Sophie Taeuber-Arp
Abstraction vivante

Jusqu’au 20.06.2021, au Kunstmuseum Basel | Neubau
Commissaire : Eva Reifert, Anne Umland, Natalia Sidlina, Walburga Krupp

Alors que la Fondation Beyeler expose de manière grandiose Rodin/Arp, le Kunstmuseum Basel consacre une large rétrospective à l’artiste suisse
Sophie Taeuber-Arp (1889-1943) avec plus de 250 oeuvres. De nombreux Suisses connaissent son visage en raison de sa présence sur le billet de 50 francs durant plusieurs décennies. Une exposition joyeuse, colorée, dégageant la joie de vivre.
Conçue en coopération avec le Museum of Modern Art de New York et la Tate Modern de Londres, l’exposition Sophie Taeuber-Arp. Abstraction vivante s’attache à révéler enfin à un public international l’oeuvre interdisciplinaire et extrêmement protéiforme de cette pionnière de l’abstraction et à la situer parmi les grandes figures de l’avant-garde du modernisme classique.

L’oeuvre

Lors de sa mort accidentelle tragique en 1943, l’oeuvre de Taeuber-Arp comprend une extraordinaire variété de techniques et de matériaux : des textiles, des travaux de perles, un théâtre de marionnettes, de la danse, des costumes, des peintures murales, du mobilier, de l’architecture, du design graphique, de la peinture, des sculptures, des reliefs et des dessins. Sa conception de l’art, sans égale dans le modernisme classique, abolissant la frontière entre les genres, dénuée de hiérarchie et en étroite relation avec la vie contribue également à la fascination perceptible jusqu’à aujourd’hui pour ses oeuvres et à leur immuable pertinence.

L’Aubette (salle 5)

L’oeuvre de Sophie Taeuber-Arp repose sur l’association à nulle autre pareille de sa formation en arts appliqués et du goût pour l’expérimentation des cercles de l’avant-garde zurichoise et parisienne qu’elle fréquentait. Plutôt que d’assigner le langage formel de l’abstraction, alors nouveau et révolutionnaire, à un champ intellectuel et théorique, elle y recourt pour façonner la vie quotidienne : coussins, nappes, sacs, meubles et pièces entières, à l’instar de l’Aubette, café strasbourgeois considéré comme
« la chapelle Sixtine de l’art moderne ».


Jusque dans ses tableaux abstraits aux formes géométriques réduites qu’elle réalise dans les années 1930 à Paris, les compositions sont colorées et rythmées, jamais statiques ni sévères. À la fin des années vingt, Taeuber-Arp reçoit la commande de la décoration de l’Aubette – un complexe de loisirs situé sur la place Kléber à Strasbourg comprenant un bar, un restaurant, un dancing, une salle de billard et un salon de thé. Pour concevoir cet ensemble qui s’apparente à une oeuvre d’art totale, l’artiste fait également appel à Theo van Doesburg et à son mari Hans Arp. À l’aide de photographies anciennes de grand format, mais aussi de nombreuses études et de vitraux réalisés par Taeuber-Arp ayant été conservés, la salle cinq située au coeur de l’exposition permet de comprendre à quel point le recours au langage formel abstrait dans la conception de cet espace public fut véritablement radical

L’exposition

Conçue de manière chronologique, l’exposition Abstraction vivante donne un aperçu de l’oeuvre et des inspirations diverses de Taeuber-Arp, tout en mettant en évidence l’apparente aisance avec laquelle l’artiste estompe les frontières traditionnelles entre l’art et la vie et efface les catégories figées de l’histoire de l’art.

La Chronologie

Dans la première salle de l’exposition, bourses en perles, coussins et poudriers en bois donnent un aperçu des objets d’arts appliqués fabriqués et vendus par Taeuber-Arp. Parmi les oeuvres réalisées, nombre d’entre elles n’ont malheureusement pas été conservées. Cependant, des gouaches lumineuses et des dessins au crayon de couleur plongent l’observateur dans son univers de motifs abstraits à partir de 1915. Il est probable qu’un triptyque apparaissant aujourd’hui comme un tableau autonome ait été un paravent dans une vie antérieure. Il s’agit là d’un exemple frappant de la manière dont les frontières entre artisanat et arts libres s’estompent dans l’oeuvre de Taeuber-Arp.

La seconde salle

Présenté dans la seconde salle, l’ensemble original de marionnettes créé par Taeuber-Arp pour l’adaptation de la pièce commedia dell arte Le Roi Cerf constitue l’un des temps forts de l’exposition. Seules trois représentations eurent lieu lors de l’effroyable épidémie de grippe en 1918, et pourtant ces marionnettes stimulent l’imagination des créateurs jusqu’à aujourd’hui (Karl Lagerfeld a ainsi photographié une collection à leurs aux côtés en 2015). Une certaine continuité s’exprime dans le langage formel également : tout comme les motifs de ses travaux artisanaux, les figures sont assemblées à partir de formes extrêmement géométrisées. Dans le cadre d’une coproduction avec Narrative Boutique et avec le soutien du Théâtre de marionnettes de Bâle et du Museum für Gestaltung de Zurich, des séquences de film produites spécialement pour l’exposition redonnent vie à ces marionnettes.

En lien avec le projet de marionnettes, Taeuber-Arp réalise, en outre, une série de têtes abstraites en bois d’une importance artistique considérable dans le contexte dada. Celles-ci figurent dans toute anthologie consacrée à ce mouvement anti-art marqueur d’une époque.

La troisième salle

Sophie Taeuber-Arp a participé à un grand nombre d’expositions consacrées à l’artisanat d’art. Les expositions bâloises et zurichoises du groupe d’artistes Das Neue Leben (La vie nouvelle) qui, comme d’autres associations réformistes, visait à effacer les frontières entre les arts appliqués et les arts libres, attribuent, pour la première fois, ses housses de coussin et travaux de perles au champ de l’art.

La troisième salle est consacrée à l’activité d’enseignante de Taeuber-Arp à l’École des Arts appliqués de Zurich et à ses merveilleuses oeuvres textiles élaborées selon différentes techniques. Qu’ils soient noués, tissés ou brodés, les tapis, nappes et coussins présentent des motifs de formes géométrisées colorées ainsi que des animaux et des figures abstraites. Les petits fragments de papier peints conservés à leurs côtés donnent un aperçu fascinant du processus de création artistique de Taeuber-Arp : en les déplaçant et en les assemblant par module, elle utilisait un procédé expérimental pour produire de nouvelles combinaisons.

La quatrième salle

Dans la seconde moitié des années vingt, Sophie Taeuber-Arp et son mari acquièrent la nationalité française. Elle séjourne à Strasbourg où elle reçoit un nombre important de commandes pour l’aménagement d’intérieurs. Dans la quatrième salle de l’exposition, des gouaches présentant des lignes légèrement ondoyantes et des dégradés chromatiques témoignent du changement de vocabulaire de l’artiste dans ce contexte, mais aussi de sa grande sensibilité pour les couleurs et les formes. Le motif de la figure aux bras angulaires se fait récurrent. On le retrouve dans l’aménagement de l’hôtel Hannong, les peintures murales de la maison du couple Heimendinger et les vitraux de l’appartement de l’architecte André Horn. Des photographies de petit format prises par Taeuber-Arp lors de voyages permettent d’entrevoir à quel point ses sources d’inspiration étaient étroitement liées à la vie quotidienne : elle fixe autant les éléments d’architecture arqués dans les villes italiennes que la mer de corbeilles de plage sur l’île de Rügen.

La sixième salle

Dans son oeuvre, l’articulation entre l’art et la vie se traduit aussi dans la sixième salle par la réorganisation d’intérieurs, en passant par des études de mobilier jusqu’à l’édification de sa maison atelier aux portes de Paris.
Au début des années trente, Taeuber-Arp quitte son poste d’enseignante à Zurich, qui lui a permis de subvenir à ses besoins et à ceux de son mari pendant plus d’une décennie, puis emménage à Paris.

Elle y fréquente les groupes d’artistes de l’avant-garde non figurative, Cercle et Carré et Abstraction-Création, auxquels appartiennent également Wassily Kandinsky, Piet Mondrian et Kurt Schwitters, et participe à des expositions internationales en tant qu’artiste plasticienne. On attribue son style au constructivisme. Un mouvement visuel dans un jeu de pondération et d’équilibre caractérise constamment ses oeuvres, quoique désormais tout à fait abstraites géométriques

La salle sept

Elle permet de saisir la manière dont motifs et idées – à l’instar de constellations de cercles, de chevauchements diagonaux et de formes circulaires rencontrant des droites – se développent dans ses groupements d’oeuvres tout en créant des tensions dans leurs multiples rapports. Dans un environnement désormais de plus en plus hostile à l’art moderne, Sophie Taeuber-Arp oeuvre en outre comme designer graphique depuis 1937. Elle conçoit par exemple la mise en page de la revue Plastique/Plastic qu’elle édite et à travers laquelle elle souhaitait encourager les échanges transatlantiques de l’avant-garde.

La salle huit

L’exposition collective Constructivistes à la Kunsthalle Basel en 1937 dont il est question dans la salle huit fut la plus importante consacrée au travail de Sophie Taeuber-Arp de son vivant. Parmi les objets exposés à l’époque figuraient des reliefs en bois peint à nul autre pareils reprenant le matériau des marionnettes dans une composition néanmoins totalement abstraite : des tableaux tridimensionnels, des oeuvres au croisement de la peinture et de la sculpture.

