L’Orient de
Rembrandt

Rembrandt Harmensz. van Rijn  –
Brustbild eines Mannes in orientalischer Kleidung

Jusqu’au 14.02.2021, au Kunstmuseum Basel | Hauptbau
Commissaire : Bodo Brinkmann, Gabriel Dette
Commissaire invité : Gary Schwartz

Rembrandt Harmensz. van Rijn; Erster Orientalenkopf; 1635 Platte: 15.1 x 12.5 cm
Blatt: 24 x 17.6 cm; Radierung, Kaltnadel; Inv. 2019.168

 

La curiosité de Rembrandt Harmensz. van Rijn pour tout ce qui est étranger et son insatiable appétit de collectionneur sont déjà légendaires de son vivant. Artiste, collectionneur et citoyen, il entre en contact avec des oeuvres d’art, des objets d’usage courant et des individus de toutes les parties du monde connu à l’époque et s’en inspire pour son oeuvre.

L’exposition L’Orient de Rembrandt présentée à l’automne au Kunstmuseum Basel | Neubau explore ce monde des idées au travers d’une sélection d’oeuvres du peintre hollandais et de ses collègues artistes.

Rembrandt (1606-1669)
et ses contemporains n’ont eu de cesse de peindre des objets de pays lointains : turbans et tapis, sabres et soieries. Leurs oeuvres d’art témoignent de la première mondialisation et illustrent l’influence de cultures étrangères dans les Pays-Bas du XVIIe siècle.
La soif de connaissance, le désir de collectionner et la fierté de posséder marquent cette époque significative pour l’histoire de l’art et constituent une source d’inspiration pour les peintres dans la réalisation de scènes d’histoire, de portraits et de natures mortes d’un genre nouveau. Toutefois, comme nous le constatons aujourd’hui, le revers de cette appropriation du monde demeurait absent des représentations ; le déséquilibre des forces entre les cultures se
traduisant également par l’esclavage, la violence, l’exploitation et les guerres commerciales.

L’exposition présente un peu plus de 120 oeuvres au total, parmi lesquelles figurent aux côtés de peintures nombre de gravures, dessins, miniatures, cartes et ouvrages. Parmi ces oeuvres, une centaine sont des prêts consentis par d’importantes collections muséales et particulières du monde entier


Les Sources

Une autre source importante se trouve au sein même de la collection du Kunstmuseum Basel qui possède un témoignage de jeunesse majeur de la confrontation de Rembrandt avec le thème de l’exposition : David présentant la tête de Goliath au roi Saül, peinture réalisée en 1627.

Rembrandt Harmensz van Rijn (1606–1669); David übergibt Goliaths Haupt dem König Saul; 1627 27.4 x 39.7 cm; Öl auf Eichenholz

En outre, le Kupferstichkabinett (cabinet des arts graphiques) dispose d’un fonds de l’oeuvre gravé de Rembrandt remarquable tant sur le plan qualitatif que quantitatif. La généreuse donation d’un ensemble de 150 feuilles consentie par le collectionneur bernois Eberhard W. Kornfeld a contribué à l’élargir considérablement ces dernières années. Plus d’une douzaine de ces feuilles sont visibles au sein de L’Orient de Rembrandt.
Une présentation d’Ariane Mensger se tenant simultanément à l’entresol du Hauptbau montre au public d’autres pans de cet exceptionnel ensemble de la collection.

Le parcours de l’exposition

Avec turban et robe en soie :
l’Orient à domicile

L’expansion du commerce vers d’autres continents n’a pas seulement
engendré une très grande prospérité pour une partie de la bourgeoisie
de la République néerlandaise ; l’augmentation des connaissances et la
disponibilité des marchandises ont également assuré la présence, intellectuellement par l’érudition ou physiquement par les objets, de pays
éloignés de l’Europe. La présence de l’exotique a également influencé les
habitudes et la mode aux Pays-Bas – ainsi que la peinture. Les motifs des
cultures étrangères ont trouvé leur place dans les scènes de genre, les
portraits ou les portraits historiés. Ils ont servi de symboles de statut
social, évoquant la position et la prospérité financière de leur propriétaire.

Les voies de la prospérité.
Commerce et guerre

L’intérêt pour les pays lointains et la disponibilité d’objets exotiques s’explique
par la circulation mondiale des marchandises que les Pays-Bas ont
développée au XVIIe siècle. Les représentations picturales consacrées au
thème du commerce n’étaient pour la plupart ni réalistes ni documentaires ;
elles ne prétendaient pas rendre avec précision une scène quotidienne,
ni présenter un événement historique de manière factuelle. Elles répondaient
davantage à des préoccupations représentatives ou décoratives.
Ceci s’appliquait même à la figuration des conflits armés en cours – la face
cachée du commerce mondial.

La connaissance du monde.
Collectionner et rechercher
Jan van der Heyden; Zimmerecke mit Raritäten; 1712

L’expansion du commerce sur tous les continents a entraîné un élargissement des connaissances et du savoir dans le monde. Une multitude de livres et de cartes décrivent et révèlent des terres lointaines. Amsterdam devient le centre de l’édition. Les portraits d’érudits figurés entourés de
livres soulignent un idéal d’éducation, qui forme un contrepoint à la passion pour le négoce. Des objets tels que des coquillages exotiques deviennent
des pièces de collection convoitées par la bourgeoisie pour ses cabinets de curiosités. Les natures mortes et les peintures d’intérieurs mettent en évidence l’exotisme et le luxe.

