ALISA RESNIK « ONE ANOTHER »

 

Jusqu’au 10 JUILLET 2016
exposition en entrée libre à La Filature, Scène nationale – Mulhouse

 

ALISA RESNIK , photo Alisa Resnik
ALISA RESNIK ,
photo Alisa Resnik


en lien avec la Biennale de la photographie
« ONE ANOTHER » D’ALISA RESNIK
commissariat Laura Serani – courtesy Galerie Sit Down
Lauréate en 2013 du prestigieux European Publisher Award for Photography
et finaliste du prix Leica Oskar Barnack 2014, Alisa Resnik expose à La Filature.
Sa série « One Another » pourrait être l’histoire d’une nuit unique et interminable
qui unit Berlin et Saint-Pétersbourg.
One Another – par Laura Serani, commissaire
« Ici la nuit est immense » clame en grandes lettres rouges un tableau des 42h du loup de Sarkis. Intrigant oxymore qui peut sonner comme une promesse ou une menace.
One Another pourrait être l’histoire d’une nuit unique et interminable qui unit Berlin et Saint-Pétersbourg. Une nuit sans fin qui ne connaît pas la lumière de l’aube, qui s’étend sur des villes désertes et glisse dans des intérieurs aux moquettes et banquettes
usées où, sur fond de rideaux et papiers peints délavés, des personnages passent, ou bien posent, devant et pour Alisa Resnik.
ALISA RESNIK 2Parfois dans l’abandon ou l’absence, parfois défiant ou ignorant la caméra, les protagonistes semblent jouer  une pièce où se mêlent histoires déjà vues et énigmes policières. Défile alors une succession de solitudes, de visages marqués, de corps blêmes, seuls ou entrelacés, en équilibre au bord d’un abîme ou figés dans un cauchemar où la neuvième porte pourrait s’ouvrir d’un moment à l’autre.
ALISA RESNIK 3Alisa Resnik photographie la vie et son reflet, la fragilité, la grâce, la mélancolie, la solitude.
D’un univers qui respire inquiétudes et angoisses, elle restitue une image où l’on ressent surtout son empathie profonde avec les personnes et avec les lieux. Lieux dont elle affectionne, ou elle récrée en jouant de l’obscurité et de la pénombre, l’ambiance d’un vieux théâtre de quartier aux velours rouges ou les atmosphères à la David Lynch. Bars et couloirs d’hôtels vides, usines désaffectées, maisons qui semblent
inhabitées malgré les fenêtres éclairées, arbres couverts de neige ou de guirlandes, interrompent et rythment le cortège des portraits. Ses images, nettes, se passent du recours au flou, rare, pour devenir des visions étranges et poétiques.
One Another #30, 2012 © Alisa Resnik Courtesy Galerie Sit Down
One Another #30, 2012
© Alisa Resnik Courtesy Galerie Sit Down

Le monde d’Alisa Resnik s’est construit au fil du temps et résonne de ses voyages et de ses rencontres : entre Est et Ouest, entre avant et après la chute du mur de Berlin, en élaborant les expériences des workshops avec
Antoine D’Agata et Anders Petersen ou de la masterclass avec Giorgia Fiorio, ainsi que de sa rencontre avec la peinture classique en Italie. Le spectre chromatique d’Alisa Resnik est fait des couleurs de l’obscurité, des rouges et des verts sombres qui absorbent les rares lumières et rappellent les tons tragiques du Caravaggio.
ALISA RESNIK4
Ses damnés peuvent faire penser aux descentes aux enfers de D’Agata, son monde de la nuit renvoyer à celui du café Lehmnitz de Anders Petersen à Hambourg, repaire d’alcooliques, marins et prostituées, mais, au-delà des références, le plus important dans le travail d’Alisa Resnik est cette écriture photographique envoûtante
et capable de traduire une approche fusionnelle et tendre vers les personnes rencontrées et photographiées.
Ainsi, One Another ressemble au portrait d’un huis clos qui protège et rassure, plutôt qu’inquiète. Enfin, il ressemble à un portrait de famille, d’un cercle familial un peu maudit, peut-être, mais où les liens demeurent.
ALISA RESNIK 1
Rompre avec la solitude – par Alisa Resnik
« Le temps est un avion à réaction, il se déplace à toute allure » et dans son vol impétueux, les gens et les choses qui se précipitent sous nos yeux sont sûrs de cacher leur essence intérieure. Dans ce temps infini qui s’écoule nous errons, avides d’un simple moment de sincérité.
La photographie est le moyen d’arrêter un moment et d’avoir une chance de regarder plus profondément la réalité indicible, d’aller au-delà de cette dichotomie généralement douloureuse entre le sujet et l’objet. C’est la manière de construire un abri sûr de sensations sur les sables mouvants de la rationalité, de se sentir comme
chez soi en regardant par la fenêtre un train qui passe.
Paysages couleurs de plomb, usines en ruine, écho des salles vides, des vieilles pièces gardant toujours le subtil sentiment du passé, et les visages, les visages des gens… des regards furtifs, de petits gestes maladroits, des mains à la recherche d’un soutien, le chagrin ou la dureté dans le coin de l’oeil – ils sont tous comme des oiseaux
prêts à voler de leur propres ailes à la recherche de votre sympathie, dans l’espoir de sortir de la solitude.
Ces images se matérialisent dans les projections de nos souvenirs et commencent à vivre par elles-mêmes.
Elles nous racontent des histoires que nous pourrions avoir vu de nos propres yeux. Elles combinent les couleurs et les formes avec nos rêves et nos sentiments, devenant une partie de nous-mêmes, et nous sommes alors condamnés à y revenir encore et encore. De cette errance à travers le monde entier, nous sommes à la recherche de moments que nous pourrions arrêter et transformer en vision, à la recherche d’une révélation,
d’un miroir… toujours à la recherche d’un miroir…
Photos Alisa Resnik
Photos Alisa Resnik

ALISA RESNIK
Née en 1976 à Saint-Pétersbourg en Russie, Alisa Resnik part avec ses parents pour Berlin en 1990 au moment de la dissolution de l’Union soviétique. Elle étudie l’Histoire de l’art et la philosophie à l’université d’Humboldt à Berlin et à l’université de Bologne. Elle se lance dans la photographie en 2008, voyage à
travers l’Europe avant de revenir en Russie et en Ukraine. En 2009, elle suit un workshop en Toscane (TPW) avec Antoine D’Agata, en 2010 un workshop à Berlin avec Anders Petersen et, de 2010 à 2012, la Reflections Masterclass de Giorgia Fiorio.
Lauréate en 2009 du Winephoto en Italie et du Descubrimientos PHE au festival PhotoEspaña, elle remporte l’European Award for Photography en 2013 avec One Another publié en cinq langues chez cinq éditeurs (par Actes Sud en France sous le titre L’un L’autre).
www.alisaresnik.com
Du 15 au 19 juin 2016, la Galerie Sit Down présentera des oeuvres d’Alisa Resnik à Photo Basel.
www.sitdown.fr / www.photo-basel.com

RENDEZ-VOUS AUTOUR DE L’EXPOSITION
« Club Sandwich » jeudi 12 mai de 12h30 à 13h40
visite guidée le temps de la pause déjeuner avec pique-nique tiré du sac
gratuit sur inscription : T 03 89 36 28 34 ou heloise.erhard@lafilature.org
+ rencontres, rendez-vous dans le cadre de la Biennale de la Photographie de Mulhouse
www.biennale-photo-mulhouse.com

Gérard Fromanger

L’exposition se termine le 16 mai 2016
au centre Pompidou

Gérard Fromanger, Le désir est partout en Chine à Hu Xian 1974
Gérard Fromanger, Le désir est partout
en Chine à Hu Xian 1974

« Je pense que ce qui est le plus intéressant dans la vie, ce n’est pas l’impossible mais le possible, c’est l’amour des êtres, de l’énergie des choses… ça oui c’est moi. Comment est-ce que en peinture je peux parler de ça ? Comment est-ce que je peux dire ça ? »

Peut-être le tableau le plus célèbre de Fromanger, fait à partir d’une photo prise lors d’un voyage d’intellectuels et d’artistes français dans la Chine maoïste en 1974. Tout semble se passer comme si le regard des paysans-peintres chinois cherchait à croiser celui du spectateur pour mieux signaler leurs couleurs.

Au nom de Gérard Fromanger est attachée une série de motifs, de figures et d’événements qui tissent une histoire artistique, culturelle et sociale d’un demi-siècle : l’amitié de Jacques Prévert, Mai 68, des silhouettes rouges, des passants dans la ville, le jeu des couleurs, un film-tract culte réalisé avec Jean-Luc Godard, des textes de Gilles Deleuze, Michel Foucault et Félix Guattari, la figuration narrative, peinture et politique.

FromangerSi une pareille liste suffit à recomposer le décor, à recréer l’atmosphère dans lesquels l’œuvre de Fromanger gagne une large reconnaissance dans les années 1970, elle ne saurait toutefois définir le projet qui, par-delà les mutations fréquentes que l’œuvre a connues, affirme sa permanence : une peinture à la fois ouverte sur le monde et pleinement consciente d’elle-même. De 1964 à 2015, au travers d’une cinquantaine d’œuvres, dont certaines méconnues, l’exposition s’attache à rendre sensibles les différentes expressions de ce projet.
Gérard Fromanger
Le peintre appartient à une génération d’artistes français, que l’on pourrait qualifier de pop, et qu’un critique d’alors, Gérald Gassiot-­Talabot, baptisa en 1965 comme celle de la
« figuration narrative ». Il s’oppose au pop américain par son militantisme politique et social. Mai 1968 lui doit ses images les plus célèbres, produites à l’Ecole des beaux-arts de Paris en grève sous le nom du collectif L’atelier populaire. En retour à mai 1968 des amitiés et des appuis prestigieux, parmi le monde intellectuel , tels que les textes de Michel Foucault et Gilles Deleuze vont vers  Gérard Fromanger.
Gérard FromnagerIl entre à l’âge de 24 ans,  dans la prestigieuse galerie Maeght  avec Adami, grâce à son ami Jacques Prévert — l’amitié est pour ­Gérard Fromanger une composante essentielle de sa vie. La générosité est aussi l’une de ses qualités. Grand affichiste, puis la mode passe. Le marché et les institutions le délaissent. Dans les années 1980, une longue traversée du désert commence. Elle dure plus de vingt ans. Le marché bouge. Les cotes remontent. Des fondations privées, Leclerc (les hypermarchés) expose Monory puis Fromanger à Landerneau.
Beaubourg, enfin, lui ouvre le quatrième étage.
FromangerLa figuration narrative n’est pas un mouvement majeur, ni même innovant, de l’histoire de l’art. La plupart des artistes possèdent surtout un talent graphique. Ils décalquent les photographies, combinent les images et, pour beaucoup, les colorient en aplats. C’est parfois très percutant, comme la série de tableaux sur mai 1968 de Gérard Fromanger, où le peintre se montre grand affichiste. Sa toile monumentale De toutes les couleurs, peinture d’histoire (1991-1992) est sans doute son oeuvre la plus aboutie. Au-delà de ses qualités graphiques et de la complexité de sa composition, elle précise l’ambition secrète de Fromanger : être, à la manière des fresquistes du Moyen Age, un peintre pour le peuple, simplement.
Gerard FromangerCentrée sur les années 1960-70 et thématique, l’exposition d’une cinquantaine de pièces, montée par Michel Gauthier, commence par une évocation de l’importance de la couleur rouge dans l’œuvre de Gérard Fromanger. L’occasion de retrouver des tableaux peu vus comme ces acryliques sur bois découpé, qui posent avec humour la question de la matérialité de la peinture.
« Devenu le signe chaud d’une résistance de la vie contre la logique marchande qui s’empare de l’espace urbain », le rouge devient politique en mai 68. Fromanger colore en rouge les silhouettes des manifestants qu’il met en exergue dans ses affiches sérigraphiées réalisées au sein de l’Atelier populaire de l’École des Beaux-Arts.
Gerard FromangerAu milieu des années 1970, la série « Questions » s’attaque au rapport de l’art aux médias. Ainsi d’Existe, ce tableau où l’on voit des journalistes interroger un maelström incompréhensible de couleurs pures. Le côté séduisant de cette masse colorée fait oublier la dureté du sujet. Fromanger poursuit cette critique de la société de la communication avec l’immense toile De toutes les couleurs (1991), figurant la circulation accélérée des images et des informations.
Gerard Fromanger
Autoportrait de Gérard Fromanger, cette toile montre l’artiste projetant sur la toile un cliché de mutins sur le toit d’une prison. Suivant l’exemple d’un Michel Foucault ou d’un Jean-Paul Sartre, Fromanger choisit de s’engager dans des combats de société, ici la situation catastrophique de l’univers carcéral dans les années 1970.
La Grande Table sur France Culture : podcast
Gérard Fromanger : la passion picturale et le souci du monde

