Jeff Koons et Split-Rocker, 2000/2012 à la Fondation Beyeler

De mai jusq’à l’autome 2012 à la Fondation Beyeler
 

Jeff Koons - Split-Rocker 2000/20012

 
Avec Split-Rocker, c’est une immense sculpture de fleurs de l’artiste américain
Jeff Koons (1955*), composée de plusieurs milliers de vrais végétaux, qui est présentée dans le parc de la Fondation Beyeler. Cette sculpture poursuit de façon originale le dialogue harmonieux entre art et nature, qui est devenu une des caractéristiques de la Fondation Beyeler. On a déjà pu voir Split-Rocker en 2000 dans le cloître du Palais des Papes d’Avignon et quelques années plus tard dans les jardins de Versailles (2008). Et voilà que Split-Rocker vient s’épanouir à Riehen.
voir la vidéo de FR
Jeff Koons Split-Rocker 2000/12

Pour réaliser cette sculpture de fleurs, Koons est parti de deux motifs d’animaux à bascule, un poney et un dinosaure, dont il a commencé par couper les têtes en deux, avant de les
recomposer. Les deux moitiés ne se recouvrant pas exactement, il reste par endroits des
interstices en forme de fentes qui ouvrent la sculpture et la transforment en une architecture dans laquelle on peut s’abriter. Figure décomposée puis recomposée différemment, regardant à la fois devant elle et latéralement, Split-Rocker se réfère au cubisme d’un Pablo Picasso tout en lui imprimant une nouvelle direction. Par ailleurs, en tant que sculpture florale d’extérieur, Split-Rocker s’inscrit également dans la tradition de l’art baroque des jardins et des topiaires, qui se poursuit encore aujourd’hui dans les parcs de loisirs populaires.

conférence de presse
Par l’association d’un poney et d’un dinosaure, Split-Rocker incarne l’union des contraires, qui s’exprime aussi dans l’idée d’un jouet géant, « monstrueux ». En effet, l’artiste choisit délibérément des fleurs éphémères comme matériau de ce monument prétendument éternel.
C’est en grande partie dans cette interaction bien particulière de prétendues oppositions que résident la tension et la force véritables de l’art de Jeff Koons.

Jeff Koons - Split-Rocker - special edition

Les plantations de la sculpture de fleurs Split-Rocker, ont été réalisées par les élèves des entreprises d’apprentis de l’association des maîtres jardiniers de Bâle ville et de Bâle campagne ainsi que par des jardiniers diplômés. La Fondation remercie Thomas Schulte, président de l’association des maîtres jardiniers de Bâle ville et Bâle campagne, les apprentis et les jardiniers, ainsi que Fritz Braun, directeur des services communaux des jardins de Riehen, de leur généreux soutien.
On peut voir deux sculptures dans le Berower Park de la Fondation Beyeler :
Balloon Flower (Blue) (1995–2000) sera installé dans le bassin, au nord du parc du musée, tandis que la monumentale sculpture de fleurs Split-Rocker (2000) sera présentée dans la partie antérieure du part.

Jeff Koons Balloon Flower blue 1995-2000

 
Le projet Split-Rocker a été rendu possible grâce au généreux soutien de JTI.
Dans le cadre de son engagement philanthropique, JTI soutient des projets culturels dans le monde entier, spécifiquement dans le domaine de l’art contemporain. JTI et la ‘JTI Foundation’ agissent également dans les domaines de l’environnement, de l’aide aux victimes de catastrophes et de la protection sociale. JTI est un acteur international de premier plan de l’industrie du tabac et commercialise ses produits dans 120 pays. Le siège mondial de l’entreprise est situé à Genève. 1200 personnes travaillent en Suisse.
Un petit pot de ses fleurs avec un motif estampillé Koons est en vente à la Fondation.
photos et vidéo de l’auteur
@ suivre
 

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Pierre Bonnard « l’insaisissable »

« si je suis devenu peintre, c’est pour le goût de la vie d’artiste » Pierre Bonnard
 

Pierre Bonnard Décor à Vernon (La Terrasse à Vernon),vers 1920/1939

 
En présentant l’exposition « Pierre Bonnard » la Fondation Beyeler entend célébrer un des artistes les plus fascinants de l’époque moderne. Elle regroupe dans un choix judicieux thématique plus de 60 toiles de Bonnard (1867–1947)( vidéo) provenant de musées internationaux et de collections privées, offrant ainsi une nouvelle perspective sur l’oeuvre de ce célèbre coloriste français et sur son évolution artistique. Le public est invité à découvrir l’ensemble de sa création, depuis ses débuts dans le cercle des Nabis jusqu’à ses oeuvres tardives de plus en plus colorées et de plus en plus abstraites, en passant par les travaux qu’il a réalisés dans l’environnement du symbolisme et de l’impressionnisme. Ces toiles représentent de célèbres scènes de baigneuses, des vues du jardin de l’artiste, des représentations de la vie quotidienne ainsi que l’animation des rues de Paris. Le commissaire Ulf Küster met au centre de l’exposition Bonnard, son esthétisme du nu, son érotisme. L’évolution de  son œuvre est empreinte d’ ambiguité visuelle dans la période nabie, jusqu’aux années 40. Il cherche non pas à représenter le réel de façon directe, mais de manière oblique, mystérieuse. L’œuvre de Redon l’a marqué.
Pierre Bonnard - La Bouillabaisse 1910 © collection privée huile sur toile 62 x 52

 
Les chats et les chiens sont en présence continue dans son œuvre, qui est multiple. Pierre Bonnard aurait pu être chat et avoir plusieurs vies, entrant dans plusieurs cultures de l’histoire de l’art. Histoire qui ne lui a pas encore accordé sa vraie place, par un ouvrage de référence. Bonnard est très mallarméen, écrivain proche de lui. Ses amis sont  Vuillard, Maurice Denis dit de lui :
 « il est admiré des fous, comme des sages, on ne se lasse pas non plus de les discuter. Il est le régal des délicats et la curiosité des esthéticiens. Il charme, il déconcerte, il scandalise. Tantôt sa peinture de livre sans réticence à notre plaisir, tantôt elle se ferme, résiste à l’exégèse du public, elle est tantôt naïve, tantôt complexe et raisonneuse ».
Sa stratégie est couleur, lumière, regard. Il exprime plusieurs versants de la modernité, conscient de la période riche qu’il traverse. Il est aussi très drôle, c’est le peintre de l’humour, n’a-t-il pas illustré à la demande de Vollard un album de Jarry sur UBU, jusqu’à prénommer son chien Ubu. Il ressemble à un chien qu’on aurait retiré de l’eau, sautillant frétillant, disent de lui certains amis.
La Bouillabaisse est un sujet  à la Chardin : un petit chat malicieux lève son museau vers une langouste et quelques poissons posés sur une table. Les antennes en V du crustacé structurent et animent la composition, elles la stabilisent aussi, car le plateau de la table a une furieuse tendance à s’envoler., mais on pourrait aussi le rapprocher du chat de Picasso et les grands maîtres) Picasso par lequel il n’était nullement apprécié.
Sortant d’un milieu bourgeois, il fait son droit, puis l’école des BA, puis l’académie Julian, il rencontre Serusier, l’école de Pont-Aven. C’est sa période radicale, synthétique, puis il évolue, il s’est sans cesse frotté au monde moderne, épousant  son époque, ses baignoires  émaillées en témoignent, il trouve le langage le plus approprié. L’affiche  de la Revue Blanche témoigne de son premier langage de l’art de la synthèse, du jeu des formes, aussi celle des parisiennes, élégantes traversant les rues de Paris.
Pierre Bonnard Lithographies France Champagne 1891 in Dreifarbendruck 78/58 CP CH ©

La Revue Blanche Lithographie 1894 Vierfarbendruck Galerie Kornfeld Bern ©

  •  Harry Bellet, s’enthousiasme dans le Monde : Bonnard est renversant. Il le démontre en soixante-cinq tableaux, – Cela commence dès l’entrée, avec une petite merveille, qu’un Vermeer n’aurait sans doute pas désavouée : Rue à Eragny-sur-Oise (Chiens à Eragny) est un tout petit tableau, peint en 1894, conservé à la National Gallery de Washington. La composition en est simplissime : le tiers inférieur de la toile représente une rue et un trottoir, un peu rose, avec deux chiens et une brouette. La partie supérieure montre deux façades d’immeuble. Celle de droite occupe le tiers supérieur du tableau. Celle de gauche les deux tiers restants, et elle est elle-même coupée aux deux tiers de sa hauteur par une ligne horizontale. Le tout est scandé de volets gris, et de trois carrés noirs, peut-être des bouches d’aération, sûrement une démonstration d’une science innée de l’harmonie