Le rotin. Une étude de cas

Les épices orientales et la porcelaine chinoise importées ne sont pas
les seules à jouir d’une grande popularité aux Pays-Bas : l’inventaire d’un
magasin d’Amsterdam datant de 1664 recense un approvisionnement de
pas moins de 1 700 baguettes en rotin ! Le bois léger et robuste de ce
palmier très répandu en Indonésie (qui constituait en ce temps-là les
Indes orientales néerlandaises) était idéal pour fabriquer des cannes.
Mais l’armée l’a aussi utilisé : le commandant habillé à la dernière mode
sur le tableau de Simon Kick exposé ici présente fièrement son bâton
d’officier en rotin brûlé. Des objets similaires sont encore fabriqués
aujourd’hui pour être utilisés dans diverses disciplines d’arts martiaux.

Le paysage de la Bible
Le jeune Rembrandt et ses modèles
Rembrandt, Judah et Tamar

Rembrandt et ses collègues peintres plaçaient leurs représentations des épisodes de l’Ancien ou du Nouveau Testament dans un paysage qui, avec ses
rochers et ses collines gris-brun, semblait en tout cas différent des plaines
verdoyantes du nord des Pays-Bas. Ce décor était peuplé d’hommes
portant des turbans et de femmes souvent magnifiquement habillées de
costumes colorés. Ici aussi, l’imagination était au pouvoir, bien que les
couleurs et les motifs, notamment des soieries, aient pu correspondre
aux modèles réels des tissus orientaux du XVIIe siècle.

La lumière dans le temple.
Rembrandt à Amsterdam et ses suiveurs

Dans les années 1630, Rembrandt et d’autres peintres ont souvent choisi
des thèmes bibliques placés dans un intérieur peu éclairé, qu’il s’agisse
de l’étable de Bethléem ou d’un temple. Là aussi, ils ont utilisé des motifs
exotiques tels que des turbans, des vêtements ou des épées pour rendre
la scène plus authentique.

Rembrandt – Daniel and Cyrus before the Idol Bel

Dans ces oeuvres, l’Orient est rarement le
théâtre d’une splendeur imaginaire, mais un lieu mystique : la sagesse de
Dieu s’y révèle au peuple d’Israël, ou bien le mystère chrétien du Salut
s’accomplit en son sein. Sous les sombres voûtes, Rembrandt déploie
un magistral jeu de lumières avec des rayons réfléchis par des surfaces métalliques. Cet effet sert non seulement à définir l’espace à l’intérieur
de la scène, mais aussi à souligner certains éléments de sa signification.

Le goût des autres
L’assimilation de l’Orient par Rembrandt

La fascination pour l’Orient dans les Pays-Bas du XVIIe siècle n’était pas
seulement basée sur le plaisir esthétique procuré par de beaux et luxueux
objets. Il était également associé au monde de la Bible, à la fois onirique
et positivement connoté, tel qu’il se manifeste dans les peintures de
Rembrandt. La splendeur des vêtements et la préciosité des images orientalisantes contrastent avec l’austérité puritaine du calvinisme.
Dans cet intérêt pour les mises en scène orientalisantes,
l’attrait pour le merveilleux, l’extraordinaire, est alors manifeste.

J. F. F. nach Andries Beeckman; Der Markt von Batavia; nach 1688 144 x 209 cm; Öl auf Leinwand

L’ ‹ Orient › est l’Autre, une idée abstraite de ce qu’il est possible de vivre,
une surface de projection pour les besoins humains auxquels la vision rationaliste de l’Occident, particulièrement prégnante dans le protestantisme, n’offrait aucune place.

De ses propres yeux ?
Authenticité et cliché

Dans le cas des histoires bibliques, les costumes ou les décors orientalisants
servaient à créer une certaine ambiance. La question de savoir
dans quelle mesure ces motifs correspondaient à la réalité n’avait que
peu d’importance. Les paysages et les portraits prétendaient parfois
figurer une région ou une personne réelles.

Cependant, dans les Pays-
Bas du XVIIe siècle, seuls quelques tableaux fournirent une représentation
fiable des régions lointaines et de leurs habitants. On ne recherchait
visiblement pas l’authenticité dans la description d’un pays et de ses
habitants.

Inde environs 1800

De nombreuses peintures ont plutôt confirmé les clichés existants.
Les oeuvres d’art originales de l’Orient, comme les miniatures de
l’Inde ou de la Perse, ont reçu peu d’attention. Elles étaient rarement
collectionnées et seuls quelques peintres néerlandais, dont Rembrandt,
s’y sont intéressés.

Kunstmuseum Basel
St. Alban-Rheinweg 16 / Téléphone +41 61 206 62 62
info@kunstmuseumbasel.ch / kunstmuseumbasel.ch

Visites guidées en français
Dim 22.11., 27.12., 24.1., 14–15h
Frais : Entrée + CHF 5

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Auteur : elisabeth

Pêle-mêle : l'art sous toutes ses formes, les voyages, mon occupation favorite : la bulle.

Une réflexion sur « L’Orient de
Rembrandt »

  1. Gustave Caillebotte, Impressionniste et moderne a la Fondation Gianadda. Riche dilettante, Caillebotte (1848-1894) est longtemps reste connu comme mecene. Non commercialise a l’epoque, son ?uvre etrange et fascinant constitue une des grandes redecouvertes de ces trente dernieres annees. Il n’avait plus fait l’objet d’une retrospective en Suisse depuis 2005. Le probleme est d’avoir les grands tableaux, qui ne voyagent que difficilement (du 19 juin au 22 novembre, http://www.gianadda.ch )

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