Sommaire du mois de septembre 2020

Robes du soir, présentées dans l’exposition Man Ray et la mode au musée du Luxembourg
Jeanne Lanvin et Jean Charles Worth (1925)

20 septembre 2020 : Le Monument, Le Labeur Et L’hippocampe
15 septembre 2020 :  Delphine Gutron
12 septembre 2020 :  Taro Izumi. ex
08 septembre 2020 : Pour tout le sel de la terre
06 septembre 2020 : Susanna Fritscher, Frémissements
04 septembre 2020 : Richard Chapoy -ARTCHIMIE-

Le monument, le labeur et l’hippocampe

Jusqu’au 15 novembre 2020 à la Kunsthalle de Mulhouse
Commissaire : Sandrine Wymann
les artistes : Véronique Arnold (FR), Hélène Bleys (FR), Irina Botea Bucan (RO) et Jon Dean (UK), Tanja Boukal (AT), Igor Grubic (HR), Zhanna Kadyrova (UA)

Tanja Boukal

 C’est la mémoire industrielle, qui est évoquée à la Kunsthalle, celle qui laisse les traces du travail, de l’humain, dans nos paysages et dans nos vies. Elle est conçue à partir de l’exemple mulhousien. L’histoire récente de la ville sert de modèle mais pas d’unique point de repère.
Ce qu’elle livre de son passé, la façon dont elle s’en accommode vaut pour d’autres villes, d’autres régions. Elle est représentative d’une histoire industrielle faite de constructions, de travailleurs et d’une certaine idée du progrès qui a traversé son siècle mais pas forcément tenu ses promesses.

L’hippocampe, « animal exotique », est un organe du cerveau, de petite taille, qui ressemble grandement à un cheval de mer. Situé dans le lobe temporal, il est le siège d’une mémoire à long terme, autrement dit de la mémoire de l’individu depuis le moment où il est capable de se souvenir. Cet organe joue un rôle central dans le stockage des connaissances dites explicites, celles que l’on peut formuler par le langage. Il est aussi le siège de ce qu’on appelle la mémoire épisodique, celle qui nous permet d’enregistrer des informations factuelles et contextuelles, celle qui nous sert aussi à voyager mentalement dans le temps et l’espace. Une sorte de disque dur personnel, qui archive nos souvenirs.

Hélène Bleys

L’image commandée à l’artiste Hélène Bleys (en en-tête) qui  illustre le carton de l’exposition, est une sorte d’hippocampe posée sur un enchevêtrement de fils entremêlés et ombrés, des fils qui nous ramènent naturellement à Mulhouse à l’industrie textile. Cette industrie qui a façonné la cité, planté ses usines-monuments dans le paysage, organisé la vie de ses habitants laborieux. Le labeur renvoie à la dimension humaine du sujet.
L’image est au coeur de la pratique d’Hélène Bleys. Par le dessin, qu’elle exerce abondamment, elle dialogue avec des sujets ou des motifs qu’elle met en lumière ou perd dans de vastes compositions.
Autour du dessin, viennent graviter d’autres pratiques telles que la céramique, qui prolongent ses investigations picturales. Membre du collectif Ergastule

elle administre leurs ateliers depuis 2015.
En 2017, elle a été accueillie en résidence à La Kunsthalle Mulhouse.

« La main et les gestes sont au coeur de ma pratique, ils incarnent une humanité préservée face la mécanisation généralisée et à l’efficacité imposée actuellement.
Mes mains résistent à l’air du temps, aux modes et elles essaient de
relever le défi de réaliser des oeuvres difficiles à situer, ni anciennes,
ni vraiment nouvelles. Tout se répète comme dans un motif ! »

Véronique Arnold

Le lien qui unit les femmes au textile n’est pas seulement celui de la fabrication mais aussi d’une sensibilité, d’un quotidien, d’une apparence. Les femmes tissent, s’habillent et entretiennent le textile. à Mulhouse, il a pu les faire vivre, elles le chérissent mais il ne les a pas épargnées. Véronique Arnold a rencontré ces femmes pour les écouter parler d’elles. Entre confidences et rapports factuels, elles racontent leur féminité et leurs parcours en laissant entrevoir des choix personnels, des situations subies et surtout des organisations industrielles qui ont façonné leurs vies.

« Dans le cadre temporel de ce projet avec La Kunsthalle, j’ai eu la chance de recueillir la parole de vingt-trois femmes ayant travaillé ou travaillant dans des entreprises textiles. J’ai écouté ce qu’elles disaient et j’ai posé des questions. Mon écoute est tributaire, bien-sûr, de la somme de mes expériences, fantasmes, illusions, connaissances, analyses, etc. C’est un outil on ne peut plus subjectif. Le témoignage
de ces femmes est une parole absolument subjective elle aussi… »

Igor Grubic

L’histoire ne se résume pas à des faits et des monuments, elle est faite d’humanités et d’intimités. Dans son film « How Steel was Tempered », Igor Grubic


visite les ruines d’une usine à travers la relation d’un père et de son fils. L’un est la mémoire du lieu, l’autre en fait son terrain de jeu.
Dans ce même espace ils se côtoient, se perdent puis se retrouvent autour d’une esthétique de désolation et de gestes perdus. Au terme de leurs vagabondages, ils trouvent un rythme commun, une pulsation partagée qui témoigne une transmission de la mémoire et de la valeur du lieu.

Irina Botea Bucan et Jon Dean

À travers une recherche et une étude sur les Maisons de la Culture en Roumanie, Irina Botea Bucan et Jon Dean retracent une histoire du travail et des travailleurs dans l’industrie par le biais de leurs loisirs. Emanant de programmes politiques, ces institutions ont toujours servi à exercer un contrôle sur la population.

Elles ont par ailleurs fait l’objet de programmes
architecturaux qui les ont visiblement installées dans les paysages
urbains roumains. Aujourd’hui, elles sont toujours debout et sont des espaces dans lesquels il est tentant de faire émerger une nouvelle relation entre les hommes et la culture, basée sur une nouvelle organisation du travail, de la société, des pouvoirs politiques et économiques.