Pierre Bonnard Grande Salle à manger sur le jardin, 1934/35 Huile sur toile, 126,8 × 135,3 cm Solomon R. Guggenheim Museum, New York ©

 
Né en 1867, Pierre Bonnard a 27 ans quand il peint cela et il est déjà un maître. Ceux qui ont vu l’accrochage de la collection Stein au Grand Palais comprendront : à gauche de l’oeuvre révolutionnaire de Matisse Nu bleu (Souvenir de Biskra) était accroché un autre nu, de Bonnard celui-là. Il « tenait » le mur, plus qu’honorablement….. nu que les Stein n’ont pas gardé très longtemps Ses autoportraits au miroir,  dont le boxeur, qui témoigne de la difficulté, des soucis de Bonnard. Il reporte le jeu du miroir dans ses magnifiques nus, chefs d’œuvre de subtilité chromatique.
« Il ne s’agit pas de peindre la vie, mais de rendre la peinture vivante ». Bonnard
Il y a tous les paysages à Vernon, au Cannet, fenêtres ouvertes sur le paysage qui font penser à Matisse, essayant de traduire sur la toile une vision psychophysiologique réelle, d’après Panofsky, c’est-à-dire l’œil se promène, Bonnard se sert de « la vision mobile et variable » et la perspective traditionnelle sur un seul point focal est abolie. Jean Clair considère cette vision « multifocale » comme un aspect extrêmement moderne. Puis il y a la série des nus. Marthe son épouse pendant plus de 40 ans, au caractère difficile, jalouse, est sublimée dans ses portraits. Les toiles témoignent d’une complicité amoureuse, de l’intimité presque choquante du couple, à la limite du voyeurisme, mais aussi de la présence d’une autre femme que l’on devine, qui a eu une fin tragique.
A lire ici le billet de Holbein sur la toile « l’homme et la femme de 1900 » Autant dire que les  interprétations divergent.
Ce qui est commun à presque toutes les toiles, c’est la présence des animaux. Elles sont débordantes de sensualité, comme dans ses paysages, Bonnard est solaire. A partir de photos prises avec son kodak, il retravaille les toiles en atelier, déménageant beaucoup, au gré de la santé de Marthe, plus souvent dans le midi, avec leurs amis, écrivains, peintres, mais aussi mécènes et collectionneurs, comme la famille Hahnloeser, dont on a pu admirer la très belle collection au musée de l’Hermitage de Lausanne en 2011, que dans son atelier parisien.
L’ultime nu que Marthe ne verra pas terminé et que Bonnard n’a pas signé :
 
Pierre Bonnard nu au petit chien 1941-1946 huile sur toile Carnegie museum of Pittsburg ©

 
 » Nu dans le bain au petit chien, 1941-1946″, où elle repose comme dans une châsse de pierres scintillantes de toutes les couleurs. Marthe décède en 1942.
 
Courez-y
Jusqu’au 13 mai 2012.

Le catalogue, en allemand et en anglais, est publié par les éditions Hatje Cantz, Ostfildern. Il contient des articles d’Evelyn Benesch, Andreas Beyer, Marina Ferretti Bocquillon, Michiko Kono, Ulf Küster, Beate Söntgen ainsi qu’une biographie de Fiona Hesse. 176 pages,
121 illustrations, ISBN 978-3-905632-94-1 (Allemand); ISBN 978-3-905632-95-8 (Anglais).
 
visuels courtoisie Fondation Beyeler

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Bonnard et son double

Conférence à la Fondation Beyeler donnée par
 Stéphane Guégan, conservateur au Musée d’Orsay, Paris

Stephan Guégan, conservateur au Musée d'Orsay

Mercredi, 8 février 2012, 18h30
Dans le cadre de l’exposition « Pierre Bonnard » (29 janvier – 13 mai 2012) à la Fondation Beyeler, Riehen/Basel, sera donnée une conférence sur le thème
«Pierre Bonnard et son double» par Stéphane Guégan. Qu’il s’agisse du Nabi japonard ou du peintre arcadien des années 1920/1930, Bonnard a toujours joué avec la duplicité des formes et du sens. Stéphane Guégan se propose d’explorer cette constante à partir des tableaux qui décrivent le quotidien et l’intimité de la vie de couple, métaphore de son art de l’entre-deux.
 
Pierre Bonnard © 1917

Stéphane Guégan est conservateur au Musée d’Orsay, Paris, dont il vient de publier un catalogue des peintures, et où il a organisé d’importantes expositions. Dernière en date : « Manet. Inventeur du moderne » en 2011. Il est l’auteur de nombreux livres (sur Ingres, sur Gauguin, sur Delacroix, et d’une biographie remarquée de Théophile Gautier).
Une manifestation en collaboration avec l’Alliance Française de Bâle, la Société d’Etudes françaises de Bâle, l’Union Française et Francophone, Régio de Bâle et l’Union des Français de l’Etranger, section de Bâle.
En présentant l’exposition « Pierre Bonnard », la Fondation Beyeler entend célébrer un des artistes les plus fascinants de l’époque moderne. Elle regroupe plus de 60 toiles de Bonnard (1867–1947) provenant de musées internationaux et de collections privées, offrant ainsi une nouvelle perspective sur l’œuvre de ce célèbre coloriste français et sur son évolution artistique. Le public est invité à découvrir l’ensemble de sa création, depuis ses débuts dans le cercle des Nabis jusqu’à ses œuvres tardives de plus en plus colorées et de plus en plus abstraites, en passant par les travaux qu’il a réalisés dans l’environnement du symbolisme et de l’impressionnisme. Ces toiles représentent de célèbres scènes de baigneuses, des vues du jardin de l’artiste, des représentations de la vie quotidienne ainsi que l’animation des rues de Paris.
Pierre Bonnard La Fenêtre Tate Modern

Programme:
Mercredi, 8 février 2012, 18h30 : Conférence en français par Stéphane Guégan
Le billet donnant accès à cette manifestation comprend l’entrée du musée.
Billetterie en ligne sur www.fondationbeyeler.ch ou prévente directement à la caisse du musée.
Heures d’ouverture tous les jours 10h – 18 h, le mercredi jusqu’à 20 h
relation presse Catherine Schott Head of Public Relations
tel +41(0)61 645 97 21
presse@fandationbeyeler.ch
photos 1 et 3 de l’auteur
photo 2  Charles Terrasse, collection privée © 2012 ProLitteris, Zurich
 
 
 
 
 
 

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La nuit des musées de Bâle

Vendredi 13 janvier de 18 h à 2 h du matin

Nuit des musées de Bâle


Les musées bâlois nous convient une fois de plus à un programme alléchant concocté pour l’occasion. Trente musées et sept institutions invitées présentent des programmes spéciaux.
Point n’est besoin de parler le suisse allemand pour y participer, des visites guidées en français ont été prévues, l’art n’est-il pas international ?

Nuit des musées de Bâle

Exposition et animations, performances, concerts etc …
Composez vous-mêmes votre parcours
Voir le programme de tous les musées et transports en communs

Informations pratiques :
*
Prévente des billets à l’office du tourisme de Mulhouse
* Prévente des billets à l’Espace d´art contemporain Fernet-Branca.

* Une liaison par bus sera assurée toutes les demi-heures de Bâle à Saint-Louis.

les transports sont gratuits, bus, tram, bateaux.

Espace d’art contemporain Fernet-Branca
on y entendra des textes dada et surréalistes, du jazz, des commentaires d’œuvres, sans oublier les plaisirs de la dégustation de Fernet-Branca. Une petite restauration sera proposée.
Chassé-croisé, Dada-surréaliste, 1916-1969, un parcours exceptionnel dans 200 œuvres allant de Hans Arp à Dali en passant par Magritte, de Chirico, Bellmer, Man Ray, Breton, etc.