L’une des œuvres les plus radicales de cette rétrospective est Noir, nature morte évoquant le travail de Joseph Kosuth, qui fit en 1968 une œuvre d’art du simple mot art. Gérard Fromanger dresse ici une liste de noms d’artistes en une histoire de la peinture sans couleurs et sans images.
Gérard Fromanger
détail Noir, nature morte (1994-95),  « Gérard Fromanger »
Gérard Fromanger dans l’émission de Laure Adler sur France culture
Hors Champs


Gérard Fromanger, le Prince de Hombourgle rouge et le noir dans le Prince de Hombourg 1965

Gérard FromangerCorps à corps bleu, Paris Sienne (2003/2006)
(série Sens dessus sens dessous)

 
 

Fondation Claude Monet – Giverny

Ouvert jusqu’au 1ER NOVEMBRE 2016
La Fondation Claude Monet à Giverny

1966 – 2016 . Les 50 ans du legs  de Michel Monet
à l’académie des Beaux  Arts
Claude Monet Giverny
Le 3 février 1966, Michel Monet (1878-1966), le second fils du peintre et de
sa première épouse, Camille, décède lors d’un accident de voiture. Il a
institué l’Académie des Beaux-Arts sa légataire universelle, qui hérite dès
lors de la propriété de Claude Monet à Giverny et de la collection de
tableaux du peintre. Ce legs est salué à l’époque comme l’un des plus
importants jamais reçu par un musée. (près de 200 tableaux)
La collection de tableaux sera déposée au musée Marmottan Monet dont
l’Académie des Beaux-Arts est propriétaire depuis 1932.
Maison de Claude Monet © Fondation Claude Monet - droits réservés
À la fin des années 1970, la maison et le jardin de Claude Monet sont restaurés sous la
direction de l’académicien Gérald Van der Kemp (1912-2001), alors encore
conservateur en chef du château de Versailles, qui convainc les mécènes
américains réunis au sein de la Versailles Foundation ( qui devient Versailles
Foundation & Giverny inc. ) de soutenir financièrement ces travaux de
réhabilitation. Au printemps 1980, la Fondation Claude Monet à Giverny
ouvre ses portes au public. Gérald Van der Kemp puis Florence son épouse
en sont les conservateurs. Au décès de Florence Van der Kemp,
Hugues R. Gall, membre de l’Institut, leur succède en 2008.
Hugues Gall
Un nouvel ouvrage
« LE MUSÉE INTIME DE MONET À GIVERNY », SYLVIE PATIN
En coédition Editions Claude Monet Giverny et Gourcuff Gradenigo
La Fondation Claude Monet et la maison d’édition Gourcuff
Gradenigo se sont associées pour éditer un beau livre
racontant le musée intime de Claude Monet dans sa maison à
Giverny.
L’idée de cet ouvrage est née des recherches effectuées à
l’occasion de la restauration et de la reconstitution de l’atelier
salon et de l’appartement privé dans la maison du peintre
entre 2011 et 2013.
Sylvie Patin, Stéphane Guégan
Le travail approfondi de Sylvie Patin, Conservateur général du
patrimoine au musée d’Orsay, correspondant de l’Institut,
commissaire de l’exposition Claude Monet en 2010/2011,
apporte un éclairage nouveau sur le regard que Claude Monet
portait sur son oeuvre et sur celle de ses amis.
Préface de l’ouvrage par Hugues R. Gall,
extrait :

« Légataire de Claude Monet par la volonté de son fils Michel, l’Académie des beaux-arts possède une très importante partie de la collection personnelle du peintre, soit près de deux cents oeuvres du Maître auxquelles s’ajoutent des toiles et dessins que Monet avait acquis, oeuvres souvent majeures de ses amis dont il admirait le
talent.

Ses amis ? Boudin, et Jongkind, ses premiers guides vers ce qui allait devenir grâce à lui « l’Impressionnisme », mais aussi Renoir, son ami de toujours, Cézanne qu’il avait été l’un des premiers à soutenir, Caillebotte, Signac, Pissarro, Berthe Morisot et même… Degas ! Entre autres. Dans la maison de Giverny, louée dès 1883, enfin acquise en 1889, Monet avait peu à peu réparti ses trésors sur deux étages : au rez-de-chaussée, dans la salle à manger jaune et dans le petit studio bleu, les plus belles de ses estampes japonaises ; dans l’ancien atelier devenu salon-fumoir, des oeuvres personnelles uniquement,
chacune riche de souvenirs chers, témoins de sa vie familiale mais aussi de moments essentiels de sa vie de créateur.
Cuisine de Claude Monet
Monet était un homme bourru, non un misanthrope : sa maison, son jardin, un chef-d’oeuvre en soi, étaient tout à la fois son refuge affectif et son « lieu de travail » privilégié ; n’y étaient admis, hors sa famille souvent
tumultueuse, que des invités triés sur le volet de la confiance, de la connivence et de l’amitié, rarement de l’intérêt ; des peintres : Cézanne, Caillebotte ou Renoir ; un sculpteur : un seul, mais… le plus grand, Rodin ; et puis des écrivains : Zola, Mirbeau, Sacha Guitry bien sûr ! Un homme d’État, un seul, mais là aussi le plus grand, Georges Clemenceau, l’ami par excellence ; parfois aussi quelques marchands au premier rang
desquels Durand-Ruel, et puis certains collectionneurs de haut vol tels ces aristocrates japonais venus de si loin pour honorer un maître déjà célèbre dans leur pays.
Atelier de Claude MonetRépliques à l’identique des tableaux de Monet par la Galerie Troubetzkoy,
dans le salon-atelier de Monet, selon des photos d’époque
Tous ceux qui se succédaient à Giverny admiraient le jardin chaque fois renouvelé ; ils étaient parfois conviés à partager un savoureux repas dans la salle à manger aux parois jaunes rythmées par les estampes de l’Ukiyoe, témoins du génie d’Utamaro, d’Hokusai ou d’Hiroshige, dont Monet était un fervent admirateur.
L’on se retrouvait ensuite au salon où, encadrées ou non, les toiles du maître de maison racontaient l’une des aventures artistiques les plus importantes de l’histoire de l’art.
Mais la chambre du premier étage et le cabinet adjacent, où Monet gardait les chefs-d’oeuvre de ses amis, n’étaient accessibles qu’à de très rares intimes : là, aucune photographie, seuls les témoignages de Julie Manet ou de Geffroy permettent une reconstitution fidèle de l’accrochage original ; les dimensions de chaque toile
dictant certains emplacements avec la force de l’évidence.
Chambre à coucher de Claude Monet
Michel Monet avait vendu peu à peu certaines de ces toiles ; elles se trouvent éparpillées désormais, les unes au musée Marmottan Monet, d’autres au musée d’Orsay, les autres enfin dans le monde entier, accrochées aux
cimaises des plus grandes collections publiques ou privées.
DANS LES PAS DE CLAUDE MONET
Quelle expérience unique que de pénétrer dans ce prodigieux jardin qui s’offre telle une
extraordinaire peinture en mouvement. Jour après jour, les fleurs s’épanouissent en une palette aux teintes choisies par le peintre d’une saison à l’autre mais aussi, selon la course du soleil dans le ciel.
En se promenant dans les allées du Clos normand, puis au bord de l’étang du Jardin d’Eau avant de remonter vers la maison en suivant du regard la fameuse allée centrale qu’empruntait Claude Monet pour rentrer chez lui, le visiteur suit un itinéraire tant émotionnel que sensoriel. La vie réelle s’estompe et laisse place au rêve éveillé imaginé par Claude Monet.
© Fondation Claude Monet - droits réservés - Allée principale de capucines - Jardin Claude MonetTROIS FLEURS – TROIS SAISONS
Attendue après la grisaille de l’hiver, la renaissance du jardin voit le triomphe de la tulipe, puis, baigné de quiétude, le Jardin d’Eau s’apprête à célébrer le culte des nymphées avant que le dahlia ne prenne possession du Clos Normand. Chacune de ces trois plantes symbolise une saison du jardin mais aussi ce lien quasi spirituel entretenu par Claude Monet entre sa peinture et son jardin.
James Priest,
UN JARDIN EN MOUVEMENT
Depuis son arrivée en juin 2011, James Priest, le jardinier en chef, rétablit peu à peu l’équilibre entre les vivaces et les annuelles, entre les effets longue durée et courte durée. D’après les courriers « jardiniers » que Claude Monet échangeait volontiers avec ses amis Octave Mirbeau, Gustave Caillebotte et Georges Clemenceau ou encore à la lecture du compte rendu d’une visite publié par le pépiniériste Georges Truffaut, il est certain qu’il aimait et cultivait de nombreuses vivaces parmi lesquelles les delphiniums, les lupins, les pavots orientaux, les glaïeuls, les marguerites, les doroniques… Aujourd’hui, réintégrées en masses, elles permettent d’établir une transition douce entre la fin des floraisons des stars, comme les tulipes, et de patienter en attendant les floraisons suivantes comme celles des iris, des pivoines…
Jardin de Claude Monet
À l’instar des tableaux du maître, James Priest s’est également attaché à recréer la gestuelle du peintre en mélangeant les couleurs des floraisons par touches au plus près des peintures. Cette recherche s’est accompagnée d’un important travail d’études des tableaux de Monet mais aussi de sélection végétale pour ne retenir que les variétés les plus intéressantes en terme de pigments.
Giverny le bassin
FONDATION CLAUDE MONET GIVERNY
84, rue Claude Monet – 27620 Giverny
Tel 02 32 51 28 21 / Fax 02 32 51 54 18
www.claude-monet-giverny.fr
contact@fondation-monet.com
La fondation est ouverte tous les jours
du 25 mars au 1er novembre 2016
de 9h30 à 18h00 (dernière admission 17h30)

Helena Almeida, Corpus au Jeu de Paume

Jusqu’au 22 mai au Jeu de Paume.
Née en 1934 à Lisbonne, où elle vit et travaille, Helena Almeida a achevé un cursus en peinture au département des Beaux-Arts de l’Université de Lisbonne en 1955, exposant régulièrement depuis la fin des années 1960. Dès ses débuts, elle explore et remet en question les formes d’expression traditionnelles, la peinture en particulier, suivant un désir constant d’enfreindre l’espace délimité par le plan pictural.