Tanja Boukal

L’entreprise DMC, fleuron textile mulhousien, est le témoin
majeur d’une époque industrielle. Elle est le reflet d’un temps
social et économique, elle abrite la mémoire de savoir-faire mais
aussi de traditions. En s’immergeant dans les archives de l’usine,
Tanja Boukal a revisité les lieux, les machines et les hommes qui
avec le temps avaient pris place sur le fil de l’oubli.

série European Spring (Printemps européen), déclinaison du mot
« peur » dans 25 langues européennes,

Par son travail d’artiste, elle les a réveillés, leur a réattribué une présence et à
l’occasion d’ateliers et de rencontres a partagé autant que possible son investigation avec qui souhaitait apporter ses souvenirs ou ses connaissances. L’époque récente a été témoin du passage de la main à la machine et le « dit » progrès industriel a incarné cette transition majeure.
En rapprochant le talent des uns et les capacités des autres, Tanja Boukal propose un terrain si ce n’est de réconciliation, au moins d’acceptation d’un déplacement des compétences.

Zhanna Kadyrova

Sur les sites d’usines abandonnées, Zhanna Kadyrova vient déshabiller les murs de leurs carrelages pour les façonner en de petites jupes ou robes. Les vêtements ainsi assemblés évoquent que, sur les lieux mêmes de leur provenance, du textile était fabriqué. De l’Ukraine à la France l’histoire des fabriques, de textile par exemple, n’est pas très différente et celle de ses
travailleurs non plus.

D’immenses bâtisses grouillant de main d’oeuvre et d’activités sont devenues des espaces vides et dégradés.
Faut-il les réinventer ou leur rendre hommage ? La question du devenir de ces espaces est posée à travers le geste de Zhanna Kadyrova.


Pratique

Journal de l’exposition

 La Kunsthalle, centre d’art contemporain,
16 rue de la Fonderie à Mulhouse

Agenda

Ouvert du mercredi au vendredi de 12 h à 18 h,
du samedi au mardi de 14 h à 18 h.
Fermé les jours fériés.

Visites guidées
les 20 et 27 septembre et 25 octobre à 16 h et sur rendez-vous (tél.03.69.77.66.47.)

 

Delphine Gutron

photo Sandrine Stahl

Nom : Gutron
Prénom : Delphine
Profession : Graveur
spécialité : Dessins – Encres – Gravures
signe particulier : artiste en mouvement au Séchoir, une Sécheuse

Delphine Gutron est une artiste, dessinatrice, graveur.  Dans son atelier au Séchoir, elle alterne entre la gravure, les dessins préparatoires et les dessins tout court. Son travail est très minutieux, son tracé précis et esthétique. Elle dessine avec des outils très fins afin que son trait soit le plus juste possible.
La gravure en taille-douce (ou gravure en creux) est sa technique de gravure préférée de l’artiste.
Delphine grave en effet ses dessins à la pointe sèche sur des plaques de cuivre ou de zinc ou utilise la technique de gravure à l’acide (eau-forte, aquatinte) pour réaliser ses estampes. Elle travaille parfois aussi sur des plaques de gomme qu’elle monte en tampon.

La ville, les usines, les bâtiments, les parcs… sont les thèmes que l’on retrouve souvent dans le travail de Delphine Gutron. Nancéenne, puis mulhousienne d’adoption, elle a beaucoup observé le Temple St Etienne et flâné au Musée d’Impression sur Etoffes de Mulhouse pour y trouver son inspiration.
Mais parfois, son imagination lui suffit, et de son esprit peuvent naître des images d’anges, d’êtres hybrides ou de curieuses créatures animales… la finesse de ses graphismes rendant son œuvre toujours très esthétique.
Emmanuelle van dinh.

L’artiste dans ses propres mots

« Je travaille doucement, avec force détails, en laissant les traits glisser,
jusqu’à atteindre un équilibre sensible. »

 

Entretien avec l’artiste

 

Comment êtes-tu venue à l’art ?

Je dessinais depuis longtemps pour moi, mais un bon déclic lors d’un stage en
2004 pour apprendre la gravure au Centre de la gravure et de l’image Imprimée
à La Louvière en Belgique, où l’on apprenait au milieu des oeuvres de Louise
Bourgeois.

Depuis quand dessines-tu ?

Je dessine depuis toute petite, mais j’ai fait du dessin technique et du dessin de
représentation lors de mes études d’abord scientifiques, un bac E technologies
industrielles puis de la physique Chimie à l’université et de la géologie.

Tes parents t’ont-ils influencée ?

Pour l’amour du papier, cela vient certainement de mon père qui travaillait
dans une imprimerie à Nancy et qui rentrait à la maison avec ses habits
imprégnés de l’odeur de l’encre.

Fais-tu des dessins/essais préparatoires ?

Pour certaines séries, je travaille dans des carnets de recherche et je note des
phrases et des croquis, pour d’autres séries je travaille directement sur le
papier ou le métal. C’est le premier trait qui me guide, même si je sais vers
quoi je vais tendre.

Quand travailles-tu ? A quel endroit ? maison, atelier ?

Je travaille le week-end dans mon atelier au Centre d’Arts en mouvements Le
Séchoir et le soir, je travaille à la maison, tard.

As-tu des horaires définis ? Un rite pour te mettre au travail ?

… Dès que je peux , j’ai un job d’enseignante aussi, et une famille 🙂
Pour le rite : un café !!! pour l’atelier, un verre de bon vin si c’est le soir à la maison, de la musique rock à fond, pleine d’énergie.


                   exposition Fernet Branca POP-UP Artistes

Peux-tu m’expliquer ta technique, c’est un peu mystérieux
pour moi ?

Je travaille en alternance en gravure et en peinture . Pour le moment toujours
sur du papier, cependant j’aimerai travailler le volume, les assemblages,
poursuivre des recherches déjà engagées en ce sens, soit en faisant sortir la
gravure de son cadre, soit en travaillant les feuilles de métal ou encore la
céramique. Je n’ai pas assez le temps de pouvoir mettre en oeuvre toutes ces
expérimentations.

Es-tu influencée par des maîtres ?

Surtout ces trois là :
Odilon Redon pour son onirisme et sa douceur .
Paul Klee pour sa liberté et ses recherches sur les symboles et les couleurs, la
musicalité de ses compositions.
Et Fred Deux pour sa folie et son dessin.

