Vanités

« Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité. »

img_2642.1265850278.jpgDans l’Ecclésiaste le mot vanité est utilisé dans son acception plus ancienne et plus littéraire de « ce qui est vain », c’est-à-dire futile, illusoire, vide, de peu d’impact, voire sans aucune réalité.  Tout avantage possible de la vie est anéanti par l’inéluctabilité de la mort.
Si le terme « vanité » désigne en premier lieu les natures mortes qui ont prospéré à l’époque baroque, il s’applique de façon plus large à toute représentation de la dépouille humaine – crâne, squelette, – ayant pour fonction de rappeler le caractère fondamentalement vain de l’existence, sa fragilité, sa fugacité, face à l’irréductible réalité de la mort. (
Manuel Jover ) indélicatesse et non professionnalisme réparés.
Permettez-moi de vous renvoyer à l’à propos de mon blog, sur la droite sous la photo, qui explique la position d’un blogueur dilettante, qui n’a surtout pas de prétention professionnelle.

L’image du crâne conforte brutalement le spectateur à son destin, sans détour, sans discussion possible. Souviens-toi que tu vas mourir ou Memento Mori est le thème d’une splendide exposition au musée Maillol à Paris, jusqu’au 28  juin 2010.
« L’image du crâne n’est jamais anodine. Qu’elle relève de la superstition, de la peur, d’une provocation absolue, d’une manière de conjurer la mort ou de l’ignorer, elle reste dérangeante », assure Patrizia Nitti, directrice artistique du musée Maillol. Frappée par la prolifération des têtes de mort dans les domaines de l’art, de la mode ou encore de la publicité, mais
aussi sous le charme d’une collection particulière de vanités contemporaines, cette dernière a oeuvré, avec le concours d’autres baque-de-reine.1265851301.jpgcollaborateurs, à l’importante exposition qui se tient au musée Maillol jusqu’au 28 juin.

Baptisée :« C’est la vie ! Vanités de Caravage à Damien Hirst »,
elle réunit 170 pièces autour du thème de la mort, et autant de noms illustres : mosaïque polychrome de Pompéi (1e s après JC), tableaux du Caravage, montrant St François en méditation tenant un crâne (1602) à un autre St François avec capuche de Zurbaran (1635), les Totentanz dans les petits livres de Holbein le Jeune. Il y a aussi un anguleux jeune homme de Bernard Buffet, à côté d’une table basse supportant  un bougeoir et un crâne. Mickey Terminator de Nicolas Rubinstein, Mikets en hébreu signifiant fin.
 De Géricault à des  vanités modernes signées Cézanne, Braque et Picasso, en passant par Warhol et Basquiat, mais aussi sculptures, bijoux…

La mort nous va si bienchapmann.1265851031.jpg
Une place de choix est accordée aux artistes contemporains, parmi lesquels un des plus médiatiques et controversés, Damien Hirst, qui expose For the Love of God, Laugh, sérigraphie avec poussière de diamant réalisée à partir d’une photographie du fameux crâne en platine et diamants créé en 2007.  Le premier métier, d’embaumeur de cadavres de DH l’ayant conditionné pour la suite  de sa carrière, lui a permis de produire des œuvres absolument remarquables.
 Figurent également dans la sélection les spécimens de Philippe Pasqua (Crâne aux papillons), Jan Fabre (L’Oisillon de Dieu), Annette Messager (Gants-tête) et Xavier Veilhan (Crâne, version orange) bof,  les photographies de Cindy Sherman (Untitled) et Marina Abramovic (Carrying the Skeleton I), Daniel Spoerri, la liste est infinie, ou encore quelques vidéos… Sans oublier l’artiste dont on parle dans l’actualité, Christian Boltanski et son théatre d’ombres, provenant de l’époque baroque, une peinture très sobre de Gerhard Richter.
boltanski-theatre-dombres.1265850880.jpg  Un véritable parcours à travers les disciplines et les époques successives, aux prises avec des interrogations différentes. Du memento mori, réflexions sur la fragilité de la vie et le temps qui passe, Vanité ou Allégorie de la vie humaine de La Madeleine pénitente (copie) de Georges de La Tour  aux mouches de Damien Hirst ou aux vers des frères Chapman, Étranges, dérangeants, voire effrayants, ne sont pas simplement des oeuvres d’art, mais aussi des chefs-d’oeuvre  techniques, dotés d’une vraie portée philosophique ou intellectuelle. Je ne peux que vous encourager à vous y plonger, mon enthousiasme provient de mon côté « morbide »… car dans le monde Philippe Dagen n’est pas très enchanté de cette exposition, vous pouvez lire son article dans les commentaires, évidement le monde des blogueurs lui emboîte le pas !