 Pintura habitada [Peinture habitée] 1976 Helena Almeida Photographie noir et blanc, acrylique, 40 x 30 cm.  Coll. Fernando d’Almeida

Pintura habitada [Peinture habitée]
1976
Helena Almeida
Photographie noir et blanc, acrylique, 40 x 30 cm.
Coll. Fernando d’Almeida
Peu connue en France, Helena Almeida est considérée comme l’une des plus grandes artistes contemporaines portugaises. Sa longue carrière lui a permis de s’imposer comme l’une des figures majeures de la performance et de l’art conceptuel dès les années 1970, notamment par des participations aux grandes manifestations internationales telles que les Biennales de Venise de 1982 et de 2005.
Helena AlmeidaL’exposition « Corpus » présente un ensemble d’œuvres – peinture, photographie, vidéo et dessin – réalisées par l’artiste des années 1960 à nos jours dans lesquelles le corps enregistre, occupe et définit l’espace. Elle a une dimension rétrospective, rassemblant les différentes phases du travail de l’artiste, depuis ses premières œuvres datant du milieu des années 1960 jusqu’à ses productions les plus récentes.
Helena Almeida
Après ses premières oeuvres tridimensionnelles, Helena Almeida trouve dans la photographie un moyen de combattre l’extériorité de la peinture et de faire coïncider sur un même support l’être et le faire : « comme si je ne cessais d’affirmer constamment : ma peinture est mon corps, mon œuvre est mon corps ». Au-delà des lectures poétiques et métaphoriques que ces œuvres peuvent inspirer, elles sont des tentatives d’atténuation des limites des médiums, telles celles de la photographie, de la performance et de la sculpture.
Helena AlmeidaCes corps deviennent simultanément forme sculpturale et espace, objet et sujet, signifiant et signifié. Le travail d’Helena Almeida est un condensé, un acte soigneusement scénographié et hautement poétique. Les représentations de ces événements montrent également le contexte dans lequel l’artiste s’inscrit. Lors d’interviews, elle réfute que ses images soient des autoportraits. C’est toujours son corps qu’elle représente, mais c’est un corps universel.
Helena AlmeidaVêtue de noir, Helena Almeida intègre dans ses photos des éléments de son atelier. Elle prend des positions qu’elle a minutieusement chorégraphiées afin de créer des compositions complexes, souvent organisées en série. En 1969, pour la première fois, Helena Almeida se fait photographier par son mari, l‘architecte Artur Rosa, dorénavant lié à son œuvre en tant qu’auteur du registre photographique sous-jacent à cette forme médiatisée d’auto-représentation, qui devient dès lors une caractéristique de son travail.
Helena AlmeidaContrairement à d’autres artistes contemporains qui ont recours à l’autoportrait et à l’auto-représentation pour mettre en scène des personnages grâce à des décors et des poses élaborées – comme, par exemple, Cindy Sherman –, ici, le point de départ est toujours le corps de l’artiste. À travers la photographie, Helena Almeida crée une forte relation entre la représentation (l’acte de peindre ou de dessiner) et la présentation (de son propre corps en tant que « support » de cet acte). « Le corps concret et physique de l’artiste sera constamment égaré, défiguré, occulté par la tâche qui tantôt le prolonge, tantôt le recouvre, qui entre ou sort (vers ou depuis) l’intérieur de ce corps. »
Helena Almeida Ecoute-moi 1979
Helena Almeida
Ecoute-moi 1979


Les œuvres présentées par Helena Almeida à la Biennale de Venise (en 2005 pour le Portugal) dans l’exposition « Intus », sont des exemples de ses travaux récents, caractérisés par la relation du corps de l’artiste à l’espace (et non plus désormais au dessin ou à la peinture) et par le recours à la photographie (récurrente dans les œuvres composées de séries) pour retracer une performance de l’artiste au sein de l’espace privé de son atelier.
 Sem titulo (Sans titre) 2010 Helena Almeida Photographie noir et blanc, 125 x 135 cm. © Fundação de Serralves – Museu de Arte Contemporânea, Porto. Courtesy Galerie Filomena Soares, Lisbonne

Sem titulo (Sans titre)
2010
Helena Almeida
Photographie noir et blanc, 125 x 135 cm.
© Fundação de Serralves – Museu de Arte Contemporânea, Porto. Courtesy Galerie Filomena Soares, Lisbonne

Pourtant, la même question ne cesse d’habiter l’ensemble du travail d’Helena Almeida : comment un corps et le mouvement d’un corps (toujours celui de l’artiste) parviennent-ils à faire œuvre d’art ? L’intransigeance avec laquelle Helena Almeida traite ce sujet fait de son œuvre, comme le dit Isabel Carlos, « l’une des plus radicalement cohérentes de l’art portugais de la seconde moitié du XXe siècle ».
Commissaires : João Ribas et Marta Moreira de Almeida, Fundação de Serralves – Museu de Arte Contemporânea, Porto.
Exposition organisée par Museu de Arte Contemporânea de Serralves, Porto, en collaboration avec le Jeu de Paume et WIELS, Centre d’art contemporain, Bruxelles.
Podcast la dispute sur France Culture

Le Kunstmuseum Basel agrandi

Près de trois ans et demi après le début des travaux, le nouveau bâtiment conçu par le bureau d’architectes bâlois Christ & Gantenbein et le bâtiment principal partiellement rénové ouvraient leurs portes le 14 avril à la presse et ont été inaugurés le  week-end du 17 et 18 avril en présence d’Alain Berset, conseiller fédéral et de Guy Morin, président du canton.
Inauguration kunstmuseum Basel
Avec le Kunstmuseum Basel | Gegenwart, le Kunstmuseum Basel dispose désormais de trois espaces d’exposition. Le bureau d’architectes bâlois Christ & Gantenbein élu par voie de concours, parmi 200 architectes dont 5 détenteurs du prestigieux Pritzker Preis dont  Zaha Hadid (+) et Jean Nouvel auxquels il faut ajouter le projet de l’artiste chinois Ai WeiWei, est l’auteur de cette réalisation.
La grande exposition Sculpture on the Move 1946-2016 ainsi que l’exposition Barnett Newman – Dessins et gravures ouvraient leurs portes et étaient en accès libre.

Nouveau bâtiment du Kunstmuseum Basel photo Véronique Bidinger
Nouveau bâtiment du Kunstmuseum Basel
photo Véronique Bidinger

Espace d’exposition répondant aux standards les plus exigeants en matière de présentation d’oeuvres d’art, le nouveau bâtiment accueillera des expositions temporaires. Il offre davantage de surface d’exposition à la célèbre collection du Kunstmuseum Basel qui ne cesse de croître. Les trois espaces réunis représentent près de 10 000 mètres carrés de surface d’exposition. Grâce au nouveau bâtiment, la ville de Bâle s’enrichit également d’une nouvelle attraction culturelle et architecturale.
KunstmuseumLe bâtiment principal, partiellement rénové après environ 13 mois de travaux, est désormais doté de nouveaux espaces pour la librairie et l’atelier de médiation artistique, ainsi que d’un passage souterrain qui le relie au nouveau bâtiment.
Sa forme est un hommage à Malewitsch, universelle et hors du temps.
Un musée, 2 bâtiments. C’est un seul espace climatique, les portes restant ouvertes dans la journée. Il accueille des oeuvres de l’art européen du XVe siècle jusqu’à Picasso et Gerhard Richter. Au rez-de-chaussée, les salles en rez-de-jardin mettent à l’honneur l’art suisse avec une majorité d’oeuvres d’artistes bâlois.
Photo Julian Salinas
Photo Julian Salinas

Parlons un peu chiffres :
Le budget total des travaux de rénovation et d’agrandissement a été de CHF100 millions dont la moitié a été financée par la Fondation Laurenz de Maja Oeri , héritière des Laboratoires Roche , (dont vous pouvez trouver la généalogie sous le lien) en qualité de principale mécène , l’autre moitié par les fonds publics du Canton de Bâle-Ville. En 2001 , Maja Oeri avait déjà acquis puis offert, pour un million de Frcs CH la parcelle Burghof,  sans laquelle l’extension du  Kunstmuseum aurait été impossible.
Certains trésors du Kunstmuseum restent cachés au public, à 12 m de fond. Les titres des expositions sont affichés sur la façade en briques grises du Danemark à l’aide d’un bandeau de  LED, faite de lumière subtile et d’ombre.
Actuellement « Sculptures on the Move 1946-2016. »
Kunstmuseum, Sculpture in the mouvLes parquets de chêne font ressortir la solennité grise, industrielle, glacée des matériaux, acier, zingue pour les rampes d’escalier. Les lourdes portes de séparation entre les espaces muséaux, à l’image de celles d’une salle des coffres de banques suisses, béton, marbre, un langage architectural, nouveau, respectueux du passé et tourné vers l’avenir ( évoquant certains musées américains) créent un dialogue hétérogène entre un conteneur pour l’art et un palais baroque. Quatre étages d’exposition, sur 2 bâtiments, une surface totale de 9645 m2. Les immenses fenêtres s’ouvrant des 8 salles des 1er et  2ème étage, donnent sur la ville en contre-bas. La plus grande salle compte pas moins de 400 m2 de quoi accueillir facilement les immenses sculptures de Richard Serra et Henry Moore.
Henry Moore
Le nouveau bâtiment est dédié aux expositions temporaires et à des présentations de la collection avec des oeuvres de 1950 à 1990, notamment issues de l’art américain.
Situé au St. Alban-Rheinweg, à 5 minutes à pied du nouveau bâtiment, le Kunstmuseum Basel | Gegenwart présente essentiellement des oeuvres d’art contemporain de 1990 à nos jours.
La grande exposition temporaire Sculpture on the Move 1946–2016 est organisée dans le cadre de l’inauguration du Kunstmuseum Basel agrandi.
David Smith, Australia 1951
Elle en constitue le contrepoint curatorial, centré sur la discipline artistique de la sculpture depuis la fin de la 2e Guerre mondiale jusqu’à nos jours. La grande exposition organisée à l’occasion de l’inauguration du Kunstmuseum Basel agrandi a pour ambition de montrer l’extraordinaire dynamique par laquelle conception et forme classiques de la sculpture s’engagent dans un processus de transformation, deviennent plus abstraites, se rapprochent des objets banals du quotidien et transgressent leurs limites spatiales ou conceptuelles, mais se constituent aussi de nouvelle manière dans un retour à la tradition figurative. Grâce à des œuvres sélectionnées dans les collections du Kunstmuseum Basel et à des prêts importants en provenance de musées internationaux et de collections privées, l’exposition propose un panorama d’une densité et d’une richesse extraordinaire.
L’exposition commence dans les salles à éclairage zénithal conçues par Christ & Gantenbein Architekten, au deuxième étage du nouveau bâtiment, avec des œuvres tardives des artistes emblématiques du 20e siècle que sont Constantin Brancusi et Alberto Giacometti.
Kunstmuseum Sculpture Dans une chronologie envisagée au sens large et à partir de points de vue changeants, sont présentées des œuvres importantes à valeur d’exemplarité, issues des années 40 aux années 70, ainsi de Alexander Calder, Hans Arp, Max Bill, Henry Moore, Louise Bourgeois, Pablo Picasso, Eduardo Chillida, David Smith, Jean Tinguely, Claes Oldenburg, Duane Hanson, John Chamberlain, Donald Judd, Carl Andre, Joseph Beuys, Mario Merz, Bruce Nauman, Eva Hesse, Richard Serra et Robert Smithson.
Kunstmuseum rdc
Le parcours se poursuit au rez-de-chaussée du nouveau bâtiment avec des œuvres sculpturales des années 1980, entre autres de Peter Fischli et David Weiss, Robert Gober, Charles Ray, Mike Kelley, Jeff Koons, Katharina Fritsch, Franz West, et se termine au Museum für Gegenwartskunst par la présentation de démarches artistiques significatives des années 1990 à nos jours, telles que des sculptures de Gabriel Orozco, Matthew Barney, Absalon, Damien Hirst, Danh Vo, Monika Sosnowska et Oscar Tuazon.