La neuvième et dernière salle

Les dessins présentés dans la neuvième et dernière salle de l’exposition témoignent du changement radical du cadre de vie accompagnant la fuite du couple Taeuber-Arp de Paris vers le Sud de la France. La distinction entre esquisse et oeuvre autonome ne revêt ici aucune importance : les lignes colorées et monochromes formant des méandres suggèrent assurément une échappée et une agitation, cependant ils égalent en précision et en clarté les oeuvres de l’époque parisienne. Un collage vidéo de photographies anciennes de l’artiste et de son entourage, réalisé en collaboration avec maze pictures, donne un dernier aperçu commenté au moyen d’extraits de lettres de la vie de Sophie Taeuber-Arp, de ses multiples relations au sein des cercles artistiques de son époque et de l’abstraction vivante de son oeuvre.

Catalogue

 Conçu par le Museum of Modern Art, l’abondant catalogue de l’exposition paraît en anglais et dans une édition en langue allemande publiée par le Kunstmuseum Basel chez l’éditeur Hirmer. Les contributions d’auteurs internationaux mettent en lumière différents aspects de l’oeuvre de Sophie Taeuber-Arp.

Information

www.kunstmuseumbasel.ch
Veuillez noter qu’un créneau horaire doit être réservé online pour l’exposition spéciale Sophie Taeuber-Arp.
• L’accès aux différentes salles d’exposition et également au musée peut être temporairement limité si il y a trop de visiteurs.
• Le passage des visiteurs dans le musée sera adapté afin que les règles de distance puissent être respectées.
 . La station de tramway « Kunstmuseum » n’est pas desservie
descendre à Bankverein
LU FERMÉ
MA 10H00–18H00
ME 10H00–20H00
JE–DI 10H00–18H00

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Le Définitif – c’est le Provisoire

Eva Aeppli, Jean Tinguely und Per Olof Ultvedt mit Méta-Matic­ Zeichnungen, Atelier Impasse Ronsin, Paris, 1959 Foto: Hansjôrg Stoecklin

Nouvelle présentation  de la collection  Musée Tinguely

3 mars 2021 printemps 2023

Aufbau der Sammlungspresentation im Museum Tinguely, Basel 15. Februar 2021


À partir du 3 mars 2021, soit 25 ans après l’inauguration du Musée Tinguely en bordure de Rhin à Bâle, la nouvelle présentation de la collection apporte un éclairage sur Jean Tinguely, artiste charismatique, et ses apparitions médiatisées avec des sculptures cinétiques et des actions. Cette présentation puise de manière inédite dans des documents et archives à nuls autre pareils mettant en évidence le travail scientifique du Musée Tinguely. Avec la nouvelle présentation ouvre simultanément le« Schauatelier » du Musée Tinguely afin de permettre aux publics de suivre directement le travail de l’équipe de la conservation-restauration.

 

À la une : Tinguely et son art

Dès le début de sa carrière artistique, à la fin des années 1950, Tinguely fait sensation avec des machines artistiques do-it-yourself à la fois au sein du monde de l’art et dans la presse internationale, notamment en 1959 à Paris ou au printemps 1960 à New York. Avec ses machines à dessiner, les Méta-Maties, il est catapulté à la une de célèbres journaux et des journalistes du monde entier écrivent alors:« Want To Be An Artist? Just Buy This Machine, And You Are In». Des sculptures provenant de l’abondante collection du Musée Tinguely sont augmentées de prêts d’oeuvres majeurs. L’exposition  aborde  ainsi le début  de sa carrière artistique à l’étranger suivi par ses premières apparitions en Suisse. Cette présentation donne à voir des documents sur papier, des photographies, des enregistrements sonores et filmiques dans un contexte médiatique  nouveau. Son oeuvre des années 1950 et 1960, qu’il présente de Paris à New York en  passant  par Berne et Lausanne jusqu’à Tokyo, à travers des expositions et des actions, est protéiforme et brise les conventions de l’histoire de l’art admises jusqu’ici. Il provoque et amuse à la fois, et  déclare que la vie c’est l’art. Ses travaux nous incitent à une participation directe et s’adressent toujours à plusieurs niveaux sensoriels de l’expérience artistique.

Des spectacles sur différentes scènes

Pionnier dans son art, Tinguely parvient toujours à redéfinir la posture de ses machines cinétiques. Il crée des spectacles sonores bruyants à l’aide d’objets du quotidien qu’il place lui-même sous les feux des projecteurs en participant à différentes mises en scène théâtrales avec une  distribution  internationale –  tantôt comme scénographe, tantôt comme acteur – et aborde à travers ses œuvres des questions épineuses de l’époque, notamment avec la machine briseuse de bouteilles Rotozaza No. 2 (1967). Présentée pour la première fois il y a plus de cinquante ans, le 19 octobre 1967, lors d’une performance à New York, cette œuvre traite de la critique naissante de la société de consommation et du tout­ jetable. Tinguely entend

Aufbau der Sammlungspresentation im Museum Tinguely, Basel 15. Februar 2021

« se moquer du côté pratique et rationnel des machines productives».
Rarement présentée, Rotozaza No.2 sera activée en exclusivité pendant quelques minutes à raison de deux fois par semaine pour les visiteur.euse.s. du Musée Tinguely.

Bons baisers – lettres d’artistes prisées

Jean Tinguely, Briefzeichnung an Maja Sacher, 1976
Museum Tinguely, Basel, Schenkung Paul Sacher
© 2021, ProLitteris, Zürich, Museum Tinguely ; Foto: Daniel Spehr

Tinguely appréhende son art comme un non-sens chargé de sens. Dans ses mises en scène, la joie de vivre joue un rôle aussi important que l’impermanence. Cela se reflète non seulement dans ses sculptures cinétiques, mais aussi dans ses travaux sur papier à travers lesquels il vient à notre rencontre en tant que dessinateur inventif et artiste réalisant des collages. Au cours de sa création artistique, il a  adressé  des centaines  de lettres à des amis et à des collaborateurs du monde entier. Ces dessins épistolaires et collages colorés réalisés à partir de matériaux du quotidien possèdent leur propre langage et constituent de captivants témoins visuels de l’époque.

Jean Tinguely, Briefzeichnung an Franz und Ida Meyer, 1965
Museum Tinguely, Basel, Schenkung Franz Meyer
© 2021, ProLitteris, Zürich, Museum Tinguely ; Foto: Daniel Spehr

L’exposition propose aux visiteur.euse.s de redécouvrir la dimension créative de l’écriture épistolaire reléguée au second plan dans le monde numérique d’aujourd’hui et d’envoyer des lettres manuscrites à la manière de
Tinguely à leurs amis.

La conservation de l’art cinétique de Tinguely

La présentation fournit en outre des informations passionnantes sur la matérialité et le fonctionnement des œuvres de Tinguely. Elle offre un aperçu de sa méthode de construction et des détails techniques dissimulés au profane mais d’autant plus surprenants pour leur conservation : quelles mesures prendre pour conserver les œuvres de Tinguely aussi longtemps que possible? L’exposition présente des découvertes récentes sur les sculptures-radios des années 1960 ou les techniques de restauration de travaux particulièrement fragiles comme Ballet des pauvres (1961) ou Balubas (à partir de 1961). Elle s’interroge également sur la manière de procéder avec les matériaux éphémères utilisés par Tinguely pour concevoir ses collages, à l’instar du  vernis à ongles, des images autocollantes ou à gratter.

Le nouveau « Schauatelier » – conservation & restauration

Le département conservation & restauration du Musée Tinguely s’installe dans un nouvel endroit visible par le public du musée. En observant son travail, les visiteur.euse.s peuvent mieux en comprendre les enjeux – la conservation des œuvres de Jean Tinguely devient un thème d’exposition permanent.

Le nouveau « Schauatelier » est situé au dernier étage du musée, à la fin des salles d’exposition, derrière une  porte vitrée  pouvant  rester  grande  ouverte si nécessaire.  C’est une occasion unique d’avoir un aperçu du travail de notre équipe de restauration en direct. Dans le « Schauatelier », le public pourra découvrir les multiples défis liés à la conservation des œuvres de Tinguely. Différents  médiums  présenteront  les projets de restauration  en cours et aborderont des problèmes spécifiques de manière approfondie.

En outre, ce lieu est destiné à devenir une plateforme d’échange d’expériences. À l’avenir, le « Schauatelier » constituera le premier point d’accueil technique pour la conservation et la restauration de l’œuvre de Jean Tinguely.

Informations pratiques Musée Tinguely

 Musée Tinguely I Paul Sacher-Anlage 1 l 4002 Bâle

Heures d’ouverture : du mardi au dimanche, de 11h à 18h
Site Internet : www.tinguely.ch
Médias sociaux
: @museumtinguely 1   #museumtinguely  1   #tinguely 1  #swissartist 1 #provisoire  1   #kineticart  1   #conservation

 

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Qalqalah

La  Kunsthalle  Mulhouse  accueille  l’exposition « : plus d’une langue » conçue par Virginie Bobin et Victorine Grataloup.
Jusqu’au au 22 mai 2021

Pour compléter votre découverte de l’exposition, La Kunsthalle vous propose une discussion téléphonique avec une médiatrice du centre d’art !