Lieux des ventes de tickets

   clic pour agrandir les images

réduction  avec le pass-musées
les prévisions météo sont très favorables
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Le surréalisme à Paris à la Fondation Beyeler

Salvador Dali- Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une pomme-grenade, une seconde avant l’éveil, (1944) du Museo Thyssen Bornemisza de Madrid.©

 La Fondation Beyeler consacre une grande exposition au surréalisme à Paris. On y pénètre de plein pied, en entrant dans l’exposition, les murs blancs de la Fondation se sont couverts de gris anthracite, pour mieux nous plonger dans l’ambiance de cette époque. Les salles portent le nom de lieux existants ou imaginaires avec leurs titres poétiques. Chacune d’elles est dédiée à un thème, voire à un collectionneur. C’est une immersion totale dans la période chère à André Breton et à son manifeste. Artistes, toiles, sculptures, documents rares, bijoux concourent à nous initier à cette période importante de l’histoire de l’Art.
Il faut prendre son temps et cheminer de salle en salle à la découverte du lieu et de l’exposition concoctée avec talent et savoir, par Philippe Buttner, commissaire et conservateur à la Fondation Beyeler  qui présente un aperçu de l’ensemble de ce mouvement.
Le surréalisme est l’un des mouvements artistiques et littéraires les plus influents du XXe siècle. Il s’est développé à Paris dans l’entre-deux-guerres avant de prendre son essor et d’exercer une influence mondiale qui persiste encore aujourd’hui. De célèbres représentants de l’art moderne en ont fait partie, en ont été proches ou en ont tiré une source d’inspiration. Ils recherchaient une transformation radicale et un élargissement des possibilités expressives et des effets de l’art et de la poésie. Il s’agissait d’exploiter certains aspects de la psyché et de la créativité encore inutilisés pour féconder le processus de création artistique, mais aussi toute l’existence humaine.
Profondément marqués par l’expérience de l’absurdité de la Première Guerre mondiale, les surréalistes ont élaboré sous l’égide du théoricien du groupe, André Breton, des concepts artistiques inédits qui les ont conduits à créer un art différent de tous, qui trouve sa source dans l’imagination poétique, le rêve et l’inconscient. Ils prirent essentiellement pour modèle Sigmund Freud, mais aussi de nombreux écrivains et poètes comme le marquis de Sade, Charles Baudelaire, le comte de Lautréamont et Arthur Rimbaud, ou encore Edgar Alan Poe, sans oublier les romantiques allemands.
L’exposition de la Fondation Beyeler «Dalí, Magritte, Miró – Le Surréalisme à Paris»
Giorgio de Chirico Le mauvais génie d’un roi, 1914/15 Huile sur toile, 61×50,2cm The Museum of Modern Art, New York Photo: © 2011, The Museum of Modern Art, New York / dist. Scala, Florence© 2011, ProLitteris, Zurich

comprend environ 290 oeuvres et manuscrits d’une quarantaine d’artistes et d’auteurs, dont 110 peintres, 30 objets et sculptures, 50 travaux sur papier, 50 photographies, 30 manuscrits et éditions originales, 15 bijoux, et 4 films. Ils sont regroupés dans les salles en partie par artistes, en partie par centres thématiques. On trouvera d’abord des oeuvres de Giorgio De Chirico, que l’on peut considérer comme un précurseur décisif du surréalisme grâce à ses vues urbaines et à ses intérieurs des années 1910. Ces travaux sont associés à de précieux manuscrits et à de rares éditions de textes surréalistes, dont les versions autographes des manifestes surréalistes influents d’André Breton.
 
Hans Arp le coquetier ivre 1926

On découvrira ensuite deux artistes clés de ce mouvement, Joan Miró et Max Ernst. Miró, qui a exploré des espaces encore inconnus par son art onirique et sa couleur suspendue dans l’espace, y figure avec, entre autres, Peinture (Le cheval de cirque) de 1927 du Metropolitan Museum, New York. Max Ernst est également représenté par des tableaux majeurs, dont la célèbre Femme chancelant (La femme penchée) de 1923 de la Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf. Après une salle consacrée à Yves Tanguy, dont les univers imaginaires infinis, peuplés d’objets mystérieux — dont témoigne notamment la toile monumentale Les derniers jours (1944) (collection particulière),— représentent une des réalisations les plus poétiques du surréalisme, on découvrira dans la salle suivante un thème central de ce mouvement, celui de l’art de l’objet. Cette salle contient notamment l’oeuvre célèbre de Meret Oppenheim Ma gouvernante – my nurse – mein Kindermädchen, (1936/1967) du Moderna Museet de Stockholm, ainsi que la création majeure de Hans Bellmer, La poupée (1935-1936) (vue à Pompidou Metz), du Centre Pompidou de Paris. Des dessins et des toiles remarquables de Victor Brauner y sont également présentés.
Hans Bellmer La poupée, 1935/36 Bois peint, papier mâché et différents matériaux,61×170×51cm Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris Photo:©Collection Centre Pompidou, dist. RMN, Paris / Georges Meguerditchian © 2011, ProLittteris, Zurich

Cette exposition se distingue aussi par la présentation de deux collections particulières
d’oeuvres surréalistes de tout premier plan. Celle de Simone Collinet, première épouse
d’André Breton, n’avait encore jamais été montrée. Simone Collinet l’avait constituée avec
André Breton dans les années 1920 et l’avait complétée après leur séparation. Cette
collection comprend notamment la toile monumentale de Francis Picabia Judith de 1929, mais aussi le tableau Le mauvais génie d’un roi de Giorgio de Chirico (1914-15) qui se trouve aujourd’hui au MoMA à New York.

Max Ernst L’antipape, 1941/1942 Huile sur toile, 160,8x127,1cm - Peggy Guggenheim Collection, Venise (Solomon R. Guggenheim Foundation, New York) Photo: David Heald © The Solomon R. Guggenheim Foundation © 2011, ProLitteris, Zurich

 Une deuxième salle, conçue en collaboration avec la Peggy Guggenheim Collection de Venise, présente des oeuvres de la collection de Peggy Guggenheim, dont L’antipape de Max Ernst (1941-42), une pièce qui n’est presque plus jamais prêtée. Cette collection incarne la période de l’exil new-yorkais du surréalisme
parisien pendant la Seconde Guerre mondiale. La présentation de ces deux collections
permet de mettre en relief l’aspect essentiel de la mise en scène privée de l’art surréaliste.
 
D’autres salles accordent une large place notamment à Jean Arp et Pablo Picasso,
temporairement très proche du surréalisme. On verra sa toile d’un surréalisme marqué
L’atelier du peintre (La fenêtre ouverte) (1929) de la Staatsgalerie de Stuttgart. Suit un vaste ensemble d’oeuvres du magicien de l’image, René Magritte. Son art s’empare de façon inimitable de la réalité visible — pour mieux la détacher de tout ancrage. On en trouve un exemple majeur dans le chef-d’oeuvre précoce La clef des songes de 1930, mais aussi dans d’importantes oeuvres plus tardives comme L’empire des lumières (1962), appartenant l’un comme l’autre à des collections particulières.
 Cette exposition fait également place à une sélection concentrée de remarquables photographies du surréalisme, parmi lesquelles des oeuvres de Man Ray, Raoul Ubac, Dora Maar et Elie Lotar.
Une salle de projection présente des productions majeures du cinéma surréaliste (notamment Buñuel, Man Ray).
 Ce parcours se referme sur celui qui fut peut-être le plus célèbre des surréalistes, Salvador Dalí, et sur un groupe spectaculaire de ses chefs-d’oeuvre. On verra ainsi L’énigme du désir de 1929 conservée à la Pinakothek der Moderne de Munich, la remarquable Métamorphose de Narcisse, 1937, de la Tate de Londres et Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une pomme-grenade, une seconde avant l’éveil, (1944) du Museo Thyssen Bornemisza de Madrid.
 
Outre des collectionneurs privés, de grandes institutions ont eu la générosité de  prêter
des oeuvres. Les plus importantes d’entre elles sont la Peggy Guggenheim Collection,
Venise (Solomon R. Guggenheim Foundation, New York) ;

Photo collection Peggy Guggenheim

Peggy Guggenheim,
grande amoureuse  des surréalistes, conseillée, par Marcel Duchamp.
La première pièce de sa collection est celle de Hans Arp le strasbourgeois, après une ydille avec Yves Tanguy elle épouse pour quelques moi en 1942, Max Ernst, auquel elle permet de fuir la France après son internement au camp des Milles près d’Aix en Provence.
 le Centre Georges Pompidou, le Musée national d’art moderne, Paris ; le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris ; la Tate, Londres ; la Bayerische Staatsgemäldesammlungen, Munich – Pinakothek der Moderne ; la Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf ; le Museum Ludwig, Cologne ; les Staatliche Museen zu Berlin, Nationalgalerie ; le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia, Madrid ; le Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid ; le Museu Coleccao Berardo, Lisbonne ;
The Metropolitan Museum of Art, New York ; The Menil Collection, Houston ; The Museum of Modern Art, New York; la National Gallery of Art, Washington ; le Philadelphia Museum of Art ainsi que le Kunstmuseum de Bâle et le Kupferstichkabinett ainsi que le Kunsthaus de Zürich et l’Alberto Giacometti-Stiftung.