Duane Hanson
Duane Hanson

Conçue par Bernhard Mendes Bürgi, elle a pour ambition de montrer la puissante dynamique de l’art sculptural par laquelle conception et forme classiques s’engagent dans un processus de transformation et s’éloignent de la représentation de la réalité visible pour atteindre l’abstraction, tout en se rapprochant de la banalité des objets du quotidien, en transgressant leurs limites spatiales ou conceptuelles et en se renouvelant à travers un retour à la tradition figurative. Cette exposition est installée à la fois dans le nouveau bâtiment et dans le Kunstmuseum Basel | Gegenwart.

Bernard Burgi
Bernard Burgi

Situé au sein du bâtiment principal du Kunstmuseum Basel, le Kupferstichkabinett présente l’exposition Barnett Newman – Dessins et gravures, dont la commissaire est Anita Haldemann.
Barnett Newmann
Barnett Newman

Les portes du Kunstmuseum Basel agrandi ont ouvert aux visiteurs pour la première fois, au mois d’avril, dans le cadre de l’évènement Open House,( l’entrée était gratuite pour les trois espaces d’exposition.)
Ne manquez pas la très belle exposition « Sculptures in the move » qui selon les salles, est un réel plaisir pour les yeux. Si les escaliers grandioses, vous rebutent, sachez qu’il y a des ascenseurs judicieusement aménagés dans les divers bâtiments.
Bruce Nauman
Bruce Nauman

Depuis mardi 19 avril, les musées appliquent leur règlement habituel avec des horaires d’ouverture et des tarifs identiques pour les trois espaces d’exposition.

Découvrez les publications parues à l’occasion de l’inauguration du
Kunstmuseum Basel agrandi :
Catalogues Basel Kunstmuseum

Ouverture

Mar, mer, ven, sam, dim 10–18h
Jeu 10–20h
Lundi fermé
Chaque jeudi soir, les visiteurs pourront désormais profiter d’une nocturne jusqu’à 20h.

Dimanche gratuit

Le premier dimanche du mois, l’accès à la collection et aux expositions est libre. Cette gratuité n’est cependant pas valable pour les expositions temporaires.

St. Alban-Graben 16
CH-4010 Basel
Tel. +41 61 206 62 62
Fax +41 61 206 62 52

Sommaire du mois d'avril 2016

 

Aurélie de Heinzelin // Eux // Deux nus avec flamme (2013) Galerie Jean François Kaiser
Aurélie de Heinzelin // Eux // Deux nus avec flamme (2013)
Galerie Jean François Kaiser

15 avril 2016 :Carambolages
17 avril 2016 : Anselm Kiefer au centre Pompidou
18 avril 2016 :François Carbonnier – Miroir de l’âme
19 avril 2016 : Entre sculpture et photographie, au musée Rodin – Paris
21 avril 2016 : Oncle Sam, Thomas Nast et Tomi Ungerer.
26 avril 2016 : Chefs-d’oeuvre de Budapest
27 avril 2016 :Seydou Keïta, au Grand Palais

Seydou Keïta, au Grand Palais

Seydou Keïta, Grand Palais, 31 mars –11 juillet 2016
« J’avais 14 ans, c’étaient mes premières photos et c’était le moment le plus important de ma vie. Depuis lors, c’est un métier que j’ai essayé de faire le mieux possible. J’ai tellement aimé la photographie. »

Seydou Keïta
Sans titre, 1959 (Autoportrait)
Tirage argentique moderne réalisé en 1994 sous
la supervision de Seydou Keïta et signé par lui.
60 x 50 cm
Genève, Contemporary African Art Collection
© Seydou Keïta / SKPEAC / photo courtesy
CAAC – The Pigozzi Collection, Genève

Seydou Keïta est né à Bamako vers 1921 et ouvre son studio de photographe portraitiste en 1948. Son oncle, qui lui a offert avant-guerre un appareil Kodak Brownie, a déclenché sa vocation. Autodidacte, il bénéficie des conseils de son voisin Mountaga Dembélé, photographe et instituteur malien de l’entre-deux-guerres, et de la fréquentation du magasin-studio photo de Pierre Garnier.

Seydou Keïta
Sans titre, 1949-1951
Tirage argentique moderne réalisé en 1998 sous
la supervision de Seydou Keïta et signé par lui.
180 x 120 cm
Genève, Contemporary African Art Collection
© Seydou Keïta / SKPEAC / photo courtesy CAAC
– The Pigozzi Collection, Genève

Situé sur la parcelle familiale, son studio se compose de sa pièce de vie d’une vingtaine de mètres carrés et de la cour, attenante, où il réalise le plus grand nombre de ses photographies à la lumière naturelle. Proche de la gare de Bamako et de nombreux lieux d’attraction de la ville, il sait bénéficier du flux de voyageurs de l’Afrique de l’Ouest et séduit très vite la jeunesse urbaine qui devient sa principale clientèle.

Seydou Keïta
Sans titre, 1959
Tirage argentique moderne
120 x 99 cm
Genève, Contemporary African Art Collection
© Seydou Keïta / SKPEAC / photo courtesy CAAC – The
Pigozzi Collection, Genève
17
Seydou Keïta
Sans titre, 17 juin 1953
Tirage argentique d’époque
17.5 x 12 cm
collection particulière
© Seydou Keïta / SKPEAC / photo François Doury
16
Cette célèbre photographie de Keïta, appelée « l’homme à la fleur », est souvent passée à tort pour un autoportrait. Keïta, qui le plus souvent ne connaissait pas l’identité de ses clients, se souvenait néanmoins de ce jeune homme handicapé, appelé M. Sissoko. Le veston blanc, la cravate, les lunettes (sans verres) le stylo ainsi que la fleur, faisaient partie des accessoires mis à disposition dans le studio du photographe.
L’élégance occidentale affichée ici est représentative de la classe des jeunes fonctionnaires citadins qui travaillaient pour l’administration coloniale, savaient lire et écrire, et que l’on appelait à l’époque des « évolués ».
Keïta devient rapidement célèbre grâce à son sens de la mise en scène, de la pose, et de la qualité de ses tirages. Il réalise l’essentiel de ses portraits en une seule prise, à la chambre 13 x 18, qu’il développe par contact au même format. Son succès tient également aux nombreux accessoires mis à disposition de ses clients dans son studio : costumes européens, chapeaux, cravates, montres, bijoux, stylos, Vespa, etc. Ils contribuent à la projection d’une identité visuelle et sociale, réelle ou idéalisée, émanant d’une société qui aspire à la modernité.

Seydou Keïta
Sans titre, 1949-51
Tirage argentique moderne réalisé en 1995
sous la supervision de Seydou Keïta et signé
par lui.
50 x 60 cm
Genève, Contemporary African Art Collection
© Seydou Keïta / SKPEAC / photo courtesy
CAAC – The Pigozzi Collection, Genève

La photographie de Seydou Keïta marque en effet la fin de l’époque coloniale et de ses codes de représentation pour ouvrir l’ère d’une photographie africaine qui affirme son identité. Là où les « indigènes » étaient représentés frontalement, en tant qu’échantillons anthropologiques d’une tribu ou d’une catégorie de population, Keïta privilégie les poses de trois-quarts et la diagonale pour magnifier des personnes et non pas des sujets. Ses clients devenant ainsi les modèles actifs de sa démarche artistique. Keïta, qui a réalisé plusieurs milliers de clichés, a inlassablement cherché à donner d’eux la plus belle image et est aujourd’hui considéré comme l’un des grands portraitistes du XXe siècle.
Cette exposition rétrospective présente pour la première fois un important ensemble de tirages argentiques modernes – réalisés de 1993 à 2011, et signés par Keïta – ainsi que des tirages argentiques d’époque. Le parcours est organisé chronologiquement, de 1949 à 1962, date de la fermeture de son studio, en tenant compte des divers fonds en tissu que Keïta utilisait et grâce auxquels il parvenait à dater ses photographies.

Seydou Keïta
Sans titre, 1958
Tirage argentique moderne réalisé en 1998
sous la supervision de Seydou Keïta et signé
par lui.
127 x 180 cm
Genève, Contemporary African Art Collection
© Seydou Keïta / SKPEAC / photo courtesy
CAAC – The Pigozzi Collection, Genève

« Quelqu’un qui n’a pas fait sa photo avec Seydou Keïta n’a pas fait de photo ! » ; C’est ce qui se disait à Bamako. »
Section «Vintages»
Les tirages d’époque, également appelés «vintages», présentés dans cette salle, sont réunis pour la première fois dans le cadre d’une exposition. Keïta a réalisé la plupart de ses portraits à la chambre 13×18 et tirait lui-même ses photographies dans son studio, par contact, à l’aide d’un châssis-presse, sans recourir à un agrandisseur.
Bien qu’autodidacte, Keïta s’était néanmoins perfectionné à la technique du tirage auprès de son aîné, Mountaga Dembélé, instituteur photographe, engagé dans l’armée coloniale, qui ouvrit un studio à Bamako après son retour au Soudan français
en 1945. Dembélé avait lui-même été initié à Paris par le professeur Houppé, inventeur du célèbre agrandisseur Imperator, et auteur de l’ouvrage,
Les secrets de la photographie dévoilés.

Keïta exposait aux murs de son studio des modèles de portraits de femmes, hommes, enfants, en buste, debout, assis ou allongés, et mettait à disposition divers accessoires, afin d’aider ses clients à choisir une pose. Ses « cartes », comme il les appelait, rencontraient ainsi beaucoup de succès à l’époque. Il lui arrivait exceptionnellement de réaliser des formats plus grands, à la demande de certains clients fortunés, tel ce vintage présenté ici au format 30×40.
Keïta conservait et classait minutieusement ses négatifs, mais n’avait pas gardé de tirages
d’époque dans son studio après sa fermeture. Ils ont été retrouvés pour la plupart, abandonnés ou oubliés par des clients, dans l’atelier de son encadreur, qui colorisait aussi, à la demande, les ongles, bijoux et coiffes sur certains portraits féminins. L’absence de précautions particulières dans la conservation d’un grand nombre de ces photographies, exposées au vent, à la poussière, à la chaleur et à l’humidité, explique l’état de certains portraits.
Exposition organisée par la Réunion des musées
nationaux – Grand Palais avec la participation de la
Contemporary African Art Collection (CAAC) – The
Pigozzi Collection.
les citations sont extraites du livre Seydou Keïta de
André Magnin et Youssouf Tata Cissé, pour les textes, et de
Seydou Keïta pour les photos. Ed. Scalo, Zürich, 1997

France culture la grande table à l’expo (podcast)
 France Culture la Dispute (podcast)

les Regardeurs (podcast)

Chefs-d’oeuvre de Budapest

Chefs-d’oeuvre de Budapest
Dürer, Greco, Tiepolo, Manet, Rippl-Rónai
9 mars – 10 juillet 2016
Musée du Luxembourg
19 rue de Vaugirard
75006 Paris
Exposition organisée par la Réunion des musées nationaux
– Grand Palais, le musée des Beaux-
Arts de Budapest et la Galerie nationale hongroise.
Alors que le musée des Beaux-Arts de Budapest, le célèbre Szépmüvészeti Múzeum, se lance dans une vaste campagne de rénovation qui l’oblige à fermer ses portes, les chefs-d’oeuvre les plus remarquables qui fondent sa renommée s’exposent au Musée du Luxembourg.