En vidéo ici

Lawrence Abu Hamdan, Sophia Al Maria, Mounira Al Solh, Noureddine Ezarraf, Fehras Publishing Practices, Benoît Grimalt, Wiame Haddad, Vir Andres Hera,institute for incongruous translation (Natascha Sadr Haghighian et Ashkan Sepahvand) avec Can Altay, Serena Lee, Scriptings#47: Man schenkt
Intervention graphique : Montasser Drissi

Le nom

Le nom de nous vient de deux nouvelles de la commissaire d’exposition et chercheuse égyptienne Sarah Rifky1. L’héroïne éponyme de ces fictions, Qalqalah, est artiste et linguiste et habite un futur proche recomposé par la crise financière et les révoltes populaires des années 2010. Ses méditations poétiques autour des langues, de la traduction et de leur pouvoir critique et imaginant ont accompagné nos réflexions, et ne nous ont plus quittées depuis. Qalqalah  est ainsi devenue une plateforme de recherche artistique en ligne, entre trois langues et deux alphabets

– arabe, français et anglais. Voici qu’elle prend la forme d’une exposition.

Le titre

Le titre « : plus d’une langue » orchestre la rencontre entre notre héroïne et  une  citation  de Jacques Derrida. Dans Le monolinguisme de lautre2, le philosophe, né en 1930 en Algérie, raconte sa relation ambigüe à la langue française, prise dans les rets de l’histoire militaire et coloniale. Le livre s’ouvre sur une affirmation  paradoxale  :
  « Je   n’ai   qu’une   langue, ce n’est pas la mienne »,
contredisant toute définition propriétaire, figée ou univoque de la langue
qu’il s’agisse de français (comme l’exprime joliment la chercheuse
Myriam Suchet, lorsqu’on met un « s » à français, il faut l’entendre comme un pluriel), d’arabe (enseigné comme « langue étrangère » dans l’Algérie coloniale et aujourd’hui deuxième langue parlée sur le territoire français dans ses déclinaisons dialectales) ou d’anglais (langue globalisée et dominante dans l’art contemporain).

Ces trois langues (mais pas seulement) se retrouvent dans l’exposition, chacune porteuse d’enjeux politiques, historiques et poétiques qui s’entrecroisent et se répondent. L’exposition est ainsi traversée de signes et de voix, rappelant que les langues sont inséparables des corps qui parlent et écoutent  –  tout·e locuteur·trice
« s’exprimant  également par le regard et les traits du visage (oui, la langue a un visage) »3, pour reprendre les mots de l’écrivain et chercheur marocain Abdelfattah Kilito 

Les oeuvres

Les œuvres se font l’écho  de langues multiples, hybrides, acquises au hasard de migrations familiales, d’exils personnels ou de rencontres déracinées. Langues maternelles, secondaires, adoptives, migrantes, perdues, imposées, vulgaires, mineures, inventées, piratées, contaminées… Comment (se) parle-t-on en plus d’une langue, en plus d’un alphabet ? Comment écoute-t-on, depuis l’endroit et la langue dans lesquels on se trouve ? L’exposition propose ainsi, en filigrane, d’interroger le regard  que nous posons sur les œuvres en fonction des imaginaires politiques et sociaux qui nous façonnent.

Les artistes

La plupart des artistes invité·e·s placent d’ailleurs les modalités de publication, de circulation et de réception des œuvres au cœur de leur travail. Opérations de traduction, de translittération, de réécriture, d’archivage, de réédition, de publication, de montage, voire de moulage ou de karaoké, apparaissent comme autant de tentatives pour donner à voir et à entendre des histoires qui, parfois, se dérobent.

Au-delà d’une approche linguistique, il s’agit bien d’ouvrir un espace où déployer des récits pluriels et des témoignages hétérogènes, en s’appuyant, en plus d’une langue, sur l’un des sens possibles  du  mot  arabe  – « un mouvement du langage, une vibration phonétique, un rebond ou un écho ».4


texte :

Virginie Bobin et Victorine Grataloup

L’exposition sera accompagnée d’un atelier et d’un événement public autour des enjeux politiques et linguistiques du Français Langue d’Intégration, les 9 et 10 avril (sous réserve).

En 2020, l’exposition « Qalqalah  : plus d’une langue » a été présentée au Centre Régional d’Art Contemporain Occitanie à Sète.

A propos de « Qalqalah  »

  est une plateforme éditoriale et curatoriale dédiée à la production, la traduction et la circulation de recherches artistiques, théoriques et littéraires en trois langues : français, arabe et anglais. Elle a été créée par Virginie Bobin (curatrice, chercheuse et traductrice) et Victorine Grataloup (curatrice, chercheuse et enseignante) en 2018. Le collectif éditorial de Qalqalah  est aujourd’hui composé de Line Ajan, Virginie Bobin, Montasser Drissi, Victorine Grataloup, Vir Andres Hera et Salma Mochtari. 
                                                                                                                                                                 qalqalah.org


Heures d’ouverture

Du samedi au mardi de 14h à 18h
Du mercredi au vendredi de 12h à 18h
Fermé les 2, 3, 4, 5 avril et 1er mai
Entrée libre

Coordonnées

La Kunsthalle Mulhouse – Centre d’art contemporain La Fonderie
16 rue de la Fonderie – 68093 Mulhouse Cedex Tél : + 33 (0)3 69 77 66 47

kunsthalle@mulhouse.fr / www.kunsthallemulhouse.com

  • 1-Sarah Rifky, “Qalqalah : le sujet du langage”, traduit de l’anglais (Etats-Unis) in Qalqalah n°1, KADIST et Bétonsalon – Villa Vassilieff, 2015 ; puis “Qalqalah : penser l’histoire”, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Yoann Gourmel in Qalqalah n°2, ed. KADIST et Bétonsalon – Villa Vassilieff, 2016
  • Jacques Derrida, Le monolinguisme de l’autre, Galillé, 1996
  • 3-Abdelfattah Kilito, Tu ne parleras pas ma langue, traduit de l’arabe (Maroc), ed. Actes Sud, 2008

4 In Qalqalah, le sujet du langage, ibid

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Le Séchoir, en mouvement

Jusqu’au 4 avril 2021 au Séchoir sous le commissariat de Sandrine Stahl

L’exposition Mouvement(s) présente dix-sept pièces d’artistes
sélectionnées par l’équipe du Séchoir et quatre performances
répondant à l’appel à projet ci-dessous.

« Le mouvement est un langage. Ce n’est pas de
l’esthétique, ni de la décoration. Pas une illustration de la
musique, mais une expression en soi. » Mats Ek

« Je suis de ceux qui aiment le mouvement, le mouvement
qui rompt l’inertie, qui embrouille les lignes, qui défait les
alignements, me débarrasse des constructions. Mouvement,
comme désobéissance, comme remaniement. » Henri Michaux

« Dansez, sinon nous sommes perdus. » Pina Baush

L’Art est mouvements, théories qui se renversent les un.e.s et les
autres. Il est aussi gestes, traces, tensions, fixations, lignes de
force et de vie qui se jettent et se projettent sur tous les
supports. Ainsi, l’Art est danse, peinture, images et sons qui se
mettent en mouvement. Là est le propos de MOUVEMENT(s) :
faire du Séchoir un espace où tous les mouvements et les
humeurs se brassent, se télescopent en croisant, confrontant les
médiums et les expressions artistiques pour faire bouger,
bousculer le public.
Commissaire d’exposition et scénographe :
Sandrine Stahl – Le Séchoir

Les artistes

Pendant les six premières semaines de l’année, le Séchoir, est resté fermé au public. Impossible de chauffer les vastes volumes qui composent ce lieu à la fois musée, espace de travail et de formation. Au mois de février, la réouverture se fait avec une exposition. Cette année, le lieu devra encore rester fermé en raison du Covid. Mais l’équipe du Séchoir n’est pas restée inactive et a voulu présenter son exposition.

« Elle devait avoir lieu en avril 2020 et nous avions décidé de la reporter »,
 « Nous avons fait un appel à candidature au début de l’année et nous avons reçu plus de quarante propositions ».
« C’est un sujet que nous avions depuis longtemps sur notre liste. On avait envie de travailler avec des danseurs. L’idée au départ était de présenter uniquement des performances. Ça n’a pas été possible, mais nous avons gardé le thème qui nous tenait à cœur. »

Sandrine Stahl, présidente de l’association 

Performances et +

Envie, besoin de Mouvement(s) ?
En attendant sa réouverture, Le Séchoir vous propose de découvrir,
chaque jour à 18h, un artiste et une présentation de sa pièce exposée
dans le cadre de l’exposition Mouvement(s), produite avec le soutien
de la ville de Mulhouse, la
Région Grand Est et la Hear

Les réseaux sociaux

En attendant une visite en chair et en os … !
Vous pouvez les suivre sur les réseaux sociaux tous les soirs à 18h
sous
Youtube
ou encore sous
Instagram
sur
Facebook

Quelques vues

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Banksy – Building castle in the sky

l’original se trouve toujours à Venise

Jusqu’au 30 mai 2021 à la Messe de Bâle

La Messe de Bâle accueille pour trois mois une exposition consacrée à Banksy.
Il nous propose de construire des châteaux dans le ciel. (Building castle in the sky)
 L’occasion d’une immersion intime, quoique non autorisée par l’intéressé,
 – ne sont-elles pas toutes non-autorisées ? –
dans l’univers complexe et controversé du street artiste britannique.

