Le noir insondable, ultime – Pierre Soulages,

Exposition prévue jusqu’au 28 février 2021 au musée Frieder Burda de Baden Baden,
Le musée est temporairement fermé en raison des mesures prises pour contenir la pandémie de Corona.

Pierre Soulages, grand peintre français pionnier de l’abstraction, lui a consacré sa vie d’artiste. Pour autant, le noir est pour lui tout sauf obscurité et ténèbres – il est plutôt le pendant de la lumière, à laquelle il permet de rayonner sous toutes ses facettes – que la couleur soit appliquée par raclage, décapage ou au pinceau. Ce sont les différentes textures, lisses ou fibreuses, légères ou denses qui, sous l’effet de la lumière, font apparaître l’infinie richesse de nuances potentielles ; Soulages se sert du contraste entre le clair et l’obscur pour faire remonter à la surface de la toile la clarté cachée dans les profondeurs du noir.

« Je ne dis rien. Je ne représente pas. Je peins, je présente »,

– ce sont ses propres termes pour évoquer son approche radicale.
Aujourd’hui centenaire, cet artiste né le 24 décembre 1919 à Rodez dans l’Aveyron, vit et travaille à Paris et Sète. 

100e anniversaire

À l’occasion du 100e anniversaire du peintre à la fin de l’année dernière, événement que le Louvre a célébré par une importante exposition, le Musée Frieder Burda lui consacre à son tour à une grande exposition conçue comme une rétrospective. Elle réunit des travaux majeurs réalisés au cours des sept dernières décennies, et c’est l’un des curateurs les plus renommés de France, Alfred Pacquement (qui fut notamment longtemps à la direction du Centre Pompidou), ami de Pierre Soulages depuis des années et connaisseur de son oeuvre, qui en assure le commissariat aux côtés de Udo Kittelmann, directeur de la Nationalgalerie de Berlin.


Après Baden-Baden, l’exposition se rendra au musée Kunstsammlungen Chemnitz, rassemblant une soixantaine d’oeuvres issues de collections internationales et organisée en étroite collaboration avec l’artiste.

Participation de Soulages, jeune artiste

« Le fait que cette exposition puisse avoir lieu en Allemagne a, on peut le dire, un certain caractère sensationnel »,
déclare Henning Schaper, le directeur du Musée Frieder Burda.
« Et elle s’inscrit dans un contexte particulier. Soulages lui-même a souvent dit que tout avait commencé en Allemagne. Fidèles à l’esprit de Frieder Burda, nous maintenons donc la tradition qui vise à enrichir le dialogue artistique entre l’art en France et en Allemagne. »
De fait, la participation de Soulages, jeune artiste, à l’exposition itinérante
« Französische abstrakte Malerei » en 1948/49 fut à l’origine de la précoce renommée de son oeuvre. C’est aussi en Allemagne qu’eut lieu sa première exposition rétrospective : en 1960 à la Kestner Gesellschaft de Hanovre, et il sera aussi le seul artiste présent aux trois premières éditions de la documenta à Kassel en 1955, 1959 et 1964. Pourtant, c’est la haute estime dans laquelle le tinrent très tôt ses collègues peintres allemands qui lui importa le plus ; parmi eux Willi Baumeister, HAP Grieshaber, Karl Otto Goetz, Rupprecht Geiger, Fred Thieler, Hann Trier et tout particulièrement Fritz Winter.
L’affrontement de Soulages avec le noir s’inscrit dans un cheminement qui lui est propre : ses premiers tableaux gestuels, relevant de l’art formel, les tableaux peints au brou de noix de la série Brou de noix datant de la fin des années 1940 rappellent encore par leur réduction formelle la calligraphie chinoise. À partir de 1979, époque de son adhésion radicale à l’outrenoir, Pierre Soulages parvient alors à s’affranchir de tout caractère figuratif et symbolique.