József Rippl-Rónai Femme à la cage 1892 Huile sur toile, 185,5 x 130 cm Budapest, Galerie nationale hongroise © Galerie nationale Hongroise, Budapest 2016
József Rippl-Rónai Femme à la cage 1892 Huile sur toile, 185,5 x 130 cm Budapest, Galerie nationale hongroise © Galerie nationale Hongroise, Budapest 2016

Budapest se distingue par la richesse de ses collections conservées au musée des Beaux-Arts et à la Galerie nationale hongroise, mais aussi par l’originalité de leur histoire commune qui prend racine au XIXe siècle. Leur genèse témoigne de la volonté des pouvoirs publics d’alors de doter la capitale hongroise d’une institution d’envergure internationale qui puisse offrir le meilleur de l’art national et européen, essentiel à la formation et à l’élévation de la population.
Chefs d'oeuvre de Budapest vue de l'expo
Portée par une politique culturelle dynamique et raisonnée, l’idée d’un musée des Beaux-Arts prend forme avec l’acquisition par l’État en 1871 des quelques six-cents chefs d’oeuvre de la collection des princes Esterhazy. Elle se développe par la suite notamment grâce à la générosité de collectionneurs hongrois, désireux de contribuer à l’entreprise en comblant progressivement les lacunes du noyau initial. 1896 marque un tournant décisif : cette année-là, le Parlement décide de faire construire un vaste bâtiment où réunir tous ces trésors alors présentés en divers endroits de la ville. Dans l’histoire de la Hongrie, la création de ce musée coïncide avec un moment d’essor économique et accompagne un âge d’or artistique. Véritable temple des muses élevé à l’orée du grand parc urbain, le nouvel édifice marqué par la référence à l’architecture antique ouvre ses portes en
1906. lI devient rapidement un rendez-vous obligé des habitants de Budapest et une collection parmi les plus prestigieuses d’Europe centrale.
Albrecht Dürer Portrait d’un jeune homme vers 1500-1510 Huile sur panneau de sapin, 42,8 x 34,5 cm Budapest, musée des Beaux-Arts © Musée des Beaux-Arts, Budapest 2016
Albrecht Dürer
Portrait d’un jeune homme
vers 1500-1510
Huile sur panneau de sapin, 42,8 x 34,5 cm
Budapest, musée des Beaux-Arts
© Musée des Beaux-Arts, Budapest 2016

Au-delà de la possibilité de voir à Paris des oeuvres de Dürer, Cranach, Greco, Tiepolo, Goya, Manet, Gauguin, Kokoschka, il s’agit de raconter la singularité du rapport à l’art de cette capitale européenne. Un certain nombre d’oeuvres les plus spectaculaires promettent d’être une découverte totale pour le public français, depuis les sculptures médiévales jusqu’au symbolisme hongrois, puisqu’aux collections du musée des Beaux-Arts se joignent celles de la Galerie nationale hongroise.
L’exposition suit un fil chronologique, mettant parfois en avant les spécificités d’une école (le siècle d’or hollandais tant aimé des Esterhazy), mais développe aussi de façon transversale quelques thèmes qui sont illustrés de façon très originale dans la collection : ainsi peut-on réunir portraits et figures de fantaisie ou scènes de genre, en passant de Hoffmann et Rubens à Messerschmidt, Goya, Füssli et Manet.

Andrea Pisano Vierge à l’Enfant vers 1335 Albâtre, 36 cm (hauteur) Budapest, musée des Beaux-Arts © Musée des Beaux-Arts, Budapest 2016
Andrea Pisano
Vierge à l’Enfant
vers 1335
Albâtre, 36 cm (hauteur)
Budapest, musée des Beaux-Arts
© Musée des Beaux-Arts, Budapest 2016

La grande peinture religieuse est également évoquée au travers des écoles européennes pour créer des face-à-face riches de sens. Quant au tournant du XXe siècle, entre symbolisme et expressionnisme, le visiteur peut s’en faire une idée nouvelle grâce à la rencontre entre des chefs d’oeuvre hongrois et des oeuvres, tout aussi rarement vues en France, de Rodin, Böcklin,  ou Puvis de Chavannes.
Quelque 85 peintures, dessins et sculptures relèvent donc le défi de recréer dans la petite enceinte du Musée du Luxembourg toute la splendeur d’un musée qui ne ressemble à aucun autre et offre une perspective inattendue sur l’art européen.
Vue de l’exposition (3) scénographie Jean-Jules Simonot © photo Didier Plowy pour la Rmn-Grand Palais
Vue de l’exposition (3)
scénographie Jean-Jules Simonot
© photo Didier Plowy pour la Rmn-Grand Palais

parcours de l’exposition
LA FIN DU MOYEN ÂGE
Aucune date précise ne saurait fixer, de manière pertinente pour toute l’Europe, une fin pour le Moyen Âge.
Tout au plus s’accorde-t-on pour identifier le XVe siècle comme une période charnière où, diversement selon les pays, la Chrétienté s’oriente progressivement vers les Temps modernes. D’un point de vue artistique, le passage du dernier style gothique au langage rationnel de la Renaissance peut apparaître comme une rupture plus franche et un repère commode. Mais dans les faits, la révolution reste bien moins radicale que ne
l’énonce la théorie, et cela même au sein de l’école italienne qui en est le laboratoire au XVe siècle. D’ailleurs, si le Moyen Âge s’achevait vraiment là où frémit la Renaissance, ne faudrait-il pas remonter au début du XIVe siècle, à l’époque de Giotto dont les oeuvres portent déjà en elles les prémices de ce renouveau au fondement de l’art occidental des siècles suivants ?
ue de l'exposition 2016
vue de l’exposition 2016

Cette première section invite d’entrée le visiteur à s’interroger sur ce Moyen Âge tardif et sur ses multiples visages en Europe, depuis les émules de Giotto jusqu’aux premières années du XVIe siècle. Au-delà même de la ferveur pour la Vierge et les saints dont témoignent toutes ces oeuvres d’une même voix, des rapports
et des convergences apparaissent. La place prépondérante donnée à l’art hongrois entend rappeler certains moments forts de son histoire, à commencer par le règne de Sigismond de Luxembourg (1387-1437) qui réunit sous une même couronne la Bohême et la Hongrie et voit la floraison d’un style raffiné, plein de douceur. Le métissage entre gothique tardif et influences italiennes dont témoigne La Présentation de Jésus au Temple par le Maître d’Okolicsnó rappelle encore, vers 1500, le rôle actif joué dans la seconde moitié du XVe siècle par le grand roi humaniste Matthias Corvin (1458-1490) dans l’importation en Hongrie des formes nouvelles de la première Renaissance italienne.
Lucas Cranach l’Ancien Salomé avec la tête de saint Jean Baptiste entre 1526 et 1530 Huile sur bois, 88,4 x 58,3 cm Budapest, musée des Beaux-Arts © Musée des Beaux-Arts, Budapest 2016
Lucas Cranach l’Ancien
Salomé avec la tête de saint Jean Baptiste
entre 1526 et 1530
Huile sur bois, 88,4 x 58,3 cm
Budapest, musée des Beaux-Arts
© Musée des Beaux-Arts, Budapest 2016

RENAISSANCE GERMANIQUE
Au XVIe siècle, l’Europe centrale est en grande partie formée d’une nébuleuse de petits États réunis sous l’autorité d’un empereur élu par un collège de princes. Les Habsbourg d’Autriche dominent toute la période :
leurs territoires et leur influence ne cessent de s’étendre au-delà même des frontières de l’Empire, depuis l’Espagne jusqu’à la Hongrie. De cette famille sont issus sans discontinuité tous les empereurs du XVIe siècle.
L’époque est marquée par la personnalité de Charles Quint, le grand rival de François Ier. Il tente vainement de lutter contre la Réforme qui a germé au sein de l’Empire et y trouve de nombreux soutiens, dont le duc de Saxe, Frédéric le Sage, protecteur de Luther et de Cranach à Wittemberg.
Dans les contrées situées entre le Rhin et le Danube, une Renaissance originale voit le jour, tendant à s’affranchir des modèles italiens pour explorer la voie nouvelle ouverte par Dürer. Des artistes tels que Cranach et Altdorfer scrutent la figure humaine et la nature pour rendre avec une même précision les visages
et la surface des choses. Dans leurs oeuvres, que l’histoire de l’art a regroupées en une
« école du Danube», le paysage, minutieux, foisonnant, expressif et presque romantique, prend une importance nouvelle.
L’humanisme et le mécénat des princes favorisent l’éclosion de foyers et de nouvelles formes d’art dont témoigne avec éclat, à la fin du XVIe siècle, la cour de l’empereur Rodolphe II installée à Prague en 1586.

Attribué à Léonard de Vinci Cavalier sur un cheval cabré début du XVIe siècle Bronze à patine vert sombre, 24 x 28 x 15 cm Budapest, musée des Beaux-Arts © Musée des Beaux-Arts, Budapest 2016
Attribué à Léonard de Vinci
Cavalier sur un cheval cabré
début du XVIe siècle
Bronze à patine vert sombre, 24 x 28 x 15 cm
Budapest, musée des Beaux-Arts
© Musée des Beaux-Arts, Budapest 2016



CINQUECENTO
Au XVe siècle, les territoires du nord de l’Italie, disputés entre la République de Venise et le duché de Milan, se laissent progressivement séduire par les formes nouvelles de la Renaissance toscane. Mais le XVIe siècle, que les Italiens désignent sous le nom de Cinquecento, y voit la naissance de deux écoles profondément
originales.
Tandis que Venise est dominée à la fin du XVe siècle par Giovanni Bellini, dont la leçon est perceptible dans Le Christ mort de Marco Basaiti, Milan accueille en 1482 Léonard de Vinci, le grand génie florentin.
Ses recherches marquent de manière indélébile toute une génération de peintres lombards actifs dans les premières décennies du XVIe siècle, au premier rang desquels Giovanni Antonio Boltraffio et Bernardino Luini.
À Venise, la mort de Bellini en 1516 laisse la place à Titien dont le travail sur la couleur définit une nouvelle ère dans l’art vénitien. Véronèse et Tintoret poursuivent dans son sillage. Les commandes religieuses demeurent pour les peintres une source essentielle de revenu, mais un art profane se développe parallèlement. Des tableaux inspirés de la mythologie répondent aux aspirations des humanistes férus d’Antiquité, mais
fournissent aussi d’excellents prétextes à la représentation de scènes à connotation érotique, très prisées de cette élite cultivée.
Paolo Caliari, dit Véronèse Portrait d’homme vers 1555 Huile sur toile, 120 x 102 cm Budapest, musée des Beaux-Arts © Musée des Beaux-Arts, Budapest 2016
Paolo Caliari, dit Véronèse
Portrait d’homme
vers 1555
Huile sur toile, 120 x 102 cm
Budapest, musée des Beaux-Arts
© Musée des Beaux-Arts, Budapest 2016