Quelles sont tes lectures, tes références littéraires ?

Je lis beaucoup de romans historiques où sont liés art et politique afin de
comprendre comment la société et les événements politiques peuvent
intervenir sur l’art. Ca me permet également de vivre une époque que je n’ai pas connue .
Les livres de Sophie Chauveau par exemple, Dan Franck, les monographies d’artistes ou les livres sur les ateliers d’artistes .
Récemment j’ai lu Zao de Richard Texier aux éditions Gallimard et cela me permet de voir les artistes sous un autre angle que la peinture, dans leurs relations d’amitié et de connivence avec les autres artistes de leur époque .
Le bon livre aussi de Philippe Dagen, « artistes et ateliers » qui me permet de m’imaginer au coeur de la création.

Peins-tu des autoportraits ?
Je n’en ai réalisé qu’un, une fois, pour mon diplôme d’arts plastiques .

Qu’est devenu ton travail pendant le confinement ?

Il a pris de l’ampleur ! Du temps libéré, et de grandes feuilles de papier à disposition ont permis à la série « ROOMS » d’apparaître.
J’ai expérimenté un geste plus ample oublié des détails et mis en avant une
émotion plus immédiate avec une gamme de couleurs plus réduite.
C’est la série que j’ai exposée à Fernet Branca cet été.
Bien sûr, la notion de confinement, le sentiment d’être bloqué entre 4 murs a vu dans la peinture une échappée belle. Dans les Rooms , je revisite les lieux qui me sont familiers et les émotions qui m’ont parcourues dans ces endroits.
(ci-contre le Fakir)

Cette pandémie a-t-elle agit sur ton travail ?

Elle m’a donné du temps, c’est très précieux pour faire évoluer son travail et
pouvoir interpréter ses questionnements graphiquement.
Depuis le déconfinement, je continue les grands formats, je sens que j’ai
franchi une étape supplémentaire dans la liberté de mon expression artistique,
tant par le format que par les idées qui continuent de s’accumuler et les projets
que je consigne.

Que cherches-tu à exprimer dans ton travail, qui ne serait pas possible avec
des
mots ?

J’essaye d’imaginer un monde qui a existé ou qui va exister. Je m’interroge
beaucoup sur la notion de temps (géologique, à l’échelle des millions d’années
mais aussi historique) et la notion de création (les espèces, apparition/
disparition, utopie, préservation des écosystèmes, sensibilisation au beau qui est partout dans une bestiole mais aussi dans la ferraille d’une poutre).
Je souhaite surtout ressentir intensément des moments, des émotions très
particulières et que le public qui voit ces traces éprouve aussi immédiatement
une empathie, une compassion ou un regard non anodin sur mes dessins.

Le Séchoir est-il un apport pour toi ?

Membre fondateur au Séchoir depuis mai 2014.
A permis des collaborations, des expositions collectives jusqu’à Berlin, des échanges artistes riches tant au niveau des techniques que des recherches et des questionnements. Cela m’a permis aussi de découvrir nombre d’artistes plasticiens mais aussi musiciens et d’affuter mon regard sur les oeuvres grâce aux sélections lors des appels à projets de nos expositions.
J’acquiers des notions de scénographie, d’exposition également, bref un apprentissage dans tous les domaines !!
Cela n’a pas vraiment modifié ma manière de travailler mais me permet des rencontres, des échanges, d’entrer dans l’élaboration de projet et
ponctuellement des conseils dans des techniques que je pratique moins
souvent comme la céramique.

Les artistes doivent-ils être le reflet des sentiments, de la vision de leur

époque ?

Pour moi , l’artiste doit être le reflet de son époque, mais comme le temps agit
sur nous, inéluctablement et que je suis persuadée que vivent au fond de nous
des vies antérieures, les époques précédentes transpirent dans le présent .Le
sentiment que l’on donne à voir à travers nos peintures, nos textes, nos dessins, il n’est pas si spontané, il n’est pas qu’une bribe de contemporanéité,
imbibé d’actuel mais pas essentiellement, il est plutôt le résultat d’une
réitération de ce même sentiment à travers les âges, les époques.
Tous les sentiments ont déjà été vécus, mais les artistes les transmettent au coeur de l’époque dans laquelle ils sont nés, sur un fond d’une époque plus ancienne, présente aussi en eux.

Quelle est ta plus belle rencontre en art ?

Celle qui évolue. J’ai pu être totalement insensible à l’oeuvre d’un artiste et
avec le temps ou la médiation de galeriste par exemple, commencer à apprécier
les mêmes oeuvres. Passer de l’indifférence à un sentiment intense sur une
même image, je trouve ça fort, avec le temps.

As-tu une définition de l’art ?

Ce serait : L’art c’est une émotion animale, primaire qui nous saisit sur une
image, une musique, une phrase, c’est vital.

Une future exposition « Katalog « , à venir au
Centre d’Arts en Mouvements Le Séchoir.

Ateliers Ouverts 2020, 10 et 11 octobre 2020 à partir de 14 h

                                                                   Série Rooms

Delphine Gutron
Atelier Le Séchoir
– 25 Rue Josué Hofer, La Tuilerie,
68200 Mulhouse

site Web :
https://www.delphinegutron.com
faceBook :  https://www.facebook.com/DelphineGutron

Taro Izumi. ex

C’est jusqu’au 15 novembre 2020 au musée Tinguely de Bâle
Commissaire d’exposition : Séverine Fromaigeat.

La grande exposition d’automne du Musée Tinguely offre une immersion dans le monde malicieux et ludique de l’artiste japonais Taro Izumi (*1976, Nara). Izumi observe nos modes de vie, examine nos relations sociales et celles que nous entretenons avec le monde naturel  et animal.  Il en   conçoit  des  oeuvres multiformes  et inclassables qui, à partir d’une trame simple et d’une certaine économie de moyens, embarquent pour des voyages aux portes de l’absurde.
Dans l’exposition« ex», l’artiste déploie son univers créatif unique, un écosystème organique qui n’appartient, en tant que tel, a aucune catégorie artistique établie.
Sculpture, installation, performance et vidéo s’y mêlent étroitement.
De la même manière, les matériaux s’ajoutent les uns aux autres – bois, textile, plantes, animaux empailles, objets familiers ou éléments recyclés de toutes sortes -, dans des constructions en apparence chaotiques et pourtant précisément conçues et assemblées. Rencontrer cet univers luxuriant et en constante expansion, c’est la promesse de télescopages, de rebonds, de chevauchements. C’est entrer dans un kaléidoscope visuel et mental.

