L’exposition présentée au musée d’Orsay à l’automne 2024 prend pour sujet la prédilection de Gustave Caillebotte (1848-1894) pour les figures masculines et les portraits d’hommes, et ambitionne d’interroger la modernité si radicale des chefs-d’œuvre de l’artiste au prisme du nouveau regard que l’histoire de l’art porte sur les masculinités du XIXe siècle.
Dans sa volonté de produire un art vrai et neuf, Caillebotte prend pour sujet son environnement immédiat (le Paris d’Haussmann, les villégiatures des environs de la capitale), les hommes de son entourage (ses frères, les ouvriers travaillant pour sa famille, ses amis régatiers, etc.) et en fin de compte sa propre existence. Répondant au programme « réaliste », il fait entrer dans la peinture des figures nouvelles comme l’ouvrier urbain, l’homme au balcon, le sportif ou encore l’homme nu dans l’intimité de sa toilette.
À l’époque du triomphe de la virilité et de la fraternité républicaine, mais aussi de première crise de la masculinité traditionnelle, la nouveauté et la puissance de ces images questionnent aussi bien l’ordre social que sexuel. Au-delà de sa propre identité, celle de jeune et riche célibataire parisien, Caillebotte porte au cœur de l’impressionnisme et de la modernité une profonde interrogation sur la condition masculine.
Ce projet est motivé par l’acquisition récente de deux peintures majeures de Caillebotte par le J. Paul Getty Museum (Jeune homme à sa fenêtre) et le musée d’Orsay (Partie de bateau), et s’appuie sur la présence du chef-d’œuvre de l’artiste, Rue de Paris, temps de pluie, prêté par l’Art Institute of Chicago. L’exposition, composée d’environ 70 œuvres, réunit les plus importants tableaux de figures de Caillebotte mais aussi de pastels, dessins, photographies et documents.
Cet évènement est organisé l’année du 130e anniversaire de la mort de l’artiste(1894), qui correspond également à la date du legs de son incroyable collection de peintures impressionnistes à l’État.
Pour célébrer cet évènement, l’ensemble des œuvres du legs est présenté temporairement dans une des salles du parcours permanent du musée, faisant revivre l’ouverture de la « salle Caillebotte » au musée du Luxembourg en 1897. (Pour des raisons de conservation, les pastels de Degas et les dessins de Millet qui font partie du legs Caillebotte ne sont pas présentés).
Cet évènement s’inscrit dans la continuité des nombreuses expositions qui, depuis la grande rétrospective de 1994-1995 (Paris, Chicago), ont permis de redécouvrir la figure Gustave Caillebotte (1848-1894) et de mettre en lumière certaines facettes de son œuvre : la période de Yerres, les liens entre sa peinture et la photographie, sa passion pour l’art des jardins, etc.
Cette exposition sera présentée au J. Paul Getty Museum, Los Angeles du 25 février au 25 mai 2025 et à l’Art Institute of Chicago du 29 juin au 5 octobre 2025.
Informations pratiques
Musée d’Orsay
Esplanade Valéry Giscard d’Estaing 75007 Paris
Accès transports
Métro : ligne 12, station Solférino
RER : ligne C, station Musée d’Orsay
Bus : 63, 68, 69, 73, 83, 84, 87, 94
Horaires
Mardi au dimanche 9h30 – 18h. Dernier accès au musée à 17h, dernier accès aux expositions à 17h15, fermeture des salles à partir de 17h30.
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h45. Dernier accès au musée et aux expositions à 21h, fermeture des salles à partir de 21h15.
Fermé tous les lundis, les 1er mai et 25 décembre.
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Mené en 2021 et 2022 auprès des habitants du quartier Bel Air, à Cernay, le projet La mémoire des murs, de Françoise Saur, est de nature mémorielle.
Il s’agit de documenter la fin d’un monde, les espaces vidés d’habitations promises à la démolition d’immeubles populaires de cette commune proche de Mulhouse.
L’auteure de Femmes du Gourara, Les années Combi et Prises de vie, autres livres publiés par Médiapop Editions, s’attache à rendre compte avec beaucoup de grâce, à travers des traces de vie laissées dans les appartements, de l’existence d’habitants ayant été relogés (dernière section de l’ouvrage).
Ce sont d’abord des lés de papiers peints, sortes de découpages involontaires à la Magritte donnant une impression d’abstraction.