Philippe Buttner Commissaire Sam Keller Directeur de la Fondation Beyeler

 
Le catalogue de l’exposition abondamment illustré et édité par le Beyeler Museum AG et
Philippe Büttner, contient une introduction au mouvement, un commentaire des oeuvres exposées et s’attache tout particulièrement à la question de la présentation de l’art surréaliste — tant par les surréalistes eux-mêmes que dans les collections particulières. On y trouvera des contributions de Quentin Bajac, Philippe Büttner, Julia Drost, Annabelle Görgen, Ioana Jimborean, Robert Kopp, Ulf Küster, Guido Magnaguagno, Philip Rylands, Marlen Schneider, Jonas Storsve et Oliver Wick ainsi qu’une chronologie du surréalisme établie par Valentina Locatelli. Le catalogue de l’exposition est publié dans une édition allemande et anglaise chez Hatje Cantz Verlag, Ostfildern, 289 pages et 304 illustrations en couleur. ISBN: 978-3-7757-3161-4, CHF 68.00. avec un tiré à part en français.
 Jusqu’au 29 janvier 2012.
tous les jours de 10 à 18 h, le mercredi jusqu’à 20 h
Cette exposition devrait être présentée dans une seconde étape aux Musées royaux des
Beaux-Arts de Belgique à Bruxelles (mars à juillet 2012).
Images courtoisie de la Fondation  Beyeler
 

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Louise Bourgeois A l’infini – à la Fondation Beyeler

À l’occasion du centenaire de la naissance de Louise Bourgeois (25.12.1911 – 31.5.2010)
la Fondation Beyeler rend hommage à l’une des personnalités artistiques les plus remarquables et des plus influentes de notre temps.

Louise Bourgeois - Maman - Bronze avec patine de nitrate d’argent, acier inoxydable et marbre, 927,1 x 891,5 x 1023,6 cm

Louise Bourgeois, d’origine française, qui s’installa à New York en 1938, est devenue en quelques années un cas particulier dans l’histoire de l’art, référence majeure de l’art moderne et contemporain par son œuvre polymorphe.
Artiste aujourd’hui parmi les plus admirées, elle fut reconnue à près de soixante-dix ans. C’est selon elle, cette reconnaissance tardive qui lui permit de travailler en toute tranquillité. De ce fait elle échappe à tous les courants esthétiques : le surréalisme, l’expressionnisme abstrait, l’art conceptuel – elle ne s’est laissée séduire par aucun d’eux, et est restée rétive à toute classification. Se méfiant des concepts et théories, c’est sur son roman familial, sur sa sensibilité de femme et sur « le paradis de l’enfance », qu’elle s’appuya pour réaliser son travail. Quel que soit le mode d’expression employé, le moteur de son art réside dans l’exorcisme des traumatismes d’enfance, influencé par sa position singulière entre deux mondes, entre deux langues, entre le féminin et le masculin, ordre et chaos, organique et géométrique.
Sa sculpture hybride, témoigne de ce va-et- vient entre deux pôles opposés, de ce dédoublement.
En allant au plus profond de son inconscient, LB rejoint les mythes universels, donnant une version à la fois obscène et dionysiaque de la figure maternelle.
C’est  aussi son rapport au père, qui introduisit sa maîtresse Sadie, une jeune gouvernante anglaise, dans la maison familiale,  la mère consentante (avait-elle un autre choix ?), s’enferma dans le silence. Ils vécurent ainsi pendant une dizaine d’années. L.Bourgeois parle de cette expérience comme d’une « trahison », qui fut également la faille d’où surgissent la rage et la source créatrice. Si cela se passait dans les années trente à Paris, ce ne fut qu’en 1982 que Louise en parla et mit cette histoire en rapport avec l’œuvre, avec ses peurs et son besoin de « réparer » par la sculpture.
The Insomnia Louise Bourgeois

Cette exposition présente environ 20 pièces, pour certaines en plusieurs parties, offrant un condensé de l’oeuvre de Bourgeois qui rend compte des thèmes centraux de sa création : son intérêt pour d’autres artistes, son rapport conflictuel avec sa propre biographie et sa volonté de traduire des émotions dans des créations artistiques. Parallèlement à des oeuvres et à des séries conservées dans des musées internationaux  de renom et de grandes collections particulières, on pourra découvrir de nouveaux  travaux – dont le cycle tardif À l’infini (2008) – qui n’ont encore jamais été montrés. Des ensembles d’oeuvres  issues de la Collection Beyeler leur viennent en résonance. La rencontre avec les toiles de Fernand Léger et de Francis Bacon est particulièrement enrichissante, tout comme la juxtaposition avec les sculptures d’Alberto Giacometti. Ces artistes, avec lesquels Louise Bourgeois a entretenu une relation spéciale, ont été pour elle des présences marquantes et stimulantes. Mais aussi la juxtaposition avec la femme de Cézanne et un paysage de van Gogh.
À l’infini –  Alberto Giacometti L’homme qui marche
A l'Infini + Giacometti

Sur 14 gravures de grand format, Louise Bourgeois a donné libre cours à son imagination graphique à l’aide de couleur, de mine de plomb et d’ajouts de papier. Comme presque toutes ses œuvres, À l’infini est une sorte d’autoportrait constitué d’émotions devenues images, ou de fragments d’inconscient qui ont pris forme. Dans le thème de cette série d’aspect très poétique consacrée au principe de la vie humaine formée d’un nombre infini de configurations de rencontre analogues mais jamais identiques, les enchevêtrement de lignes d’À l’infini se rapprochent des sculptures de Giacometti. Les efforts que ce dernier fit toute sa vie durant pour représenter la complexité du mouvement, pour le concevoir comme une succession d’immobilités, ainsi que ses tentatives pour représenter la réalité essentielle d’un être humain par ses portraits travaillés de manière exhaustive, relèvent d’une prise de possession qui se rapproche de la conception de Louise Bourgeois.
L’accrochage dans cette salle est absolument remarquable, le choix des sculptures de Giacometti est à saluer.
Louise Bourgeois Portrait Photo: Jeremy Pollard copyright

Maman
Dans le parc de Beyeler,  la sculpture de bronze  est moins impressionnante qu’aux Tuileries, où elle se dressait fascinante et menaçante, elle semble protégée par les arbres. Après  la Tate Modern de Londres (2000/2007) au Jardin des Tuileries de Paris (2007/2008), au Guggenheim Museum de Bilbao (depuis 2001) et à l’Ermitage de Saint-Pétersbourg (2001,) cette sculpture a suscité l’enthousiasme du public et a attiré beaucoup de monde. Maman est montrée  en Suisse pour la première fois, Genève, Zurich, Berne, Bâle,
La statue de Louise Bourgeois représentant une araignée monumentale et intitulée Maman (927,1 x 891,5 x 1023,6 cm) est une œuvre-clé pour la compréhension de son oeuvre : il s’agit d’une part d’un hommage à la mère de l’artiste, restauratrice de tapisseries à Paris et qui ne cessait, telle l’araignée, de réparer ses toiles. Louise Bourgeois voit d’autre part dans l’araignée un symbole suprême de l’histoire infinie de la vie, dont le principe est de se renouveler constamment : ce qui est tout aussi réconfortant qu’inquiétant, car il n’existe aucune échappatoire à ce cycle éternel. Maman de Louise Bourgeois constitue donc un monument commémoratif grandiose à l’existence du changement.
The Blind Leading the Blind  vs. Barnett Newman Uriel
La version de The Blind Leading the Blind présentée à la Fondation  Beyeler date de 1947-1949. Constituée de cales de bois grandeur nature, peintes en noir et en rouge, elle présente une remarquable irrégularité régulière : irrégulière parce qu’elle est délibérément composée de morceaux similaires mais qui ne sont pas tout à fait identiques. Régulière, parce qu’elle se livre à une répétition des mêmes éléments, comme des triangles isocèles. Dans sa radicalité trigonométrique, The Blind Leading the Blind s’apparente aux inventions iconiques révolutionnaires contemporaines de Barnett Newman. D’où sa juxtaposition avec Uriel de 1955. La réduction de la peinture à la surface et à la couleur à laquelle se livre Newman trouve un écho dans la réduction de la sculpture de Louise Bourgeois à quelques formes trigonométriques de base, combinées entre elles. Mais elle peut aussi s’idenfier à un peigne, instrument de tapissier, omniprésent dans le travail de L.b
Louise Bourgeois The Blind Leading the Blind vs. Barnett Newman Uriel

