Segantini le sans papier

ave-maria-transbordo.1297819390.jpg« L’art c’est l’amour enveloppé de beauté »
A la Fondation Beyeler, nous pouvons admirer les toiles et dessins de Giovanni Segantini (1858 –1899) né à Arco, au bord du lac de Garde, rattaché à l’Autriche à l’époque,  il vécut d’abord à Milan, après le décès de sa mère, chez sa demi-sœur Irène.
Au décès du père Agostino Segatini, cette dernière demande l’annulation de la nationalité autrichienne de Giovanni, sans demander toutefois sa naturalisation italienne. Il restera un sans papier toute sa vie. Il passe un temps dans un établissement d’éducation surveillée de Marchiondi. Puis il regagne Milan où il travaille comme peintre de décoration, tout en prenant des cours du soir, pour réaliser son rêve : être peintre. Appelé Segante par tous il ajouté le n à son patronyme et s’appelle désormais Segantini.
Très vite un critique et marchand d’art Grubicy s’intéresse à lui et sera son principal agent toute sa vie. Il peint un portrait de Léopolidina Grubicy, à la collerette blanche, portrait charmant de grande  bourgeoise qui assied immédiatement sa réputation. segantini-portrait-leopoldina-grubicy.1297819495.jpg
Il fait la connaissance de Luigia Bugatti, dit Bice. Il s’installe avec elle à Pusiano dans la Brianza.
Des problèmes financiers, mais surtout le charme bucolique des montagnes de Savognin, incitent le couple à s’installer en 1886 en Suisse, dans les Grisons. Il élabore  des motifs à partir de la vie villageoise et alpine de grandes toiles qui représentent les habitants, des paysans de montagne, vaquant à leurs activités, comme dans « Vacche aggiogate » qui lui a valu une médaille d’or à l’exposition universelle de Paris. La haute montagne couverte de neige, mais encore éloignée, ferme l’horizon, par son dos la vache est parfaitement intégrée dans l’horizon. Avec les montagnes les sources sont un des motifs favoris de Segantini : elles jaillissent des Aples comme « une sève vitale » symbolique.
Segantini finit par s’établir avec sa famille dans le village de Maloja, dans l’Engadine, et passe les hivers rigoureux dans le Bergell. Il peint ses immenses tableaux en plein air, à des altitudes de plus en  plus élevées. Le légendaire Triptyque des Alpes, que préparent des études de grand format, constitue un sommet de son art. Cette ascension croissante fait accéder Segantini à un domaine où les montagnes lui font l’effet d’un paradis terrestre. Ses derniers mots ont été « voglio vedere le mie montagne » ( je veux voir mes montagnes ).
Giovanni Segantini  s’est fait connaître par ses tableaux de montagne et ses représentations de la vie, si proche de la nature, des paysans au milieu de leurs bêtes. Il a découvert dans le divisionnisme une forme d’expression artistique moderne qui lui permettait de rendre le rayonnement particulier des Alpes dans une lumière et des coloris nouveaux.
img_1239.1297820245.jpgSon oeuvre inspire la nostalgie d’une expérience de la nature intacte. Cette exposition célèbre en lui un précurseur de la peinture moderne,
La famille ayant négligé de le déclarer à l’état civil, vivant en Italie, cela l’empêcha de voyager pour défaut de passeport, l’exonéra de s’acquitter des impôts sur le revenu, n’ayant pas d’identité reconnue.  La nationalité suisse lui a été accordée après à titre posthume.
Papier crayon, papier carton. Son médium justement, c’est le papier, avec le crayon, la craie, le crayon conté, la mine de plomb, de charbon, la craie blanche, noire, de couleurs, le pastel, puis l’huile.
La première salle montre ce que l’on pourrait appeler Segantini avant Segantini, soit des tableaux peints à Milan, au début de sa carrière, avant qu’il ne commence à travailler dans une manière divisionniste, non par points de couleurs pures mais par traits fins juxtaposés. On y voit déjà plusieurs chefs-d’œuvre, comme Effet de lune, fortement inspiré par Millet mais dans une tonalité bien distincte, ou encore cette Oie blanche, qui renvoie à une toile de Soutine, memento mori, une  peinture pleine de liberté et d’élan ou à la Pie de Monet pour le quasi monochrome.img_1232.1297819960.jpg
Une toile intrigante « La première messe » on y voit un prêtre debout sur un escalier baroque, semblant méditer, éloge de la dévotion ? Son oreille est curieusement aussi torturée que la moulure de la rampe.
L’exposition regroupe environ soixante-dix toiles et de magnifiques dessins datant de toutes les périodes de la création de cet artiste. Son parcours artistique s’ouvre sur des scènes de la vie urbaine et se poursuit par des paysages de lacs de la Brianza, au nord de l’Italie, parmi lesquels la célèbre toile « Ave Maria a trasbordo. »  peinte ou dessiné au crayon, avec une voile, ou dans un format différent, rectangle sur papier à la craie. Un famille silencieuse, assoupie même, traverse le lago di Pusiano, seuls les moutons s’inclinent vers l’eau, tout le reste répand une paix divine, l’harmonie avec la nature. La barque semble symboliser le parcours de la vie, entre naissance et mort, eau et ciel, tandis que le cercle de couleur
ave-maria-au-crayon.1297819678.jpgconcentrique qui s’élargit autour du soleil prête à l’action une sublimité cosmique. Le tableau impressionne autant par son audace formelle : la frontalité, la simplicité chromatique, l’éclat lumineux du soleil couchant, le reflet du principal motif dans l ‘eau. La même virtuosité somptueuse se retrouve dans les dessins au crayon.
Le célèbre Triptyque des Alpes représente sans conteste le sommet de la création de Segantini. Comme en témoignent ses titres programmatiques « La Vie – La Nature – La Mort », il prend pour thème l’intégration harmonieuse des hommes et des bêtes dans le cycle de la nature. On verra dans cette exposition de spectaculaires versions dessinées de ce triptyque. Vers la fin de sa vie, Segantini connaît également une notoriété internationale grâce à ses oeuvres symbolistes, dont La Vanità (La Vanité, 1897).
Ses autoportraits, à vingt jeune homme plein d’assurance, puis l’autoportrait délirant que la présence du sabre transforme en fantasmagorie, reflet des années difficiles ? Puis celui de 1893, l’artiste apaisé, sentimental. Puis celui de 1895, , avec un regard perçant, lecteur de Nietzsche il se considère comme l’annonciateur de vérités éternelles, d’où la poussière d’or qui orne son portrait. segantini-auportrait.1297819797.jpg
Puis le dernier de 1898/99, pressentiment d’adieu, de mort , il est célèbre et lance le projet d’un panorama de l’Engadine pour l’exposition universelle de Paris, qui échoue. Il en reste le Tryptique  des Alpes, représentation de la divinité de la nature et du cycle de la vie.
On ne peut manquer le retour de la forêt, tableau inoubliable, emblématique, où il s’approche de la monochromie coloriste. Il représente un paysage enneigé, que traverse une femme qui tire son traîneau, chargé de bois mort. Symbole de la solitude ou même allégorie de la mort, le bois mort apparaît constamment au premier plan dans les toiles de Segantini, dont l’univers pictural est déterminé par le thème du cycle des saisons et de l’existence. C’est la couverture du catalogue de l’exposition.
Ne pas oublier l’Ore mesta, en 2 taille, puis au crayon.
Dans « mes modèles » Baba incarnait avant tout pour l’artiste un idealtype de toutes les figures féminines, bergères et jeunes paysannes.
img_1242.1297820038.jpgLes deux mères, Segantini n’a pu terminer sa toile, il est mort d’une péritonite, c’est Alberto Giacometti son ami, qui y ajouta la bergère et son enfant sur le dos, ainsi que le mouton et son agneau.
Mezzogiorno Alpi 1891
Une image de Paradis, qui rassemble les éléments essentiels de l’art Segantini. Le soleil embrase la lisière des arbres, une brise légère souffle, D’une main Baba, la gouvernante de l’artiste retient le chapeau, les yeux tournés vers l’avenir, le firmament. Les moutons broutent en nous tournant le dos, tout ce concentre sur le regard, tout pénétré de divisionnisme, l’artiste décompose la matière en lumière et en couleur et atteint ainsi une force lumineuse proprement surnaturelle, c’est la toile de l’affiche, qui au premier coup d’œil semble naïve de simplicité.
Les vastes salles baignées de lumière du bâtiment conçu par Renzo Piano, avec leurssegantini-mezzogiorno.1297820501.jpg échappées sur le paysage réel, mettent particulièrement bien en valeur la vénération de Segantini pour la nature, qui coïncide à maints égards avec la quête actuelle d’espaces naturels intacts.
Photos de l’auteur et courtoisie de la Fondation Beyler
jusqu’au 25 avril 2011