Au Musée Tinguely,  Taro Izumi présente sa première exposition personnelle d’envergure en Suisse, avec des oeuvres spécifiquement conçues pour les espaces du musée et qui proposent une réflexion sur les bouleversements culturels et sociétaux apparus avec le Covid-19.

L’exposition s’accompagne d’une publication qui, pour la première fois,
fournit une description complète de l’oeuvre d’Izum.

 

 

Video as medium as mirror as image as movement as object as video

La technique la plus adaptée à la retranscription instantanée des actions que l’artiste invente est la vidéo. Il l’emploie à la manière d’un stylo qui capte et traduit tout ce qu’il observe. Medium pivot de sa pratique, elle est de toutes ses installations, de toutes ses expositions et joue un rôle sémantique essentiel. Pour « ex », au Musée Tinguely, les écrans, omniprésents, envahissent l’espace: ils rythment les salles, ils se placent au sol et au plafond, s’accrochent aux murs et s’inclinent dans les airs. La vidéo, sur ses supports, déroute : elle accapare, elle captive, et, en cherchant continûment à l’intercepter, sature l’attention des spectateurs et spectatrices. En faisant l’expérience immersive des 0euvres vidéos de Taro Izumi, on ne peut s’empêcher de penser a l’espace urbain tokyoïte débordant de sons et d’images que certaines installations semblent rejouer.

Taro Izumi au Musée Tinguely – Une tentative de saisir l’insaisissable

Tickled in a dream maybe ? (2017) est la plus grand installation multimédia présentée au Musée Tinguely. Cette série, entremêlant sculptures et vidéos, se déploie à partir de photographies de sportifs – principalement des footballeurs – captés en plein élan acrobatique. A partir de ces images décrivant des actions spectaculaires – comme des reprises de volée, des tacles glissés, l’audacieuse pirouette d’un tir légendaire ou le saut dans les airs d’un célèbre basketteur -, Izumi compose des structures de soutien permettant à des performeurs de simuler ces mouvements impossibles à reproduire pour quiconque n’y est pas entrainé. Entre le meuble et la prothèse, le socle et la sculpture, ces structures architecturées aux airs bricolées prennent des formes très variées, qui ne sont pas sans évoquer – tant formellement que conceptuellement – les 0euvres interactives de Jean Tinguely (1925-1991) ainsi que son esprit bricoleur et espiègle. L’artiste tente ici de saisir l’insaisissable : le mouvement, le temps et la gravité.


Exhibition as Gesamtkunstwerk

Les expositions de Taro Izumi ont pris au fil du temps une dimension immersive importante. C’est a travers le medium expositionnel que l’artiste habite les espaces, qu’il élabore une narration. Ces dernières années, il a principalement imaginé ses 0euvres en réponse aux lieux où il est invité à montrer son travail.
Cela l’a conduit à envisager « l’exposition » comme une 0euvre en soi.
Par le biais de la technologie digitale et de l’usage récurrent de la vidéo, du streaming et de la superposition d’images, l’artiste constitue un réseau complexe d’interactions entre ses 0euvres.

Des robots aspirateurs et un théâtre sans spectateurs

Taro Izumi imagine chaque pièce de sa grande exposition au Musée Tinguely comme un organe vivant à l’intérieur de l’organisme qu’est l’exposition. Chaque 0euvre a un rôle à jouer afin que l’exposition respire, vibre, se meuve, chante et s’illumine. Des robots aspirateurs sont suspendus en l’air comme démis de leur fonction première; des lumières clignotent continuellement sur les écrans, des sons arrivent de toutes parts;

(Théâtre Covid-19)
et en contrepoint, un immense théâtre (400) dont 30 000 dans le monde entier, 
silencieux, sans spectateurs ni spectacle attend les visiteurs et est un hommage.
ce sont 10 mn enregistrées, sans rien faire, ni parler, dans un théâtre imaginaire, une mise en scène d’une pièce, une plaque en laiton, avec le numéro de la place, avec un Iphone en life streaming on peut voir ce qui se passe dans le musée sans y être. Izumi nous parle ici de l’absence, du vide et de présence virtuelle, de lieux qui sont devenus inaccessibles. Il propose son regard sur les nouveaux types de comportements qui ont récemment émerge avec l’avènement du Covid-19.

Avec une forme de légèreté et un sens de l’ironie, Taro Izumi parvient à amalgamer ces univers supposément antagonistes. Il navigue entre ces mondes, de l’organique au technologique, et du technologique à l’organique, en passant par tout ce qui existe entre les deux. Son esthétique, rebelle à toute étiquette, renvoie cependant à l’art total prôné par Fluxus

Boules de billard en plexiglass
C’est une boule enfermée dans une cage en plexi, comme lorsque nous étions enfermé, privé d’air, de mouvement, isolé, pendant le confinement, métaphore de notre vie de ces derniers mois.



Missing Cats
Taro Izumi, se pose la question de savoir, où se trouvent ces chats perdus du monde entier. Sur un site Web, qu’on peut consulter, il se demande si on peut voir ou pas, ou simplement imaginer ce qu’ils font et deviennent.



Publication

L’exposition est accompagnée par le premier catalogue qui examine avec profondeur le travail de l’artiste. Cette publication éditée par Hatje Cantz, placée sous la direction de la commissaire d’exposition, a été réalisée en étroite collaboration avec l’artiste, qui a lui­ même élabore le corpus iconographique de l’ouvrage. Le catalogue retrace et examine en profondeur son parcours, avec essais critiques, interviews et un riche cahier iconographique. Traduisant une idée de circularité et de constant mouvement, cet ouvrage peut être lu verticalement et regardé horizontalement, se transformant en un objet ludique,à observer, toucher et interpréter de multiples manières.