 The Waiting Hours
L’un des derniers groupes d’œuvres auxquels Louise Bourgeois a travaillé est formé d’images cousues à partirdes étoffes de vêtements qu’elle a elle-même portés au cours de sa vie. À travers ses souvenirs de situations qu’elle a vécues dans certains vêtements précis, elle a créé des tableaux historiques éminemment personnels. Le temps a été un sujet de préoccupation majeur de Louise Bourgeois dans les dernières années de sa vie. Les Waiting Hours étaient pour elles avant tout les heures nocturnes durant lesquelles elle restait souvent éveillée, réfléchissant intensément à de nouvelles œuvres. The Insomnia fait aussi référence à ces heures nocturnes de réflexion.
 Est mise en regard de  ce travail dans une vitrine,  un oeuvre en tissu, faite de rondeurs grises, très connotée, arborant un sexe de couleur rose.
Louise Bourgeois The Waiting Hours
Janus fleuri, 1968
Bronze, patine dorée, pièce suspendue, 25,7 x 31,7 x 21,3 cm
Collection de l’artiste
Photo Christopher Burke
Dans la même année que Fillette, déjà vue à la Fondation, lors de l’exposition « Eros », Louise Bourgeois réalise d’autres œuvres suspendues qui sont des parties du corps humain à consonance sexuelle. Il s’agit d’une série de quatre sculptures de forme phallique, au titre évocateur de Janus parmi lesquelles Janus fleuri. Comme l’indique la référence à l’antique divinité latine, Janus, était le dieu à double visage, l’un tourné vers le passé et l’autre vers le futur, divinité des portes (janua), celles de son temple étaient fermées en temps de paix et ouvertes en temps de guerre. Tout s’ouvre ou se ferme selon sa volonté. C’est le côté bipolaire qui fascine l’artiste dans le choix du titre. « Janus fait référence à la polarité qui nous habite (…) la polarité dont je fais référence est une pulsion vers la violence extrême et la révolte (…) et le retrait », écrit l’artiste qui y voit aussi « un double masque facial, deux seins, deux genoux ».
Ici elle est mise en regard avec le nu couché jouant avec un chat de Picasso 1964

Passage Dangereux

Louise Bourgeois Passage dangeureux 1997

Les représentations les plus impressionnantes peut-être que Louise Bourgeois a données de certains aspect de son Moi sont ses légendaires Cells, dont la plus grande, Passage Dangereux de 1997, est exposée dans le Souterrain de la Fondation Beyeler. L’artiste plaçait au tout premier plan les représentations de sentiments et d’émotions. Les nombreux objets du Passage Dangereux sont les symboles d’événements conscients et inconscients de son enfance et de sa puberté — dont la magie et les drames trouvent une mise en scène imagée dans une architecture créée à cette fin, et peuvent ainsi être dépassés.
Jerry Gorovoy, voir la vidéo ici- une autre là présent vendredi et samedi, a été  l’assistant de Louise Bourgeois pendant plus de trente ans. C’est un excellent connaisseur de son œuvre, qui a joué, comme elle l’a souvent rappelé, un rôle décisif dans la genèse de ses pièces. Aux yeux de Louise Bourgeois, un grand nombre de ses œuvres n’auraient pas vu le jour sans son aide.  Son discours (en anglais) s’est  concentré particulièrement sur l’importance de  Louise Bourgeois comme artiste et comme modèle pour des générations d’artistes.
Les oeuvres ne sont pas nombreuses, mais très justement mises en adéquation avec le fonds de la Fondation Beyeler par le commissaire Ull Küster, auteur d’un livre sur Louise Bourgeois.  (anglais-allemand) On peut déplorer qu’il n’existe pas de version française, surtout étant donnée la double nationalité de l’artiste (américaine et française).
Il a eu l’occasion de préparer cette exposition avec elle.
l’exposition est visible jusqu’au 8 janvier  2012
photos courtoisie de la Fondation Beyeler

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La Fondation Beyeler pendant la Foire de Bâle – Art 42 Basel

La Fondation Beyeler présente aux visiteurs de l’Art 42 Basel un programme attrayant comprenant des expositions, des projets et des manifestations au Musée et à la Foire de Bâle, avec la présence de Renzo Piano, Beatriz Milhazes, Christian Marclay, Not Vital et d’autres artistes.

Fondation Beyeler press image

Expositions et présentation de la Collection
L’exposition « Constantin Brancusi et Richard Serra »: Cette exposition, dont Oliver Wick est le commissaire, présente 40 sculptures de Constantin Brancusi et dix sculptures d’acier et de plomb ainsi que des dessins de Richard Serra.
Constantin Brancusi Tête d'enfant endormi 19606/07gyps collection privée Japon

 
Richard Serra - Olson 1996 collection de l'artiste

La Collection Beyeler & la Daros Collection : Nouvelle présentation avec des groupes d’œuvres de Mark Rothko, Barnett Newmann, Jackson Pollock, Alberto Giacometti, Piet Mondrian, Wassily Kandinsky, Pablo Picasso, Georges Braque, Claude Monet, Vincent van Gogh et Paul Cézanne.
Art dans l’espace public

Louise Bourgeois Photomontage: Vue d' extérieure de la Fondation Beyeler, Riehen/Basel avec Maman, 1999Collection privée, avec l’autorisation de Cheim & Read Photo: © 2011, Louise Bourgeois Trust / © 2011, ProLitteris, Zürich

10 juin – 2 août 2011 : Louise Bourgeois, Maman,1999 (bronze avec patine au nitrate d’argent, acier fin et marbre, 927,1 x 891,5 x 1023,6 cm) sur la Bürkliplatz de Zürich. On aura pu voir auparavant cette sculpture d’araignée sur la Bundesplatz de Berne, et elle se déplacera à Genève à partir de la mi-août. Du 3 septembre 2011 au 8 janvier 2012, elle fera partie de l’hommage rendu par la Fondation Beyeler à Louise Bourgeois à l’occasion du centenaire de sa naissance.
Réceptions et manifestations
Lundi 13 juin Réception privée en l’honneur de
Beatriz Milhazes
Mardi 14 juin Dîner Beyeler donné par Sam Keller en l’honneur de
Renzo Piano
Mercredi 15 juin Réception privée en l’honneur de
Christian Marclay
Vendredi 17 juin Nocturne de la réception traditionnelle de la Fondation Beyeler à la Foire de Bâle, en l’honneur de Not Vital
Stand et entretiens Art Salon à l’Art 42 Basel
La Fondation Beyeler est représentée à la Foire de Bâle par son propre stand où elle accueille les visiteurs et informe sur son programme d’expositions. Le Musée montre des œuvres de Joan Miró et présente le Fondation Beyeler-Nationale Suisse Conservation Project Henri Matisse « Acanthes ».

Henri Matisse - Les Acanthes

 
Jeudi 16 juin
17h00-17h30                            Art Salon I Art Lives I «Louise Bourgeois» Ulf Küster, conservateur de la Fondation Beyeler et Elisabeth Bronfen, professeur de littérature anglaise à l’Université de Zurich
Dimanche 19 juin
15h00-15h30                            Art Salon I Talk I Matisse Acanthes Conservation Project, Ulf Küster, conservateur de la Fondation Beyeler
Horaires d’ouverture prolongés pendant l’Art 42 Basel
Pendant la Foire de Bâle du 14 au 19 juin, la Fondation Beyeler et son Restaurant sont ouverts tous les jours de 9h00 à 20h00.
photos 2/3/5 elisabeth itti

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Constantin Brancusi et Richard Serra à la Fondation Beyeler

Photo: © bpk, Berlin/Hamburger Kunsthalle
Plâtre, 28 x 26 x 21,5 cm Hamburger Kunsthalle © 2011, ProLitteris, Zürich

« La simplicité n’est pas un but dans l’art, mais on arrive à la simplicité malgré soi en s’approchant du sens réel des choses » Constantin Brancusi

Bronze poli, 61,7 x 40,5 x 22,2 cm © 2011, ProLitteris, Zürich Photo: © Collection Centre Pompidou, Paris, dist. RMN, Paris © 2011, Adam Rzepka

du 22 mai – 21 août 2011
La Fondation Beyeler consacre sa grande exposition d’été (voir la vidéo ici) à la création de  Constantin Brancusi (1876–1957) et de Richard Serra (*1939), deux sculpteurs majeurs du XXe siècle.
Né en Roumanie avant son installation définitive à Paris en 1904, Brancusi peut être
considéré comme fondateur de la sculpture abstraite par son invention formelle réduite à
l’essentiel. Quant à l’Américain Serra, il a redéfini la sphère d’influence de la sculpture par
ses oeuvres minimalistes en acier qui intègrent directement le spectateur. L’apparition et la présence d’une forme plastique dans l’espace constituent ainsi un thème essentiel de
l’exposition. La création de ces deux pionniers de la sculpture européenne et américaine
couvre dans sa totalité une durée de plus d’un siècle, celui qui a vu le développement de la
sculpture moderne.
Eve (en haut) chêne, 116,5 x 30,8 x 30,2 cm  Adam (en bas): châtaignier, 108,9 x 47,5 x 43,5 cm
Socle: calcaire, 13,3 x 46,4 x 46,4 cm Solomon R. Guggenheim Museum, New York © 2011, ProLitteris, Zürich Photo: © the Solomon R. Guggenheim Foundation, New York / David Heald

Les principaux aspects du travail plastique de Brancusi sont illustrés par environ 40
sculptures exemplaires, réparties en plusieurs groupes thématiques. Parmi les oeuvres
présentées sous forme d’ensembles figurent plusieurs variantes de la sculpture monolithique :
Le Baiser, des Têtes d’enfants poétiques, des Muses endormies, des torses de jeunes filles, ainsi que des célèbres Oiseaux dans l’espace. On pourra également voir Princesse X au parfum de scandale, Adam et Eve ainsi que l’emblématique Colonne sans fin. En outre, un cabinet photographique présente un choix de vingt photographies originales, qui éclairent la vision que Brancusi lui-même avait de ses oeuvres. Un vrai bonheur.