Beatriz Milhazes à la Fondation Beyeler

spring-love-2010_home.1296741291.jpgLa Brésilienne Beatriz Milhazes est l’une des artistes les plus en vue de la scène artistique internationale actuelle. Elle puise les thèmes fondamentaux de son œuvre dans la richesse de la nature tropicale ainsi que dans l’histoire et la culture de sa patrie, donnant naissance à des compositions très vivantes, remplies d’arabesques, d’ornements floraux et abstraits, de formes géométriques et de motifs rythmiques, qui révèlent une somptuosité chromatique lumineuse.
Pour la première fois une exposition est dédiée à Beatriz Milhazes en Suisse. Elle a été exposée à la Fondation Cartier pour la France. La Fondation Beyeler présente dans son souterrain une exposition qui rassemble quatre nouvelles peintures monumentales de l’artiste, une sélection de ses collages les plus impressionnants et un mobile. Les toiles spécialement réalisées pour cette exposition, auxquelles Beatriz Milhazes travaille depuis deux ans, déclinent le thème des quatre saisons. La technique picturale tout à fait singulière de Milhazes s’inspire de la décalcomanie. L’artiste recouvre de peinture des films plastiques transparents. Elle applique les couleurs sur la toile en retirant le film. Les films constamment réutilisés conservent ainsi des traces qui peuvent réapparaître dans la même œuvre ou dans des compositions ultérieures. Tel un palimpseste, chaque peinture témoigne de l’écoulement du temps.portrait-milhazes.1296939632.jpg
Avec les quatre saisons, c’est la première fois que Milhazes décide du sujet d’une œuvre avant de se mettre à peindre. Le plus souvent en effet, elle choisit le titre une fois son travail achevé, à partir d’une liste de mots et de phrases notés au préalable, sans qu’il existe obligatoirement de lien objectif entre le titre et l’œuvre. Il n’est pas rare non plus qu’elle emprunte les titres de ses collages aux matériaux utilisés, par exemple du papier d’emballage de sucreries. Leur papier multicolore ou monochrome, à motifs, brillant ou fluorescent est également employé pour réaliser des collages.collage.1296744534.jpg
mobile.1296744468.jpgEn 2007, Beatriz Milhazes a réalisé un décor pour la troupe de danse de sa sœur Marcia (Marcia Milhazes Dance Company). Un des mobiles qui ont servi dans ce spectacle a été repris et développé par l’école de samba Imperatriz Leopoldinense de Rio de Janeiro pour l’exposition de la Fondation Beyeler. Les matériaux se composent d’éléments décoratifs très simples, comme on en utilise pour confectionner les chars des défilés de carnaval.
Si la peinture constitue l’élément majeur du travail création artistique de Milhazes, elle recourt également à d’autres techniques telles que le collage ou la gravure. Parallèlement à la production de livres d’artiste, elle s’intéresse également à la création de textiles, de façades, de décors de scène et même d’espaces intérieurs comme celui de la Tate Modern de Londres. A l’Art Basel Miami Beach de 2010, la Fondation Beyeler a présenté un spectaculaire travail de revêtement de sol: toute la surface du stand était recouverte de carreaux de céramique conçus par Milhazes, qui expérimentait ainsi une nouvelle technique.img_1262.1296742225.jpg
Le travail de revêtement de sol de carreaux de céramique conçus par Milhazes est désormais une œuvre pérenne, visible au sous-sol de la Fondation Beyler. Je ne peux manquer de trouver un lien de parenté entre Cette artiste brésilienne et l’asiatique Murakami, exposé récemment au Château de Versailles, dans l’opulence multicolore des fleurs, quoique l’idée créatrice ne porte pas la même signification.
La commissaire de cette exposition est Michiko Kono, conservatrice adjointe à la Fondation Beyeler.
Jusqu’au 25.4. 2011
Photos 1 et 2  courtoisie de la Fondation Beyeler.
les autres de l’auteur

