres que moi vous en parlent, et déplorent, l’absence du Christ mort), Rome célèbre son grand contemporain, Giovanni Bellini (vers 1430- 1516). Les deux hommes étaient unis aussi bien par des liens familiaux (ils étaient beaux-frères) que par une proximité artistique. Fils de Jacopo et frère de Gentile, peintres éminents de la Sérénissime, Giovanni se trouve au coeur d’une forte tradition vénitienne, que plusieurs facteurs vont contribuer à renouveler, à commencer par le séjour d’Antonello de Messine, en 1475.

« Giambellibellini-vierge-christ.1230476546.jpgno », comme on l’appelait alors, sera le grand artisan de ce renouvellement et le pionnier d’une modernité vénitienne, dont ses disciples directs, Giorgione et Titien, porteront haut le flambeau. L’apport décisif de Bellini est d’avoir magnifié l’espace perspectif uni, forgé par ses grands prédécesseurs, par l’homogénéité vibrante d’une lumière qui pénètre les formes comme une brume de couleur, assurant un accord parfait entre les figures et l’espace, architectures ou paysages, dans lesquels elles se fondent. En termes plus techniques, on parle de « tonalisme » pour définir cet art basé sur le rôle constructif et expressif de la couleur. Avec plus de soixante œuvres, soit les trois quarts de la production connue de l’artiste, cette exposition constitue le grand événement de la saison romaine.

Il faut s’attarder sur leurs regards embués de larmes, sur leurs mains qui caressent et retiennent l’enfant qu’elles portent au creux de leurs bras : les Vierges de Giovanni Bellini sont d’abord des mères. C’est une mère qui présente le Christ au temple ; c’est une mère ravagée de douleur et vieillie qui le recueille au pied de la croix. Une mère qui se résigne face à un destin qu’elle ne peut empêcher. Ici, le sacré d’un destin et le profane de la souffrance cohabitent. Dans la pénombre de la Scuderie du Quirinal, à Rome,  les œuvres sont exposées, jusqu’au 11 janvier, la rétrospective romaine choisit de se concentrer uniquement sur le peintre qu’elle étudie dans une tentative monographique . Chacune baigne dans son cocon de lumière douce, isolant la peinture et son spectateur dans un face-à-face quasi privé.

La Lamentation sur le Christ mort entre Saint Marc et Saint Nicolas du Palais des Doges à Venise , est présentée, à juste titre, comme un des tableaux les plus importants de la rétrospective ou encore La Crucifixion avec bellini-crucifixion.1230478309.JPGcimetière juif (1438-1440). Les historiens ont repéré, dans la ville céleste qui forme le fond du tableau, un campanile de Venise, une église d’Ancône, le dôme de Vicence. Mais plus encore, ce tableau est un herbier : une trentaine de plantes ont pu être identifiées au pied de la croix. Parfaite synthèse de l’art de Bellini : « l’élévation de l’âme et le sens du détail ». « Ce sont exactement les techniques utilisées aujourd’hui au cinéma, s’enthousiasme l’artiste américain Bill Viola dans une « lettre » au peintre publiée par le quotidien La Repubblica du 3 octobre. Bill Viola, dont il y a une exposition en même temps à Rome, je m’en suis rendue compte trop tard, aussi je me suis rattrapée en allant voir, Tristan et Isolde à la Bastille. La vidéo de Bill Viola accompagne si judicieusement par sa projetection le spectacle.

Le style de Bellini emprunte aussi aux Flamands, de Jan Van Eyck ou de Dirck Bouts, à Dürer ou à Piero della Francesca.bellini-l-ivresse-de-noe.1230476872.jpg Mais Bellini saute de l’un à l’autre comme  pour arriver jusqu’à la dernière toile connue, La Dérision de Noé, ( une belle analyse de ce sujet) déjà vue à Besançon. Son chef d’œuvre absolu, pour moi se trouve à la National Gallery, le Portrait du doge Leonardo Loredan. (on peut lire ici une mise ne parallèle avec l’homme au chapeau de Magritte)