« Dans le fond, je voudrais faire des sculptures qui incarnent un nouveau mode d’expérience, qui ouvrent des possibilités de sculpture encore inédites »
Richard Serra
courtoisie de l'artiste
Richard Serra
photo elisabeth itti
L’appréhension déterminante d’une présence idéale dans l’espace, la question de l’essence de la sculpture, sera abordée sous un angle différent mais tout aussi pénétrant à travers dix oeuvres plastiques de Richard Serra
représentatives de différentes phases de sa création. On pourra également voir une nouvelle série de travaux sur papier. Cette sélection d’oeuvres, à vocation rétrospective elle aussi, regroupe des travaux précoces de Serra en caoutchouc et en plomb comme les Belts (1966/1967) et Lead Props, ainsi que ses premières installations d’acier caractéristiques :
Strike : To Roberta and Rudy (1969–1971) et Delineator (1974/1975). La « curved piece »
Olson (1986) inaugure une autre facette de l’oeuvre de Serra. Dans sa simplicité radicale,
est exemplaire de l’évolution actuelle de l’artiste tout en se rattachant à des oeuvres plus anciennes comme Strike.
C’est la première fois que l’oeuvre plastique de Constantin
Brancusi est présentée
en Suisse sous forme de rétrospective ;
Acier résistant aux intempéries, 300 x 900,4 x 20,3 cm

Collection de l’artiste, courtesy Gagosian Gallery © 2011, ProLitteris, Zürich Photo: Lorenz Kienzle

de même, la création de Richard Serra n’y a jamais été
montrée sous une forme aussi complète.
Les oeuvres prêtées pour cette exposition proviennent de collections privées de renom et de prestigieux musées dont le Solomon R. Guggenheim Museum, New York, le Museum of
Modern Art, New York, le Museum of Fine Arts, Houston, le Philadelphia Museum of Art,
Caoutchouc vulcanisé et tube néon, 182,9 x 762 x 50,8 cm
Caoutchouc vulcanisé et tube néon, 182,9 x 762 x 50,8 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Panza Collection, 1991
© 2011, ProLitteris, Zürich
Photo: Serra Studio, New York / Peter Moore

l’Art Gallery of Ontario, Toronto, la Tate, Londres, le Musée National d’Art moderne, Centre Georges Pompidou, Paris, la Peggy Guggenheim Collection, Venise, le Stedelijk Museum, Amsterdam, le Muzeul de Artǎ, Craiova, la Hamburger Kunsthalle, la Staatsgalerie Stuttgart, le Lehmbruck Museum, Duisburg, le Kunstmuseum Basel et le Kunsthaus Zürich.
Cette exposition de la Fondation Beyeler, dont Oliver Wick est le commissaire, est montée en partenariat avec le Guggenheim Museum de Bilbao, où elle sera présentée lors d’une deuxième étape (8.10.2011–15.4.2012)
L’exposition s’accompagne d’un catalogue de grande tenue scientifique et abondamment
illustré, publié en trois éditions distinctes (allemand, anglais et espagnol) chez Hatje Cantz
Verlag, Ostfildern. Il contient des articles d’Oliver Wick, Friedrich Teja Bach, Alfred
Pacquement et Jacqueline Matisse Monnier ainsi que des commentaires de Raphaël
Bouvier, Denise Ellenberger, Alexandra Parigoris, Ileana Parvu, Marielle Tabart, Michelle
White et Jon Wood ainsi qu’une biographie des deux artistes. 244 pages, 176 illustrations,
CHF 68.–, ISBN 978-3-905632-89-7.
Richard Serra est représenté à Bâle et dans ses environs par trois sculptures d’extérieur
installées dans des lieux publics : l’installation Open Field Vertical/Horizontal Elevations du Wenkenpark de Riehen/Bâle, mise en place en 1980 dans le cadre de l’exposition « Skulptur im 20. Jahrhundert » organisée, entre autres, par
Ernst Beyeler, la sculpture d’acier
Intersection installée en 1992 sur la place du Théâtre au centre-ville de Bâle ainsi que
la sculpture d’acier Dirk’s Pod inaugurée en 2004 sur le Novartis Campus, Bâle.

ouverture tous les jours de 10 h. à 18 h,  le mercredi de 10 h. à 20 h.
Le musée est ouvert le dimanche et les jours fériés.
Pendant la Foire de Bâle  (mardi 14.6. – dimanche 19.6.) les heures d’ouverture sont les suivantes: 9 h – 20 h.
la vidéo du vernissage
les images du montage de l’exposition de Richard Serra
Pointez les images pour voir  les titres, cliquez pour les agrandir
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Henri Matisse « Acanthes »