Peu à peu, la vie apparaît, des dessins sur le plâtre, des inscriptions, des verres de vin posés sur le sol entourés de fils bleu, blanc, rouge, symboles de la République.
En effet, tout ici est de l’ordre du tissage, de la capacité à construire des liens, à débrouiller les fils pour penser de nouveaux nouages.
Des plafonniers, le carrelage mural d’une salle de bain, un fauteuil fuchsia dans une chambre rose bonbon.
Tout était beau et neuf à la fin des années 1960 lorsque furent construites les tours d’habitation, nécessaires pour y accueillir des habitants au sortir de la guerre, les travailleurs venus de Pologne ou d’Italie, puis ceux issus des anciennes colonies, oeuvrant à la prospérité de la France (les usines Peugeot ne sont pas loin).
Dans la deuxième partie de son bel ouvrage triste mais sans pathos, la photographe très sensible à la condition féminine – Françoise Saur est par ailleurs la première femme à avoir reçu le prix Niepce en 1979 – et au sort des moins nantis, fait poser des locataires dans leur ancien lieu de résidence.
Les visages sont graves, les yeux peuvent être mouillés, la vie a passé là, très vite.
Un quartier populaire, c’est un summum de contacts, beaucoup de passages, des travailleurs de toutes sortes, des femmes voilées ou non, des interactions incessantes.
Que sont les habitants expulsés devenus ?
Les voici dans de nouveaux intérieurs, proprets, soignés, décorés de neuf.
Le chat s’est-il habitué à son nouveau environnement ?
Et toi mamie ?
Et vous qui riez et venez probablement des Comores ?
A la télé, ce sont les mêmes programmes, mais sûrement en pire.
Le téléphone portable sonne, c’est l’heure de la prière, des retrouvailles, des nouveaux départs.
En juin 2013, un jeune de dix-huit ans, Nabil, s’est fait poignarder en bas de son immeuble.
Ce livre lui est dédié, on n’oublie pas, mais on avance, entourés de fantômes.
Livre à glisser sous le sapin de Noël
Ce livre est un voyage dans l’histoire d’un quartier populaire sorti de terre en pleine crise du logement dans les années soixante-dix. Le BTP, l’automobile, les filatures sont gourmandes en main-d’œuvre et attirent des populations d’origine maghrébine ou rurale qui quittent les fonds de vallées. Les baraques édifiées dans la hâte de l’après-guerre laissent la place à un grand ensemble en béton. Ainsi commence l’aventure du quartier Bel-Air. extrait …
Luc Maechel
Au musée du Louvre Paris, jusqu'au 3 FÉVRIER 2025 HALL NAPOLÉON Les commissaires de l'exposition sont: Élisabeth Antoine-König et Pierre-Yves Le Pogam, conservateur général au département des Sculptures, musée du Louvre.
Attributs du fou
Depuis l’expansion formidable de la figure du fou à partir du 14e siècle, la représentation de ce dernier s’est codifiée. Ce personnage est devenu bien reconnaissable grâce à son costume bigarré, expression du désordre et à ses autres attributs : la marotte – parodie de sceptre avec laquelle le fou peut dialoguer – les grelots de son costume ou encore le bonnet à oreilles d’âne et crête de coq. (signe de luxure, signe de bêtises), la cornemuse.
C’est dans ce costume qu’il est passé à la postérité, dans des portraits souvent factices où il regarde le spectateur d’un air moqueur, comme s’il tendait un miroir : qui est vraiment fou, lui ou le spectateur ? Rieur et bruyant, il mène la danse pendant ces périodes de fêtes et de carnavals où le monde est à l’envers.
« Infini est le nombre des fous », Ecclésiaste, chapitre I, 15
Étudiée par l’histoire sociale et culturelle, la fascinante figure du fou, qui faisait partie de la culture visuelle des hommes du Moyen Âge, l’a rarement été du point de vue de l’histoire de l’art : pourtant entre le XIIIe et le milieu du XVIe siècle, la notion de folie a inspiré et stimulé la création artistique, aussi bien dans le domaine de la littérature que dans celui des arts visuels.