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Jeff Koons


Ma visite à Versailles.
 La grande sculpture de Jeff Koons dans la cour resplendit sous le soleil et reflète les bâtiments alentours avec bonheur. A l'intérieur, ces sculptures tant décriées, qui ont soulevé tant d'indignation et de polémique, sont tout à fait assorties au public, disparate, qui n'est là que, comme moi, pour photographier. L'intérêt pour le lieu n'apparait pas réellement. Ce que veulent les gens c'est se faire photographier devant un endroit, un objet apparement connu. Le Flash est interdit ? Que nenni, tout le monde s'en moque, cela crépite de tous les côtés. Pour un coup de pub c'est une réussite. A force d'en avoir entendu parler, mais aussi de ne pouvoir regarder réellement ces lieux, dans le brouhaha de la foule, cela ne me choque absolument pas et je ne comprends pas tout ce pataquès fait autour de ce qu'il faut regarder comme une curiosité.

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Renaissance faces. Van Eyck to Titian

En plein âge d’or de l’art en Europe, l’exercice du portrait atteint des sommets de perfection et de style jamais atteints jusque là. Plus de 70 toiles de maîtres ayant illuminé la Renaissance de leur art sont présentées à la prestigieuse National Gallery de Londres, décortiquant un genre qui figeait les grands de ce monde sur toile, des monarques jusqu’aux hommes politiques ou nobles, à tous les stades de leur vie. Les œuvres de Raphaël, Le Titien, Botticelli, van Eyck, Holbein, Dürer, Lotto, Pontormo et Bellini sont rassemblées dans une exposition thématique de haute-volée.
Le  Portrait de Lionello d’Este  de Pisanello, qui était l’œuvre phare de l’exposition Accademia Carrara bellissima de Lausanne occupe ici une place bien modeste.
La National Gallery  présente des portraits de sa propre collections, que l’on peut voir gratuitement à l’ordinaire.
Vais-je les bouder pour cette raison, bien sûr que non surtout que je les vois pour la première fois, et là quel choc.
Les Epoux Arnolfi de van Eyck, aux passants pressés, mal informés, qui disent tient la jeune femme est enceinte, j’ai envie de répliquer, mais non, c’est tout simplement la mode de l’époque, mais il y a aussi tous les autres détails,  les Ambassadeurs de Holbein, avec la fameuse  anamorphose,  qu’il faut voir de biais, un memeto mori, la toile occupe tout un mur. Deux ambassadeurs français, portrait d’apparat mais aussi savant, spirituel. L’oeuvre signée sur le pavement, les dates de naissance sur une dague et sur un livre permettent de dater l’œuvre et reconnaître les modèles. L’étagère supérieure est consacrée aux choses du ciel. A l’étage inférieur les choses terrestres.
bellini-portrait-du-doge.1230255018.jpg le Portrait du doge Leonardo Loredan de Giovanni Bellini, me renvoie à mon précédent voyage  à Rome où j’ai vu l’exposition consacrée à Bellini aux Ecuries du Quirinal. Je crois bien que c’est ici son vrai chef d’œuvre.
Rodolphe Iier en Vertumus par Arcimboldo
Les papes par Titien Paul III et Jules II.
Le terrible portrait de femme  de Quentin_Massys quentin_massys-portrait.1230255316.jpgqui dépeint sans ménagement la Vieille Femme amoureuse, monstrueuse de Londres, tenant pathétiquement un bouton de rose. Et qui garde le souvenir d’une œuvre perdue de Quentin en pendant au Vieillard de 1513, conservé au musée Jacquemart-André à Paris).
Un autoportrait de Durer , un portrait de son épouse.
Un merveilleux double portrait de Tullio Lombardo  est d’un classicisme tel qu’il évoque presque une sculpture du début du XIXe siècle.
Les deux amis de la galerie Pamphilij peint par Raphaêl . Les 2 personnages semblent emmurés chacun de leur côté. Il semble s’agire, mais cela n’est pas certifié de d’Andrea Navagero et Beaziano qui voulaient ainsi celler leur amitié.
La juxtaposition très heureuse, celui du dessin de Domenico Ghirlandaio  avec le Portrait de vieillard et de son petit-fils qu’il prépare. Cette confrontation justifie le déplacement de ce dernier tableau, l’un des fleurons du Louvre. On ne sait pas forcément que ce chef-d’œuvre n’est pas dû à l’observation par le peintre de l’heureuse scène familiale qu’il représente, mais qu’il s’agit d’un portrait posthume, basé sur une étude du vieillard mort
 L’organisation du parcours est thématique, et le visiteur est aidé d’un petit livret en anglais ou d’un audio-guide en français, qui donnent les clés de chaque section

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Francis Bacon à la Tate Britain


bacon-cri.1230062914.jpgL’exposition se décline en 9 thèmes : Animal, Zone, Apprehension, Crucifixion, Crisis, Archive, Portrait, Memorial, Epic, Late.