Loin d’être imperméables l’une à l’autre, les influences lombarde et vénitienne se rejoignent dans la seconde moitié du XVIe siècle dans une ville comme Bergame, géographiquement très proche de Milan mais politiquement rattachée à Venise. En témoigne une personnalité telle que Giovanni Battista Moroni, l’un des
grands maîtres de l’art du portrait.
UN NOUVEL ELAN RELIGIEUX
Au XVIe siècle, la Renaissance suit en Italie la voie du maniérisme. Dans un jeu savant de citations mutuelles, les artistes rivalisent de brio au détriment parfois de la clarté du sujet représenté : le sens de l’histoire se brouille sous la prolifération des motifs et les effets de style. À l’heure où les idées nouvelles de la Réforme se diffusent en Europe, l’irruption de motifs profanes dans l’art sacré émeut une partie du clergé et des
fidèles. Les protestants crient à l’idolâtrie. Attaquée de toutes parts, l’Église catholique se réunit en concile dans la ville de Trente. Il y est question en 1563 de l’image religieuse, de rétablir sa lisibilité, sa décence et sa fonction. Est alors réaffirmé son rôle d’instruction collective et de support de la piété individuelle. Le ton est donné aux artistes de la Chrétienté pour les siècles à venir. Pour répondre à cette volonté nouvelle,
Véronèse renoue avec un genre de composition classique, claire et équilibrée. Greco,
Vue de l’exposition (4) scénographie Jean-Jules Simonot © photo Didier Plowy pour la Rmn-Grand Palais
Vue de l’exposition (4)
scénographie Jean-Jules Simonot
© photo Didier Plowy pour la Rmn-Grand Palais

parmi les premiers, explore une autre voix : susciter l’empathie du fidèle par l’émotion. La vie des saints et des héros bibliques est érigée en modèle. On recherche les épisodes les plus édifiants, mais aussi les plus à même de toucher la corde sensible du fidèle et de créer une familiarité avec les saints. Un militantisme religieux s’affirme au XVIIe
siècle. Les artistes recherchent désormais l’éloquence et, peu à peu, l’art devient théâtral. Cette évolution se poursuit au XVIIIe siècle et culmine dans les grands retables baroques comme le Saint Jacques de Tiepolo, où la grandeur et l’exaltation ont pris la place du sentiment.
L’AGE D’OR HOLLANDAIS
Menées par le prince d’Orange, Guillaume le Taciturne, la Hollande et les provinces du nord des Pays-Bas se sont affranchies de la tutelle des Habsbourg pour former en 1581 la République indépendante des Provinces-Unies. Porté par un incroyable essor économique et démographique, le jeune État traverse au XVIIe siècle un siècle d’or, couronné par une production artistique d’une grande originalité. Aux centres déjà
forts d’une tradition picturale comme Haarlem, s’ajoutent de nouveaux pôles de création autour d’artistes influents tels que Rembrandt à Amsterdam ou Pieter de Hooch à Delft.
Dans ce nouveau pays à majorité protestante, l’art religieux a perdu la place qu’il occupait dans les églises.
Frans Hals Portrait d’homme 1634 Huile sur toile, 82,5 x 70 cm Budapest, musée des Beaux-Arts © Musée des Beaux-Arts, Budapest 2016
Frans Hals
Portrait d’homme
1634
Huile sur toile, 82,5 x 70 cm
Budapest, musée des Beaux-Arts
© Musée des Beaux-Arts, Budapest 2016

Ne pouvant plus compter sur la manne que constituait la production de ces images pieuses, les peintres réinventent leur activité et développent les genres profanes en accord avec les besoins d’une société dominée par la bourgeoisie marchande. Dans l’art occidental, ils deviennent les maîtres incontestés des scènes de la vie quotidienne, des paysages et des natures mortes. Depuis les architectures de Bartholomeus
van Bassen jusqu’aux portraits de Frans Hals, en passant par les joyeuses compagnies de Jan Steen, leurs oeuvres semblent former comme une photographie de cette nation où l’on vit dans un véritable « embarras de richesses », passant sans heurt de la fête débridée à l’intimité et à la méditation.
L’art des Pays-Bas, nord et sud confondus, représentait, avec 263 numéros, près de la moitié de la galerie Esterházy lorsqu’elle fut ouverte au public en 1812 à Vienne. La fabuleuse collection construite essentiellement
par Nicolas II Esterházy illustre la fascination qu’exerça paradoxalement, en pleine époque néoclassique, cette peinture de genre, de paysages et de portraits, appréciée comme un contrepoint nécessaire à la grande peinture d’histoire.
Rome premier quart du XVIIe siècle Jeune fille endormie vers 1610-1620 Huile sur toile, 67,5 x 74 cm Budapest, musée des Beaux-Arts © Musée des Beaux-Arts, Budapest 2016
Rome
premier quart du XVIIe siècle
Jeune fille endormie
vers 1610-1620
Huile sur toile, 67,5 x 74 cm
Budapest, musée des Beaux-Arts
© Musée des Beaux-Arts, Budapest 2016

CARACTÈRES
Bien souvent le souvenir que laisse la visite d’un grand musée se cristallise sur quelques visages, sur la rencontre de tel personnage que le génie d’un artiste a rempli de vie et de mystère. Ces figures qui habitent le musée semblent se connaître et se répondre. C’est pourquoi cette section oublie les bornes chronologiques et géographiques pour rassembler une sorte de famille, une façon d’incarner l’atmosphère si particulière qui
se dégage des collections de Budapest. Il ne s’agit pas uniquement de portraits à proprement parler, mais aussi de têtes d’étude ou de scènes de genre qui visent à donner à la figure un degré supplémentaire de vérité.
Giacomo Cerutti vers 1740, jeune fille à la quenouille
Giacomo Cerutti vers 1740, jeune fille à la quenouille

La confrontation de deux magistrales études d’homme barbu, distantes d’un siècle, éclaire une forme de « recherche fondamentale » et met les méthodes en perspective. Mais ces dialogues, ces regards croisés, créent avant tout un plaisir qui nous rapproche de celui de l’artiste partageant simplement avec ses modèles, présents ou imaginaires, le goût de la vie. On s’amuse de trouver le même regard embué et rêveur dans
le portrait d’Ádám Mányoki par lui-même et celui de la Jeune paysanne à la quenouille de Ceruti ; si l’on rapproche Füssli et Goya, c’est seulement pour imaginer la conversation de ces deux dames dont les portraits sont exactement contemporains, et si intéressants à comparer dans leur mise en page et le jeu graphique de leurs atours sophistiqués.
Edouard Manet La Dame à l’éventail ou La Maîtresse de Baudelaire 1862 Huile sur toile, 90 x 113 cm Budapest, musée des Beaux-Arts © Musée des Beaux-Arts, Budapest 2016
Edouard Manet La Dame à l’éventail ou La Maîtresse de Baudelaire 1862 Huile sur toile, 90 x 113 cm Budapest, musée des Beaux-Arts © Musée des Beaux-Arts, Budapest 2016

Goya encore, avec sa Porteuse d’eau, annonce Manet, dont La Maîtresse de Baudelaire, peinte avec la même touche parfaitement libre, présente, outre son air espagnol, le même mélange de fierté et de franchise.
Avec le sourire en moins, qui s’est perdu en chemin entre la jeunesse, la simplicité populaire, et les intrigues parisiennes du Second Empire…
LA NOUVELLE PEINTURE
La collection du musée des Beaux-Arts de Budapest comporte une section assez resserrée, mais de très haute qualité, consacrée à l’art français impressionniste et postimpressionniste. Elle a été construite dans l’élan de l’ouverture de 1906, au gré d’une politique volontariste d’acquisitions renforcée par des dons,
comme celui de la nature morte de Cézanne par le baron Hatvany en 1917, juste après l’achat à Berlin, en 1916, du Manet et de L’Estacade de Trouville de Monet. De ce peintre emblématique, un premier tableau
Monet, les trois bateaux de pêche 1885
Monet, les trois bateaux de pêche 1885

a été acquis en 1912 et un troisième, les Trois bateaux de pêche, suivra en 1945. Cette attention à l’avant garde au début de la vie du nouveau musée est d’autant plus remarquable qu’il poursuit parallèlement une ambition encyclopédique et déploie ses efforts dans tous les domaines. En 1935, le don de la collection de
Pál Majovszky fera entrer un ensemble de chefs-d’oeuvre du dessin français du XIXe siècle.
Le modèle français, incontournable pour les artistes de la fin du XIXe siècle, attire de nombreux peintres hongrois dont le plus célèbre, Mihály Munkácsy, réside plusieurs fois à Paris à partir de 1867 et y connaît un grand succès. Rétif à l’impressionnisme, il développe un réalisme expressif qui va d’une dureté spectaculaire,
comme dans le fameux portrait de Liszt, à la plus grande liberté, comme dans l’étude présentée ici, préparatoire à son grand tableau Le Mont-de-piété.
Mihály Munkácsy, portrait de Liszt
Károly Ferenczy, en revanche, sera considéré comme le « père de l’impressionnisme hongrois ». Il est pourtant lui aussi imprégné de naturalisme, celui de Jules Bastien-Lepage en particulier. Formé à Paris puis à Munich, il incarne la complexité de cette
« nouvelle peinture » mêlant diverses expériences, privilégiant les
sujets quotidiens et les jeux de lumière, et préparant la libération totale de la couleur.
SYMBOLISME ET MODERNITE
Rattachée à l’Autriche en 1867, la Hongrie traverse une période d’essor économique et artistique qui se poursuit jusqu’au début du XXe siècle. Sa capitale, née de la fusion entre Buda et Pest en 1872, est en pleine expansion. C’est l’époque où les artistes hongrois, dans une soif de renouvellement, s’ouvrent sur l’Europe,
vont se former à Vienne ou à Munich et poussent parfois jusqu’à Paris, attirés par l’effervescence suscitée par la « nouvelle peinture ».
vue des l'exposition Budapest 2016
Cette section dédiée au symbolisme et à la modernité témoigne d’une période d’intenses échanges artistiques, durant laquelle l’art hongrois se partage entre le désir de se mesurer au reste de l’Europe et la recherche d’une identité nationale. Elle évoque en filigrane l’admiration de Pál Szinyei Merse pour Arnold Böcklin au début des années 1880, les rapports de János Vaszary avec la Sécession munichoise, l’attirance de József
Rippl-Rónai pour les nabis parisiens.
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la dislocation de l’Empire austro-hongrois et l’échec du premier gouvernement communiste ouvrent à Budapest une période plus trouble marquée par la diaspora.
Exilés à Vienne ou à Berlin après 1919, les artistes hongrois les plus progressistes poursuivent néanmoins leurs travaux et participent à l’élaboration des grandes avant-gardes du XXe siècle.
commissaires : Laurent Salomé, conservateur en chef du patrimoine et directeur scientifique de la Rmn-Grand Palais ; Cécile Maisonneuve, docteur en histoire de l’art, conseiller scientifique à la Rmn-Grand Palais
scénographe : Jean-Julien Simonot
ouverture : tous les jours de
10h à 19h, nocturne le vendredi
jusqu’à 21h30
Fermé le 1er mai

Oncle Sam, Thomas Nast et Tomi Ungerer.