Jean Michel Basquiat à la Fondation Beyeler

jean-michel-basquiat-13.1280874577.jpg Ce qui frappe d’emblée dans l’exposition consacrée à Jean Michel Basquiat à la Fondation Beyeler, (jusqu’au 5 septembre 2010), ce sont tous ces visages aux yeux exorbités, sorte de memento mori, préfiguration de la mort prématurée de ce génie, qui accéda à la célébrité à l’orée de ses 20 ans.
Jean Michel Basquiat (1960-1988) a été une des personnalités les plus scintillantes de la sphère artistique. Ce qui est impressionnant ce sont la force des slogans poétiques et la somptuosité des couleurs.
JMB connaissait les musées de New York, mais on sait qu’il avait une nette prédilection pour celui qu’il appelait simplement « le Brooklyn ». A l’âge de 6 ans il était membre junior du musée, grâce à ses parents qui ont très tôt encouragé son goût pour l’art. Né et ayant grandi à Brooklyn, c’est devant la vaste collection du musée de son quartier qu’il a sans doute éprouvé ses premières émotions artistiques et qui que cela aida à sa formation. Il a fait ses débuts dans l’underground new-yorkais comme graffeur, musicien et acteur, avant de se lancer dans la peinture. Ses créations originales, expressives ont rapidement suscité l’admiration. Encouragé par Andy Warhol, il s’est hissé au rang de vedette sur la scène internationale. Il a été le plus jeune participant de Documenta et exposé à Art  Basel, à la Biennale de Venise et dans des galeries prestigieuses. Premier artiste caraïbien il a réussi à s’imposer , travaillant aux côtés de Keith Haring et bien d’autres stars, en l’espace de huit ans. Son œuvre composée de peintures  aux couleurs éclatantes et somptueuses, de dessins, s’arrêta brutalement avec sa disparition tragique à l’âge de 27 ans.
Ses toiles sortes de bandes dessinées, faites de collages, de textes poétiques, de silhouettes squelettiques, d’objets quotidiens, mêlent culture pop et histoire de l’art, mais aussi dénonciation de la société de consommation et de l’injustice sociale.
Il agissait comme un oracle, qui distillait sa perception du monde extérieur jusqu’à en tirer la quintessence avant de la projeter à nouveau par le biais de ses créations. La prise de conscience se manifesta tout d’abord dans la rue quand sous le nom de SAMO, il transformait ses propres observations en messages cryptés qu’il inscrivait sur les édifices de son environnement urbain. Un seul mot, une courte phrase ou une simple image faisaient référence à une personne, à un événement ou à une observation,  où il exprimait avec raffinement sa perception externe.
En décembre 1982, Basquiat alla passer deux mois à Los Angeles avec les graffeurs Rammellzee et Toxic. Il y réalisa notamment Hollywood Africans, un portrait de lui-même et de ses deux compagnons de lutte. Dans l’inscription « SELFPORTRAIT AS A HEEL » ajoutée à côté de son visage, il utilise le terme « heel » (littéralement, « salaud »), tout aussi insultant à première vue que « nigger ». Mais dans les paroles de hip-hop et en « Black English », « heel », au même titre que « nigger » ou « sambo » — est utilisé dans un sens positif pour désigner les Afro-Américains.self-portrait-as-a-hill.1280874477.jpg
Ici, l’approche conceptuelle, thématique, de Basquiat est très éloignée de celle du néo-expressionnisme, dont elle contredit même la programmatique. La description de son ami Fab 5 Freddy, pionnier du graffiti de rue et acteur principal de la scène hip-hop new-yorkaise, est tout à fait intéressante dans ce contexte : « Quand on lit tout haut les toiles, la répétition, le rythme, on peut entendre Jean-Michel penser. » En effet, Basquiat suivait toujours le principe d’un sampling délibéré d’objets, de motifs et de mots issus de son environnement immédiat, chargeant ainsi ses tableaux, au-delà de la peinture pure, de contenus et de références précises.
Dans les toiles sur les boxeurs, il exprime son admiration pour Cassius Clay, mais aussi pour
• Cassius Clay, 1982
Untitled (Sugar Ray Robinson), 1982
Jack Johnson, 1982
Pour Cassius Clay, comme pour d’autres représentations de célèbres boxeurs afro-américains — Untitled (Sugar Ray Robinson) ou Jack Johnson par exemple —, Basquiat a fixé la toile sur une palette industrielle. Après avoir commencé par peindre la toile, il l’a tendue sur la face supérieure de la palette, en la laissant très largement déborder de façon à ce qu’elle retombe sur les côtés de la structure en bois et la recouvre en formant des plis irréguliers. Par analogie symbolique avec les célèbres boxeurs, la toile semblait littéralement indomptée et laissait partiellement apparaître la palette faite de lattes de bois mal dégrossi, qui avait servi à l’origine à empiler des marchandises ou des paquets à des fins de stockage ou de transport.
Basquiat transformait ainsi ses toiles en objets tridimensionnels par l’utilisation d’une palette industrielle, Basquiat ne s’élevait pas seulement contre le principe de présentation statique cher aux musées, mais aussi contre la fonctionnalité initialement industrielle du support de l’image, transformant une unité de charge aux normes en un objet mural artistique.basquiat-boxer.1280874620.jpg
Les « Grillo »
Grillo occupe une position clé dans la création de Basquiat.
Cette oeuvre se caractérise par le contraste et la superposition de signes et pictogrammes issus de la tradition africaine, entièrement conçus dans le sens d’une continuité culturelle de
l’Afrique en Amérique et donc d’une identité afro-américaine propre, avec ceux de la civilisation occidentale, que Basquiat cite en se référant notamment au livre de Henry Dreyfuss, Symbol Sourcebook
Riding with Death, 1988
Bien qu’il ne s’agisse pas de sa dernière oeuvre, la toile Riding with Death ne pouvait que devenir emblématique de la mort de Basquiat et nourrir son mythe. Le fond doré renvoie à
l’utilisation des couleurs or, argent et cuivre que Basquiat employait depuis Cadillac Moon (1981). Ayant, pour ainsi dire, sa mort prochaine sous les yeux, il a emprunté son motif à un
ouvrage de reproductions de Leonard de Vinci, et l’a remanié pour donner naissance à cette représentation qui a pris valeur d’icône.
Portrait of the Artist as a Young Derelict, 1982jm-basquiat-portatrit-like-a-young-delict.1280877266.jpg
C’est dans l’assemblage intitulé Portrait of the Artist as a Young Derelict que Basquiat se réfère le plus clairement à l’oeuvre de Robert Rauschenberg, et plus particulièrement à
ses Combines d’aspect sculptural et aux Combine-Paintings, en même temps qu’à son intérêt pour les surfaces tactiles et sensorielles. Dans ses conglomérats, Rauschenberg s’était
consacré aux objets usuels et aux déchets à travers la présence d’objets quotidiens. Basquiat, quant à lui, assemblait des portes et des planches, articulées à l’aide de charnières.
En laissant en place les restes de cadenas et de targettes, il conservait une trace de la fonction initiale des objets. Il ne touchait pas non plus aux graffitis de toilettes présents
avant son intervention, témoins de l’utilisation quotidienne des objets. Comme chez Rauschenberg, ces derniers ne sont plus transférés dans un champ pictural bidimensionnel qui les soumettrait à un ordre différent ; ils sont directement repris dans l’image et conservent ainsi leur forme, leur identité et leur nature tridimensionnelle.
photos internet et scan