Cette exposition ambitieuse et stimulante (vidéo de la commissaire) entend aborder la figure typiquement médiévale du fou à travers ses représentations. Elle rassemble au sein d’un parcours chronologique et thématique plus de 300 œuvres : sculptures, objets d’art (ivoires, coffrets, petits bronzes),
médailles, enluminures, dessins, gravures, peintures sur panneau, tapisseries. Associés à la folie, les troubles du comportement trouvèrent dans la société médiévale des expressions artistiques multiples. Un prologue introduit le visiteur au monde des marges et de la marginalité.
Dans la seconde moitié du 13e siècle, des créatures étranges, hybrides, grotesques connues sous le nom de marginalia se multiplient dans les marges des manuscrits, en regard des textes sacrés ou profanes. Issues du monde des fables, des proverbes ou de l’imaginaire, ces petites figures dansant dans les marges latérales ou inférieures semblent jouer avec l’espace de la page et du texte, s’accrochant aux rinceaux végétaux ou se nichant dans les initiales décorées. Souvent comiques, parodiques, parfois scatologiques ou érotiques, elles semblent être là pour amuser le lecteur, en contrepoint du caractère sérieux du texte qu’elles accompagnent. Mais peu à peu ces créatures, qui paraissent remettre en cause l’ordre de la Création du monde dans la religion chrétienne, sortent des manuscrits pour envahir tout l’espace, du sol au plafond, en passant par le mobilier et les murs. Comme elles, la figure du fou, d’abord en marge de la société, va envahir tout l’espace visuel de l’homme médiéval aux derniers siècles du Moyen Âge (14e et 15e siècles).
Le fou et l’amour
Au XIIIe siècle, le fou est inextricablement lié à l’amour et à sa mesure ou sa démesure, dans le domaine spirituel, mais aussi dans le domaine terrestre. Ainsi, le thème de la folie de l’amour hante les romans de chevalerie et leurs nombreuses représentations. La folie de l’amour atteint jeunes et vieux : la scène du philosophe Aristote chevauché, donc ridiculisé, par Phyllis, la maîtresse d’Alexandre, était fort en vogue à la fin du Moyen Âge.
Elle montrait avec humour le pouvoir des femmes renversant l’ordre habituel. Humour et satire s’emparent du thème de l’amour : bientôt, un personnage s’immisce entre l’amant et sa dame, celui du fou, qui raille les valeurs courtoises et met l’accent sur le caractère lubrique, voire obscène, de l’amour humain. Sa simple présence suffit à symboliser la luxure, qui se déploie partout, dans les maisons publiques, les étuves ou ailleurs. Tantôt acteur, tantôt commentateur de cette folie, le fou met en garde ceux qui se laissent aller à la débauche : la mort les guette, mort qui entraînera le fou lui-même dans sa danse macabre …
Entre humanisme et Réforme : de La Nef des fous à L’Éloge de la folie
Autour de 1500, la figure du fou est devenue omniprésente dans la société et la culture européennes.
Y contribuent le succès de deux ouvrages, très différents mais complémentaires, La Nef des fous de Sébastien Brant, puis L’Éloge de la folie d’Erasme.En 1494, le premier fait paraître son livre en allemand. Il est traduit en latin et dans de nombreuses langues européennes dès 1497. L’ouvrage, illustré de gravures, connaît un succès fulgurant et fait même l’objet de détournements ou d’éditions pirates. Erasme publie son Moriae Encomium (L’Eloge de la folie) en 1511. Il est donc publié en latin et destiné à priori à une élite savante. Pourtant son livre est aujourd’hui bien plus célèbre que celui de Brant, car ses critiques annoncent les thèses de la réforme protestante. D’autre part, comme la figure du fou sert à dénoncer « l’autre », catholiques et protestants se livrent à une guerre d’images sur ce thème, qui redouble et renforce les conflits armés.
De Bosch à Bruegel : triomphe du fou à la Renaissance
La multiplication des fous donne lieu à différents mythes qui prétendent expliquer leur genèse, (notamment avec le thème de l’oeuf), et leur expansion sur toute la terre, en particulier avec l’idée de la Nef des fous. Le tableau de Jérôme Bosch intitulé par la critique moderne La Nef des fous comme le livre de Brant, n’est en réalité que le fragment d’un triptyque démembré.