matisse-les-acanthes.1297903763.jpg Le restaurateur dans l’atelier de restauration devant Acanthes, 1953, d’Henri Matisse, fusain, papiers découpés recouverts de gouache, sur papier, sur toile, 311 x 350,5 cm, Fondation Beyeler, Riehen / Bâle © 2011 Succession Henri Matisse / ProLitteris, Zurich
Fondation Beyeler – Nationale Suisse Conservation Project 2009–2012 : Henri Matisse « Acanthes »
La Fondation Beyeler s’est engagée avec le soutien de la société Nationale Suisse dans un vaste projet de restauration d’une durée de trois ans (2009-2012). Il a pour objectif l’analyse scientifique, la conservation et la restauration d’Acanthes d’Henri Matisse (1953, 311 x 350,5 cm), une œuvre majeure de la série de ses « Papiers découpés » de grand format.
Le programme de conservation d’Acanthes repose sur les résultats des recherches préliminaires entreprises pendant la première année de travail sur ce projet. Une des plus grandes difficultés est due à la structure complexe de l’œuvre, faite de plusieurs couches, qu’il convient de stabiliser. S’y ajoute l’énigme entourant les différentes étapes de sa genèse.
L’atelier de restauration inauguré au printemps 2010 dans le Souterrain de la Fondation Beyeler et ouvert aux regards du public suscite un vif intérêt de la part des spectateurs.
Le site internet conçu spécialement pour ce projet informe les internautes des progrès en cours et leur propose des informations complémentaires grâce à des mises à jour, des interviews, des photographies et des documentaires.
Bilan de la première année
Analyses technologiques
Au cours de cette première année de travail, les restaurateurs de la Fondation Beyeler, Markus Gross et Stephan Lohrengel, ont soumis Acanthes d’Henri Matisse à des analyses technologiques approfondies. Trois autres papiers découpés de la Collection Beyeler datant de la même période Algue blanche sur fond rouge et vert, 1947, Nu bleu I, 1952, et Nu bleu, la grenouille, 1952 – ont été inclus dans cette étude.
Une première étape a consisté à réaliser des clichés d’ensemble et de détails à haute résolution sous différents éclairages : lumière plongeante, lumière rasante, lumière traversante et rayons ultraviolets. Ceux-ci ont servi de base à l’analyse de l’état des papiers découpés. L’association de différents modes d’éclairage permet en effet de mieux mettre en évidence certains phénomènes affectant la surface. Sous une puissante lumière rasante, par exemple, les ondulations et les déformations du papier apparaissent clairement, autorisant des conclusions sur les différentes tensions auxquelles est soumise la structure picturale.matisse-algue-blanche_m.1297905814.jpg
Toutes ces observations sont soigneusement consignées grâce à un programme de traitement d’image et à un logiciel spécial. Le programme permet d’enregistrer sur un document graphique des éléments comme les déchirures, les plis et les altérations de la couleur ainsi que d’innombrables détails techniques, tels que les filigranes, les traits de pinceau et les traces de fixation. Cette méthode permet de combiner toutes les observations concernant l’état de l’œuvre, de les mettre en relation et de mieux les visualiser. C’est ainsi que des traces de colle, qui ne sont parfaitement visibles que sous rayons UV, peuvent être également mises en évidence sur le cliché réalisé en lumière plongeante. Les informations sur les différentes œuvres ont été enregistrées sur des fiches techniques ou documents récapitulatifs conçus à cette fin.
Analyse des matériaux utilisés
L’analyse des matériaux utilisés par Matisse représente un autre volet essentiel de cette recherche. Ses résultats doivent permettre de répondre dans le détail aux questions sur les particularités du vieillissement et sur la genèse de l’œuvre. On a déjà procédé à l’analyse de premiers échantillons de colle et de pigments.
Dépouillement de la littérature
Le dépouillement et l’exploitation des publications et des documents d’archives ainsi que du volumineux matériel iconographique historique font également partie intégrante de ce projet. Les sources iconographiques se trouvent dans des catalogues d’expositions et des archives, mais également dans la presse populaire de l’époque. Les illustrations montrant Matisse au travail ou représentant ses œuvres telles qu’elles étaient dans son atelier, avant leur montage, présentent un intérêt tout particulier.
Les échanges avec les Archives Matisse de Paris ont été essentiels et se sont intensifiés en 2010. Ces archives contiennent une large fraction des écrits laissés par l’artiste ainsi que de nombreux documents photographiques et écrits qui n’ont pas encore été exploités.
Réseau international
Les échanges avec des spécialistes d’autres collections nationales et internationales qui abritent également des papiers découpés ont été d’une très grande importance au cours de cette première année de travail. Les œuvres choisies pour ces comparaisons ont été sélectionnées pour leurs similitudes de dimensions et de structure, pour la présence d’un fond recouvert de peinture blanche et pour leur date de création contemporaine de celle d’Acanthes.
matisse-la-grenouille_l.1297905891.jpgEn plus du Kunstmuseum de Bâle, du Museum Ludwig de Cologne et du Museum Berggruen de Berlin, nous sommes allés visiter d’autres collections majeures, comme le Musée Matisse de Nice, le Musée National d’Art Moderne de Paris, le Stedelijk Museum d’Amsterdam, la Tate Modern de Londres, ainsi qu’aux États-Unis, le Museum of Modern Art et le Metropolitan Museum of Art de New York sans oublier la Menil Collection de Houston.
Les restaurateurs Stephan Lohrengel et Markus Gross ont observé à titre de comparaison plus de 30 œuvres originales. Cette activité a permis de nouer des contacts interdisciplinaires diversifiés et intenses, qui nous ont donné accès à de nombreuses informations et indications inédites. La visite de la chapelle de Vence, conçue par Matisse, et de ses domici-les de Nice, a permis une étude approfondie du contexte de la réalisation des différentes œuvres et de leurs interdépendances.
Premiers résultats
La genèse d’Acanthes peut se décomposer en différentes étapes. Il est désormais possible de définir avec davantage de précision les tâches qui ont eu pour cadre l’atelier de Matisse à Nice et celles qui ont été effectuées à l’occasion du montage de l’œuvre achevée à Paris, selon les indications de l’artiste. Ces principales étapes sont la peinture des papiers à la gouache, le découpage des formes, leur disposition sur le mur de l’atelier puis le montage de l’œuvre sur toile.
C’est à cette méthode de travail que l’on doit la structure complexe de l’œuvre, en plusieurs couches. Cette structure se compose d’un châssis, de tissus, de différents papiers, de gouaches et de colle. Dans le cas des papiers découpés de la Collection Beyeler, elle peut présenter entre sept couches (Algue blanche sur fond rouge et vert) et dix-huit (Nu bleu, la grenouille).
Les trous laissés par les punaises qui ont servi à fixer les papiers découpés au mur de l’atelier livrent des informations tout à fait passionnantes. Leur nombre et leur position ont montré que dans Acanthes, la plupart des modifications de composition entreprises par Matisse ont touché la zone inférieure droite des formes bleues. En revanche, on observe très peu de trous sur la partie supérieure gauche.
La comparaison avec d’autres œuvres a révélé que Matisse a recouru à différents modes de fixation de ses papiers gouachés, sur le mur et entre eux. Il a utilisé des clous et des punai-ses, mais également des épingles dont les traces sont visibles sur les œuvres. Dans le cas d’Algue blanche sur fond rouge et vert, ces épingles et ces clous apparaissent distinctement sur les clichés historiques de l’atelier de Matisse.
L’analyse des colles appliquées entre les différentes couches des quatre papiers découpés de la Collection Beyeler a livré des résultats inattendus. Contrairement à ce qu’on peut lire dans les publications, Matisse n’a pas toujours utilisé les mêmes colles. Des recherches plus approfondies sont donc prévues sur ce point.
L’analyse a également porté sur les papiers que Matisse a peints mais n’a pas utilisés, papiers que les Archives Matisse nous ont généreusement confiés. Matisse conservait en effet toutes les chutes de papier de ses découpages dans des tiroirs, à l’abri de la lumière. Cela nous livre de précieuses informations sur les éventuelles altérations de la couleur, tout en nous permettant de reconstituer les feuillets découpés par l’artiste.matisse-nu-bleu-i-1952-foto-peter-schibli_m.1297905970.jpg
La comparaison avec des clichés historiques et avec les œuvres d’autres collections ont permis de préciser quelques éléments du problème du fond blanc. Il est apparu clairement que dans certaines œuvres, le fond avait été ajouté, ou échangé, lors du montage à Paris. Dans Acanthes en revanche, le papier qui se trouvait sur le mur de l’atelier et porte les esquisses au fusain a servi de fond et n’a pas été échangé. Il a, de plus, été enduit de plusieurs couches de couleur blanche, les lignes de fusain étant pour certaines légèrement recouvertes, pour d’autres laissées en réserve.
Perspectives
Ces multiples informations continueront à être exploitées au cours de la deuxième année d’existence du projet. Des questions en suspens, comme celles du moment du montage des  œuvres sur toile, feront l’objet d’études plus approfondies. L’équipe responsable du projet espère également obtenir de précieuses indications sur la méthode de travail de Matisse en interrogeant des témoins de l’époque.
Tout le processus de création, depuis la peinture des papiers jusqu’au montage sur la toile, sera reconstitué par modélisation.
Dans le cadre du volet conservation de ce projet, une attention toute particulière est prêtée à l’état des œuvres utilisées à titre de comparaison, état qui est souvent très disparate. Cela tient à l’histoire particulière de chaque œuvre, à sa forme de présentation et aux restaurations entreprises. Les expériences faites par les collections concernées sont également prises en compte.
Une autre question majeure est celle de la sensibilité des différents matériaux à la lumière. L’impression que donnaient les couleurs ainsi que l’équilibre des formes colorées entre elles et avec le fond blanc revêtaient une grande importance pour Matisse.
Un programme de conservation et de restauration est défini et mis en œuvre à partir de ces résultats. Aux endroits où cela s’impose, on entreprend avec toutes les précautions requises des mesures de restauration étayées par les connaissances éthiques et scientifiques les plus récentes.
La réalisation du projet de restauration Fondation Beyeler – Nationale Suisse Conservation Project 2009–2012 : Henri Matisse « Acanthes » couvre les années 2009 à 2012.
Ce projet a été placé sous la responsabilité des restaurateurs Markus Gross et  Stephan Lohrengel et du conservateur Ulf Küster. Ils sont à votre disposition pour des interviews ou pour des informations plus approfondies.
D’autres informations et des documents de presse sont disponibles auprès de :
Catherine Schott, Tél. + 41 (0)61 645 97 21, Fax + 41 (0)61 645 97 39,
presse@fondationbeyeler.ch, www.fondationbeyeler.ch,
Fondation Beyeler, Baselstrasse 77, CH-4125 Riehen
Sophia Schor, Tél. +41 (0)61 275 23 86, Fax +41 ((0)61 275 22 21, sophia.schor@nationalesuisse.ch,
www.nationalesuisse.ch, Nationale Suisse, Generaldirektion, Steinengraben 41, CH-4003 Bâle
images courtoisie de la Fondation Beyeler