Ce qui frappe avant tout, c’est le public. Francis Bacon a un impact profond sur les visiteurs,  le trouble produit par cette peinture puissante, le sacrifice de ces corps torturés projetant leur effroi, émettant des appels muets au secours.

C’est son reflet que le visiteur voit sur la toile, un reflet de lui, renvoyé par la toile, dans une succession de portraits, de crucifixions. Un répétition avec de légères différences de la douleur, de la solitude, de la misère, de l’horreur.

Bacon nous montre toute sa fascination pour les corps en mouvement, aussi son fond d’atelier où l’on retrouve ce qui lui servait de référence.

Le portrait d’Innocent X peint par Velasquez, qui se trouve à la Galerie Pamphilij à Rome, et des variations de l’autoportrait de Vincent Van Gogh sur un chemin. bacon-le-pape-innocent-x.1230062652.jpgLe portrait de Vélasquez était présenté à côté de ceux de Bacon lors de l’exposition à la Fondation Beyeler en 2004. Trois toiles de Bacon en provenance de la Fondation sont présentées dans l’exposition.

La présentation à la Tate Britain n’est pas des plus heureuse, mais l’œuvre de Bacon est si violente et si puissante, que l’on est malgré tout pris par la tension qui s’exprime par ses œuvres. Tourment de l’âme, tourment du cœur. La présentation par thème envahit le visiteur, on est cloué, obsédé, tels ces amants nus, suicidés, qu’il peint sous des lumières crues, ou ces bouches ouvertes sur un cri, enfermés dans des cages, cachés avec force détails.bacon-van-gogh.1230062805.jpg

La force expressive ne fait que rendre compte de sa propre nature tourmentée. Coloris agressifs et figures déformées caractérisent la manière de cet écorché vif.

L’œuvre de Francis Bacon s’impose au regard par sa seule force expressive et violente.

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Venise de Canaletto et Turner à Monet

«Personne n’entre à Venise en étranger», disait un guide de voyage en 1842. «Et personne n’entre chez Beyeler sans avoir un avis sur Venise», pourrait-on ajouter.
A vrai dire, j’y suis allée un peu méfiante, ayant été relativement déçue il y a 3 ans, par le même sujet exposé au Grand Palais.
Ici rien de tel, l’architecture du bâtiment, l’accrochage judicieux des oeuvres et leur choix sont tout simplement fascinants.
La magie de la nouvelle exposition de la fondation Beyeler à  Riehen, dans la campagne bâloise, n’en est que plus saisissante: tout le monde a en mémoire un Canaletto ou un Turner, un Monet ou un Guardi inspiré par la célèbre cité. Mais l’éclairage donné par le commissaire d’exposition Martin Schwander leur (re)donne une beauté et un sens particuliers.
L’exposition «Venise, de Canaletto et Turner à Monet», sera visible jusqu’au 12 février 2009. Elle est un retour sur mythe. Le mythe d’une cité qui a attiré les artistes du monde entier, artistes qui, en retour, ont nourri ce mythe en diffusant de la ville force images poétiques.

«Trop beau pour être peint», avait décrété Claude Monet, qui s’était longtemps refusé au voyage vénitien avant d’y séjourner deux mois, en 1908, à l’âge de 68 ans. La série de 37 tableaux qu’il commença à y réaliser (il les a terminés dans son atelier de Giverny les années suivantes) lui donnent tort.