Avec une préface de Roland Wetzel, un essai détaille autour de la trajectoire artistique de Taro Izumi par Séverine Fromaigeat, un texte sur la nature ontologique de ses 0euvres par Keren Goldberg, un dialogue entre l’architecte Jun Aoki et le conservateur de musée Kenjiro Hosaka, une brève description biographique par l’historien de l’art Jean de Loisy, des interludes épistolaires par le curateur Gabriel Ritter et l’éclairage du zoologiste Robert Zingg sur le monde animal en captivité. Le catalogue donne un aperçu complet de l’évolution de l’0euvre de Taro Izumi et dévoile son intérêt  pour des thèmes qui affleurent dans sa pratique, comme l’architecture, le monde animal et les questions conceptuelles relative à la conception artistique.

  

Informations pratiques Musee Tinguely :

Titre de l’exposition: Taro Izumi. ex

 

Adresse: Musée Tinguely I Paul Sacher-Anlage 1 I 4002 Bâle

Heures d’ouverture: du  mardi au dimanche, de 11h a 18h

Site  Internet:  www.tinguely.ch  I www.taroizumi.com/en/

Medias sociaux : @museumtinguely I #museumtinguely I #tinguely I #taroizumi

Journee speciale « Taro Izumi» à l‘occasion des Kunst Tage
 Dimanche, 20 septembre 2020
11-18h Videos screenings
15-16h Curator’s tour

16-17h Artist talk:
entretien avec l’artiste Taro Izumi et la commissaire de l’exposition.

Pour tout le sel de la terre

photo Sylvain Scubbi

Dépaysement et anthropocène du Bassin potassique

Au séchoir, « Pour tout le sel de la terre », jusqu’au 20 septembre 2020

Dans le cadre de la Biennale de la Photographie de Mulhouse,
commissaire général: Anne Immelé,
l’exposition collective conçue par Mickaël Roy, propose une lecture post-industrielle, environnementale et sociale du Bassin potassique alsacien à travers une sélection de photographies de
Bernard Birsinger, Stéphane Spach, Dominique Bannwarth,
Jacky Naegelen & Sylvain Scubbi.

                                      Sandrine Stahl, Mickaël Roy, Anne Immelé

Origine du projet

Mickaël Roy, commissaire d’exposition raconte :
C’est un projet qui vient de ses années d’adolescence durant lesquelles il fréquenta le collège Joliot-Curie de Wittenheim.
« Le collège est construit sur un ancien puits minier, mais jamais personne ne nous a parlé de l’histoire minière, aucune trace, aucune plaque ne rappelle cette mémoire. Partant de cette forme d’amnésie collective, je me suis dit qu’il serait intéressant de faire émerger une mémoire visuelle et sociale de ce territoire. »

Bernard Birsinger


Cinq photographes

Trois corpus d’images y sont rassemblés, dont certaines n’ont jamais été montrées en Alsace, et témoignent de la transformation des paysages d’un territoire alsacien emblématique.

                                          Stéphane Spach
Mickaël Roy y a rassemblé les travaux de cinq photographes publiés dans les années 1980 et 1990. Ils étaient tout jeunes alors ! Stéphane Spach, aujourd’hui installé à La Claquette dans le Bas-Rhin, a derrière lui une belle carrière de photographe ; autodidacte, il a longtemps été inspiré par la nature et s’adonnait aussi à la photographie culinaire. Il a publié en 1999   Terres fertiles , dont sont tirés les clichés exposés.

                                   Dominique Bannwarth, Sylvain Scubbi

Jacky Naegelen et Dominique Bannwarth travaillaient quant à eux à l’agence locale de L’Alsace à Wittelsheim lorsqu’ils publièrent Kali avec Sylvain Scubbi. Le premier a mené depuis une brillante carrière de photographe de presse pour Reuters, il est aujourd’hui retraité. Le second exerce toujours, au sein du journal L’Alsace , mais il a privilégié l’écriture. Le dernier a assidûment pratiqué la photo en parallèle d’une carrière dans l’industrie.

                                      Bernard Birsinger

Quant à Bernard Birsinger, il fut partie prenante de la Mission photographique de la Datar (Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale) dans les années 1980 et en dévoile quelques clichés. Photographe professionnel, il a mené une carrière prolifique en expositions et en ouvrages.

                                        Sylvain Scubbi

Histoire sociale et dimension mémorielle

Tout en noir et blanc, avec quelques photos actuelles qui concèdent à la couleur dans cette exposition où le documentaire se mélange au patrimoine. Histoire sociale, humaine, patrimoniale, environnementale, tout est abordé ici, par la force des photographies.
« Un territoire conserve la mémoire des lieux. Le Bassin potassique a été habité et transformé par le prisme du temps et des transitions humaines et environnementales. Les photographes ont saisi des images dignes d’être représentées, que ce soit dans une dimension documentaire, frontale ou sublime et onirique », complète Mickaël Roy.
Le commissaire de l’exposition insiste aussi sur sa dimension mémorielle et souhaite qu’elle soit une amorce à quelque chose de plus large, conviant le public à partager des témoignages ou des photos.

avec l’aimable autorisation pour le texte de Claudine Studer Carrot

 

Mickaël Roy, commissaire

 

Après des études d’histoire de l’art, on a pu le rencontrer au Musée des beaux-arts de Mulhouse en tant que médiateur culturel. Puis il développe une pratique indépendante de recherche en arts, de critique d’art, de commissariat d’expositions et de projets artistiques ainsi que d’enseignement, de conférences et de médiation dans le champ des arts visuels et plastiques.
Il a œuvré notamment auprès de la Biennale d’art contemporain de Lyon, de la galerie du Granit à Belfort, mais aussi plus récemment comme chargé de mission à la mairie de Wittenheim. Mickaël Roy est actuellement chargé du développement culturel auprès de l’association Emmaüs Centre-Alsace, avec notamment la préfiguration d’un lieu d’action artistique, culturelle et solidaire, la villa Kientz.
Le thème du Bassin potassique s’est imposé à lui lorsqu’Anne Immelé, directrice artistique de la Biennale de la photographie de Mulhouse, lui a confié le commissariat d’une exposition pour l’édition 2020.