C’est l’un des street-artistes les plus prisés au monde. Pourtant, son identité reste inconnue de tous.
Ce qui est amusant, c’est qu’il n’a pas besoin d’être vu pour être célèbre.
Son identité sera-t-elle dévoilée un jour ?
Banksy, artiste sans visage, sévit sur les murs des métropoles à travers le monde depuis une vingtaine d’années.

Baden Baden

Comme tout le monde, j’ai couru à Baden Baden au musée Frieder Burda qui a présenté pour la première fois au public en février 2019.
« Love is in the Bin », œuvre de Banksy
récemment acquise aux enchères chez Sotheby’s à Londres, par une collectionneuse européenne. 
L’autodestruction partielle de cette oeuvre , juste après son acquisition pour
1,042 million de livres (1,185 million d’euros) a médusé le public.

Elle a été exposée en première mondiale, pendant quatre semaines, gratuitement, durant lesquelles s’est tenu également un colloque payant.
Environ 60.000 visiteurs, plutôt jeunes et amateurs de street art, ont défilé dans le musée, pour voir l’icône mondiale, et prendre d’innombrables selfies avec le travail de l’artiste.

La Messe de Basel

A la Messe de Bâle c’est un nombre impressionnant de plus de 100 œuvres originales, issues de collections privées, ainsi que  des objets de l’artiste britannique, qui montre un panorama de son travail : vingt années d’activité, à commencer par les peintures de la toute première phase de sa carrière, se terminant par ceux de la dernière période. Tout cela rassemblé dans une exposition, intimiste, plongée dans le noir, afin de mieux faire surgir les œuvres.

Des œuvres issues de Dismaland,  -projet artistique temporaire prenant la forme d’un parc d’attractions. Créé par l’artiste, il est situé dans la station balnéaire de Weston-super-Mare, en Angleterre, sur le site d’une ancienne zone de loisirs.- comme la sculpture  Mickey Snake,  Mickey avalé par un python. Dismaland est un mot-valise composé de dismal (lugubre) et land.
Il est présenté comme une « version sinistre de Disneyland ».
Banksy le décrit comme « un parc à thème familial inadapté aux enfants »

L’imagerie de Banksy est simple mais pas simpliste, avec des messages abordant les thèmes du capitalisme, de la guerre, du social, avec la touche d’humour et marque de fabrique de l’artiste

C’est Banksy. Voici son histoire

Sa première peinture murale est découverte en 1999 à Bristol. Il commence à utiliser les pochoirs, après s’être tenu à l’écart de la  police  pour être plus efficace. Le message transmis par ses œuvres est profondément pacifiste,  anti-capitaliste, et profondément contestataire.
C’est extrêmement important de réagir face à une situation politiquement répressive pour de nombreux artistes.
Il utilise comme sujet, les rats, les singes, les policiers, les soldats, les enfants, les personnes âgées.
Malgré sa célébrité, Banksy n’a jamais dévoilé sa véritable identité.
Dans les années 2000, ses œuvres commencent à apparaître à Londres.

En 2005 il voyage en ci-Jordanie et réalise 8 pochoirs. On retrouve son art dans les rues, sur les bâtiments, dans les lieux publics, donc ses œuvres sont souvent repeintes, détruites, assez facilement, comme en 2007, lorsque l’organisme de transport en commun de Londres, repeint son
« Pulp Fiction »
Banksy est nommé pour l’Oscar du meilleur film documentaire, grâce à « Faites le mur » une satire du milieu artistique.
Il y a un français, cousin de Space Invader, qui sait où se trouvent les meilleurs murs de Los Angles.
Aujourd’hui le public se bat pour la conservation de ses œuvres, à leurs emplacements d’origine
.
Il a organisé des expositions à New York et à Los Angles, à Londres et à Sydney.
Quelques unes de ses œuvres ont été vendues à plusieurs centaines de milliers de livres.
En 2018 il élabore un coup médiatique avec « le Petite Fille au Ballon » qui s’autodétruit après avoir été vendue à 1,2 millions d’euros. Anticonformiste, antisystème, Banksy a marqué le monde de l’art en détruisant en direct et sous les caméras du monde entier son oeuvre.


En 2019 son « Parlement des Singes » mettant en scène des chimpanzés à la chambre des communes britannique a été vendu à 11 millions d’euros. Ses opinions politiques sont évidentes, mais tout son génie réside dans sa capacité à limiter, ce débat incroyablement complexe, à une seule et simple  image.

Son  hommage aux victimes des attentats de novembre 2015 à Paris et volée en 2019 au Bataclan, a été retrouvée au cours d’une opération des forces de l’ordre dans le centre de l’Italie.
Examiner le contrôle et la liberté dans un sens plus large et dans les paradoxes de notre temps. Parfois, une exposition examine les images de Banksy dans un cadre sémantique qui identifie leurs origines, leurs références.

Aux Enchères

Banksy va mettre l’une de ses fresques aux enchères, au profit du NHS (National Health Service), le système de santé Britannique. Intitulée « Game changer » l’oeuvre mise en vente, représente, un petit garçon en train de jouer avec une poupée représentant une infirmière. Banksy espère récolter 3.5 millions d’euros.  Banksy homme d’affaire, lorsqu’il s’agit d’une bonne cause ?


Relations médiatisées entre les éléments et les niveaux pertinents. L’exposition est complétée par plusieurs

affiches de collection, des notes de Banksy of England, des tee-shirts très rares et des couvertures en vinyle.

Une révélation et revendication sur Instagram

Cette nouvelle œuvre a été revendiquée par l’insaisissable artiste dans une vidéo publiée sur son compte Instagram, dans laquelle il s’amuse avec l’une des émissions culte de Bob Ross, où l’artiste américain maintenant décédé conseillait des techniques pour peindre à l’huile des paysages.

L’exposition Banksy, proposée par Stefano Antonelli, Gianluca Marziani et Acoris Andipa, est conçue et produit par Associazione MetaMorfosi en collaboration avec GC Events.

Banksy selfportrait

Ecoles

Des tarifs réduits pour les écoles qui sont privilégiées grâce à des temps d’accès et des forfaits exclusifs. Les enseignants ne paient pas

Entrée. Visiter ce monde merveilleux plein de sons et de couleurs est censé être une nouvelle façon d’apprendre l’art et de promouvoir la créativité.

Y ALLER Exposition (non autorisée) « Banksy – Building castles in the sky » jusqu’au 30 mai 2021 à la Messe de Bâle.
Tarif : 24 francs suisses (environ 22 euros) pour les adultes,
21CHF réduit et 16CHF pour les enfants de 5 à 15 ans ;
du lundi au vendredi de 10 h à 18 h,
week-ends et jours fériés 10 h-19 h.
Renseignements et achat préalable (conseillé) des billets sur www.banksybasel.com.
Attention : en raison des contraintes sanitaires, le passage de la frontière se fait sous certaines conditions.

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«Leu Art Family. Caresser la peau du ciel»
Museum Tinguely, Basel

Au musée Tinguely de Bâle jusqu’au 31 octobre 2021
Commissaire : Christian Jelk

Installation «Leu Art Family»

La Famille

La famille Leu est mondialement connu dans l’univers du tatouage. Felix, fils de Eva Aeppli, qui fut la première femme de Jean Tinguely et Loretta Leu, en ont fait leur gagne-pain durant la fin des années 1960 et les années 1970 pour courir le monde avec leurs quatre enfants, Ama, Aia, Filip, et Ajja. Toutes ces années de voyage ont été nourris d’une curiosité artistique, et ont donné corps à un cosmos artistique familial. L’exposition naît de la volonté de montrer ce cosmos à travers les créations artistiques de tous les membres de cette tribu qui est à découvrir jusqu’au 31 octobre 2021 au Musée Tinguely à Bâle.

 Christian Jelk, Loretta, Titine und Filip Leu

Aujourd’hui casaniers, hier vagabonds, ils sont toujours à la fois habitants et habités de leur univers propre, tissé-tressé de mille explorations artistiques. Loretta et Felix se sont rencontrés à New York en 1967, au  vernissage d’une exposition  Tinguely. Ils collaborent avec Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle à la réalisation  de leur sculpture  monumentale pour l’exposition universelle  de Montréal (1967). Et puis taillent la route…


Trois générations se répondent dans l’exposition proposée au Musée Tinguely: Felix et Loretta Leu, Filip et Titine Leu, Ama, Doug, Summer et Poppy Leu-Wilson, Aia, Steve, Fay et Indica Leu-Allin, Ajja et Tanya Leu, Jane Leu Rekas, Miriam Tinguely, Rolf Kesselring, Cajun Leu et Chloé Liberge, et Cressa McLaren.

L’exposition

La première salle d’exposition est nocturne, presque éthérée, quand la seconde est charnelle, débordante, lumineuse. Deux salles comme le yin et le yang, lunaire et solaire. L’obscurité révèle les gestes premiers. Il y a là le fantasme des premiers tracés, dans les grottes préhistoriques. Des premières danses, des premières transes, à la lueur des torches, dans ces ventres de la terre, dans ces ventres de pierre. Les premières traces artistiques de l’humanité sont des dessins. C’est aussi la première chose que fait un enfant, avant de parler. Dans cette première partie, portée par la nuit, un océan de croquis fait écho à un pulsar électronique. On peut penser aux pages de Au-dessous du volcan de Malcolm Lowry, dont la légende veut qu’il ait écrit ce livre trois fois…
Des pages à la dérive.