Henri Rousseau à la Fondation Beyeler

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Jusqu’au 9 mai 2010
Dans le foyer un hommage à Ernst Beyeler décédé le 25 février de cette année.

« Tu te souviens Rousseau, du paysage aztèque, Des forêts où poussaient la mangue et l’ananas. Des singes répandant tout le sang des pastèques Et du blond empereur qu’on fusilla là-bas. Les tableaux que tu peins, tu les vis au Mexique… »
Apollinaire, Ode à Rousseau, 1908

Henri Rousseau répond de façon imaginaire à des questions qui ne se posent pas, C’est le rêve passé de l’autre côté du miroir. Ces tableaux conservent leur mystère et posent des questions insolubles.
Ses tableaux dépeignent ses rêves et un monde imaginaire. Son oeuvre est plus proche de l’art populaire que les peintures spontanées des impressionnistes. Très vite, la critique va dire du Douanier Rousseau qu’il est un naïf car il ne respecte pas les règles de la perspective, ni l’exactitude du dessin, et encore moins les proportions. Mais Alfred Jarry remarque son travail qui n’est pas si éloigné du sien. Puis c’est au tour d’Apollinaire qui noue avec lui une amitié profonde.

« Gentil Rousseau, tu nous entends – Nous te saluons – Delaunay, sa femme, Monsieur Queval et moi – Laisse passer nos bagages en franchise à la porte du ciel – Nous t’apporterons des pinceaux, des couleurs, des toiles – Afin que tes loisirs sacrés dans la lumière réélle – Tu les consacres à peindre, comme tu tiras mon portrait – La face des étoiles. »
Epitaphe gravée sur la tombe de Rousseau par Brancusi

La peinture d’Henri Rousseau (1844-1910) a fait fi des frontières établies pour s’engager dans des territoires encore inexplorés. Alors qu’il n’avait fréquenté aucune école d’art, le douanier Rousseau a peint des œuvres éloignées de toute tradition académique, ne consacrant d’abord à son art que ses heures de loisir. Longtemps méconnu en tant que peintre naïf, il s’est imposé tardivement dans les salons parisiens. Ce sont des poètes comme Apollinaire, et des artistes comme Picasso, Léger, Delaunay puis Kandinsky, qui ont été les premiers à reconnaître son importance exceptionnelle. Cent ans après sa mort, la Fondation Beyeler consacre à ce pionnier de l’art moderne une exposition regroupant une quarantaine de ses chefs-d’œuvre conservés dans des musées prestigieux et de grandes collections particulières d’Europe et d’Amérique. On découvrira les portraits insolites de Rousseau et ses images poétiques de villes et de paysages français, des œuvres dans lesquelles il rend visible la présence du mystère, au sein même du quotidien. Le sommet de l’exposition est constitué par un important groupe des célèbres tableaux de jungle de Rousseau. Il n’avait jamais vu de forêt vierge, ce qui a permis à son imagination de se déployer d’autant plus librement et dans des couleurs d’autant plus somptueuses, pour donner naissance, dans sa peinture, à une jungle peuplée d’habitants exotiques. Par ses compositions picturales merveilleuses, souvent oniriques, Rousseau incarne la redécouverte de la fantaisie au début de l’époque moderne. Il a ainsi ouvert à l’art la porte de mondes nouveaux, qui ont influencé notamment les cubistes et les surréalistes et continuent à enthousiasmer aujourd’hui les amateurs d’art, petits et grands.
Le commissariat de cette exposition a été assuré par Philippe Büttner en collaboration avec Christopher Green. Le projet a bénéficié du soutien exceptionnel du musée d’Orsay et du musée de l’Orangerie, Paris.