Le message général du tableau renvoyait à l’univers de la folie, mais aussi à d’autres motifs : la peinture des vices, des fins dernières et l’incertitude du destin humain. Pieter Bruegel l’Ancien, comme Bosch, continue parfois d’user de la figure du fou de manière traditionnelle. Mais le plus souvent, il lui donne lui aussi une valeur nouvelle : le fou passe au second plan, il souligne, en tant que témoin, la folie des hommes. Le sujet est vaste et bien traité, il mérite amplement le déplacement
Informations pratiques
Horaires d’ouverture de 9 h à 18 h, sauf le mardi, Jusqu’à 21h le mercredi et le vendredi. Réservation d’un créneau horaire recommandée en ligne sur louvre.fr y compris pour les bénéficiaires de la gratuité. Gratuit pour les moins de 26 ans résidents de l’Espace économique européen. Préparation de votre visite sur louvre.fr Métro 1 sortie Palais Royal musée du Louvre
Lauréate du Lion d’or 2024 à la Biennale de Venise pour l’ensemble de sa carrière, Nil Yalter est une artiste engagée. De sa participation à mai 68 – puis à la seconde vague féministe et au combat pour la libération sexuelle – à sa dénonciation du traitement des immigré∙e∙s en Occident, son œuvre se fait le porte-voix de ceux∙celles qui n’ont pas droit de cité. Cette conversation retrace la carrière d’une artiste dont la pratique polymorphe reçoit enfin l’attention qu’elle mérite.
Pionnière de l’art vidéo féministe, Nil Yalter, sa pratique, s’appuyant sur un travail de recherche, offre une plateforme aux groupes socialement marginalisés et remet en question les grands récits historiques à travers des photographies, vidéos, dessins et textes. Depuis sa participation à la première exposition internationale d’art video en France, au Musée d’Art Moderne de Paris (1974), jusqu’à ses récentes rétrospectives au MAC Val (2019), au Museum Ludwig (2019), et au Hessel Museum of Art (2019), elle a été à l’avant-garde d’une pratique artistique socialement engagée.
Coline Milliard est rédactrice en chef d’Art Basel, où elle supervise la stratégie éditoriale et la mise en œuvre, ainsi que le programme Conversation dans le monde entier. Au cours des 15 dernières années, elle a occupé plusieurs postes éditoriaux de haut niveau, notamment chez artnet News et Garage Magazine, et a beaucoup écrit sur l’art dans tous les secteurs du marché. Coline a enseigné au Royal College of Art et au Chelsea College of Arts de Londres et est titulaire de diplômes de troisième cycle du Royal College of Art et de la Sorbonne à Paris.
Le programme de Conversations d’Art Basel Paris 2024 est commissionné par Pierre-Alexandre Mateos et Charles Teyssou.
C’est un dur métier que l’exil
Malgré les sollicitations incessantes depuis cette reconnaissance à Venise, les rendez-vous, et une certaine lassitude, l’artiste de 86 ans reste extrêmement précise et conserve une mémoire phénoménale des détails de ses installations passées. Elle a bien conscience d’avoir inventé un nouveau langage dans les années 1970 parisiennes, lorsque le féminisme faisait irruption sur la scène artistique, proposant des œuvres hétéroclites, décloisonnant les arts, introduisant la réalité du corps féminin. Une façon de s’exprimer arrivée tout droit des États-Unis, où s’affirmait depuis un moment une avant-garde féministe rebelle et agressive.
Chantre des femmes d’Anatolie
Cette œuvre en particulier avait séduit Susanne Pagé lorsque celle-ci dirigeait cette structure créée à la fin des années 1960 au sein du musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Fabriquée à l’aide de métal, de peaux de mouton et de feutre, c’est un hommage de l’artiste franco-turque aux femmes des communautés nomades d’Anatolie centrale. Elle est placée à Venise au centre d’une pièce en forme de dôme, dont les parois sont revêtues d’affiches volantes, de dessins, de vidéos, etc. L’œuvre commente, documente, fait revivre la migration, l’exil.
Du Caire à Paris
Nil Yalter fait elle-même partie de ces migrants, même si ses voyages et son exil furent, dans son cas, mûrement choisis. Née en 1938 au Caire, mais de nationalité turque, elle rejoint Istanbul, puis passe sa jeunesse à arpenter l’Iran, l’Inde, les régions les plus reculées de la Turquie… Et après des années d’errances curieuses et studieuses, elle se consacre à la peinture. Une peinture abstraite occidentalisée, qui permet à cette autodidacte d’exposer dans des galeries stambouliotes.
