Anish Kapoor

Pour ceux qui n’habitent pas à Paris ou en région parisienne, aller à Versailles
est toujours une épreuve. Prendre le RER, vieux, sale, bruyant, rempli de touristes venant du monde entier, puis arrivés à Versailles Rive gauche, il faut essayer de ne pas être bousculé et noyé dans la masse compacte, des groupes avec signes distinctifs.
Puis c’est l’épreuve des pavés juste devant le château, dont les ors rutilent au soleil.
Un immense serpent humain qui monte et descend, attend le viatique pour pénétrer dans le château, cela promet des heures d’attente sous l’amorce de canicule en ce début de juillet.
Anish Kapoor
Nous pénétrons dans les jardins qui sont en accès libres, en dehors des jours de grandes eaux. Là tout de suite, le public est moins dense, certains sont à l’abri, adossés au mur du château côté Galerie des Glaces. Nous sommes éblouis par la magnifique perspective, du parc, soulignée par les oeuvres d’Anish Kapoor.
Versailles les jardins
D’emblée nous sommes happés par C-Curve sur la Terasse où le public s’agglutine pour des selfies.
Nous allons au-delà attirés par Sky-Miror qui de dos comme de face est étrange et prête aux rêves de grands espaces. L’architecture et le paysage qui s’y reflètent
traduisent un monde instable et changeant, déconstruisant l’espace environnant.
Anish Kapoor
Puis nous mettons une belle heure à situer le Bosquet de l’Etoile, pas de fléchage
depuis le côté droit en nous inspirant du plan téléchargé sur le site de Versailles, nous interrogeons les ouvriers qui s’activent dans les alentours, ils ignorent tout, ce n’est pas leur priorité. Après avoir interrogés des touristes qui eux, ont un plan des jardins, avoir croisés les mêmes visiteurs à la recherche de l’installation n°4, nous sommes récompensés de notre ténacité, Star Grove apparait dans le Bosquet de l’Etoile, d’un rouge flamboyant, nous approchons, un garde habillé avec les couleurs de l’installation nous invite à y pénétrer, à en vivre l’intériorité et à voir révélés les surprenants espaces dissimulés depuis l’extérieur.
Anish kapoor
‘L’expérience à laquelle aspire, l’artiste la propose avec des matériaux chargés comme la cire grasse de couleur rouge sang qui renvoie à la chair et aux entrailles.
La fascination que l’on peut éprouver face à ces sculptures va de pair avec un sentiment d’inquiétante étrangeté.
Anish Kapoor
Exposer le vide, insister sur les contrastes, expérimenter de nouveaux matériaux en prenant parfois le risque d’une certaine violence dans le résultat caractérisent la sculpture de Kapoor.
Attiré par tout ce qui se rattache au corps, il s’intéresse à la face cachée des objets, au négatif de la forme’ ( Alfred Pacquement, commissaire de l’exposition,)
C’est en somme une expérience un peu semblable, à une échelle différente , qu’on a pu découvrir au Grand Palais en 2011, le gigantesque Leviathan d’Anish Kapoor, une immense structure gonflable pénétrable à l’intérieur de sa sombre membrane comme visible de l’extérieur, provoquant une expérience physique autant qu’un choc esthétique pour tous ceux qui y ont été confrontés. (Alfred Pacquement)
Il faut avouer, que depuis l’allée centrale, le Bosquet de l’Etoile est bien fléché,
comme nous l’avons constaté plus tard…
Anish Kapoor
Depuis le Bosquet de l’Etoile nous nous dirigeons vers le tant décrié Dirty Corner.
qui se révèle, une corne d’abondance (hommage à Louis XIV ?), avec un grand pavillon, d’une couleur de rouille, entourée de rochers bruts et certains très rouges. Le pigment est resté un matériau souvent utilisé par l’artiste qui accorde à la couleur une importance rare chez les sculpteurs.
Il a pu le déposer à l’intérieur de cavités creusées dans la pierre, contribuant ainsi à créer un vide mystérieux
Anish Kapoor Dirty Corner
. « Je ne veux pas réaliser une sculpture qui ne soit qu’une forme, cela ne m’intéresse pas vraiment. Ce que je veux faire, c’est une sculpture qui traite de la croyance, de la passion ou de l’expérience » a déclaré Kapoor (vidéo)
Puis nous nous dirigeons vers la pelouse du Char d’Apollon où se trouve Descension ,
(vidéo) là peu de monde,
Le mouvement tourbillonnant, inquiétant, descendant dans un grand bruit d’eau, est à l’opposé des grandes eaux triomphantes de Versailles, humilité de l’artiste ?
Anish Kapoor Descension
Au retour nous faisons à notre tour quelques photos devant C-Curve, où les personnages se reflètent à l’envers, une caractéristique du travail de l’artiste, tant vu à Art Basel
et ailleurs.
Nous avons fait l’impasse sur la salle du jeu de Paume, et l’installation Shooting in the Corner, pour l’avoir déjà vue à Londres à la Royal Academy,
Evocatrice sans jamais figurer la réalité, la sculpture de Kapoor est “ paysage du corps ”. Les oppositions entre le brut et le poli, le plein et le vide, la masse et l’absence de masse caractérisent sa démarche.
Anish Kapoor
Après des pauses bien méritées sous les arbres nous avons repris le RER, chauffé, retardé et bondé, trempé de sueur mais content de notre visite.
jusqu’au 1 novembre 2015

Auteur : elisabeth

Pêle-mêle : l'art sous toutes ses formes, les voyages, mon occupation favorite : la bulle.

2 réflexions sur « Anish Kapoor »

  1. Il me souvient avoir visité Versailles par un froid jour d’hiver alors que le Château n’était pas ouvert au public. J’en ignore la raison, mais cela me permet de faire abstraction de toute l’exubérante frivolité du Versailles de Louis le Bien-aimé. Vous n’ignorez pas que Dirty Corner a été vandalisé par trois fois au cours de l’été et pour avoir

  2. ( je poursuis mon message car une erreur de manipulation l’a posté trop vite )
    /…/ Dirty Corner a été vandalisé par trois fois au cours de l’été et pour avoir participé avec ardeur aux débats sur les réseaux sociaux, je suis tentée de dire aujourd’hui, alors que l’oeuvre va quitter le parc dans quelques jours, que tout a reposé sur un immense quiproquo.
    Vous avez très judicieusement copié-collé un extrait des propos de l’artiste : « Je ne veux pas réaliser une sculpture qui ne soit qu’une forme, cela ne m’intéresse pas vraiment. Ce que je veux faire, c’est une sculpture qui traite de la croyance, de la passion ou de l’expérience ».
    Le quiproquo, à mon avis, repose sur une confusion faite par Kapoor entre le Grand Siècle, très austère, et les décennies libertines qui ont précédé – et provoqué ? – la Révolution Française. Il a comme pratiqué un effet gong d’une perception frivole des moeurs aristocratiques alors que l’art paysager de Sébastien Le Nôtre est aux antipodes : l’immensité cosmique de la perspective est, me semble-t-il, d’ordre biblique avec référence à la prophétie d’Isaïe que Luc formule ainsi au début du chapitre 3 de son évangile ayant trait à Jean le Baptiste, précurseur du Christ : « Voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers ; toute montagne et colline seront abaissées, les vallées seront comblées ; les chemins tortueux deviendront droits et les raboteux unis, et toute chair verra le Salut de Dieu. » C’est donc un immense acte de foi bien dans l’esprit du dévot Roi Soleil qu’Anish Kappor a « chahuté »… Vous me comprenez ? !

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