A certaines personnes qui demandaient  à Felix, le  patriarche,  si ses enfants  ne devraient pas aller à l’école plutôt que courir le monde, ce dernier répondait que l’expérience humaine s’apprenait sur la route, que pour la géographie et les langues, les voyages y pourvoyaient, et pour le reste, la seule chose importante était d’avoir du papier et de quoi dessiner… Cette première salle est une ouverture sur la liberté, la liberté de création autant que celle de vivre.

La seconde salle est celle du ciel, celui-là sur lequel toutes les étoiles sont accrochées. Ce cosmos se présente comme une œuvre d’art totale. C’est le ciel de la Leu Art Family: tentative de révéler un univers, une philosophie et une conception du monde, une <Weltanschauung>, en usant exclusivement des nombreuses présences picturales de chacune et chacun. Les murs disparaissent, envahis par les œuvres des vingt membres de cette tribu. La volonté d’une ivresse, d’un débordement, désir de construire un miroir à la générosité d’être de cette grande famille. Chacun ici trouvera son étoile…

L’exposition représente le cosmos à la fois intime et explosif d’une famille d’artistes. C’est entrer dans une matrice vaste comme un ciel, dans un univers propre dans lequel chacun dessine  ses étoiles,  trace ses lignes propres vers l’infini. Cette famille  reconstruit l’enveloppe première dans laquelle se créé l’univers entier, la vie. Celle de l’être humain.

Celle de l’enfant que l’on veut être lorsque l’on entre ici.

« L’enfance, qui prend corps ainsi: tout d’abord dans le ventre maternel, première enveloppe.  Et puis l’enfant, ‹ entré › dans le monde,  construit comme  une  bulle autour de lui, limites de sa perception, mais surtout construction de SON monde propre. Je crois que l’enfant grandit ainsi, et son univers aussi bien sûr, jusque vers l’âge de huit, neuf ans, moment où la bulle éclate alors au nom de la socialisation, de la scolarité, au nom d’une norme, d’une codification, d’usages à tenir.

Et puis une fois adulte, chacun passe sa vie entière perdu en un monde qui n’est pas le sien, à tenter d’échafauder des masques ou des carapaces. Ce n’est pas l’enfance que l’on perd pourtant, mais sa capacité à construire un monde à sa propre mesure, un  monde dans lequel on peut créer, grandir, se reposer, accueillir, …

Lorsque j’ai rencontré la famille Leu, lorsque que j’ai pénétré leurs univers artistiques, j’ai trouvé précisément toutes ces choses que j’évoque disparues un peu plus haut. Cette famille sait l’importance de construire son univers propre. Ce n’est pas un univers clos, mais une peau: le lieu de tous les échanges, mais aussi le lieu qui contient les corps, et qui définit les contours, toujours mouvant, d’une identité. Ce corps-monde, ce corps-Leu, permet à chacun de laisser sa création se déployer.  Et c’est ce corps  polymorphe,  généreux en diable, fort comme une aura qui colore et neutralise la réalité du quotidien, qui est offert au regard dans cette exposition, comme une enveloppe amniotique.

Soyez les bienvenus dans le monde de la Leu Art Family ! »

Christian Jelk, commissaire de l’exposition

Publication

L’exposition  est  accompagnée  d’un livre,  dont le  commissaire  d’exposition  est l’auteur. C’est un  voyage,  un  road  movie interstellaire, dans un ciel dont chacune  des étoiles est un des membres de la Leu Art Family. Ils ont offert à l’auteur leurs univers artistiques,  et leur amitié : à la fois une matrice et un cosmos. Ce livre est le carnet de bord d’une rencontre,  de ces rencontres, et des troubles qu’elles ont provoquées dans le propre univers de l’auteur. (320pp, français, allemand, anglais,

ISBN 978-2-9701291-10, éditions Ogive, en vente à la boutique du musée : 56 CHF)

Film

The Artist FamilyThe art of the Leu Family at the Lieu Unique in Nantes de Valerio Bariletti et Morgan Bertacca, produit par Mooz Film et la famille Leu (Musique et conception sonore Ajja S.F. Leu)

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Sommaire du mois de février 2021

Photo Robert Cahen

21 février 2021 : Noir & Blanc : une esthétique de la photographie
17 février 2021 : Le noir insondable, ultime – Pierre Soulages,
13 février 2021 : ORLINDA GALLERY
07 février 2021 : Gustave Doré, Illustrateur, caricaturiste, peintre, graveur et sculpteur français.
04 février 2021 : La Fondation Beyeler a rouvert ses portes au public
02 février 2021 : La Chandeleur

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Noir & Blanc : une esthétique de la photographie

Mary Ellen Mark, Immigrants, Istanbul,Turquie (détail), vers 1977

mise en ligne de visites virtuelles de l’exposition
Noir & Blanc : une esthétique de la photographie
à partir du 18 février
suite à l’impossibilité d’ouvrir l’exposition

« Le monde en noir et blanc recèle quelque chose de mystérieux qui ne peut être décrit et qui est formidablement séduisant. Est-ce faux de penser que cela touche nos cœurs d’autant plus fort que nous vivons à une époque où tout peut être photographié en couleurs ? » Shoji Ueda.

Mario Giacomelli

Cette exposition présente des chefs-d’oeuvre en noir et blanc des collections photographiques de la Bibliothèque nationale de France (BnF), exceptionnellement réunis pour l’occasion. Nadar, Man Ray, Ansel
Adams, Willy Ronis, Helmut Newton, Diane Arbus, Mario Giacomelli, Robert Frank, William Klein, Daido Moriyama, Valérie Belin… Les grands noms de la photographie française et internationale sont réunis dans un parcours qui embrasse 150 ans d’histoire de la photographie noir et blanc, depuis ses origines au XIXe siècle jusqu’à la création contemporaine.

André Kertész

150 ans d’histoire de la photographie noir et blanc
Dans la continuité des grandes expositions de photographie organisées depuis 2012 dans la Galerie Sud-Est du Grand Palais, l’exposition Noir & Blanc présente plus de 300 tirages représentatifs de la collection
exceptionnelle du département des Estampes et de la photographie de la BnF.
Cette présentation se concentre sur le XXe siècle et la période contemporaine sans omettre un préambule de quelques photographies du XIXe siècle : ainsi le thème est traité sur plus de 150 ans à travers l’oeuvre
d’environ 200 photographes de plus de 30 nationalités.

Willy Ronis

Suite à l’impossibilité d’ouvrir l’exposition Noir & Blanc : une esthétique de la photographie. Collection de la Bibliothèque nationale de France, initialement prévue au Grand Palais du 8 avril au 6 juillet 2020, reportée une première fois du 12 novembre au 4 janvier 2021, puis une seconde fois du 16 décembre au 1er février 2021, la Rmn – Grand Palais met en ligne dès le 18 février prochain des visites virtuelles afin de permettre au public de profiter malgré tout de l’exposition :
une visite virtuelle autonome avec audioguide où le visiteur circule à son rythme, de salle en salle, à travers plus de 300 tirages dont 33 oeuvres bénéficiant de contenus audioguide. En début de parcours une introduction sonore de Sylvie Aubenas, commissaire principale de l’exposition lui est proposée.
– Puis, au cours de la balade, certaines des oeuvres sont accompagnées d’icônes qui permettent d’accéder à des contenus complémentaires, textes et audio. L’affichage en haute définition de cette sélection d’oeuvres
permet également de zoomer en profondeur et d’en apprécier la subtilité.
Le lien acheté par le visiteur vers la visite est unique et nécessite un mot de passe valable pendant une semaine : du mercredi au mardi suivant.
Un extrait de cette visite se trouve ici.

une visite guidée en direct commentée par un conférencier de la Rmn – GP, qui permet de découvrir l’exposition en une heure grâce aux commentaires éclairés du guide conférencier et de lui poser directement des questions en fin de visite. Chaque visiteur obtient un lien avec un mot de passe valable
durant l’heure de son créneau de réservation.

Valérie Belin

Est utilisée une technologie de pointe basée sur de multiples prises de vues photographiques à 360° et des relevés lasers.
Explor Visit (spécialiste des visites virtuelles 3D et des visites guidées à distance) a réalisé la captation de l’exposition Noir & Blanc en très haute définition. Le modèle 3D ainsi constitué offre au visiteur
un sentiment d’immersion dans les espaces scénographiques et lui permet de s’approcher au plus près des oeuvres exposées.
Ces deux types de visites sont disponibles sur réservation dès le 18 février dans le programme en ligne du site grandpalais.fr et bnf.fr.
tarifs :
4 € la visite autonome avec audioguide
8 € la visite guidée avec un conférencier de la Rmn – GP
du 18 février au 18 juin 2021
Noir & Blanc sur la toile est toujours disponible avec des vidéos, des jeux pour enfants et des relais sur les réseaux sociaux de la Rmn – Grand Palais avec notamment un filtre Instagram créé par l’artiste Ines Longevial.

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Le noir insondable, ultime – Pierre Soulages,

Exposition prévue jusqu’au 28 février 2021 au musée Frieder Burda de Baden Baden,
Le musée est temporairement fermé en raison des mesures prises pour contenir la pandémie de Corona.