La danse du ventre
Le rendez-vous a lieu à la galerie Berthet-Aittouarès, puisque l’artiste n’a pas à proprement parler d’atelier, mais plutôt des pièces encombrées de panoplies d’appareils, d’ordinateurs de toutes générations, de bandes, de carrousels de diapositives ancienne manière, de moniteurs, de magnétoscopes, de caméras, d’écrans et de nombreux dessins… Nil Yalter préfère nous raconter son travail en commentant quelques œuvres qu’Odile Berthet-Aittouarès a raccrochées aux murs pour l’occasion, quelques photographies qui avaient fait partie de son exposition organisée ici même en 2023, La Femme sans tête ou La Danse du ventre. La photographie représente le ventre d’une femme dont le nombril est recouvert de manière circulaire d’un fragment de texte du poète René Nelly, auteur du livre Érotique et civilisations. Cette photo est tirée d’une performance filmée en 1974 dans laquelle elle faisait la danse du ventre, en ayant gravé sur sa peau la phrase « La femme véritable est à la fois convexe et concave ».
Chiharu Shiota, Uncertain Journey, 2021, metal frame, red wool, Taipei Fine Arts Museum, photo elisabeth itti #blogunedilettante
Au Grand Palais jusqu'au 19 mars 2025 Entrée Porte H - Galeries 9 et 10.2 Exposition co-organisée par le GrandPalaisRmn, Paris et le Mori Art Museum, Tokyo. Commissariat Mami Kataoka Directrice, Mori Art Museum, Tokyo Scénographie Atelier Jodar
Prologue
Le sous-titre « The Soul Trembles (“Les frémissements de l’âme”) » proposé par Shiotapour cette exposition est une description exacte de son moi intérieur, confronté à une anxiété insondable qui perturbe sa sensibilité. Elle espère que ces sentiments transcenderont les mots et se transmettront directement au moi intérieur des visiteurs qui feront l’expérience de l’exposition, dans une sorte de sympathie ou de résonance entre les âmes.
Uncertain Journey 2016/2024 Les fils s’emmêlent, s’entrelacent, se cassent, se défont. D’une certaine façon, ils symbolisent mon état mental vis-à-vis de la complexité des relations humaines.
Dans la première salle, cette oeuvre en bronze, présente deux mains ouvertes desquelles s’échappent des fils métalliques, comme de fragiles aiguilles. La sculpture permet de donner une forme durable à ce que l’artiste recherche dans ses installations éphémères de fil : une émotion rendue visible… un frémissement de l’âme.
Chiharu Shiota In the Hand (« Dans la main ») 2017 Bronze, laiton, clé, fil, laque 38 × 31 × 42 cm
Citations autres
Out of My Body 2019/2024 L’esprit et le corps se détachent l’un de l’autre, et je n’ai plus le pouvoir de mettre fin à ces émotions incontrôlables. J’étale mon propre corps en morceaux épars et j’entre en conversation avec lui dans mon esprit. D’une certaine manière, c’est le sens que je donne au fait de relier mon corps à ces fils rouges. Exprimer ces émotions et leur donner une forme implique toujours la destruction de l’âme. Cell 2020 Quand une vie humaine atteint la limite qui lui a été prescrite, elle se dissout peut-être dans l’univers. La mort n’implique pas forcément une transformation en néant et en oubli ; elle n’est peut-être qu’un phénomène de dissolution. Le passage de la vie à la mort n’est pas une extinction, mais un processus de dissolution dans quelque chose de plus vaste. Dans ce cas, il n’y a plus lieu d’avoir peur de la mort. La mort et la vie appartiennent à la même dimension.
Les oeuvres exposées
Les 167 oeuvres et projets (dont certains ensembles) apparaissent dans l’ordre du parcours de l’exposition : – 9 installations – 7 objets/ sculptures – 80 photos – 49 dessins – 9 documents (magazine) – 1 maquette – 11 vidéo – 1 peinture
Rebirth and Passing
Le noir évoque toute l’étendue de cet univers profond, et le rouge, les fils qui relient une personne à une autre, mais aussi la couleur du sang. Ces fils s’enchevêtrent ; parfois, ils se hérissent et se tendent comme pour relier mon univers mental au cosmos extérieur. C’est une relation qui ne se défera jamais.