Plusieurs expositions se déploient dans Mulhouse :

Ce noir tout autour qui parait nous cerner,
Nolwenn Brod, Isabelle Giovacchini, Jean-Baptiste Grangier,
Alain Willaume, Giovanna Silva,
Geert Goiris ainsi que des photographies issues de la collection de
Madeleine Millot-Durrenberger
(commissariat d’Anne Immelé au Musée des Beaux-arts),
Avant la nuit de Christophe Bourguedieu
à La Filature,
Comme des tourbillons de poussière, exposition collective conçue par
Pascal Amoyel
à la Galerie de la bibliothèque, se déploie à partir des séries photographiques d’Olivier Kervern, Louis Perreault, Antoine Seiter et Jean Marquès.

Le Séchoir
25, rue Josué Hofer
68200 Mulhouse

Susanna Fritscher, Frémissements

Jusqu’au 14 septembre 2020, au Centre Pompidou Metz

Un coup de coeur
Au cœur de l’architecture blanche du Centre Pompidou-Metz,
Susanna Fritscher, transforme en paysage imaginaire une des galeries suspendues entre terre et air.
Tout le plateau est pris par l’installation (vidéo), avec le jeu de la baie vitrée du musée, qui si l’on avance donne à voir, un paysage large, de loin, la vue sur l’église de Metz.

Le plaisir des yeux, mais de la permanence de l’éphémère

L’artiste autrichienne installée en France qui a récemment fait basculer les espaces des Mondes Flottants de la Biennale de Lyon, du Musée d’arts de Nantes et du Louvre Abu Dhabi dans l’immatérialité, réinvente notre relation au réel, à ce qui nous entoure, à l’environnement qu’elle soulève, trouble, confondant l’atmosphère avec l’architecture qui devient liquide, aérienne, vibratile.


« Les matériaux que j’utilise, plastiques, films, voiles ou fils, sont si volatiles qu’ils semblent se confondre avec le volume d’air qu’ils occupent. Dans le jeu qu’ils instaurent dans et avec l’espace, la matérialité bascule et s’inverse : l’air a désormais une texture, une brillance, une qualité ; nous percevons son flux, son mouvement. Il acquiert une réalité palpable, modulable – une réalité presque visible – ou audible, dans mes œuvres les plus récentes qui peuvent se décrire en termes de vibration, d’oscillation, d’onde, de fréquence… »
précise l’artiste.

                                                Photo centre Pompidou Metz

Elle explore le système d’aération du Centre Pompidou-Metz comme un organisme dont elle capte le pouls. Les pulsations de l’air qui émanent de son métabolisme deviennent la matière première d’une chorégraphie de lignes formées par les longs fils de silicone qui captent et reflètent la lumière. Les vagues ondulatoires sans cesse réinventées se propagent et mettent en branle cette forêt impalpable que les visiteurs sont invités à traverser. La nef du centre d’art résonne et amplifie les flux d’air qui y circulent et qui la métamorphosent en un immense corps sonore, instrument à vent qui laisse sourdre les souffles libérés du bâtiment.

Ce belvédère sensible et propice à la contemplation capte les mouvements et frissonnements de la nature. Comme par capillarité, les rythmes générés par ces lignes infinies de silicone, que Susanna Fritscher dompte et orchestre, vibrent et s’harmonisent à l’unisson avec ceux des corps des visiteurs-promeneurs, invités à se détacher de la pesanteur, de la gravité. Cet environnant rend également perceptible l’instabilité du temps présent et ses frémissements figurent alors un prélude ou une invitation à de possibles soulèvements. Les visiteurs apparaissent comme des grisailles.

France Culture, la critique à partir de 17 mn

Richard Chapoy -ARTCHIMIE-

Prénom : Richard
Nom : Chapoy
Profession : promeneur dans les arts
signe particulier : dendrophile

Faut-il encore le présenter ? Il est « presque » connu comme le loup blanc dans sa jungle poétique d’arbres, présent localement dans de nombreuses expositions, et sur les réseaux sociaux.

Les 28/29/30 août les visiteurs ont pu découvrir ses dernières créations disséminées dans son jardin, bien en évidence ou cachées dans la végétation luxuriante de l’été, ainsi que dans son atelier qui occupe une bonne partie de son sous-sol à Illzach.
Un dessin a été offert au visiteur, à choisir dans la profusion de sa production par celui qui réfute le qualificatif d’artiste.
Ce gaucher contrarié, en guise de représailles contre les Ayatollahs de la main droite, a autorisé dans ses cours, l’usage de toute possibilité permettant de
dessiner . Il a enseigné le dessin dans différents collèges et endroits de la région.

Comment est- vous venu à l’art ?

Enfant en découvrant les reproductions des impressionnistes et des fauves dans l’almanach que recevait ma grand-mère tous les ans. Très marqué par l’entrée en gare St Lazare de Monet (une grande émotion la première fois devant le tableau au musée d’Orsay).

Depuis quand dessinez-vous ?

Depuis ma petite enfance, une activité importante avec plein de petits bricolages.

Comment définissez-vous votre travail ?

Une promenade quotidienne dans les mélanges improbables, une recherche de matières, de réactions, vers une simplification maximale avec le temps …

Faites-vous des dessins préparatoires ?

Non, tout démarre comme une improvisation qui se structure sur la durée avec un fond d’expérimentations et de souvenirs.

Quand travaillez-vous ?

Tous les jours, tout le temps. Dans l’atelier ou le jardin. En fonction du jour, je peux commencer à 6h le matin jusqu’à 23h. Entre 3 et 12h par jour depuis 30 ans par besoin vital !

Quelle est votre technique ?

Un jeu avec toute sorte de constituants, une « cuisine » très personnelle.
Toutes sortes de papiers, papier de soie, papier Kraft, cartons, bois, boîtiers de CD, nacre…) et des réactions entre les produits (émulsions instables, matières végétales, solvants, acides, colorants, encres…)

On pourrait y chanter les petits papiers de Gainsbourg et Régine

Vous référez-vous à des maîtres ?

Très nombreux depuis mon enfance : Monet, Matisse, Ernst, Magritte, Klee, Alechinsky, Hartung, Dubuffet, Soulages, Baselitz, Fautrier, Richard Long, Richard Serra, Mondrian (hommage à) … et d’autres.