Pierre Soulages, grand peintre français pionnier de l’abstraction, lui a consacré sa vie d’artiste. Pour autant, le noir est pour lui tout sauf obscurité et ténèbres – il est plutôt le pendant de la lumière, à laquelle il permet de rayonner sous toutes ses facettes – que la couleur soit appliquée par raclage, décapage ou au pinceau. Ce sont les différentes textures, lisses ou fibreuses, légères ou denses qui, sous l’effet de la lumière, font apparaître l’infinie richesse de nuances potentielles ; Soulages se sert du contraste entre le clair et l’obscur pour faire remonter à la surface de la toile la clarté cachée dans les profondeurs du noir.

« Je ne dis rien. Je ne représente pas. Je peins, je présente »,

– ce sont ses propres termes pour évoquer son approche radicale.
Aujourd’hui centenaire, cet artiste né le 24 décembre 1919 à Rodez dans l’Aveyron, vit et travaille à Paris et Sète. 

100e anniversaire

À l’occasion du 100e anniversaire du peintre à la fin de l’année dernière, événement que le Louvre a célébré par une importante exposition, le Musée Frieder Burda lui consacre à son tour à une grande exposition conçue comme une rétrospective. Elle réunit des travaux majeurs réalisés au cours des sept dernières décennies, et c’est l’un des curateurs les plus renommés de France, Alfred Pacquement (qui fut notamment longtemps à la direction du Centre Pompidou), ami de Pierre Soulages depuis des années et connaisseur de son oeuvre, qui en assure le commissariat aux côtés de Udo Kittelmann, directeur de la Nationalgalerie de Berlin.


Après Baden-Baden, l’exposition se rendra au musée Kunstsammlungen Chemnitz, rassemblant une soixantaine d’oeuvres issues de collections internationales et organisée en étroite collaboration avec l’artiste.

Participation de Soulages, jeune artiste

« Le fait que cette exposition puisse avoir lieu en Allemagne a, on peut le dire, un certain caractère sensationnel »,
déclare Henning Schaper, le directeur du Musée Frieder Burda.
« Et elle s’inscrit dans un contexte particulier. Soulages lui-même a souvent dit que tout avait commencé en Allemagne. Fidèles à l’esprit de Frieder Burda, nous maintenons donc la tradition qui vise à enrichir le dialogue artistique entre l’art en France et en Allemagne. »
De fait, la participation de Soulages, jeune artiste, à l’exposition itinérante
« Französische abstrakte Malerei » en 1948/49 fut à l’origine de la précoce renommée de son oeuvre. C’est aussi en Allemagne qu’eut lieu sa première exposition rétrospective : en 1960 à la Kestner Gesellschaft de Hanovre, et il sera aussi le seul artiste présent aux trois premières éditions de la documenta à Kassel en 1955, 1959 et 1964. Pourtant, c’est la haute estime dans laquelle le tinrent très tôt ses collègues peintres allemands qui lui importa le plus ; parmi eux Willi Baumeister, HAP Grieshaber, Karl Otto Goetz, Rupprecht Geiger, Fred Thieler, Hann Trier et tout particulièrement Fritz Winter.
L’affrontement de Soulages avec le noir s’inscrit dans un cheminement qui lui est propre : ses premiers tableaux gestuels, relevant de l’art formel, les tableaux peints au brou de noix de la série Brou de noix datant de la fin des années 1940 rappellent encore par leur réduction formelle la calligraphie chinoise. À partir de 1979, époque de son adhésion radicale à l’outrenoir, Pierre Soulages parvient alors à s’affranchir de tout caractère figuratif et symbolique.

                                
                                                                  Pierre Soulages,
Brou de noix et fusain sur papier

Les commissaires

Alfred Pacquement et Udo Kittelmann évoquent leur travail aux côtés de l’artiste :
« Pierre Soulages est, et demeure aujourd’hui encore, l’une des plus grandes personnalités artistiques de notre temps. Son oeuvre est enraciné depuis plus de 70 ans dans l’histoire de l’art contemporain, de ses débuts juste après la Seconde Guerre mondiale à nos jours. »
La rétrospective qui lui est consacrée à Baden-Baden montre l’évolution
son travail  – surtout face à une si extraordinaire longue phase créative – d’une cohérence impressionnante.
Depuis le début, Soulages s’est tourné vers l’abstraction totale et en a posé ainsi les bases, sans remettre en question les valeurs traditionnelles de la peinture. Il prend, par le choix des matériaux (ex: teinture de noix, goudron) et des outils, une position singulière depuis 1948.

                            Pierre Soulages peintures
Ses toiles sont définies en fonction de la technologie utilisée, dimensions et date d’exécution et non à travers un titre qui influence la perception du spectateur


 «L’œuvre vit du regard qu’on lui porte. Elle ne se limite ni à ce qu’elle est, ni à celui qui l’a produite, elle est faite aussi de celui qui la regarde. Ma peinture est un espace de questionnement et de méditation où les sens qu’on lui prête peuvent venir se faire et se défaire »
L’exposition illustre le parcours de l’artiste de 1946 à ce jour et montre un ensemble de tableaux provenant de musées européens et de collections privées, notamment du Musée Soulages à Rodez et du Centre Pompidou à Paris – Elle est accompagnée d’un catalogue richement documenté.

Tempête autour d’un Soulages

Durant des années, lorsque Georges Pompidou assurait la fonction de Premier Ministre, un immense tableau de Pierre Soulages (194 x 130 cm) est accroché dans le bureau de Matignon. Un choix qui provoque alors incompréhension et polémique.

« L’art abstrait à l’époque n’est pas encore apprécié à sa juste valeur dans les cercles politiques ou médiatiques. Cette toile de Soulages de 1957 remplace un portrait de Colbert ! C’est la première fois que l’art vivant va faire une intrusion aussi fracassante dans les palais de l’Etat », souligne Yannick Mercoyrol, Directeur de la programmation culturelle de Chambord.

Les Vitraux de Conques

Les vitraux de Pierre Soulages font aujourd’hui partie intégrante de l’architecture de l’abbatiale de Conques, de son histoire et de sa mémoire collective.

Si les visiteurs du monde entier se pressent à Conques, c’est pour découvrir dans un même élan l’architecture de l’édifice, son trésor et ses vitraux, au service de cette lumière vivante « en quelque sorte transmutée », une lumière
« en accord avec la fonction de cette architecture, avec l’émotion qu’on y éprouve, en accord avec l’harmonie de ce lieu de contemplation, de méditation et de prière ».

Une lumière au centre de l’œuvre que construit Pierre Soulages, depuis plus de soixante-dix ans.

Le musée

En 2005, Pierre Soulages et son épouse Colette font don d’une collection exceptionnelle de 250 œuvres et 250 documents à la communauté d’agglomération du Grand Rodez….

Cette donation est alors la plus importante octroyée en France par un artiste vivant. Elle sera labellisée « Musée de France » et, afin de l’accueillir, le Grand Rodez engage les démarches nécessaires pour l’édification d’un nouvel équipement culturel sur le site du Foirail. Commence alors la grande aventure du Musée Soulages et de sa création.

Depuis l’ouverture du musée en mai 2014, les collections sont également enrichies par des dépôts d’œuvres de Pierre Soulages provenant de musées ou de collections.

Cette donation constitue le fonds le plus complet sur les 30 premières années de créations de l’artiste et témoigne une volonté des époux de transmettre une expérience d’artiste pour la vision d’une création plus universelle.

Informations

Museum Frieder Burda ·
Lichtentaler Allee 8b · 76530 Baden-Baden
Telefon +49 (0)7221 39898-0 ·
www.museum-frieder-burda.de

• Liaison directe par autobus depuis la gare de Baden-Baden :
• Lignes comportant l’arrêt « Augustaplatz/Museum Frieder Burda » (notamment lignes 201 et 216).

• Depuis l’arrêt Augustaplatz/Museum Frieder Burda, traverser la place à droite pour rejoindre le parc, traverser l’Oos pour arriver directement au musée.

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ORLINDA GALLERY

ART URBAIN CONTEMPORAIN & POST GRAFFITI

ORLINDA GALLERY

site officiel : https://orlinda.gallery/galerie-orlinda/

L’art à la portée de tous 

La galerie Orlinda propose  des expositions et des ventes d’oeuvres d’art  signées d’artistes urbains contemporains internationaux, nationaux et locaux. Mais ce n’est pas tout. Contrairement à d’autres, la galerie d’art Orlinda se veut surtout être un acteur culturel qui s’efforce de montrer, dans les rues alsaciennes, la pluralité des disciplines du street art.

                    Pour nous l’art doit être à la portée de tous. 

J’avoue tout, je ne connais pas grand chose au street art, à part ma
vénération sans borne pour Ernest Pignon Ernest , qui d’ailleurs
se défend d’être un artiste de cette discipline, 

Quand j’interviens dans un lieu, j’inscris dans le lieu un signe
d’humanité »,
précise-t-il. « Je n’expose pas des dessins dans la rue, je provoque quelque chose dans la rue », dit-il encore avant de compléter :
« ce que je propose, ce n’est pas mon bonhomme, c’est bien le lieu et sa mémoire.
»-

quelques rencontres avec JR à Mulhouse de ci de là à Baden Baden,
ou encore le célèbre inconnu Banksy, ma curiosité m’a portée vers
cette charmante Orlinda et sa gallery.
L’appellation art urbain contemporain s’impose de plus en plus en remplacement du Street Art. Le mouvement a aujourd’hui 50 ans et
traverse déjà 3 générations. 