2019 Technique mixte Dimensions variables
Biographie
Née à Osaka au Japon en 1972, Chiharu Shiota vit et travaille à Berlin. Elle combine performances, art corporel et installations dans un processus centré sur le corps. Chiharu Shiota a été exposée à travers le monde, notamment au Nakanoshima Museum of Art, Osaka, Japon (2024), au Hammer Museum, Los Angeles, États-Unis (2023), au P.S.1 Contemporary Art Center, New York (2003), au K21 Kunstsammlung NRW, Düsseldorf (2014), au Smithsonian, Washington DC (2014). En 2015, Chiharu Shiota a représenté le Japon à la Biennale de Venise.
Depuis le milieu des années 90, l’artiste produit des installations de fils de laine entrelacés, créant des réseaux graphiques spectaculaires, au travers desquels le visiteur doit trouver son chemin et sa place. Ces toiles gigantesques enveloppent très souvent des objets de son quotidien (chaises, lits, pianos, vêtements, etc.) et invitent à un voyage onirique majestueux. Si l’art de l’enchevêtrement a fait sa renommée, la pratique de l’artiste s’étend également à la sculpture, la photographie, la vidéo et au dessin, dont l’exposition présente un corpus.
Ses créations protéiformes explorent les notions de temporalité, de mouvement, de mémoire et de rêve, qui requièrent l’implication à la fois mentale et corporelle du spectateur. L’exposition co-organisée avec le Mori Art Museum, Tokyo, la plus importante jamais consacrée à l’artiste en France et qui embrasse plus de 20 ans de sa carrière, offrira au public une expérience sensible à travers plusieurs installations monumentales déployées sur plus de 1200 mètres carrés. Ayant fait l’expérience directe, et à de multiples occasions, de la vulnérabilité de la vie qui lui a été accordée,
Shiota espère que cette exposition pourra transmettre aux autres, avec l’ensemble de son corps, les tremblements de sa propre âme. Avec sept installations à grande échelle, des sculptures, des photographies, des dessins, des vidéos de performance et des documents d’archives liés à son projet de mise en scène, l’exposition représente l’occasion de se familiariser avec la carrière de Shiota, qui s’étend sur plus de vingt ans. Sept étapes successives ont déjà eu lieu au Japon, en Corée du Sud, à Taiwan, en Australie, en Indonésie et en Chine. Une étape est prévue à Turin au musée d’Art Oriental, d’octobre 2025 à l’été 2026.
Informations pratiques
du mardi au dimanche de 10h‐ à 19h30, nocturne le vendredi jusqu’à 22h Fermeture hebdomadaire le lundi Fermé le 25 décembre, le 28 janvier et le 11 mars Fermeture anticipée à 18h30 le 19 décembre, et à 18h les 24 et 31 décembre 2024 vidéo
Accès Porte H Avenue Winston Churchill 75008 Paris Métro ligne 1 et 13 : Champs-Élysées – Clemenceau ou ligne 9 : Franklin D. Roosevelt Informations et réservation www.grandpalais.fr
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L’histoire de la décoration de vitrines et celle de l’art visuel sont étroitement liées. Outre Jean Tinguely, de nombreux.ses artistes ont donné une impulsion à la conception de vitrines. Par ailleurs, la vitrine constitue un motif récurrent d’oeuvres d’art et sert de scène à des performances et des actions. De même, les changements politiques et sociaux se lisent dans les vitrines qui marquent l’image de la ville occidentale depuis la fin du 19e siècle et constituent un miroir de l’évolution des rapports sociaux et de l’utilisation fluctuante de l’espace public. Première exposition muséale consacrée aux croisements entre l’art et la conception de vitrines, Fresh Window. Art & vitrines s’étend de l’ascension du grand magasin au tournant du siècle jusqu’aux boutiques de luxe haut de gamme d’aujourd’hui. Du 4 décembre 2024 au 11 mai 2025, le Musée Tinguely présente le caractère pluridimensionnel de cette thématique à travers des contributions de quelque 40 artistes des 20 e et 21e siècles, et permet de découvrir des artistes tels que Jean Tinguely, Sari Dienes, Robert Rauschenberg, Jasper Johns ainsi qu’Andy Warhol sous un angle peu connu. Du 14 janvier au 2 mars 2025, des étudiant.es de l’Institut Kunst Gender Natur, Hochschule für Gestal-tung und Kunst Basel FHNW étendront le projet hors les murs du musée jusqu’à l’espace urbain avec des interventions artistiques dans des vitrines bâloises