La muse inspirant le poète, 1909rousseau-appolinnaire-et-marie-laurencin.1270767683.jpg
Kunstmuseum, Bâle
En 1908/1909, Rousseau a réalisé deux « portraits-paysages » de son ami, le poète Guillaume Apollinaire, et de sa maîtresse, Marie Laurencin. La première version se trouve aujourd’hui au musée Pouchkine de Moscou, la seconde, présentée ici, est conservée au Kunstmuseum de Bâle depuis 1940. Elle m’a toujours fait sourire, voire plus, rien qu’à lécoute de la chanson de Jo Dassin, lorsqu’il évoque Marie Laurencin et ses aquarelles, j’étais loin de l’imaginer à la manière de Rousseau.
Cette toile de grand format nous montre le poète et sa maîtresse, la « muse » qui l’inspire, derrière une banquette de gazon, à la lisière d’une forêt qui devient de plus en plus touffue vers le fond du tableau. La poésie et — puisque Marie Laurencin était peintre — la peinture servent ainsi d’intermédiaires entre la nature mystérieuse et nous. La disposition symétrique des personnages entourés d’arbres relie également ce tableau, au-delà des limites de genre, avec des oeuvres comme La noce et Joyeux farceurs.
Joyeux farceurs, 1906
henri-rousseau-joyeux-farceurs.1270767721.jpgPhiladelphia Museum of Art, The Louise and Walter Arensberg Collection, 1950
Un an tout juste après le grand succès remporté au Salon d’Automne de 1905 par son tableau de jungle Le lion, ayant faim, Rousseau propose au public médusé une autre représentation de jungle : Joyeux farceurs. Cette fois, ce n’est pas un combat dramatique avec un fauve, une lutte à mort, qu’il représente, mais une comédie divertissante. Le décor de forêt exotique a envahi tout le tableau. Il ne reste plus grand-chose du ciel clair. Rousseau a soigneusement équilibré la moitié gauche et la moitié droite de l’image. L’oiseau est placé à droite, la fleur blanche à gauche de l’axe de composition, tandis qu’au milieu de la partie inférieure, les feuilles vertes qui s’élèvent depuis le bord du tableau s’écartent pour ménager de l’espace aux joyeux drilles de la scène centrale. Les singes-clowns ont l’air de s’amuser avec une bouteille de lait renversée et un gratte-dos rouge ( ?). À quoi peuvent-ils bien jouer ? C’est une des toiles qui a ma préférence.
Un soir de carnaval, 1886dream_01.1270767785.jpg
Philadelphia Museum of Art,
The Louis E. Stern Collection, 1963
Un soir de carnaval est l’une des premières toiles de Rousseau que l’on puisse dater avec précision. Ce chef-d’oeuvre a été présenté au Salon des Indépendants de 1886, où Camille Pissarro, le peintre impressionniste, l’admira beaucoup. Sur cette toile, le petit couple de personnages très éclairé, sans doute copié d’après une miniature, plane au-dessus du sol plongé dans l’obscurité. Les branches en filigrane de la forêt hivernale se dressent dans la hauteur infinie du ciel et se découpent avec transparence sur le firmament bleu nuit. L’éclairage, qui fait penser aux toiles du surréaliste Magritte, et les proportions des personnages, soustraits à la réalité, prêtent à cette scène un aspect onirique.
Portraits

Le portrait de femme du Musée d’Orsay offre un exemple impressionnant de « portrait-paysage », henri-rousseau-portraits_02.1270769447.jpgun genre propre à Rousseau. L’élégante vêtue de sombre ne recouvre pas seulement le feuillage du fond, mais aussi une partie des fleurs du premier plan, et surtout le chemin qui aurait dû conduire dans la profondeur de l’image. Quelle présence ! Cette femme devait être remarquablement belle et d’un chic extrême. Remarquez la position de ses mains et observez son visage. Nous ne savons pas qui elle était et son nom lui-même ne nous est pas parvenu. Nous ne connaissons d’elle que son portrait et ce visage étrange, inaccessible, peint dans le ciel. Les pointes de pied menues sous l’ourlet de la robe noire, le chaton qui joue avec une pelote de laine et les pensées soigneusement alignées au premier plan prêtent à cette figure féminine une incroyable monumentalité. Elle est présentée en contre-plongée, ce qui ne nous empêche pas de regarder par-dessus son épaule pour observer les brindilles de l’arrière-plan qui se dressent le long de sa manche avec une grande beauté formelle. Cette toile aux plages colorées clairement dessinées est purement et simplement anti-impressionniste. henri-rousseau-portraits_01.1270769339.jpgÀ titre de comparaison, jetez un coup d’oeil dans la salle Monet. On y célèbre également la monumentalité et la nature, mais de tout autre façon. Chez Monet, il n’y a pas de délimitation, pas d’éléments formels (pré)dessinés. Son objet pictural — l’étang aux nymphéas — s’est dissous en lumière et en couleur. Chez Rousseau, en revanche, tout a été délibérément appliqué dans l’image. Chaque couleur, chaque forme est établie avec précision. Le « haut » et le « bas » sont eux aussi parfaitement définis. Rousseau trace avec un soin extrême les contours de la superbe robe sombre sur le feuillage vert, et place la tête de la dame tout en haut, dans le ciel gris bleu. (certains textes proviennent  de la notice)

Images Internet et catalogues

Jenny Holzer à la Fondation Beyeler

jenny-holzer.1263942272.jpgLa Fondation Beyeler à Riehen près de Bâle consacre une vaste exposition à Jenny Holzer, une des artistes les plus importantes de notre temps. Intégrant des textes que l’artiste a écrit depuis la fin des années 70, cette exposition présente des oeuvres majeures des différentes phases de sa carrière, tout en mettant l’accent sur des réalisations récentes, certaines jamais montrées en Europe jusqu’à ce jour.
De la lumière, des textes, des lettres, des mots, comme des repaires que le spectateur doit suivre, où le mène t’il ?
Depuis plus de trente ans, JH transforme les paysages extérieurs et intérieurs en paysages textuels.

Jenny Holzer : une partie de mon travail est porté par le texte, d’autres informations sont transmises par l’interaction entre l’installation et le bâtiment.

