Käthe Kollwitz, figure de l’expressionnisme allemand

Au Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg (MAMCS) jusqu’au 12 janvier 2020
Commissariat : Hannelore Fischer, directrice du Kollwitz Museum Köln
et Alexandra von dem Knesebeck,

historienne de l’art et spécialiste de Käthe Kollwitz, auteure du catalogue raisonné des gravures.
Käthe Kollwitz « Je veux agir dans ce temps »
1867  Königsberg (aujourd’hui Kaliningrad) – 1945 Moritzburg

Käthe Kollwitz, Selbstbildnis (Autoportrait), 1934,
lithographie. Strasbourg, Musée d’Art moderne et contemporain
© Musées de Strasbourg

Témoin des crises politiques et sociales de son temps et auteure d’une oeuvre engagée, Käthe Kollwitz est ici montrée comme une artiste complète
(graveuse, dessinatrice et sculptrice) dont le réalisme expressif
influencera son époque et au-delà.
Se présentant elle-même comme une artiste engagée, Käthe Kollwitz aura
retenu comme sujets de prédilection les grands drames qui traversent son époque, n’hésitant pas à inclure des éléments personnels dans son art.
Reconnue et estimée de son vivant en son pays et considérée comme un
modèle pour nombre de jeunes artistes, Käthe Kollwitz sera menacée par l’arrivée d’Hitler au pouvoir, mais ne renoncera pas à poursuivre son
oeuvre malgré l’interdiction d’exposer et les menaces qui pèsent sur elle. Cofondatrice de l’ « Organisation des femmes artistes », elle fut aussi la première femme à être admise comme membre de l’Académie et à placer
la figure féminine, y compris dans la réalité la plus sombre de sa condition, au coeur d’une oeuvre expressionniste atypique, sans doute plus proche du roman réaliste que du paysage artistique de son temps.
Käthe Kollwitz est considérée comme une artiste de premier plan en Allemagne où deux musées lui sont consacrés à Berlin et à Cologne.
Le site Internet du musée en langue française, présente le Käthe Kollwitz Museum à Cologne et son artiste éponyme.

Parcours
Conçu de façon chronologique, le parcours de l’exposition met en présence parmi les oeuvres les plus emblématiques de Käthe Kollwitz, dessins, gravures et sculptures, mêlant la collection du Käthe Kollwitz Museum Köln, celle du MAMCS (dont une grande partie des oeuvres a rejoint le
fonds du musée grâce à la générosité des AMAMCS) ainsi que plusieurs oeuvres issues de collections privées.

Bien que présente dans de nombreuses collections publiques internationales et reconnue mondialement, Käthe Kollwitz n’a été encore que peu montrée dans les institutions françaises. Le MAMCS est actuellement la seule collection publique française à conserver des témoignages de son oeuvre réunissant un ensemble d’une trentaine de pièces, certaines d’entre elles ayant été acquises  du vivant de l’artiste.
Cette vaste rétrospective (600 m2 environ, 167 oeuvres) vient porter à la connaissance du public une oeuvre qui passe de l’autobiographie à l’universel en traitant de thèmes tels que l’amour maternel, les conflits sociaux, la Grande Guerre, la mort ou le deuil.

 

OEuvres de jeunesse
La Marguerite du Faust de Goethe lui  inspire une représentation de la misère qui guette les jeunes célibataires enceintes.


Réunissant ses cycles gravés les plus connus (Une Révolte des Tisserands,
La Guerre des Paysans), des dessins et des oeuvres graphiques ainsi que de nombreux autoportraits, l’exposition met en lumière le trait expressif, parfois poignant, si particulier de Käthe Kollwitz. Elle permet non seulement de donner à voir l’ampleur de son oeuvre graphique maîtrisé de façon magistrale mais aussi  de positionner le MAMCS comme le lieu de référence en France pour sa connaissance.

Une Révolte des tisserands (Ein Weberaustand)
En 1897, Käthe Kollwitz  s’est inspirée de la pièce de théâtre éponyme écrite par Gerhard Hauptmann en 1893 qui relate les émeutes liées à la famine de 1844 en Silésie, tout en adaptant le récit à son époque, en témoignent les vêtements portés par les personnages. L’artiste synthétise
l’événement en six estampes saisissantes. La Misère avec la mère pleurant son enfant, La Mort ravissant une mère à sa famille, La Conspiration annonçant la révolte, La Marche (Weberzug) vers la maison de l’exploiteur, L’Émeute puis La Fin (Ende) représentant la
dramatique répression.

