Paul Signac au fil de l'eau

Jusqu’au  22 MAI 2016
C’est une collection très prestigieuse d’oeuvres de Paul Signac (1863-1935) qui est
présentée du 29 janvier au 22 mai à la Fondation de l’Hermitage de Lausanne : près de 140 peintures, aquarelles et dessins illustrent la carrière foisonnante du maître néo-impressionniste.

Maximilien Luce, Portrait de Paul Signac
Maximilien Luce, Portrait de Paul Signac

Réunie par une famille passionnée par l’artiste, cette collection unique constitue l’un des plus grands ensembles d’oeuvres de Signac conservé en mains privées. Elle offre un éventail exhaustif de l’évolution artistique du peintre, depuis les premiers tableaux impressionnistes jusqu’aux dernières aquarelles de la série des Ports de France, en passant par les années héroïques du néo-impressionnisme, l’éblouissement tropézien, les images flamboyantes de Venise, de Rotterdam et de Constantinople. Cette collection est également exceptionnelle par la diversité des techniques qu’elle embrasse : la fougue impressionniste des études peintes sur le motif s’y oppose aux polychromies sereines des tableaux divisés ; le japonisme audacieux des aquarelles y contraste avec la liberté des feuilles peintes en plein air. Quant aux grands lavis préparatoires
dessinés à l’encre de Chine, ils nous livrent les secrets de compositions sereines, longuement méditées à l’atelier. C’est donc une initiation aux harmonies chromatiques de Signac, doublée d’une invitation au voyage, que propose cette exposition.
Paul Signac Saint-Tropez. La jetée vue du chantier naval, 1892 crayon Conté, 23,7 x 30,5 cm collection privée © photo Maurice Aeschimann
Paul Signac
Saint-Tropez. La jetée vue du chantier naval, 1892
crayon Conté, 23,7 x 30,5 cm
collection privée
© photo Maurice Aeschimann

Au fil d’un parcours chronologique et thématique, le visiteur découvrira les multiples facettes d’un homme de convictions, épris de mer et de bateaux, mais surtout du peintre, amoureux de la couleur. Une riche section documentaire permet de s’initier aux théories de la couleur des néoimpressionnistes, et une salle réunissant des tableaux des principaux acteurs de ce mouvement (Pissarro, Luce, Van Rysselberghe, Cross) vient compléter la présentation.
Un ouvrage amplement illustré, publié en co-édition avec les éditions Skira, accompagne la manifestation.
Le commissariat de l’exposition est assuré par Marina Ferretti, directeur scientifique du Musée des impressionnismes à Giverny et coresponsable des Archives Signac.
Paul Signac Saint-Tropez. Fontaine des Lices, 1895 huile sur toile, 65 x 81 cm collection privée © photo Maurice Aeschimann
Paul Signac
Saint-Tropez. Fontaine des Lices, 1895
huile sur toile, 65 x 81 cm
collection privée
© photo Maurice Aeschimann

IVe exposition impressionniste. Elle compte des oeuvres de Gustave Caillebotte, Mary Cassatt, Edgar Degas, Claude Monet et Camille Pissarro. Signac a quinze ans et fait un croquis d’après Degas. Il se fait mettre à la porte de l’exposition par Paul Gauguin :
« On ne copie pas ici, Monsieur ».

1880 Juin : Exposition Claude Monet à La Vie moderne : « Qu’est-ce qui m’a poussé à faire de la peinture ? – C’est Monet ou plutôt la vue de quelques reproductions de tableaux dans La Vie moderne. Ce qui m’attirait chez cet artiste, c’était l’aspect révolutionnaire de son oeuvre. Il est vrai que la peinture de Detaille me paraissait alors d’une perfection difficile à atteindre ! Tandis que celle de Monet, rien ne me paraissait plus facile. Je ne me rendais pas compte à cette époque-là… J’avais dix-huit ans tout au plus », rappellera Signac.
Paul Signac, un homme de convictions
Surnommé par Thadée Natanson le « saint Paul du néo-impressionnisme », Paul Signac est l’apôtre des théories néoimpressionnistes.
Avec Camille Pissarro, il est un des tout premiers artistes à adopter la technique de la division des tons mise au point par Georges Seurat au cours de l’hiver 1885-1886.
Signac est aussi l’auteur du manuel théorique D’Eugène Delacroix au néo-impressionnisme, qui situe la théorie de la division des tons dans une perspective historique.
Des premières marines peintes avec une vigueur et une liberté impressionnistes aux amples architectures portuaires d’après-guerre, la description de l’eau et du ciel offre à Paul Signac un inépuisable prétexte à multiplier ses harmonies chromatiques. Ardent défenseur de la couleur pure, il y trouve une illustration naturelle de ses théories artistiques, car la réflexion de la lumière à la surface du fleuve et de la mer fragmente le réel en une myriade de taches colorées.
Paul Signac Soleil couchant sur la ville (étude), 1892 huile sur bois, 15,5 x 25 cm collection privée © photo Maurice Aeschimann
Paul Signac
Soleil couchant sur la ville (étude), 1892
huile sur bois, 15,5 x 25 cm
collection privée
© photo Maurice Aeschimann