 Mais l’ensemble de l’œuvre ne se révèle qu’en pénétrant dans les salles obscures de  la Fondation. On est très vite intrigué par toutes ces lumières clignotantes. Ces textes défilent de façon continue, sur des bandes électroniques sur des tableaux – écrans, pour propager des idées politiques.
Le texte, le message est toujours au centre. Elle aime jouer sur les contrastes, à côté des textes qui défilent, elle présentent des textes gravés sur des bancs. Mais elle veut que le visiteur prenne position. Ses textes, maximes appelés « truismes », comme les artistes grapheurs, veulent faire prendre conscience et montrer le caractère manipulable de la publicité. Ils ne sont pas toujours d’elle, car elle estime qu’ils ne sont pas suffisamment fort pour intéresser les gens et y associe d’autres auteurs. Elle souhaite qu’ils aient une portée universelle, accessible au plus grand nombre.
Elle veut que les visiteurs sentent ses installations dans tout leur corps.
Elle utilise des technologies de pointe. Des peintures et des sculptures côtoient ses célèbres installations à LED, associant de façon impressionnante des effets visuels grandioses et des textes mémorables, qui s’inscrivent dans le registre de la poésie, de la critique sociale et de la politique.
Cette présentation est complétée par une sélection d’œuvres que l’artiste a choisi dans la collection Beyeler. Au-delà de l’espace du musée, l’exposition s’étend également à l’extérieur, dans des lieux publics. De spectaculaires projections lumineuses sur des bâtiments publics, de Bâle et Zurich ont eu lieu certains soirs, ainsi qu’un projet unique utilisant le téléphone portable, développé pour la Fondation que l’on peut trouver sur leur site.
Hands, 2008 jenny-hand-sholzer.1263941432.JPG
Cette installation montre des empreintes de mains censurées, de soldats américains, accusés de crimes de guerre au Moyen Orient. Avant leur publication, ces empreintes  ont été noircies par les censeurs. Holzer a utilisé un procédé sérigraphique pour transférer ces reproductions
sur toile. Agrandies et reproduites en noir et blanc, elles produisent un effet implacable, juxtaposées avec la création Purple (2008) le contraste est saisissant entre les toiles immobiles et les textes en Led qui défilent à une allure vertigineuse. Les textes sont présentés tels qu’elle les a trouvé, avec leurs passages censurés, relatant des rapports d’autopsie, provenant du Moyen Orient et de Guentanamo.
A travers JH met en lumière au sens propre ce qui était gardé secret.
For Chicago, 2007
C’est l’une des plus récentes œuvres de ce type. Elle contient des extraits de l’ensemble de ses treize textes qui dénoncent avec précision des sujets comme la guerre, la violence, la mort, la sexualité, le pouvoir. Les textes défilent souvent en opposition discordante, qui ne permettent pas de les lire intégralement, les fragments s’accumulent pour en former une autre possibilité de sens (Red Yellow Looming 2004)
Lustmord Tables 1994,
Monument commémoratif érigé pour protesté contre la violence faite aux femmes.
jenny-holzer-lustmord.1263941721.JPGC’est une réaction de l’artiste aux cruautés de la guerre, dans l’ex-Yougoslavie, où le viol et l’assassinat de femmes et de jeunes filles a été une tactique systématique. L’installation se compose d’os humains, des 2 sexes ; disposés, comme des artsfacts sur des tables de bois de récupération. Certains de ces os sont entourés de rubans métalliques gravés de fragment de texte par Jenny Holzer.
jenny-holzer-24.1263941924.JPG Redactions paintings, 2005-09
Ils utilisent des documents provenant du gouvernement américains, rapport d’autopsie réalisés sur des détenus morts dans les prisons américaines, et qui montrent des extraits de correspondance concernant les méthodes d’interrogatoire de l’armée.
Monuments, 2008
C’est une des installation de LED les plus spectaculaire, son titre fait allusion à la tour révolutionnaire de Vladimir Tatline Monument à la Troisième Internationale (1919)
Des panneaux semi-circulaires forment une immense colonne de lumière en vibration. Tout l’espace flamboie et englouti le spectateur. Les textes se gravent dans notre esprit sous forme d’image. Cette œuvre rayonne d’intimité, de promesse, de menace, de sublimité. Elle forme un contraste saisissant avec les bancs aux textes immobiles gravés.
Jusqu’au 24 janvier.
photos et vidéos de l’auteur sauf la photo 1

Giacometti


 « Je commence toujours des sculptures bien rondes et elles finissent filiformes ; je peins avec des couleurs intenses et elles finissent grises ». confidence d’Alberto Giacometti à  Ernst Beyeler.