images provenant du catalogue de l’exposition

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Auteur : elisabeth

Pêle-mêle : l'art sous toutes ses formes, les voyages, mon occupation favorite : la bulle.

17 réflexions sur « Vanités »

  1. Je trouve cela très peu professionnel de reprendre des phrases (72 mots) de Manuel Jover sans le citer.

  2. « A côté de chez moi, il y a une semaine des gens, en longue file, se sont empressés d’aller boire d’un crâne… pas effrayés du tout, même bien enthousiastes. Ils ne devaient pas connaître Salomon… Leur conseiller d’aller au musée Maillol allumerait sans aucun doute une petite flamme pouvant conduire à de la lumière … ‘C’est la Vie !’ »

  3. La chandelle qui vacille, les fruits qui pourrissent, les mouches et autres cafards qui volent, les vers qui envahissent les plats, les fleurs qui fanent, tous ces symboles sont la base de la vanité et pour tous ceux qui ont un minimum de connaissances en histoire de l’art ce sont des évidences.

  4. C’est justement, à mon avis, parce qu’ils ne correspondent plus au monde actuel qu’il convient de les mettre en valeur : pour ne pas qu’ils se perdent.

  5. Oui, c’est vrai, que les expositions ont un but pédagogique… mais je ne suis pas sûre que ces symboles correspondent au monde actuel… Nous n’avons plus vraiment ces références… plus de chandelles à la maison avec la fée électricité … plus de sablier avec le minuteur électronique…

  6. Je suis assez d’accord avec vous, chère Myriam, mais un peu de pédagogie devrait pouvoir permettre au plus grand nombre l’accès à ces symboles moins évidents. N’est-ce pas le but de toute exposition ;o

  7. C’est vrai que c’est peut être univoque et réducteur, mais l’art étant le reflet d’une époque, je ne suis pas sûre (sauf d’avoir déjà une certaine érudition en art) que les autres symboles (sablier, chandelle se consumant, fleurs coupées, …) , soient aussi pertinents et parlants pour le public d’aujourd’hui. De plus à une époque de plus en plus aseptisée, où l’on refuse quelque part la mort (on doit bien se l’avouer que l’on la côtoie que très rarement…), la seule représentation d’un crâne est déjà terrible à supporter à qui vient voir l’exposition…

  8. Sans faire partie de ‘l’intelligentsia des blogs », je trouve que tous ces crânes, c’est un peu univoque pour parler de l’univers des Vanités, qui est tellement foisonnant. Mais vous avez raison, le prêt d’œuvres n’est pas une mince affaire.

  9. Ni Stoskopff, ni Claesz, ni Philippe Favier que je ne connais pas du reste, c’est bien ce que lui reproche Philippe Dagen et toute l’intelligenzia bloguienne … trop d’os, trop de crânes, il y a tout de même un large éventail, ce n’est pas le Grand Palais, c’est le musée Maillol, or pour avoir des prêts d’oeuvres,ill faut tenir compte d’un certain nombre de facteurs, (mais je pense que là je ne vous apprends rien)

  10. L’exposition fait-elle également une place aux « vanités sans crâne », comme, par exemple, la Corbeille de verres de Stoskopff ?