Pour la couleur, de l’impressionnisme au néo-impressionnisme
C’est la visite de la première exposition monographique de Claude Monet en juin 1880 dans les locaux de la revue La Vie moderne qui décide de la vocation de peintre du jeune Signac. D’emblée, il choisit d’évoquer l’eau et ses reflets, et dès 1882, il s’essaye en autodidacte au genre de la marine à Port-en-Bessin. Proches de l’art de Monet, les paysages de jeunesse se distinguent par le choix de couleurs fortes et de compositions frontales. Le tempérament énergique de Signac, son amour du plein air et de la couleur le portent naturellement à une approche de type impressionniste qui
persistera jusqu’à la fin dans sa carrière, par le biais de la pratique de l’aquarelle ou dans le traitement très libre de ses études peintes sur le motif.
En mai 1884, Signac rencontre Georges Seurat à l’occasion de la première exposition du Groupe des artistes indépendants. Les deux peintres se lient d’amitié et Signac, qui reste fidèle à l’impressionnisme, participe dès lors aux
recherches de Seurat sur l’harmonie des lignes et la perception des couleurs.
Paul Signac Saint-Briac, Les balises, opus 210, 1890 huile sur toile, 65 x 81 cm collection privée © photo Maurice Aeschimann
Paul Signac
Saint-Briac, Les balises, opus 210, 1890
huile sur toile, 65 x 81 cm
collection privée
© photo Maurice Aeschimann

En 1885, ils visitent ensemble la rétrospective consacrée à Eugène Delacroix à l’Ecole des Beaux-Arts. Ils se rendent aussi à la manufacture des Gobelins pour assister à quelques expériences en application des théories d’Eugène Chevreul. Au cours de l’hiver
1885-1886, Seurat reprend entièrement une grande toile commencée l’année précédente, Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte (1884-1886, Chicago, The Art Institute), en appliquant pour la première fois la théorie du
mélange optique. Pour éviter de ternir l’harmonie chromatique du tableau en mélangeant les tons sur la palette, il pose des petites touches de couleur pure côte à côte sur la toile, en laissant à l’oeil du spectateur le soin de recomposer les
tons. Signac adopte rapidement cette technique à laquelle il sera définitivement fidèle. La touche divisée confère aux toiles néo-impressionnistes un effet de vibration délicate qui se prête à l’analyse des variations de la lumière. Les paysages d’eau peints alors expriment une poésie quasi abstraite, que Signac souligne en leur attribuant des titres
d’inspiration musicale. (Opus)
Paul Signac La Baie (Saint-Tropez), vers 1908 aquarelle et encre de Chine, 20,8 x 25,7 cm collection privée © photo Maurice Aeschimann
Paul Signac
La Baie (Saint-Tropez), vers 1908
aquarelle et encre de Chine, 20,8 x 25,7 cm
collection privée
© photo Maurice Aeschimann

Grâce à Pissarro, séduit lui aussi par la théorie de la division, Signac et Seurat participent en 1886 à la huitième et dernière exposition du groupe impressionniste.
Signac au temps d’harmonie
Signac, conscient que l’avenir du mouvement repose désormais uniquement sur ses épaules, continue à défendre la théorie de la division des tons et ne tardera pas à faire évoluer le néo-impressionnisme.
A Saint-Tropez, il s’essaye à l’aquarelle, qui devient dès lors une de ses techniques de prédilection. Si certaines de ses aquarelles exécutées sur le motif lui permettent de mettre en place une toile peinte à l’huile, nombreuses sont traitées
de façon indépendante, datées, signées et exposées dès 1892. Au cours des trois années qui suivent, Signac peint exclusivement les paysages du petit port varois et, progressivement, use plus librement de la division des tons. La touche s’élargit et, dans ses oeuvres toujours plus colorées, il privilégie les effets de contraste pour donner davantage
d’impact à la couleur. Cessant aussi d’attribuer un numéro d’opus à ses tableaux, il entreprend la rédaction de son journal. C’est le début d’une réflexion théorique et d’une mise en perspective du néo-impressionnisme qui aboutira à la
publication en 1899 du traité D’Eugène Delacroix au néo-impressionnisme.
Paul Signac Constantinople. Yeni Djami, vers 1909 aquarelle, plume et encre de Chine, 20,8 x 25,7 cm collection privée © photo Maurice Aeschimann
Paul Signac
Constantinople. Yeni Djami, vers 1909
aquarelle, plume et encre de Chine, 20,8 x 25,7 cm
collection privée
© photo Maurice Aeschimann