La grande exposition d’été de la Fondation Beyeler promet d’être un des temps forts du calendrier culturel européen. Elle est consacrée à l’artiste suisse Alberto Giacometti (1901-1966), qui est devenu à Paris un des représentants les plus influents de l’art moderne. Ses figures d’aspect fragile, réduisant l’être humain à l’essentiel, ses peintures plastiques et ses dessins concentrés nous émeuvent encore aujourd’hui. Giacometti se considérait lui-même comme l’élément d’un cosmos d’espace et de temps, dont les membres de sa famille constituaient des points de référence essentiels. L’exposition se concentrera tout particulièrement sur l’intérêt de Giacometti pour le phénomène des figures dans l’espace ainsi que pour la perception et la représentation de corps en mouvement.
Cette exposition présente 150 œuvres majeures représentatives de toutes les périodes de création de l’artiste appartenant à sa famille ou à des collections renommées du monde entier. Ils sont complétés par quelques œuvres de giovanni-giacometti-alberto-enfant.1244472098.jpgson père Giovanni (1868-1933), de son frère Diego (1902-1985) et de son oncle Augusto (1877-1947). La mère d’Alberto Giacometti, Annetta, ainsi que sa femme Annette, dont il a souvent fait le portrait, sont présentes, elles aussi.
Ernst Beyeler a défendu énergiquement l’œuvre de son ami Alberto Giacometti, notamment en participant activement, au début des années 1960, à la création de la Giacometti-Stiftung à Zurich. Par ailleurs, l’artiste est représenté dans la collection d’Ernst et Hildy Beyeler par des travaux exemplaires de son œuvre tardive visionnaire. On connaît tout particulièrement l’ensemble créé pour la Chase Manhattan Plaza, dont la célèbre sculpture Homme qui marche de 1960 est devenu, ou peu s’en faut, un symbole de la Fondation Beyeler, sinon d’Ernst Beyeler lui-même.
Cette exposition est réalisée en collaboration avec l’Alberto-Giacometti Stiftung de Zurich et avec la Fondation Alberto et Annette Giacometti de Paris. Le commissaire de l’exposition est Ulf Küster.beyeler-nympheas.1244471181.JPG
Les expositions de la Fondation Beyeler sont toujours un enchantement, grâce à la structure du bâtiment conçue par Renzo Piano, à sa lumière zénitale et au génie des commissaires. L’on passe d’une salle à l’autre , ce qui fait dire à Pierre Louis Cereja journaliste : Giacometti comme chez lui. En temps normal, je passe toujours un moment dans la salle des Giacometti, en face des Nymphéas, avec un pose sur le canapé blanc, rêvassant  en contemplant le paysage. Depuis les 10 ans de l’ouverture, de la Fondation, j’ai un quasi sentiment de propriétaire des œuvres et du lieu. beyeler-salle-giacometti.1244471736.JPGCette fois la grande salle ouvre sur l’étang aux canards et le jardin, ouverte sur l’extérieur, alors qu’à l’intérieur véritable agora, se croisent hommes et femmes, des femmes au chariot, la  famille Giacometti.
L’exposition débute par les toiles du père Giovanni, roses et bleues, une série de portraits d’Alberto à des âges divers, essentiellement à l’adolescence.  Le sculpteur Alberto, où le modèle et la sculpture se confondent. Une pièce est réservés au mobilier de Diego le frère.
Tout au long de l’exposition de nombreux bustes et têtes essaiment le lieu, la mère  Anna, en portrait et en sculpture, les 9 femmes de Venise trônent dans le foyer à proximité des Nymphéas. Dans la salle 12 reflet d’une crise artistique d’Alberto Giacometti (1940) le petit homme, 2,05 cm de hauteur sur un petit socle en bronze, domine toute la salle, sur un immense socle, et arrache un sourire, voire un éclat de rire spontané aux visiteurs.
giacometti-le-nez.1244471545.jpgLa cage déploiement de la sculpture dans l’espace est un des thèmes majeur de l’art de Giacometti, le nez en cage.
Les femmes sans tête sont anguleuses, il y a celle qui tient l’objet invisible, le visage aux yeux douloureusement écarquillés, les mains se referment sur le vide.giacometti-femme-tenant-un-objet-invisible.1244471913.jpg
Toutes ces sculptures sont soit en gips soit en bronze.
Annette son épouse est le principal modèle féminin d’Alberto, jambes longues, formes généreuses, cheveux tantôt en chignon, tantôt déployés, elle est omniprésente dans l’œuvre, en tête, en buste, en grand femme, en plusieurs exemplaires, sur La Place, la Forêt,  évoquant des maquette, ou encore des figurines sur un piédestal.
Femmes cuiller, ou femme couchée, ou celle dans une boîte entre 2 boîtes qui font maisons.
Les toiles à l’huile, dans les pigments gris et blancs où les visages tous reconnaissables sont couverts de griffures dues au pinceau d’Alberto..
La femme égorgée évoque un insecte, avec ses yeux globuleux, ses pattes entrelacées, l’une repliée sous le corps, l’autre croisant au-dessus, avec des terminaisons e forme de feuilles.giacometti-le-femme-ecorchee.1244471604.jpg
On ne joue plus, marqué par la pensée, du mouvement surréaliste, sorte de jeu de damier, qui présente la fin de tout jeu : la mort. Des figures inquiétantes, indéfinissables, pions ou fous se déplacent sur un cratère ou dans un cimetière, le spectateur étant directement intégré à l’action en tant que joueur fictif.
Trois versions du cube, deux en plâtre une en bronze, créations dont Alberto déclara un jour que c’était ses seules oeuvres abstraites. Par sa forme elle évoque un cristal de roche, mais aussi le polyèdre de la célèbre gravure d’Albrecht Dürer vu dans Melencolia au Grand palais. Egalement intitulé Tête, il faut observer les incusions, qui révèlent à la fois un autoportrait et de vagues esquisses d’atelier.
L’autoportrait à l’huile d’Alberto,  , le col ouvert, costume foncé, un genou touchant terre, alors qu’il est assis sur un tabouret, il vous regarde avec beaucoup d’assurance comme si nous étions le modèle, qu’il prend notre mesure afin de nous peindre, le bras tendu vers le chevalet. Même si l’oeuvre de Giacometti n’est plus une inconuue pour la plupart d’entre nous, à la Fondation Beyeler, elle est lumineuse et prend un éclat particulier, contrairement à l’exposition du Centre Beaubourg, où l’atelier me paraissait fouilli, répétitif et sombre.