Révolte des tisserands

La Sécession berlinoise et Paris
Elle devient rapidement la principale association d’artistes allemands, Käthe Hollwitz devient le cinquième membre féminin. Cette appartenance lui ouvre de nombreuses portes, et notamment la possibilité d’exposer en
Allemagne et à l’étranger.  A Paris, Chez le célèbre galeriste Ambroise
Vollard, elle fait l’acquisition d’un pastel du jeune Picasso.
En 1904, Käthe Kollwitz étudie la sculpture à l’Académie Julian et jette ainsi les bases de sa future oeuvre sculptée.
La Carmagnole,
une gravure réalisée en 1901, est directement inspirée du roman de Charles Dickens. Cette gravure devient sa « carte de visite »

Käthe Kollwitz, La Carmagnole, 1901,
gravure au trait, pointe sèche, aquatinte, gravure au lavis et émeri,
Kn 51 © Käthe Kollwitz Museum Köln

La Guerre des paysans et la critique sociale
Second cycle consacré également au thème de l’insurrection.
La Guerre des paysans fait référence aux soulèvements qui
interviennent en Allemagne entre 1524 et 1526. Dans ce cycle, rien ne semble linéaire, le destin tournoie, de la soumission à la mort en passant
par l’insurrection, du champ de labour au champ de bataille, de la terre à la terre. À travers des motifs saisissants, Kollwitz met, encore une fois, sa technique au service de son art et de son propos.

Käthe Kollwitz La Guerre des paysans

Nus, amants, enfants et mort
On connaît une centaine de dessins de nus de Käthe Kollwitz. Certains remontent à sa période de formation. Il s’agit surtout d’études préparatoires pour des sculptures. La statue Ensemble amoureux (Liesbesgruppe) est plus connue. Elle lie Eros, le dieu de l’amour, à Thanatos, le dieu de la mort. La sculpture rappelle une série d’oeuvres
graphiques qui représentent tantôt une mère avec son enfant mort sur les genoux, tantôt la mort personnifiée tenant une jeune fille.

Käthe Kollwitz Liesbesgruppe
Käthe Kollwitz , mère et enfant

Première Guerre mondiale et pacifisme
Peter, le fils cadet de Käthe Kollwitz, engagé volontaire, est tué en Belgique au début de la Grande Guerre. Sa mort marque une rupture profonde dans la vie et l’oeuvre de l’artiste. En 1918, deux semaines avant la
signature de l’Armistice, elle s’élève avec courage contre l’appel du poète Richard Dehmel à une dernière mobilisation de la jeunesse. Sa réponse ouverte est publiée dans deux journaux, l’un journal social-démocrate et l’autre libéral. Elle conclut sa lettre par cette citation de Goethe tirée
des Années d’apprentissage de Wilhelm Meister :

                   « Les graines de semence ne doivent pas être moulues ! »

La République de Weimar
Elle est la première femme admise à l’académie prussienne des arts et se voit en même temps décerner le titre de professeure. Elle s’engage à plusieurs reprises en faveur du pacifisme, notamment avec sa plus célèbre affiche « Plus jamais la guerre » (« Nie wieder Krieg »). Elle milite pour ne plus enseigner la guerre aux enfants, l’une de ses priorités, et
soutient ainsi la Ligue internationale des Mères et des Éducatrices pour la Paix fondée en France en 1928.

National-socialisme
Après la prise de pouvoir des nationaux-socialistes, Käthe Kollwitz et son mari, comme en 1932, soutiennent un appel urgent à l’union des partis de gauche pour les dernières élections libres du 5 mars 1933. Elle est contrainte de démissionner de l’Académie prussienne des arts. Käthe Kollwitz n’a plus le droit d’exposer en Allemagne. Le trépas survient de différentes
manières, ravissement brutal, mort soudaine et surprenante, solitaire,
mais aussi rédemptrice et espérée, comme dans le dernier feuillet Appel de la mort, sur lequel l’artiste s’est elle-même représentée.

                                                       L’appel de la mort

Musée d’Art moderne et contemporain (MAMCS)
1 place Hans-Jean-Arp, Strasbourg
Tél. : +33 (0)3 68 98 50 00
Horaires : tous les jours – sauf le lundi – de 10h00 à 18h00

Programmation éducative et culturelle cliquez sur ce lien

Auteur : elisabeth

Pêle-mêle : l'art sous toutes ses formes, les voyages, mon occupation favorite : la bulle.

2 réflexions sur « Käthe Kollwitz, figure de l’expressionnisme allemand »

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