Oncle Sam, Thomas Nast et Tomi Ungerer.
Une satire politique et sociale de l’Amérique
Du 15 avril à octobre 2016
Au Musée Tomi Ungerer
Centre international de l’Illustration, Strasbourg
Thomas Nast
Thomas Nast (1840-1902) est considéré comme l’un des pères de la caricature des Etats-Unis. Ce dessinateur allemand, originaire de Landau, s’est rendu célèbre en illustrant pendant de longues années le journal new-yorkais Harper’s Weekly avec des figures qui influencèrent la politique américaine de son époque. Il a entre autres popularisé le personnage de l’Oncle Sam et créé les symboles des partis démocrate et républicain, l’âne et l’éléphant, ainsi que celui de Columbia.
Caricature Thomas nastEngagé du côté des unionistes ce qui lui valut l’admiration d’Abraham Lincoln, attentif au sort des minorités, indiens, noirs, Chinois d’Amérique, il devait rapidement trouver son style, d’une grand efficacité visuelle, soutenant la comparaison, du moins en matière de férocité, avec un Gillray ou un Daumier.
Tomi Ungerer, l'ane et l'éléphant
Uncle Sam,
Personnification des US, plus particulièrement du Gouvernement, l’image de l’Oncle Sam semble remonter à la guerre de 1812, mais continue de faire débat parmi les historiens. En revanche l’apparence qui lui est prêtée dans les images, sous la forme d’un homme grand et mince, à longs cheveux blancs et barbichette, chapeau haut de forme aux couleurs de la bannière étoilée, noeud de papillon rouge, veste queue de pie et pantalon rayé rouge et blanc est entièrement une invention de Thomas Nast, qui a mis au point L’oeuvre pleine d’humour de Thomas Nast a permis de dresser un portrait acerbe de l’Amérique de la seconde moitié du XIXe siècle tant sur le
plan politique que social. Depuis, ces motifs font partie intégrante du répertoire des caricaturistes.

Caricature de Thomas Nast
Ses attaques les plus virulentes furent sans doute celles qui visaient le politicien William Tweed dit le Boss, chef corrompu du Tamany hall, parti politique des démocrates new-yorkais. La composition de Nast qui montrait l’intéressé avec à la place de la tête , un simple sac de dollars, eut un effet dévastateur.
Boss_Tweed,_Thomas_NastDans les années 1960, ils sont aussi réapparus sous le crayon de Tomi Ungerer pour dresser le portrait critique de la politique et de la société contemporaines de l’Amérique. A peu de 100 ans de distance, Tomi Ungerer se révèle le digne successeur de Thomas Nast.cette typologie au cours des années 1850.

Santa Claus par Thomas Nast
Santa Claus par Thomas Nast

Santa Claus
En l’honneur de l’enfant du pays, la ville de Landau a baptisé son marché de Noël le Thomas-Nast-Nikolausmarkt.
Un moyen non seulement de rappeler les origines du dessinateur, né dans cette ville du Palatinat, mais aussi le fait qu’il a contribué à forger l’image de Santa Claus en consacrant au personnage une série de dessins publiés dans le Harper’s Weekly entre 1863 et 1866.
C’est dans cette revue, après l’avoir figuré sous l’aspect d’un colporteur, que Nast a métamorphosé son personnage pour lui donner l’aspect d’une figure paternelle et réconfortante, une homme âgé et débonnaire, joufflu, ventru, chaudement habillé, la pipe aux lèvres, le teint fleuri, les yeux pétillants et la barbe neigeuse au menton.
(texte Martial Guédron, professeur d’histoire de l’art, université de Strasbourg)
Tomi Ungerer
Les portraits-charge des présidents côtoient les affiches protestataires contre la guerre du Vietnam et la ségrégation raciale et montrent une liberté de ton rarement atteinte dans le dessin de satire politique. Le personnage de Santa Claus, lui-même, n’a pas été épargné et a fait l’objet d’une série inédite et sulfureuse.
Tomi Ungerer
L’exposition présentée au premier étage du musée met en regard 150 exemplaires du Harper’s Weekly provenant d’archives publiques et privées d’Allemagne avec des dessins originaux et des affiches de Tomi Ungerer de la collection du musée.
vue d'archives de Harper's Weekly et Thérèse Willer
vue d’archives de Harper’s Weekly et Thérèse Willer

Avec les prêts de :
Archiv und Museum Landau in der Pfalz
Landesbibliothekzentrum Rheinland-Pfalz in Speyer
Thomas-Nast-Verein Landau e.V.
et le soutien du Goethe-Institut Strasbourg
Thomas Nast
INFORMATIONS PRATIQUES
Horaires :
du lundi au dimanche de 10h à 18h Fermé le mardi
Tarifs :
6,5 euros / 3,5 euros (réduit)
Lieu : Musée Tomi Ungerer – Centre international de l’Illustration
2, av. de la Marseillaise / tél. 03 68 98 51 53
Tram C depuis la gare centrale
visite virtuelle

Entre sculpture et photographie, au musée Rodin – Paris

Suite à la réouverture du musée Rodin, cette exposition propose une autre forme
« d’ouverture » à des approches modernes de la sculpture et de la photographie.
Sur une proposition de Michel Frizot, Entre sculpture et photographie est une invitation à découvrir huit artistes de la fin du XXème siècle ayant pratiqué de front la sculpture et la photographie de manière étroitement imbriquée et même indissociable.
Sans pour cela prétendre au titre de photographe et en se limitant à prendre des clichés de leurs propres oeuvres.

Michel Frizot, historien de l’art et de la photographie
Michel Frizot, historien de l’art et de la photographie

C’est autour de 1965, dans le contexte de l’art conceptuel et du land art naissants, que de jeunes artistes ont bouleversé la notion de sculpture par des interventions sur des sites naturels tout en utilisant systématiquement la photographie pour rendre compte de ces actions de « sculpture » éphémères ou vouées à rester dans un lieu peu accessible. Il en est résulté d’étroites connexions entre sculpture et photographie, et un élargissement considérable des attendus formels et esthétiques de « sculpture » et « photographie ».
Les huit artistes présentés ici appartiennent à cette génération et dans la continuité de cette attitude innovante, ils entretiennent une proximité étroite entre sculpture et photographie, au point de ne pouvoir parfois faire la part de chaque pratique. L’exposition explore diverses voies de l’alliance et de la conjonction entre sculpture et photographie et le parcours s’ouvre, avec Richard Long et Gordon Matta-Clark, sur la conjugaison des deux médiums dès l’instant de la conception de l’oeuvre. Pour Dieter Appelt et Giuseppe Penone, il s’agit de mettre en avant la place du corps humain, ses correspondances primordiales avec la nature, ou un imaginaire commun du corps primitif.
Avec Mac Adams et Markus Raetz, on se situe dans une mise en scène de paradoxes visuels et narratifs, et dans une interrogation suspicieuse sur la « réalité » perçue par le regard. John Chamberlain recherche une continuité formelle, colorée, exubérante, entre les deux pratiques, tandis que Cy Twombly, peu connu pour ses sculptures et ses photographies, ferme le parcours avec d’impressionnantes évocations élaborées avec des moyens très frustes.
Entre sculpture et photographie associe dans le même espace trois propositions : une exposition de sculptures saisissantes, une exposition de photographies qui se dérobent aux standards artistiques, complétées d’une exposition qui développe des connexions inattendues entre les deux médiums.
Au final, ces artistes nous invitent à rompre avec les idées reçues et les acquis esthétiques, et à exercer notre vision pour entrevoir ses enjeux imaginaires, bien au-delà des registres habituels de représentation.
Vue de l’hôtel Biron et du Penseur de nuit,
Vue de l’hôtel Biron et du Penseur de nuit,

Une exposition réalisée par le musée Rodin sur une proposition de Michel Frizot.
Commissariat :
Hélène Pinet, responsable des collections de photographies du musée Rodin
Michel Frizot, historien de l’art et de la photographie
Richard Long
Artiste qui a été formé à la sculpture à Londres dans les années 1960, et l’un des initiateurs du land art, Richard Long organise sa création autour de ses longues marches soigneusement préparées, assorties de textes, de cartes et de photographies. La sculpture naît des circonstances de la marche, elle se fait avec des matériaux du lieu, comme par exemple des branches mortes ramassées et assemblées selon une forme géométrique. Cette sculpture éphémère, qui va rester sur le site, est photographiée et c’est finalement cette photographie qui témoigne de l’action de sculpture.
Richard LONG, Small Alpine Circle, 1998, Pierre,
Richard LONG, Small Alpine Circle, 1998, Pierre,

D’autres photographies montrent des assemblages de pierres in situ, des entassements de branchages, en lignes, bandes ou cercles, des traces d’actions dynamiques, avec de l’eau par exemple ou le tassement de l’herbe laissé par un passage répété. L’image tient lieu véritablement de sculpture, et c’est le regardeur qui réactive le geste de l’artiste.
Lors de ses marches, Richard Long a surtout oeuvré avec des pierres, qu’il écarte pour faire apparaître une ligne uniforme, ou qu’il amasse selon différents arrangements dont on repère immédiatement qu’ils sont faits de main d’homme.
Richard LONG, A line of Sticks in Somerset, 1974, Carré d'art –Musée d'art contemporain, Nîmes
Richard LONG, A line of Sticks in Somerset, 1974, Carré d’art –Musée d’art contemporain, Nîmes

Parallèlement, l’artiste a été amené à créer des assemblages similaires en galerie ou pour des expositions, à partir de matériaux qui ne proviennent pas de ses marches et qui sont souvent retaillés. Avec Small Alpine Circle, 1998, fait de pierres des Alpes, Richard Long recherche la rigueur géométrique, la sensation directe du matériau, l’évocation de lieux naturels :
« Une sculpture satisfait nos sens en un certain lieu alors qu’une oeuvre photographique (provenant d’un autre lieu) satisfait l’imagination »
(Richard Long).
Gordon Matta-Clark
Formé à l’architecture à Cornell University, Gordon Matta-Clark, fils de Roberto Matta, est en contact en 1969 avec les artistes de l’Earth Art ou land art qui voulaient sortir la sculpture de la galerie et agir directement sur le terrain en creusant des fossés ou en constituant des amas de matériaux. Intervenant sur des immeubles abandonnés des environs de New York, Matta-Clark découpe avec une scie à chaîne des sections rectangulaires dans les cloisons ou planchers pour ouvrir des perspectives d’une pièce à l’autre, et faire circuler le regard et la lumière (c’est l’action de « cutting »).
Ce faisant, il crée une sculpture architecturale par le creux, par l’évidement, par le négatif mais dans le même temps la découpe extraite de la cloison constitue aussi une sculpture (positive), un objet trouvé, une mise en forme de matériau.
Gordon Matta-Clark, Sauna Cut, 1971, Kunstmuseum, Lichtenstein
Gordon Matta-Clark, Sauna Cut, 1971, Kunstmuseum, Lichtenstein

Sauna Cut I, 1971, est un prélèvement de sauna dans un appartement de New York, qui a toutes les particularités d’une sculpture, avec ses deux faces différentes et sa trouée transparente.
Matta-Clark réalise systématiquement des photographies (et des films) des étapes de son travail, pour rendre compte de son action in situ. Il fait également des découpes
(cutting) de ses négatifs, en fait des tirages et les assemble parfois pour donner une idée spatiale, tridimensionnelle, des circulations qu’il a créées.