 Le temps des voyages
Dès 1896, Signac voyage en Hollande et ne tarde pas à retrouver ensuite les sites qui ont inspiré ses oeuvres de jeunesse, notamment les plages de la Manche au Mont-Saint-Michel et les bords de la Seine près de Paris. Signac visite les grands ports européens : Venise en 1904 et 1908, Rotterdam en 1906, Istanbul en 1907. Sans oublier les ports français, notamment Marseille et La Rochelle. Au cours de ses voyages, il note ses
impressions à l’aquarelle avant d’élaborer ses tableaux à l’atelier. A partir de 1900, il interprète de plus en plus librement la couleur des paysages observés, tandis que ses compositions équilibrées et rythmées par d’amples arabesques prennent des accents classiques. Elles sont précédées par un nombre croissant de travaux préparatoires.
Aux études peintes sur le motif s’ajoute une importante production, de dessins et d’aquarelles.
Paul Signac L’arc-en-ciel (Venise), 1905 huile sur toile, 73 x 92 cm collection privée  © photo Maurice Aeschimann
Paul Signac
L’arc-en-ciel (Venise), 1905
huile sur toile, 73 x 92 cm
collection privée
© photo Maurice Aeschimann

 
Signac aquarelliste et nomade
Après-guerre, en 1921, Signac quitte Antibes pour Saint-Paul-de-Vence et sillonne les routes de France. Le néoimpressionnisme est depuis longtemps entré dans l’histoire, ce qui signifie qu’il n’appartient plus à l’avant-garde artistique.
S’il peint toujours avec passion les quais de la Seine à Paris, on le trouve souvent dans la vallée du Rhône où il recherche les sites évoqués par Stendhal et rêve d’illustrer Mémoires d’un touriste, « le plus beau livre du monde ».
Mais c’est en Bretagne, à Lézardrieux, sur les bords du Trieux, qu’il s’installe en 1924. Il se rend souvent à Saint-Malo où l’attirent les terre-neuvas et assiste à la partance des
« Islandais » qu’il observe inlassablement.
Signac la série des ports
Son dernier projet artistique est la série consacrée aux ports de France dans la lignée des grands peintres et graveurs
de marines tels que Joseph Vernet, Nicolas Marie Ozanne et Louis Garneray. De 1929 à 1931, grâce au soutien financier de l’homme d’affaires Gaston Lévy, Signac alors largement sexagénaire entreprend de parcourir la France de
port en port et d’en rapporter des vues à l’aquarelle. Il décrit avec un plaisir toujours renouvelé la diversité des ciels, des gréements et des architectures portuaires, sans savoir que ces séduisants paysages ne tarderont pas à connaître de sévères destructions.
(M. F. B.)
VISITES COMMENTÉES PUBLIQUES
Les jeudis à 18h30 et les dimanches à 15h
Prix : CHF 5.- (en plus du billet d’entrée) / gratuit pour les Amis de l’Hermitage
Sans réservation, nombre de participants limité
VISITES COMMENTÉES POUR GROUPES PRIVÉS
Des visites peuvent être organisées sur demande, en français, allemand ou anglais.
Prix : CHF 130.- (en plus des billets d’entrée). Maximum 25 personnes par groupe
Renseignements et réservations : +41 (0)21 320 50 01
CONFÉRENCES
Jeudi 17 mars à 18h30
Les relations entre art et science des couleurs, de Paul Signac à la neurophysiologie contemporaine par Libero Zuppiroli, professeur émerite à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et coauteur d’un Traité des couleurs (2012)
Jeudi 21 avril à 18h30
Signac et la découverte de Saint-Tropez
par Marina Ferretti, commissaire de l’exposition, directeur scientifique du Musée des impressionnismes à Giverny et coresponsable des Archives Signac
Prix des conférences : CHF 12.- / CHF 10.- tarif réduit / gratuit pour les Amis de l’Hermitage
Billet combiné (conférence + exposition) : CHF 25.- / CHF 23.- retraités / CHF 15.- étudiants
Renseignements et réservations : +41 (0)21 320 50 01
CONCERT
Jeudi 28 avril à 19h
La musique au temps de Signac
Claude Debussy, La Mer (1905), Petite Suite (1889)
Gabriel Fauré, Suite Dolly (1906)
Maurice Ravel, Ma Mère L’Oye (1908)
par « The Françoise-Green Piano Duo », Londres
Prix : 28.- / 25.- prix réduit
Billet combiné (concert + exposition) : 36.- / 32.- retraité / 20.- étudiant
Sur réservation au +41 (0)21 320 50 01
SOIRÉES ART & GASTRONOMIE
Débutant à 18h45 par une visite commentée de l’exposition, la soirée est suivie à 20h d’un repas gourmand
inspiré par l’oeuvre de Paul Signac, au café-restaurant L’esquisse.
Sur réservation au +41 (0)21 320 50 01
 

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Auteur : elisabeth

Pêle-mêle : l'art sous toutes ses formes, les voyages, mon occupation favorite : la bulle.