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Segantini le sans papier

ave-maria-transbordo.1297819390.jpg« L’art c’est l’amour enveloppé de beauté »
A la Fondation Beyeler, nous pouvons admirer les toiles et dessins de Giovanni Segantini (1858 –1899) né à Arco, au bord du lac de Garde, rattaché à l’Autriche à l’époque,  il vécut d’abord à Milan, après le décès de sa mère, chez sa demi-sœur Irène.
Au décès du père Agostino Segatini, cette dernière demande l’annulation de la nationalité autrichienne de Giovanni, sans demander toutefois sa naturalisation italienne. Il restera un sans papier toute sa vie. Il passe un temps dans un établissement d’éducation surveillée de Marchiondi. Puis il regagne Milan où il travaille comme peintre de décoration, tout en prenant des cours du soir, pour réaliser son rêve : être peintre. Appelé Segante par tous il ajouté le n à son patronyme et s’appelle désormais Segantini.
Très vite un critique et marchand d’art Grubicy s’intéresse à lui et sera son principal agent toute sa vie. Il peint un portrait de Léopolidina Grubicy, à la collerette blanche, portrait charmant de grande  bourgeoise qui assied immédiatement sa réputation. segantini-portrait-leopoldina-grubicy.1297819495.jpg
Il fait la connaissance de Luigia Bugatti, dit Bice. Il s’installe avec elle à Pusiano dans la Brianza.
Des problèmes financiers, mais surtout le charme bucolique des montagnes de Savognin, incitent le couple à s’installer en 1886 en Suisse, dans les Grisons. Il élabore  des motifs à partir de la vie villageoise et alpine de grandes toiles qui représentent les habitants, des paysans de montagne, vaquant à leurs activités, comme dans « Vacche aggiogate » qui lui a valu une médaille d’or à l’exposition universelle de Paris. La haute montagne couverte de neige, mais encore éloignée, ferme l’horizon, par son dos la vache est parfaitement intégrée dans l’horizon. Avec les montagnes les sources sont un des motifs favoris de Segantini : elles jaillissent des Aples comme « une sève vitale » symbolique.
Segantini finit par s’établir avec sa famille dans le village de Maloja, dans l’Engadine, et passe les hivers rigoureux dans le Bergell. Il peint ses immenses tableaux en plein air, à des altitudes de plus en  plus élevées. Le légendaire Triptyque des Alpes, que préparent des études de grand format, constitue un sommet de son art. Cette ascension croissante fait accéder Segantini à un domaine où les montagnes lui font l’effet d’un paradis terrestre. Ses derniers mots ont été « voglio vedere le mie montagne » ( je veux voir mes montagnes ).
Giovanni Segantini  s’est fait connaître par ses tableaux de montagne et ses représentations de la vie, si proche de la nature, des paysans au milieu de leurs bêtes. Il a découvert dans le divisionnisme une forme d’expression artistique moderne qui lui permettait de rendre le rayonnement particulier des Alpes dans une lumière et des coloris nouveaux.
img_1239.1297820245.jpgSon oeuvre inspire la nostalgie d’une expérience de la nature intacte. Cette exposition célèbre en lui un précurseur de la peinture moderne,
La famille ayant négligé de le déclarer à l’état civil, vivant en Italie, cela l’empêcha de voyager pour défaut de passeport, l’exonéra de s’acquitter des impôts sur le revenu, n’ayant pas d’identité reconnue.  La nationalité suisse lui a été accordée après à titre posthume.
Papier crayon, papier carton. Son médium justement, c’est le papier, avec le crayon, la craie, le crayon conté, la mine de plomb, de charbon, la craie blanche, noire, de couleurs, le pastel, puis l’huile.
La première salle montre ce que l’on pourrait appeler Segantini avant Segantini, soit des tableaux peints à Milan, au début de sa carrière, avant qu’il ne commence à travailler dans une manière divisionniste, non par points de couleurs pures mais par traits fins juxtaposés. On y voit déjà plusieurs chefs-d’œuvre, comme Effet de lune, fortement inspiré par Millet mais dans une tonalité bien distincte, ou encore cette Oie blanche, qui renvoie à une toile de Soutine, memento mori, une  peinture pleine de liberté et d’élan ou à la Pie de Monet pour le quasi monochrome.img_1232.1297819960.jpg
Une toile intrigante « La première messe » on y voit un prêtre debout sur un escalier baroque, semblant méditer, éloge de la dévotion ? Son oreille est curieusement aussi torturée que la moulure de la rampe.
L’exposition regroupe environ soixante-dix toiles et de magnifiques dessins datant de toutes les périodes de la création de cet artiste. Son parcours artistique s’ouvre sur des scènes de la vie urbaine et se poursuit par des paysages de lacs de la Brianza, au nord de l’Italie, parmi lesquels la célèbre toile « Ave Maria a trasbordo. »  peinte ou dessiné au crayon, avec une voile, ou dans un format différent, rectangle sur papier à la craie. Un famille silencieuse, assoupie même, traverse le lago di Pusiano, seuls les moutons s’inclinent vers l’eau, tout le reste répand une paix divine, l’harmonie avec la nature. La barque semble symboliser le parcours de la vie, entre naissance et mort, eau et ciel, tandis que le cercle de couleur
ave-maria-au-crayon.1297819678.jpgconcentrique qui s’élargit autour du soleil prête à l’action une sublimité cosmique. Le tableau impressionne autant par son audace formelle : la frontalité, la simplicité chromatique, l’éclat lumineux du soleil couchant, le reflet du principal motif dans l ‘eau. La même virtuosité somptueuse se retrouve dans les dessins au crayon.
Le célèbre Triptyque des Alpes représente sans conteste le sommet de la création de Segantini. Comme en témoignent ses titres programmatiques « La Vie – La Nature – La Mort », il prend pour thème l’intégration harmonieuse des hommes et des bêtes dans le cycle de la nature. On verra dans cette exposition de spectaculaires versions dessinées de ce triptyque. Vers la fin de sa vie, Segantini connaît également une notoriété internationale grâce à ses oeuvres symbolistes, dont La Vanità (La Vanité, 1897).
Ses autoportraits, à vingt jeune homme plein d’assurance, puis l’autoportrait délirant que la présence du sabre transforme en fantasmagorie, reflet des années difficiles ? Puis celui de 1893, l’artiste apaisé, sentimental. Puis celui de 1895, , avec un regard perçant, lecteur de Nietzsche il se considère comme l’annonciateur de vérités éternelles, d’où la poussière d’or qui orne son portrait. segantini-auportrait.1297819797.jpg
Puis le dernier de 1898/99, pressentiment d’adieu, de mort , il est célèbre et lance le projet d’un panorama de l’Engadine pour l’exposition universelle de Paris, qui échoue. Il en reste le Tryptique  des Alpes, représentation de la divinité de la nature et du cycle de la vie.
On ne peut manquer le retour de la forêt, tableau inoubliable, emblématique, où il s’approche de la monochromie coloriste. Il représente un paysage enneigé, que traverse une femme qui tire son traîneau, chargé de bois mort. Symbole de la solitude ou même allégorie de la mort, le bois mort apparaît constamment au premier plan dans les toiles de Segantini, dont l’univers pictural est déterminé par le thème du cycle des saisons et de l’existence. C’est la couverture du catalogue de l’exposition.
Ne pas oublier l’Ore mesta, en 2 taille, puis au crayon.
Dans « mes modèles » Baba incarnait avant tout pour l’artiste un idealtype de toutes les figures féminines, bergères et jeunes paysannes.
img_1242.1297820038.jpgLes deux mères, Segantini n’a pu terminer sa toile, il est mort d’une péritonite, c’est Alberto Giacometti son ami, qui y ajouta la bergère et son enfant sur le dos, ainsi que le mouton et son agneau.
Mezzogiorno Alpi 1891
Une image de Paradis, qui rassemble les éléments essentiels de l’art Segantini. Le soleil embrase la lisière des arbres, une brise légère souffle, D’une main Baba, la gouvernante de l’artiste retient le chapeau, les yeux tournés vers l’avenir, le firmament. Les moutons broutent en nous tournant le dos, tout ce concentre sur le regard, tout pénétré de divisionnisme, l’artiste décompose la matière en lumière et en couleur et atteint ainsi une force lumineuse proprement surnaturelle, c’est la toile de l’affiche, qui au premier coup d’œil semble naïve de simplicité.
Les vastes salles baignées de lumière du bâtiment conçu par Renzo Piano, avec leurssegantini-mezzogiorno.1297820501.jpg échappées sur le paysage réel, mettent particulièrement bien en valeur la vénération de Segantini pour la nature, qui coïncide à maints égards avec la quête actuelle d’espaces naturels intacts.
Photos de l’auteur et courtoisie de la Fondation Beyler
jusqu’au 25 avril 2011

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