                                
                                                                  Pierre Soulages,
Brou de noix et fusain sur papier

Les commissaires

Alfred Pacquement et Udo Kittelmann évoquent leur travail aux côtés de l’artiste :
« Pierre Soulages est, et demeure aujourd’hui encore, l’une des plus grandes personnalités artistiques de notre temps. Son oeuvre est enraciné depuis plus de 70 ans dans l’histoire de l’art contemporain, de ses débuts juste après la Seconde Guerre mondiale à nos jours. »
La rétrospective qui lui est consacrée à Baden-Baden montre l’évolution
son travail  – surtout face à une si extraordinaire longue phase créative – d’une cohérence impressionnante.
Depuis le début, Soulages s’est tourné vers l’abstraction totale et en a posé ainsi les bases, sans remettre en question les valeurs traditionnelles de la peinture. Il prend, par le choix des matériaux (ex: teinture de noix, goudron) et des outils, une position singulière depuis 1948.

                            Pierre Soulages peintures
Ses toiles sont définies en fonction de la technologie utilisée, dimensions et date d’exécution et non à travers un titre qui influence la perception du spectateur


 «L’œuvre vit du regard qu’on lui porte. Elle ne se limite ni à ce qu’elle est, ni à celui qui l’a produite, elle est faite aussi de celui qui la regarde. Ma peinture est un espace de questionnement et de méditation où les sens qu’on lui prête peuvent venir se faire et se défaire »
L’exposition illustre le parcours de l’artiste de 1946 à ce jour et montre un ensemble de tableaux provenant de musées européens et de collections privées, notamment du Musée Soulages à Rodez et du Centre Pompidou à Paris – Elle est accompagnée d’un catalogue richement documenté.

Tempête autour d’un Soulages

Durant des années, lorsque Georges Pompidou assurait la fonction de Premier Ministre, un immense tableau de Pierre Soulages (194 x 130 cm) est accroché dans le bureau de Matignon. Un choix qui provoque alors incompréhension et polémique.

« L’art abstrait à l’époque n’est pas encore apprécié à sa juste valeur dans les cercles politiques ou médiatiques. Cette toile de Soulages de 1957 remplace un portrait de Colbert ! C’est la première fois que l’art vivant va faire une intrusion aussi fracassante dans les palais de l’Etat », souligne Yannick Mercoyrol, Directeur de la programmation culturelle de Chambord.

Les Vitraux de Conques

Les vitraux de Pierre Soulages font aujourd’hui partie intégrante de l’architecture de l’abbatiale de Conques, de son histoire et de sa mémoire collective.

Si les visiteurs du monde entier se pressent à Conques, c’est pour découvrir dans un même élan l’architecture de l’édifice, son trésor et ses vitraux, au service de cette lumière vivante « en quelque sorte transmutée », une lumière
« en accord avec la fonction de cette architecture, avec l’émotion qu’on y éprouve, en accord avec l’harmonie de ce lieu de contemplation, de méditation et de prière ».

Une lumière au centre de l’œuvre que construit Pierre Soulages, depuis plus de soixante-dix ans.

Le musée

En 2005, Pierre Soulages et son épouse Colette font don d’une collection exceptionnelle de 250 œuvres et 250 documents à la communauté d’agglomération du Grand Rodez….

Cette donation est alors la plus importante octroyée en France par un artiste vivant. Elle sera labellisée « Musée de France » et, afin de l’accueillir, le Grand Rodez engage les démarches nécessaires pour l’édification d’un nouvel équipement culturel sur le site du Foirail. Commence alors la grande aventure du Musée Soulages et de sa création.

Depuis l’ouverture du musée en mai 2014, les collections sont également enrichies par des dépôts d’œuvres de Pierre Soulages provenant de musées ou de collections.

Cette donation constitue le fonds le plus complet sur les 30 premières années de créations de l’artiste et témoigne une volonté des époux de transmettre une expérience d’artiste pour la vision d’une création plus universelle.

Informations

Museum Frieder Burda ·
Lichtentaler Allee 8b · 76530 Baden-Baden
Telefon +49 (0)7221 39898-0 ·
www.museum-frieder-burda.de

• Liaison directe par autobus depuis la gare de Baden-Baden :
• Lignes comportant l’arrêt « Augustaplatz/Museum Frieder Burda » (notamment lignes 201 et 216).

• Depuis l’arrêt Augustaplatz/Museum Frieder Burda, traverser la place à droite pour rejoindre le parc, traverser l’Oos pour arriver directement au musée.

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Auteur/autrice : elisabeth

Pêle-mêle : l'art sous toutes ses formes, les voyages, mon occupation favorite : la bulle.

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