Références littéraires : Antonin Artaud (les œuvres complètes), Henri Michaud, Pierre Daix, Michel Pastoureau, Michel Draguet …

Le confinement a t’il influé votre travail, on a pu voir de nombreuses publications sur un réseau social ?

Pas de changement sauf une réalisation quotidienne de paysages imaginaires. Pas d’incidence, je suis un contemplatif très affairé, sans angoisse ni certitude avec un besoin vital de faire !

A cause du confinement, 4 expositions ont été annulées, 4 réalisées, 3 en prévision cette année.

A venir, une exposition à la cave dimière
de Guebwiller,
Pour être informé de ses prochaines expositions, vous pouvez consulter les informations sur sa page Faceboock
ci dessous

 

L’artiste

« Je ne suis pas artiste juste un promeneur dans les arts, l’actualité me fait parfois réagir (quelques dessins et peintures sur les naufrages des migrants en méditerranée mais que je ne mettrais pas en vente) mais pour l’essentiel je suis « homme des cavernes »  loin des visions sociologiques ou politiques de certains.« 
La simplicité d’une forme d’art, le plaisir du regard partagé, mon petit univers en croissance permanente …

 

Sa devise :

Pour une poésie du concret, pour que l’improbable trouve une réalité.

Sa définition de l’art :

Un souffle de vie, comme un vent apportant l’émotion.

Richard Chapoy -ARTCHIMIE–   

Sommaire du mois d’août 2020

Giuseppe Penone
Frontières indistinctes – Noce, 2017
Bronze, marbre blanc de carrare

26 août 2020 : « L’Île Des Morts » D’Arnold Bocklin
23 août 2020 : Christophe Bourguedieu
14 août 2020 : Christo au musée Würth
01 août 2020 : LES FRÈRES BURDA. Une histoire des Collections

« L’Île des morts » d’Arnold Bocklin

Cette île mystérieuse, baptisée l‘île des morts, exerce sur moi une sorte
d’attirance/répulsion. Je ne peux m’empêcher de la scruter et d’imaginer,
une histoire tragique, un mystère terrifiant.
Il en existe cinq versions.

L’auteur de cette toile est Arnold Böcklin. Il est considéré comme le représentant de l’âme germanique.

Cette icône du symbolisme touche un nerf sensible de cette époque et en tant que reproduction gravée a trouvé sa place dans de nombreux intérieurs bourgeois de la fin de siècle.
Largement popularisé par une gravure de Max Klinger, véritable icône européenne du symbolisme fin-de-siècle, il s’agit d’un des tableaux les plus diffusés, reproduits, copiés, plagiés, interprétés et réinterprétés de l’histoire de la peinture et des formes symboliques. Apprécié au plus haut point d’Elisabeth d’Autriche comme de Lénine, de Hitler et de D’Annunzio, Clemenceau et Freud en possèdent une reproduction. Strindberg en fait la toile de fond de la scène finale de La sonate des spectres. Il inspire Serge Rachmaninov, mais aussi des metteurs en scène comme Patrice Chéreau, Martin Scorsese et Richard Peduzzi à Bayreuth, ainsi que des auteurs de bande dessinée. Dali le pastiche. En 1945, Mark Robson en reconstitue le décor pour un film d’horreur avec Boris Karloff. Plusieurs sites Internet lui sont consacrés…

Depuis 1880, elle est conservée au Kunstmuseum de Bâle.
Elle représente une île au coucher du soleil, vers laquelle se dirige une embarcation conduite par un passeur. À ses côtés dans le bateau, un défunt debout, dans son linceul regarde vers la crique dans laquelle va entrer la barque. Sur l’île, une cour dans l’ombre, des rochers escarpés et de hauts cyprès donnent à l’ambiance un parfum de solitude et d’oppression.

Genèse de l’œuvre

En avril 1880, Böcklin travaille sur la première version de L’Île des Morts, quand Marie Berna-Christ lui commande « un tableau propice à la rêverie ». Böcklin décide de faire une seconde version de dimensions légèrement réduites, toutes deux achevées en juin 1880. La forme blanche et le cercueil sont un ajout effectué à la demande de Marie Christ-Berna, commanditaire de la seconde version. Cependant cet ajout convainc Böcklin de sa nécessité, car il retouchera la première version pour l’inclure, et maintiendra ce motif dans toutes les versions suivantes. Cette demande de Marie Christ-Berna ne peut être comprise qu’en évoquant succinctement sa vie.
Elle épouse en 1864 M. Berna qui meurt un an plus tard. En avril 1880, presque au moment où elle commande le tableau à Böcklin, elle se fiance avec le comte Waldemar von Oriola, qu’elle épouse en décembre. On comprend alors cette volonté de Marie Berna de se représenter accompagnant son ancien mari, le confiant à cette île. Elle peut ainsi mettre fin plus facilement à son deuil, et accepter ce nouveau départ par cette forme d’adieu tout en conservant le souvenir de son ancien compagnon. Elle marque la fin et le renouveau de sa vie, sentiment souvent rattaché à la mort.

Arnold Böcklin, L’île des morts, version de 1883 (Alte Nationalgalerie de Berlin).

Au-delà du deuil de Mme Berna, cet ajout équilibre visuellement la composition, et cette tache blanche crée un contraste lumineux avec l’intérieur de l’île recouverte de ces arbres sombres. Cette forme vaporeuse attire le regard, diminuant ainsi l’appréhension du gouffre ténébreux du centre de la peinture. Il est clair que dans les versions suivantes cette forme cesse de ne représenter que Mme Berna mais une sorte de compagnon de route, un adjuvant, voire un ange. La mort apparaît alors juste comme un passage calme, dont cette île est la destination.

Arnold Böcklin, L’île des morts, seconde version de 1880 (Metropolitan Museum de New York)

À partir de la troisième version, le ciel nocturne laisse place à un jour blême, diminuant la portée énigmatique de la traversée. En parallèle, l’île devient plus précise dans ses contours, et la main de l’homme à travers les aménagements se fait plus visible. Dans la cinquième version, la « mystique » de l’œuvre semble avoir laissé place au concept plus « artificiel » de l’île tombeau, bien qu’y réside toujours l’ombre de la mort.

Arnold Böcklin, L’île des morts, version de 1886 (Museum der Bildende Künste de Leipzig).