Gordon MATTA-CLARK, Office Baroque – Antwerp, 1977, FRAC Limousin, Limoges,
Gordon MATTA-CLARK, Office Baroque – Antwerp, 1977, FRAC Limousin, Limoges,

Office baroque, Antwerp, 1977, est une de ses dernières interventions qui traverse les étages d’un immeuble par des trouées circulaires qui s’entrecoupent.
Giuseppe Penone
Dès ses débuts (1968), l’artiste s’est singularisé par des « actions » sur les arbres où s’établissent les correspondances physiologiques et vitales entre son propre corps et le végétal, qui fondent sa position de sculpteur. Dans Retourner ses propres yeux (1970), le blocage du regard par des lentilles de contact argentées fait « du corps une sculpture, comme un volume fermé » qui ne vit que dans le regard de l’autre. De cette action dérive du reste Pièges de lumière, 1995,
Giuseppe PENONE, Trappole di luce, 1995, (Piège de lumière), Coll. Penone, Turin
Giuseppe PENONE, Trappole di luce, 1995, (Piège de lumière), Coll. Penone, Turin

oeuvre d’une forte présence et de signification énigmatique, qui traite en fait de la vision. Le moulage en cristal d’un tronçon d’arbre, posé sur un agrandissement photographique d’un oeil, conduit la lumière comme l’arbre conduit la sève. On retrouve cette métaphore du regard qui se propage dans d’autres oeuvres où des branches sortent des yeux de l’artiste (Regard végétal). Penone travaille aussi sur les correspondances entre la photographie et l’empreinte, entre le souffle humain et la respiration de l’arbre par les feuilles.
PenoneL’équivalence entre le positif et le négatif est fondamental en photographie comme il l’est en sculpture pour les opérations de moulage : c’est bien de cela que traite ici Géométrie dans les mains, 2005, qui montre, en photographie négative, cet espace complexe contenu entre deux mains croisées, dont par ailleurs Penone a réalisé des moulages en plâtre, qu’il a agrandis en sculpture monumentale comme on le ferait pour une photo…
John Chamberlain
L’usage systématique de tôles de carrosseries aux couleurs flamboyantes, découpées, déformées et assemblées par soudure, a fait de John Chamberlain un artiste fantasque, sorti de nulle part, qui ne se réfère à aucun lignage de la sculpture dans l’Amérique de l’expressionnisme abstrait et du pop art, des mouvements que l’on voit pourtant comme les équivalents de son esthétique baroque extravagante. Peu soucieux d’harmonie ou d’équilibre, il laisse libre cours au surgissement de formes inédites et de stridences colorées, considérant qu’il « n’y a pas de mauvaises couleurs ». Les titres des oeuvres font preuve d’humour ou dévoilent son goût pour la poésie, à l’instar de Creeley’s Lookout, 1979, (Sentinelle de Creeley) en hommage au poète Robert Creeley et à ses techniques d’écriture spontanée.
John CHAMBERLAIN, Creeley’s Lookout, 1979, Kunstmuseum Winterthur, 2014, © Schweizerisches Institut für Kunstwissenschaft, Zürich,
John CHAMBERLAIN, Creeley’s Lookout, 1979, Kunstmuseum Winterthur, 2014, © Schweizerisches Institut für Kunstwissenschaft, Zürich,

À partir de 1977, Chamberlain commence à prendre des photographies avec un appareil panoramique Widelux à objectif tournant dont l’utilisation sur un mode spontané et intuitif, à contre-emploi, laisse une large place au hasard. Il ne regarde pas dans le viseur, c’est le geste du bras qui joue un rôle primordial et ce mouvement provoque des distorsions, des étirements et des dissolutions de formes, des imbrications de couleurs éclatantes (Studio, 1994) dont on saisit d’emblée les résonances avec ses sculptures.
John CHAMBERLAIN,  La Marié
John CHAMBERLAIN, La Mariée

Mac Adams, venu à la photographie en 1971 pour documenter des essais de sculptures éphémères, se définit malicieusement comme « un sculpteur à qui il arrive d’utiliser la photographie ». Mais il est de fait un adepte de l’art narratif, c’est-à-dire qu’il construit des récits avec des images, dans un univers inspiré par le roman policier et le cinéma.
Il imagine des diptyques photographiques, Mysteries Series (1973-1980)

Mac ADAMS, Mystery, The Whisper, 1976-77 (Mysteries Series
Mac ADAMS, Mystery, The Whisper, 1976-77 (Mysteries Series

qui articulent deux images apparemment indépendantes, représentant deux moments (l’avant et l’après) d’un épisode tragique. Chaque image met en scène des pièces à conviction repérables qui constituent de fait des agencements sculpturaux jouant des effets de statisme, de lumière et d’équilibre. Il revient au regardeur de meubler l’entre-deux des images, au gré de son imagination. La série Still Life (1977) éparpille les indices dans les trois dimensions par de savants jeux de miroir.
Mac ADAMS, Rabbit, Shadow-Sculpture, 2010, Paris, Galerie GB Agency, Nathalie Bouton
Mac ADAMS, Rabbit, Shadow-Sculpture, 2010, Paris, Galerie GB Agency, Nathalie Bouton

Exploitant la part de mystère des ombres, les Shadow-Sculptures (1985) sont des assemblages volontairement hétéroclites d’objets placés dans l’espace ; ils sont conçus pour être éclairés par une source lumineuse à la verticale qui projette de manière inattendue une ombre homogène sur un plan, une ombre qui fait apparaître une forme animale – ici, un lapin – sans lien avec les objets qui en sont la cause. La sculpture entre à son tour dans la fiction narrative et se nourrit des propriétés de la photographie faite d’ombre et de lumière.
Dieter Appelt
Musicien, chanteur d’opéra, dessinateur, photographe, sculpteur, Dieter Appelt se situe volontiers à la croisée indécise de ces pratiques. Il réalise en 1976 des actions avec et sur son propre corps, dénudé, maculé de terre séchée, comme entre vie et mort, ou régressant dans un temps immémorial. Il se met ainsi en situation dans des constructions de branchages assemblés par des bandelettes de lin (La tour-oeil ; Objet-membrane, structure rituelle sur pilotis) déclinées plus tard en sculptures (Transmission). Grand lecteur de Ezra Pound, il cherche des équivalences plastiques de ses expérimentations sur le langage, sur les images mentales.
 Dieter APPELT, Aus Ezra Pound, 1981, Inv. MEP. 1987.13, Passe-partout
Dieter APPELT, Aus Ezra Pound, 1981, Inv. MEP. 1987.13, Passe-partout

La série Ezra Pound est une évocation poétique en même temps qu’une performance en hommage au poète, conduite sur les lieux où il a vécu, à Venise et à Rappalo. La photographie présentée ici est faite dans la chambre de Pound, mais elle est transformée en vue négative, ce qui donne un aspect fantomatique aux choses présentes, moitié-sculptures, moitié-ombres vaguement identifiables.
Dieter Appelt, Der Fleck auf dem Spiegel 1978
Dieter Appelt, Der Fleck auf dem Spiegel 1978

Ses sculptures sont souvent réalisées pour entrer dans un protocole d’action, qui donne lieu à des photographies. Krone n°4 (Couronne) est une forme reprise d’une action antérieure où Appelt, nu, arborait seulement une couronne de feuille de maïs comme dans un rituel de civilisation primitive.
Dieter APPELT, Krone n°4 (Couronne n°4), 2001, Collection de l’artiste, Berlin
Dieter APPELT, Krone n°4 (Couronne n°4), 2001, Collection de l’artiste, Berlin

L’objet est transposé en bois recouvert de bandes de gaze et rappelle quelque chose d’archaïque, destiné à être posé sur un crâne, mais qui serait passé par des étapes technologiques. Les photographies de Appelt sont conçues comme des concrétions de lumière et de temps, des états de conscience indiscernables, « entre perspective visuelle et prise de conscience poétique » et à l’inverse, ses sculptures sont le déploiement de stratifications imaginaires et de souvenirs.
Markus Raetz
Depuis 1970, Markus Raetz nous propose à travers une pratique très personnelle du dessin, de la gravure, de la photographie et de la sculpture, des objets de leurre se jouant de notre perception visuelle, de ses insuffisances ou de ses paradoxes. Il exploite poétiquement les incertitudes du regard et du langage, il cultive l’ambivalence des relations, dans l’espace, entre le regardeur que nous sommes et la figure qu’il saisit photographiquement ou qu’il fabrique. Avec des vues séquentielles d’une figurine de pâte à modeler, Cercle de polaroids, 1981 simule le cheminement d’un marcheur le long d’un cercle, hors de toute échelle. Avec Hecht, 1982, il donne l’impression d’un jeu de miroir sur une photo d’un homme en profil de dos, alors qu’il s’agit de deux photographies.
Markus RAETZ, Hecht, 1982, FRAC Limousin, Limoges
Markus RAETZ, Hecht, 1982, FRAC Limousin, Limoges

Dans ses recherches sur les illusions perspectives et les ambiguïtés de la perception, Markus Raetz conçoit des volumes – des sculptures, de fait – qui ne prennent sens que sous un certain angle faisant apparaître une figure déterminée, par exemple un buste d’homme à chapeau ; mais si vous tournez d’un quart de tour, vous percevez tout à coup une autre forme, celle d’un lièvre. C’est ce qui se produit dans Metamorphose II, 1992,
Markus Raetz, Metamorphose II, 1992,
Markus Raetz, Metamorphose II, 1992,

avec toutefois l’aide d’un miroir qui dévoile d’un seul coup d’oeil les deux figures primaires contenues dans la sculpture (cette pièce est aussi un clin d’oeil à l’artiste allemand Joseph Beuys, l’homme au chapeau, et à son lièvre fétiche qu’il présentait dans des performances). La sculpture, pour Raetz, joue de l’espace et des formes comme on joue avec les mots, en usant du double sens.
Cy Twombly,
Pour quiconque aura suivi le parcours de peintre et dessinateur de Cy Twombly, habité de frêles graffitis et de messages sibyllins, aucun indice ne permettait de l’imaginer préoccupé par la sculpture ou par la photographie, ce qu’il faisait pourtant en toute discrétion. Les termes d’assemblage et d’hybridation conviennent à ses créations composées d’objets trouvés, de bois de rebut, de papier, de tissu, carton et fleurs artificielles.
Cy TWOMBLY, Tulips Ces combinaisons de formes brutes, liées par du plâtre ou neutralisées par un enduit blanc (parfois tirées en bronze ultérieurement), évoquent comme ses peintures des reliques, des mythes, des objets symboliques ou archéologiques : Winter’s Passage, Louxor, 1985 évoque d’une manière très primitive à la fois un jouet fruste et la barque rituelle des morts en Egypte ; Thermopylae, 1992 est un hommage aux morts de la bataille des Thermopyles).
Cy TWOMBLY, Winter’s Passage: Luxor, 1985, Fondation Twombly
Cy TWOMBLY, Winter’s Passage: Luxor, 1985, Fondation Twombly

Cy Twombly n’a d’autre part cessé de photographier, depuis ses débuts à Black Mountain College en 1951, il privilégie le format carré du polaroid couleur, qu’il agrandit ensuite et dont il exploite le léger flou, les couleurs pastel ou parfois saturées. Ses photos rappellent par touches évanescentes les lieux où il habite, son goût pour la sculpture qu’il collectionne, pour les végétaux ou les fleurs rouges (les imposantes pivoines de ses peintures des années 2000).
Cy TWOMBLY, Tulips Ses Tulipes (1985) en plan rapproché, avec leurs couleurs stridentes qui se répandent sont bien éloignées des conventions photographiques ; hors-échelle, elles s’imposent, à l’égal de ses peintures, comme des signes tragiques.
17 juillet 2016 : Entre sculpture et photographie
MUSEE RODIN DE PARIS
77 rue de Varenne
75007 Paris
T. +33 (0)1 44 18 61 10
HORAIRES
ouvert tous les jours de 10h à 17h45, fermé le lundi.
Nocturnes les mercredis jusqu’à 20h45