De façon pertinente, l’exposition commence avec les derniers peintres vénitiens de la grande époque de Venise, Canaletto (1697-1768) et Francesco Guardi (1712-1793). Le départ du bucentaure, la barque de parade du doge. C’est à la fois une fête et un acte politique. Le doge accomplit le sposalizzio del mare, le mariage rituel avec la mer, en jetant à la mer un anneau d’or et en prononçant la phrase riruelle si importante à Venise « Nous t’épousons, mer, en signe de notre domination véritable et constante »
 Nés après les luttes permanentes contre les Turcs au 17e siècle, les deux artistes mourront juste avant l’abolition de la République de Venise par Bonaparte en 1797.
Des deux grands «védutistes» (les vedute sont les vues de villes, typiquement celles de Venise) au Monet d’il y a un siècle, le fil rouge est constant.
Le Grand Canal, le Palais ducal à la lumière si particulière fondant terre, mer et ciel se retrouvent d’une époque à l’autre, d’un style à l’autre. Mais ils ne sont jamais aussi clairs et transparents que chez Canaletto, qui ouvre l’exposition.

Pour l’historien d’art André Chastel («L’art italien»), Canaletto et Guardi sont ceux «qui iront le plus loin possible vers une peinture pure, sans thèmes antiques ou religieux, ce qui annonce déjà le 19e siècle

Deux maîtres bien différents. A la netteté cristalline de Canaletto, Guardi oppose des vues plus «floues», où la touche est plus présente. Comme si l’impressionnisme n’était pas loin.
Mais, avant cela, il y aura encore d’autres voyageurs. Centre artistique, culturel et intellectuel au 16e siècle, Venise a commencé à attirer des pèlerins de toutes sortes au plus tard au 17e siècle. Ce flot ne s’interrompra jamais.
Après Guardi, le visiteur plonge dans une presque pénombre qui met encore plus en valeur les tableaux de William Turner (1775-1851), qui y fit trois voyages (1819, 1833 et 1840).
Les deux tableaux «En allant au bal» et «En retournant du bal» (1846) laissent éclater la lumière de façon abstraite. Le ciel est comme déchiré par la lumière du peintre.
Puis viennent deux étonnants Manet, manet.1229553777.jpg
Renoir et surtout Monet, qui a droit à un des plus grands ensembles de cette exposition. L’obsession du Français pour la «ville-nénuphar» (expression de Paul Morand) le pousse à explorer les matières comme nul autre.
L’eau d’abord, les palazzi ensuite
Sa série du Palais Contarini coupe systématiquement le bâtiment au deux tiers de sa hauteur, pour donner tout le premier plan aux miroitements de la lagune, bleue, verte ou violette. Magnifiquement mise en valeur, seule au milieu d’une paroi, la «Gondole à Venise» est une intrigante tache beige au milieu de l’eau.monet-venise.1229554699.jpg
L’autre grand ensemble de l’exposition est consacré à James McNeill Whistler (1834-1903), qui avait ramené de Venise 100 pastels et 52 eaux-fortes merveilleuses de simplicité. Les sujets moins glorieux l’intéressent, les arrières-cours, les passants, pas forcément riches. Ces derniers sont exposés dans une semie-pénombre.
sargent.1229554547.jpgOn est saisi lorsque l’on revient vers la lumière de John Singer Sargent (1856-1925), un Américain hôte régulier de Venise, comme nombre de ses compatriotes à la fin du 19e siècle. A grands traits expressifs, le peintre dessine un monde moins glorieux, choisissant souvent de surprenants angles de vues.
Intéressant contre-point, un choix de la collection de photographies historiques Herzog, de Bâle, permet de voir Venise «telle qu’elle était» dans les années 1870, sous l’objectif de Carlo Ponti et de Carlo Naya. Eux aussi ont contribué au succès désormais pleinement touristique de la Venise italienne depuis 1866. La première Biennale ouvrira ses portes en 1895.
Autre photographe, mais contemporain, le Belge David Claerbout propose une expérience sensorielle intéressante: ses clichés architecturaux de Venise sont projetés dans le noir et il faut un moment à l’œil pour commencer à distinguer les contours des bâtiments. Des ombres que les peintres des siècles passés ont heureusement depuis longtemps immortalisés.
A la fin de l’exposition des fauteuils vous accueillent, où vous pouvez écouter des compositeurs de musique classique, vous plongeant dans l’ambiance vénitienne.
Une exposition à voir et à revoir.

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