L’île, dans sa dernière version, est une suite de falaises abruptes, plus hautes et plus claires, formant un hémicycle fermé par une construction humaine absente des premières versions, délimitant ainsi un téménos : en grec, espace coupé du reste du monde et donc sacré. L’horizon plus clair permet de voir l’espace lointain et rien ne s’y trouve, intensifiant l’isolement de l’île. De plus, on n’y accède que par une barque, en traversant une mer d’huile. Le passeur, qui rappelle par sa fonction l’antique Charon, le nocher, dans la dernière version est un homme noir, possiblement pour signifier la distance
.
                    Version de 1884, détruite lors du bombardement de Rotterdam

En effet, nous pouvons voir ici l’image d’une île ne se trouvant pas en Europe, voire éloignée de toute réalité ; elle ne représente qu’un ailleurs, inconnu et inaccessible aux gens du commun.
En ajoutant ses initiales A. B. sur la tombe à l’extrême droite de l’île, à partir de la troisième version, Böcklin nous livre ici sa vision de l’artiste et se compte parmi les élus. L’artiste devient cet être isolé, ce héros qui doit sans cesse faire le voyage vers l’île, symbole de l’inaccessible et de l’indéfini. La mort et la solitude deviennent alors synonymes, pour celui qui à travers ce périple tire du néant la matière de la création. C’est d’ailleurs l’interprétation qui se dégage du roman de Roger Zelazny portant le même titre.

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 L’Ile des Vivants
Arnold Böcklin (1827-1901) a peint ce tableau deux ans après la dernière
des cinq versions de « l’île des morts » (1880-1886)
Un peu Kitch

Ecoutez sur France TV

La galerie aménagée au Kunstmuseum pour Böcklin

 

Christophe Bourguedieu

Exposition à la Galerie de la Filature de Mulhouse jusqu’au 13 septembre 2020

Le temps fort de la 4e Biennale de la photographie de Mulhouse (BPM)

Christophe Bourguedieu a été l’hôte de la galerie de la Filature en 2002, c’était déjà une proposition d’Anne Immelé, collaboratrice à l’époque, pour la programmation et le suivi des projets auprès de Paul Cottin.
Christophe Bourguedieu nous a guidé à travers son exposition, « Avant la Nuit », en toute improvisation, en ponctuant certains éléments, en soulignant, la pertinence ou la cohérence de ses choix, soutenu, par la commissaire Anne Immele, qui est à l’initiative du choix du photographe, qui souligne la commande de la photographie spécialement conçue pour Mulhouse.

Une salle dédiée à Mulhouse

Une salle est spécifiquement dédiée à Mulhouse, des paysages, des maisons,
des personnages, qui devraient être le reflet de notre ville.
D’autres photographies, provenant du monde entier où Christophe a voyagé proposent des lieux étranges, parfois très impersonnels. Des liens imperceptibles se voient, par certaines couleurs, un peu de rouge, comme le petit pan de mur jaune …. une voiture jaune, des volets de même couleur, une lumière idéale, une photo parfaite.


La présence de certains animaux, des constructions se répondent par des jeux de symétrie, ou des inversions, suggérant la possibilité d’une lecture différente.
Un boxeur, un Botticelli, un après-midi chez le voisin d’Anne, un hôtel mulhousien (Witz), de belles jeunes femmes, un chien blanc, en rappel un ragondin blanc, toutes ses choses doivent faire sens et lien. L’univers de Wim Wenders, d’Edward Hopper, par le côté impersonnel, voire mélancolique, sensoriel.

Christophe Bourguedieu est un photographe mondialement connu et reconnu

Il n’aime pas les images trop évidentes, trop esthétiques, trop symboliques, trop militantes, voire, trop humaines. Ses photographies peuvent sembler anodines, impersonnelles, sa recherche de la neutralité est presque obsessionnelle, pas de couleurs claquantes. Il s’attache à la lumière, à l’espace, à la singularité.

La BPM-BIENNALE ou

le Microcosme mulhousien de la culture masqué


Benoit André professionnel de la culture, ancien de Chaillot est à son affaire, il n’a pas eu de chance, nouveau directeur de la Filature depuis le 1er janvier, il est tombé de plein pied dans la pandémie. Il s’est fait fort de faire ouvrir la Galerie de la Filature, auprès des autorités préfectorales qui lui opposaient la COVID, ce qui a permis d’exposer les photographies de Christophe Bourguedieu,
À la tombée de la nuit.

Anne Immele, professeur, docteur en Photographie, maitre d’œuvre de la Biennale, nous explique avec enthousiasme la cohérence des photos exposées, l’étrangeté de l’ambiance dans le contexte actuel, de la pandémie, du désert culturel, des catastrophes mondiales, Californie, Liban, Australie, l’image de Mulhouse en lien avec St Nazaire, une photo de l’arrêt de tram St Nazaire…..

Anne Catherine Goetz, nouvelle adjointe à la culture issue des récentes élections municipales, par son discours de vernissage, inaugure ses nouvelles fonctions, et ouvre ainsi l’exposition Christophe Bourguedieu,

Éric Kheliff, comédien, vice-président de MAC,  en doublure de Dominique BANNWARTH, président de MAC, absent pour cause de vacances, déclame ou plutôt lit son papier, pour se féliciter de la participation de MAC à la Biennale et à la Galerie de la Filature, de leur partenariat avec l’Agrandisseur. Il remercie, Christophe Bourguedieu, Anne Immele, Benoit André et Anne Catherine Goetz pour leur collaboration. En conclusion il annonce une future exposition en off, de l’artiste Fahd El Jaoudi, soutenu par MAC, Mulhouse Art Contemporain.

L’exposition est accompagnée d’un guide de salle, édité par Novo, dans lequel vous pouvez lire un entretien entre Michel Poivert et Christophe Bourguedieu.

il est très difficile de photographier des photos

Informations

Des visites aux horaires suivants :
du mardi au samedi de 13h30 à 18h30
Sauf samedi 29 août de 11h à 18h30

Dimanche 30 août de 14h à 18h

Visites commentées possibles sur RDV (à partir de 4 personnes)
au 06 99 73 81 80 ou agrandisseur@gmail.com