Edward Munch – La vie, l'amour, la peur et la mort

A nouveau la Fondation Beyeler frappe un grand coup à l’occasion de son 10° anniversaire, en présentant 130 oeuvres , 80 dessins et gravures couvrant toutes les périodes de création de l’artiste peintre et graveur Edvard Munch. Visible jusqu’au 15 juillet. Cette manifestation constitue ainsi la plus grande exposition Munch jamais organisée hors de Norvège. La reine Sonja de Norvège présente pour l’inauguration, a avoué avoir découvert à cette occasion certaines oeuvres de l’artiste norvégien. En effet, certaines d’entre elles appartiennent à des collectionneurs privés et sont présentées pour la première fois. Et la reine d’insister sur l’importance de l’art et d’Edvard Munch pour les Norvégiens.
reine-du-danemark1.1270471449.jpg
« Il est pour nous un de nos meilleurs ambassadeurs ».
photo Jean Paul Domb
Pour les mauvaises nouvelles : point de catalogue en français, ni même de notice explicative habituelle, un supplément de 5 chf où de 3.50 € pour les détenteurs du passmusées.
Précurseur de l’art moderne, Il passe de l’impressionnisme à l’expressionnisme, il explore toutes les techniques. Le
cri , fameux tableau volé, n’est pas présent puisqu’il ne quittera plus le musée d’Oslo, mais on peut voir une lithographie, sur laquelle Munch a écrit :  » Ich gefühlt der große geschrei durch die Natur ». Voilà ce qu’il explique : je me promenais sur un sentier avec deux amis – le soleil se couchait – tout d’un coup le ciel devint rouge sang – je m’arrêtais, fatigué, et m’appuyais sur une clôture – il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir et la ville – mes amis continuèrent, et j’y restais, tremblant d’anxiété – je sentais un cri infini qui se passait à travers l’univers.. » LithographieLes autoportraits, dont celui appelé Autoportrait en enfer,munch-lenfer.1270471646.jpg Munch exprime sa vulnérabilité, dont il a eu la douloureuse expérience à travers la perte d’une phalange. Il en reparle du reste à Jappe Nilssen dans une lettre du 12 novembre 1908 : « Ce sont des blessures de Norvège — qui ont fait de ma vie une sorte d’enfer. » L’opposition étincelante entre la lumière et l’ombre surdimensionnée de l’arrière-plan, et ainsi que l’esquisse d’une entaille au cou qui sépare la tête rougeâtre du corps jaune sont le symbole de l’étroite arête qui sépare la vie et la mort. Le succès artistique et sa percée en Allemagne ne suffisent pas au cours de ces années à sortir Munch d’une profonde crise qui l’entraîne dans l’alcoolisme et les problèmes psychiques. auportrait en enferLes portraits d’enfant malade et de la mère éplorée, de jeunes filles, de jeunes femmes rousses ou blondes élégantes ou dénudées, portraits d’hommes en pied la plupart, homme mélancolique, Madone, baisers, couples amoureux hétéros, lesbiens amoureux, nus en pleurs, à genoux, couchés, vampires, noces, morts de bohémiens, paysages de printemps, d’été, d’hiver, de forêt, de montagnes, clairs de lune, tempêtes, peinture à l’huile, détrempe, gravure sur bois, lithographies, pastels, dessins, décors de scène qu’il a crée pour Ibsen, Munch a tout abordé dans un jaillissement de couleurs, mais aussi dans le noir des lithos et gravures. Des thèmes récurrents l’amour, le baiser, la maladie, l’angoisse, la mort.le-cri-litho.1270471587.jpg
Une toile vendue à Sotheby’s en 2006 au prix jamais atteint pour une toile de Munch de £ 5,5 millions, intitulée Jour d’été Linde-fries (fresque Linde) Un couple fantomatique, l’homme n’a pas de visage, on doute presque de son aspect humain, seul son bras enlaçant sa compagne semble réel. Elle est plus consistante, les yeux écarquillés dans un visage bleu coupé par le tronc de l’arbre. Visage que l’on retrouve souvent dans les gravures et lithographies. Curieuse composition, une surface herbeuse délimitée par une bande de sable, le bleu profond de la mer semble monter jusqu’au ciel, les feuilles gigantesques ressemblent à de monstrueuses ailes dentelées, flottant comme des voiles vertes. Le triangle blanc d’une voile, éclaire le centre du tableau, ainsi que le jaune d’une barque avec à son bord quelques personnages aux vêtements colorés, équilibrés par de curieux monticules, clairs, blancs et jaunes, qui représentent en fait des groupes de jeunes filles. On trouve le même groupe de jeunes filles élégantes, en bleu, jaune, rose, chapeautées, dans plusieurs autres toiles, qui elles semblent respirer le bonheur. Les curieux arbres de par leurs troncs partagent le tableau en 3 parties. Cette toile peinte en 1904/05 semble exprimer un épisode de la vie de Munch, l’amour fragile, éphémère, pour Tulla Larsen, qu’il refuse d’épouser, trop riche pour lui et sa condition de peintre, certainement aussi pour la mise en scène macabre, qu’elle lui imposa afin de provoquer chez Munch une demande en mariage. Jours d’été Linde-friesLa danseJeunes filles sur la Pier
l’exposition étant dense, cela demande une 2° voire une 3° visite, il y a une nocturne le mercredi soir jusqu’à 20 h.
à suivre
Commentaires1. Le 20 mars 2007 à , par holb Magnifique. Une visite en perspective…
Et toujours pas de catalogue en français (grr…). Une édition du catalogue est prévue en anglais, au moins ?
Il faut voir (revoir) le beau film de Peter Watkins « Edvard Munch, la danse de la vie », qui est une des plus belles réussites parmi les nombreuses biographies filmées de peintres qui existent : la caméra est parfois hésitante, comme s’il s’agissait d’un film documentaire ; la vie de Munch est entrecoupée d’ « interviews » de gens de l’époque, comme pris sur le vif. C’est assez troublant. Cela rend le peintre très présent, très proche, presque contemporain. Film de 1973.
espace-holbein.over-blog….2.
Le 20 mars 2007 à , par elisabethLes éditions anglaises et allemandes sont en vente. On peut acquérir à retardement une édition française du catalogue de l’exposition précédente « Eros » (à réclamer auprès de la caisse) Il faut prévoir large, car l’exposition est immense, je n’ai pas encore tout vu au bout de 3 heures, j’y retourne bientôt. Le mercredi il y a une nocturne jusqu’à 20 h. Pour le film, j’ai pris bonne note. Peut-être te verrai-je cette fois ? ;-))) Le TVG circule à partir du 10 juin, les billets promotionnels sont en vente à partir du 10 avril. Qu’on se le dise, entre nous amateurs d’art…..

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munch-la-danse.1270472420.jpg

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Edward Munch suite

Quelle ne fut pas ma surprise de constater que 9 extraits de la Reinhardt Fries provenant de la Nationale Galerie de Berlin,munch-linden-fries.1270472299.jpg ont été exposés au foyer de la Fondation Beyeler alors qu’ils n’y figuraient pas lors de ma première visite . Ces toiles peintes à la détrempe ont un éclat particulier et sont beaucoup plus lumiseuses que la grande fresque (Linde-Fries) collection particulière, peinte à l’huile.
J’ai eu l’impression que certaines toiles n’y étaient plus. Les toiles de Munch dégagent un grand sentiment de détresse dans leur ensemble, tout compte fait je leur trouve beauoup de maladresse dans leur composition.
Vous pouvez lire
ici un point de vue d’un grand amateur de Munch, ici un autre amateur tout aussi éclairé.

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Une visite à la fondation Beyeler est toujours un moment privilégié, je ne la quitte jamais sans avoir fait une pose sur le canapé blanc en face des Nymphéas, où l’on voit le parc se miroiter dans le plan d’eau, à travers la grande baie vitrée, un autre tour dans la salle Giacometti. A force de les voir toujours là, j’ai le sentiment d’être riche de toutes ces oeuvres. La nature est en plein épanouissement, verte et dense.

L’exposition est prolongée jusqu’au 22 juillet 2007.

Commentaires

1. Le 28 juin 2007 à , par holbein

Ah le fameux canapé blanc (et Debussy en prime)…

2. Le 29 juin 2007 à , par elisbeth

C’était le 1° jour des soldes …. j’en ai profité pour acheter certains anciens catalogues que la Fondation Beyeler bradait à 10 €.
Les visteurs sont tous massés pour Munch et délaissent le canapé blanc, aussi c’est un moment bien savoureux si on peut y rêver avec ou sans Debussy.

3. Le 02 juillet 2007 à , par elisabeth

Evidemment cela n’est pas comparable avec le musée de l’Orangerie que j’ai visité il y a quelques jours.
www.musee-orangerie.fr/ho…

4. Le 03 juillet 2007 à , par elisabeth

Chris n’oublie pas jusqu’au 22 juillet, en passant par Weil am Rhein. J’exige un compte rendu ….