  11. Crânes, transis, squelettes… au Musée Maillol, que d’os, que d’os !
    Article paru dans l’édition du 07.02.10
    Une exposition inégale présente à Paris une partie de la riche iconographie funèbre occidentale
    ‘homme est mortel et le sait. La plupart des civilisations semblent n’avoir pas éprouvé le besoin de le dire et le redire par le truchement d’oeuvres d’art. Là où le christianisme règne ou a régné, ce serait plutôt l’inverse : une débauche d’avertissements, de memento mori, de vanités, de symboles macabres. Du Moyen Age à aujourd’hui, l’habitude s’est conservée, avec des intensités variables, qui ont à voir avec les circonstances politiques. Les temps d’épidémies et de guerres semblent favorables à la prolifération des images funèbres.
    Cela expliquerait que le XXe siècle et la période actuelle, époques noires, soient des temps de vanités. Mais une explication plus prosaïque vient à l’esprit en marchant entre les innombrables crânes de l’exposition du Musée Maillol : c’est que les artistes ont proposé des offres assurées de répondre à la demande de nombreux clients, religieux ou profanes. De la mort, il est aisé et rentable de faire commerce.
    Savoir-faire vertigineux
    Deux époques se partagent le parcours : un tiers de XVIIe siècle européen, deux tiers d’art moderne et contemporain, très majoritairement occidental. Or, dans les deux cas, les oeuvres se séparent en deux classes : celles dans lesquelles s’inscrit un émoi ou une pensée intense et celles qui ne sont que la déclinaison, habile et mercantile, d’un genre codifié.
    La section ancienne commence admirablement avec Caravage, Zurbaran, une copie ancienne de belle qualité de l’ Extase de saint François de La Tour et la Madeleine pénitente de Fetti. Par le clair-obscur et le ténébrisme, ces quatre toiles atteignent à une gravité d’autant plus prenante que le pathétique en est absent. La mort n’y est pas une tragédie spectaculaire, mais une évidence à laquelle la religion permet, peut-être, de s’habituer. Mais, quelques pas plus loin, Ligozzi, Miradori ou Trevisani, honorables peintres italiens du XVIIe siècle, rivalisent dans le pittoresque morbide, peaux momifiées et dents déchaussées. Les sculpteurs allemands de squelettes et de transis armés de faux ont le même travers, et ne mettent en évidence que leur savoir-faire vertigineux. Ils mettraient autant d’ardeur et aussi peu de pensée à produire femmes nues ou chevaux cabrés.
    Dans la partie moderne, même distinction entre les oeuvres dans lesquelles s’inscrivent plastiquement la conscience du sujet et les productions convenues et inutiles. Sans surprise, on trouve parmi les premiers Géricault, Picasso, Warhol, Journiac et Dietman et, parmi les vivants, Annette Messager, Daniel Spoerri, Claudio Parmiggiani. Et, avec plus de surprise, parce que le funèbre est rare dans leurs oeuvres, Ernst et Hélion.
    Il est bien fâcheux que les commissaires ne s’en soient pas tenus là. Au lieu de quoi, ils accumulent par dizaines peintures, photos, assemblages et sculptures médiocres qui ne sont là que parce qu’on y voit un crâne et qui, souvent, ne sont même pas les meilleurs de leurs auteurs dans ce genre.
    On dirait qu’il n’est pas un seul artiste d’aujourd’hui qui ne se croie obligé de donner dans la vanité, comme les jeunes filles d’autrefois s’exerçaient dans le paysage à l’aquarelle… Et, bien sûr, les hommes à la mode sont là, chacun y allant de sa petite prouesse technique : résine rouge pour Xavier Veilhan, élytres de coléoptères et perruche empaillée entre les dents pour Jan Fabre, araignées velues et vers rose vif pour les frères Chapman, décidément spécialisés dans le Grand Guignol, mouches mortes et poussière de diamant pour Damien Hirst. Vanités ? Foire aux vanités, plutôt.
    Philippe Dagen

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