Entretien confiné

Comment êtes-vous venus à l’art ?
Un cursus scolaire en art plastique jusqu’en terminale lié à un intérêt qui ne m’a jamais quitté pour l’art et notamment, les mouvements d’avant-garde comme Dada, le surréalisme, le constructivisme.  Même si ensuite mes études universitaires ont plutôt été orientées vers la communication d’entreprise et l’informatique, mes livres de chevet ont toujours fait référence à l’art. En vacances ou pendant mes week-ends je me suis toujours arrangée pour visiter tel ou tel musée ou expo. Enfin en 2010, un ami de mon mari nous a fait découvrir la peinture haïtienne dont certains artistes vaudou du mouvement saint soleil– c’était absolument passionnant – nous sommes devenus d’abord acheteurs de ces peintres jusqu’à les représenter en France. C’était un premier doigt de pied dans le grand bain de l’économie de l’art. C’est d’ailleurs ce qui m’a décidé à me lancer dans la vente d’art et de quitter mon emploi. Mais pour que ça devienne crédible économiquement (autrement dit que je puisse quitter mon travail de salariée) nous nous sommes rendus compte qu’il fallait aussi nous ouvrir à d’autres artistes plus occidentaux. L’art haïtien est riche et intéressant mais ça reste une niche et les collectionneurs sont peu nombreux en France. Voilà comment petit à petit j’ai été amenée à rencontrer de nouveaux artistes  et plus particulièrement ceux qui oeuvraient dans la rue. Ceci dit j’ai passé mon adolescence dans un quartier très populaire à Colmar et je fréquentais déjà des artistes graffiti. C’est un univers que je connais depuis longtemps.

Vos parents, leur éducation ?
Je suis un pur produit de classe moyenne alsacienne. Mes parents ne m’ont pas vraiment initié à l’art même si ma mère était couturière/costumière au théâtre municipal de Colmar ce qui m’a permis d’en découvrir les coulisses. Mon père est parti vivre à la Réunion ouvrir une concession de voitures à l’autre bout du monde quand j’avais 10 ans  – j’ai passé mon adolescence entre les 2 mois d’été tropicaux avec mon père et le reste de l’année avec ma mère et ma soeur. Je me suis forgée toute seule mon appétence pour les arts visuels au fil des années. Puis plus tard avec mon mari (qui est aujourd’hui co gérant de la SARL qui gère la galerie), en fréquentant expositions, musées et surtout les ateliers d’artistes.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le métier de galeriste ?
Découvrir des talents. C’est le rêve de tous galeristes, découvrir une pépite et la porter sur le devant la scène. C’est un peu caricatural de dire ça mais c’est quand même le moteur du métier. Être galeriste selon moi ce n’est pas juste vendre des œuvres c’est aussi et d’abord accompagner l’artiste , lui proposer des projets hors de son atelier qui peut lui offrir de la visibilité. C’est tout ça qui me plait dans ce métier. C’est d’ailleurs un métier en pleine mutation.

                                                Rafael  SLIKS

En quelle année la galerie ?
En 2010 pour nous avons créé une galerie associative pour promouvoir les artistes haïtiens. C’était une galerie itinérante. Nous avons organisé de belles expositions dont une au parlement européen à Strasbourg et au Musée du Montparnasse à Paris. C’est en 2015 que je me suis totalement professionnalisée avec mon propre lieu et une galerie qui porte mon nom.

Orlinda est-ce votre prénom ? quelle origine ?
Oui c’est mon vrai prénom. Une idée de mon père – c’est un prénom brésilien je crois mais c’est aussi le nom d’une petite ville aux Etats Unis connue pour abriter un pénitencier assez dur, ou encore une des plus vieilles cités brésiliennes, cité de culture.

Pourquoi avez-vous choisi le Street Art ?
Je vivais avec ma mère dans les quartiers ouest colmariens et j’avais des copains qui faisaient du graffiti. Je reconnaissais leurs œuvres quand je les croisais ici ou là. C’est un mouvement qui a été portée par ma génération née dans les années 70. Celle du hip hop et du punk des années 80. C’est un mouvement très populaire.

Y a-t-il une différence entre le Street art, l’art urbain, les fresques, les graffiti, ou le graphe quand on est plus chic  ?
En fait tous ces mouvements n’ont théoriquement rien à voir les uns avec les autres. Le seul point commun qu’ils peuvent avoir c’est leur zone d’expression qui est la rue. Street art est aujourd’hui un terme générique qui essaye de regrouper toutes ces formes mais c’est un terme qui est devenu marketing, et donc galvaudé qui ne veut plus rien dire. Pour peu qu’un artiste utilise de la bombe sur une toile avec deux ou trois coulures, il est classé street art. C’est dommage, ça trouble le public et ça rend les choses difficiles à comprendre pour les néophytes. 
Les grandes fresques murales appartiennent à un mouvement qui s’appelle le néo muralisme.

                                                      Andréa Ravo-Mattoni

– le vrai muralisme était un mouvement artistique mexicain des années 1920 très politique.
Le graffiti lui est né aux états unis dans les années 60 70 avec le punk et le hip hop. C’est d’abord une signature. Une manière de dire « j’étais là » mais pour certains c’était aussi de manière de délimiter un territoire. Ces signatures se sont de plus en plus perfectionnées avec le temps jusqu’à devenir pour certaines des œuvres calligraphiques tendant de plus en plus vers l’abstraction. Et il y a les années 80 en France avec les pochoiristes de la première heure comme Blek le rat, Miss Tic par exemple.
Personnellement j’aime bien le terme d’art urbain. Des artistes comme Daniel Buren, Ernest Pignon Ernest ou encore Christo sont (ou étaient si on parle de Christo) des artistes urbains et n’ont rien à voir avec le muralisme ou le graffiti. Ce qui est intéressant c’est l’impact d’une œuvre dans l’espace publique. Ces œuvres évoluent aussi avec la rue –elles sont toutes éphémères –  certaines sont recouvertes immédiatement par d’autres personnes, d’autres se dégradent avec le temps, la pluie et la pollution. Elles se transforment toutes. Une œuvre dans la rue a une durée de vie limitée de quelques heures à quelques années.  C’est ce qui m’attire. Certaines sont massives et d’autres sont  toutes petites et interagissent avec un élément urbain. Après, évidemment certains de ces artistes produisent des œuvres d’ateliers pour les vendre et s’assurer des revenus. C’est elles que je montre dans ma galerie. Elles sont forcément plus pérennes aussi. Je vous propose de vous rendre sur ma chaine Youtube et de visionner ma vidéo https://www.youtube.com/watch?v=Ej9sX9nz3kQ
où justement j’explique la différence entre ces différents types d’art.

Mais comme dans tous les courants , il y a des radicaux qui refusent que leurs œuvres quittent la rue et sont totalement contre les galeries qu’ils voient comme des marchands du temple et sont généralement encore plus contre les musées qu’ils considèrent comme des lieux élitistes coupés de la réalité. Les artistes urbains sont tous différents et ont tous des aspirations différentes –
ce n’est absolument pas un mouvement uniforme issu d’un manifeste.
Vous trouvez de tout…. à l’image d’une rue.

Exposez-vous d’autres artistes que ceux du Street Art ?
Oui – même si c’est vrai que la plupart de mes artistes interviennent tous dans la rue. Certains sont même plus dans la rue à tester de nouvelles techniques que dans leurs ateliers. Mais je ne fais pas une fixation. Je travaille aussi avec quelques artistes qui ne proposent qu’un travail d’atelier.

Comment travaillez-vous?
Aujourd’hui les réseaux sociaux nous permettent de rencontrer des artistes des 4 coins du monde. Certains me sont conseillés par des confrères ou des artistes ou avec qui je travaille déjà. Au- delà de l’expo en galerie ou dans des  foires, ce qui m’intéresse c’est de proposer à mes artistes des projets hors les murs. Montrer justement au public ce que peut faire l’artiste lorsqu’il sort de son atelier. Ça peut être une collaboration avec une municipalité, un bailleur social qui possède de grands immeubles ou alors des entreprises. J’aime bien l’idée que l’art rentre dans toutes les sphères de la société. Tout est possible.

                                      Kef

Pouvez-vous parler de votre travail, en quoi cela consiste ?
Mon métier c’est d’abord Promouvoir le travail de mes artistes et de tout mettre en œuvre pour ça. Leur créer des opportunités en termes économiques  et de visibilité. Le but de nombreux artistes est de continuer jour après jour à vivre de leur création via la professionnalisation. Je suis un élément parmi d’autres qui va leur permettre d’atteindre ce but, de les sécuriser et de pérenniser cette professionnalisation.

                                                                Clet

A quel endroit ? maison, partout, une méthode ?
Mes expos se déroulent généralement dans ma galerie ou dans des foires auxquelles je participe. Ces expos servent à vendre les œuvres de mes artistes. Pour des projets hors les murs je commence à avoir un petit réseau de contacts. On vient également de plus en plus me voir pour des projets.

Sur quel critère faites-vous le choix d’un artiste, que vous allez exposer ?
Idéalement seul le cœur doit parler. Mais le cœur doit aussi faire de la place à la raison. D’abord je travaille avec des artistes pro ou qui ambitionnent de devenir professionnels. C’est important car, ça conditionne beaucoup de choses dans la relation qu’ils vont entretenir avec la galerie. Evidemment il faut que leur univers me parle, c’est le BEABA du métier. Mais il faut aussi que je sois persuadée d’être en mesure de leur servir à quelque chose. Par exemple il faut que je sois persuadée d’avoir des clients qui pourraient être intéressés par l’acquisition de leurs oeuvres.

Faire travailler un artiste sur une expo et ne pas lui vendre une seule œuvre peut être dramatique. Il aura consacré du temps et de l’énergie pour rien et un échec commercial, peut être vécu comme un rejet. Au delà de l’aspect économique évident – nous avons tous des loyers à payer, un frigo à remplir et des enfants à habiller – un échec commercial peut être très mal vécu psychologiquement.
Or je ne fais pas ce métier pour ça. Voilà pourquoi au-delà du cœur, je sélectionne mes artistes avec raison et rigueur. Je veux être certaine
de pouvoir leur apporter du positif. 

Artiste connu, valeur sûre, inconnu ?
J’ai les 3. Evidemment je fais ce métier pour détecter de nouveaux talents et les faire connaitre. Mais pour se forger une clientèle il faut aussi des artistes connus et des valeurs sures. Comme dans une maison d’édition , vous avez des écrivains médiatisés qui génèrent suffisamment de revenus pour permettre à l’éditeur de prendre des risques avec des premiers romans. Une galerie fonctionne un peu sur le même principe. C’est un équilibre assez subtile. Mais je ne suis pas une marchande d’art qui achètent des toiles d’artistes connus et qui se contentent de les revendre plus chères. Ce n’est pas ça qui m’intéresse.

 

                                                    Jana & JS

La clientèle, un milieu pointu, particulier, régional, local, international ?
J’ai une clientèle internationale. Des collectionneurs chevronnés comme des néophytes qui découvrent les arts urbains. Je vends d’ailleurs beaucoup plus à l’international qu’au niveau régional. Ma participation à de nombreuses foires en Suisse, Belgique, Luxembourg ou sur Paris m’a permis de rencontrer de nombreux acheteurs des 4 coins du monde. Ensuite j’ai aussi la chance de travailler avec des artistes très médiatisés aux Etats Unis, du coup via mon site internet et mes réseaux sociaux, j’ai pu développer une vraie clientèle là bas. Mais attention ici dans l’Est  j’ai aussi  des clients qui me suivent et me font confiance. Certains m’achètent des œuvres sur toutes mes expos.

As-vous des horaires définis ?
La galerie est ouverte du jeudi au samedi à partir de 10 H .

L’ambiance, musique, silence, intérieur, extérieur ?
Ça dépend de mon humeur …mais je préfère quand c est vivant.

Vos références : des artistes en particuliers des maîtres ?
Ils sont trop nombreux pour les citer. C’est vrai que les dadaïstes auront toujours une place particulière. J’essaye d’avoir autant de plaisir à Pompidou qu’à Unterlinden Colmar, en passant par les Offices à Florence.
Chaque époque, chaque mouvement a ses maitres.

Avez-vous des références littéraires ou musicales qui vous orientent dans le choix d’artistes?
Mes lectures tournent souvent autour de l’histoire de l’art mais ce sont des livres souvent techniques ou des livres écrits par des artistes. Mais pour mes choix d’artistes je préfère rester vierge. J’essaye de cultiver l’étonnement.

Pourquoi la rue des Trois Rois ?
C’est une rue en pleine renaissance – de chouettes restaurants et bars à vins s’y installent – elle est un peu à l’image de Mulhouse en pleine reconquête.

Le mur ?
Ce sont de belles associations. C’est même une fédération. Ils font un boulot formidable dans toutes les villes. J’aime beaucoup travailler avec eux Colmar et Mulhouse.

Kinepolis, ailleurs ?
A l’origine je cherchais un lieu ou je pouvais faire intervenir mes artistes sans forcément avoir besoin d’avoir des autorisations qui prennent souvent du temps à obtenir. En plus le parking couvert est un lieu qui est plébiscité par les artistes vandales.

                                                        Psyckoze
Mais là l’idée justement c’est de conserver l’énergie mais en cadrant les choses. On a mis un an à discuter avec la maison mère du Kinepolis en Belgique, mais ça a fonctionné, ils ont fini par accepter et finalement on a carte blanche pour faire ce qu’on veut. Le lieu est tellement grand qu’on a décidé de faire appel aux associations du Mur Mulhouse et Colmar pour organiser des sessions de peintures. Pour ma galerie ça permet aussi de faire de la veille et voir un peu ce que font les artistes du Grand Est. C est important d’être en contact avec eux. D’ici quelques années le lieu risque de devenir incroyable. Le parking est surveillé donc il n’y a pas de risques de dégradation et les murs sont à l’abri des intempéries.

Les murs peints de Mulhouse ?
Evidemment une tradition depuis le 16 ième siècle. C est pour ça que j’ai choisi Mulhouse. Ici je savais que j’aurais une certaine facilité à mettre de l’art dans la rue.  Mulhouse est une ville post industrielle en pleine mutation – le graffiti est un mouvement artistique post industriel en pleine mutation  – s’installer ici sonnait comme une évidence.

Qu’est  devenu votre travail pendant le confinement ?
Dès le départ en 2015 nous avons décidé de prendre le virage internet. Nous avons mis en place les conditions de la vente à distance dès le début. Sur le plan économique la galerie n’a pas souffert du confinement bien au contraire. Pendant le confinement j’ai repris ma casquette de webmaster.
On a vendu une toile pour soutenir l’hôpital de Mulhouse – on a fait des vidéos pour nos suiveurs et on a soutenu nos artistes psychologiquement et financièrement aussi. 

Qu’est-ce que vous avez envie de partager ?
J’aimerai que les institutions muséales s’intéressent un peu plus à nos mouvements. Pour le moment, les institutions boudent encore un peu ces mouvements, sans doute les jugeant trop graphiques, trop illustratifs,
mais je crois beaucoup au retour de l’intelligence de la main.
Les artistes avec lesquels je travaille sont souvent de sacrés techniciens,
ils maitrisent le dessin tout simplement or les institutions considèrent
ça avec encore trop de mépris. Elles ont tendance à trop privilégier le discours. Mais les choses changent … j’en suis convaincue.

Avez-vous des contacts avec les artistes mulhousiens, les autres, les autres galeristes, la municipalité ?
Oui bien sur ils viennent souvent me voir et j’ai de bonnes relations avec les artistes mulhousiens. J’ai également de très bonnes relations avec les autres galeries de Mulhouse et notamment avec Christian Lang. J’ai la chance d’avoir de très bons interlocuteurs à la mairie.

                                     Orlinda au ministère de la culture

Vos relations avec la clientèle :
J’essaye de donner du temps à tous les gens qui viennent me voir qu’ils soient acheteurs, amateurs d’art ou simples curieux. Peu importe, je sais que c’est pas facile de rentrer dans une galerie quand on a pas l’habitude. C’est un lieu qui n’a pas forcément bonne presse , beaucoup de gens se sentent encore illégitimes pensant qu’on va les juger sur leur capacité d’achat. Je crois que c’est terminé. Ce genre de galeries n’existe plus. Aujourd’hui nous sommes des lieux ouverts gratuits ou l’on vient passer un bon moment.

La Galerie agit-elle sur votre manière de vivre 
Oui on est galeriste H 24 – ce n’est pas un métier qu’on choisit car on ne savait pas quoi faire d’autre. On est en alerte en permanence – toujours à apprendre, toujours à regarder et à fouiller. On le fait par passion, ça nous hante en permanence.

                                                            C215

L’œuvre achetée dans une galerie est-elle plus chère que celle achetée auprès d’un artiste ?
Nonou alors c’est que l’artiste ou le galeriste n’a rien compris et qu’il n’est pas pro. Un artiste a  un prix de marché et ce prix doit être le même qu’il soit en sortie d’atelier ou à la galerie. C’est l’artiste qui fixe ses prix – mais évidemment, si j’estime que ce prix est hors sol par rapport à son cv ou ses passages en salles de ventes, je l’inviterais à réviser ses prix à la baisse et plus rarement à la hausse. Par contre, si j’apprends que l’artiste casse ses prix à l’atelier, on arrête immédiatement toute collaboration. C’est qu’il n’a pas confiance en son travail. C’est pour ça que c’est important de travailler avec des artistes professionnels ou qui ont cette ambition pour ne pas avoir de mauvaises surprises. Et inversement c est important pour les artistes de travailler avec des galeristes professionnels.

Les artistes doivent-ils être le reflet des sentiments, de la vision de leur époque ?
Oui je pense que les artistes répondent à une époque, à une génération. Voilà pourquoi je parlais d’intelligence de la main qui je pense correspond à l’époque. Je pense que nous sommes en train de renouer avec cette forme d’intelligence.

Une devise ?
La beauté sauvera le monde

Quelle est votre plus belle rencontre en art ?
Une œuvre de Gilles Barbier en 2002 à Art Basel Unlimited intitulée : L’hospice

Une définition de l’art ?

Inutile et donc essentiel

Les artistes
C215, L’Atlas, Clet Abraham, Shaka, Aurel Rubbish, M-City, RNST, Jana & Js, OakOak , Psyckoze, Kef  

Orlinda  au Stamala en compagnie de Francine Hebding à Radio MNE

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ORLINDA GALLERY
ART URBAIN CONTEMPORAIN & POST GRAFFITI
33, rue des Trois Rois
68100 Mulhouse, Alsace
FRANCE

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10h-12h et 14h30-19h

Samedi
10h-12h30 et 14h30-19h

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Merci à Orlinda d’avoir accepter l’entretien, l’échange en temps de confinement, ainsi que pour l’emprunt de photos.

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