La vitrine, lieu d’expérimentation artistique
La confrontation complexe et ludique avec ce thème s’exprime dès le titre Fresh Window qui renvoie au travail Fresh Widow (1920) de Marcel Duchamp. Cette oeuvre est représentative d’un chapitre important de l’exposition qui aborde la fonction de la vitrine comme une membrane qui relie, unit et sépare, qui attire ou rejette le voyeurisme et le désir s’y rattachant. Espace architectural fonctionnel, la vitrine crée également une passerelle avec les formes de présentation muséales – du cadre d’un tableau à la scène destinée aux performances et à l’art-action. Les artistes abordent également la vitrine comme un miroir social. Celle-ci permet de questionner les rapports sociaux et les relations de genre, la gentrification et la culture consumériste occidentale ainsi que la critique du capitalisme. Les artistes s’y intéressent également en tant que scène où se jouent des transformations politiques, sociales et urbaines. La vitrine est un lieu d’interaction, d’échanges et de rencontre. La conception de vitrines a non seulement permis à de nombreux.ses artistes de gagner leur vie, mais elle a aussi constitué un champ d’expérimentation pour inventer de nouveaux liens entre l’art et le public. Le thème de la vitrine revêt par ailleurs une importance particulière dans nos sociétés actuelles, les centres-villes étant de plus en plus confrontés à l’abandon de leurs commerces en raison de la numérisation croissante et de l’essor du commerce en ligne.
La vitrine : la rencontre de l’art et du commerce
Lorsqu’à la fin du 19e siècle la vitrine devient un élément central de la culture consumériste moderne, des artistes s’intéressent bientôt à ce nouveau phénomène. Après avoir réduit à l’absurde la fonction et la sémantique de la fenêtre avec son oeuvre Fresh Widow en 1920, Marcel Duchamp décore pour la première fois une vitrine à New York en 1945, à l’occasion de la publication d’un livre d’André Breton. À cette époque, Jean Tinguely termine son apprentissage à la la Kunstgewerbeschule et travaille déjà comme décorateur professionnel à Bâle. Sa signature artistique ultérieure transparaît déjà dans ses décorations souvent réalisées à l’aide de fil de fer.
Dans le New York des années 1950, Gene Moore, directeur artistique du grand magasin Bonwit Teller et de la bijouterie Tiffany & Co., joue un rôle important en apportant son soutien à de jeunes artistes talentueux encore inconnu.es. Il sélectionne par exemple des oeuvres de Sari Dienes ou Susan Weil pour ses vitrines et charge Robert Rauschenberg, Jasper Johns et Andy Warhol de créer des décorations recherchées avant qu’ils ne s’établissent dans le monde de l’art. Dans l’exposition, des photographies témoignent de certaines de ces vitrines qui, pour quelques-unes, sont reconstituées à l’identique et peuvent être redécouvertes pour la première fois depuis près de 70 ans.
À l’inverse, la vitrine est reprise comme motif par des artistes dans de nombreuses peintures, installations, sculptures, oeuvres vidéo et séries photographiques. Dans les années 1960 et 1970, Richard Estes, Peter Blake et Ion Grigorescu ont exploré le monde coloré et luxuriant du capitalisme. La fonction séduisante des vitrines apparaît clairement dans la performance Lèche Vitrines (2020) de Martina Morger qui propose une traduction littérale du terme français.
Avec les devantures couvertes de ses Store Fronts (1964-1968), Christo joue avec les aspects du voyeurisme et les propriétés sculpturales de la vitrine. La maîtrise scénographique de l’artisanat décoratif traditionnel est reprise dans les Street Vitrines (2020) de l’Atelier E.B alias Beca Lipscombe et Lucy McKenzie ou dans le travail vidéo Did you know you have a broken glass in the window? (2020) d’Anna Franceschini.
Du 29 novembre au 1er décembre 2024, ST-ART, la 1ère foire d’art contemporain en région, revient pour sa 28ème édition au Parc des Expositions de Strasbourg. Christophe Caillaud-Joos, Directeur général de Strasbourg Events Palais de la Musique et des Congrès & Parc des Expositions
Forte de son succès avec plus de 13 600 visiteurs et 57 galeries internationales en 2023, ST-ART s’affirme comme un événement majeur du marché de l’art européen ainsi qu’un rendez-vous culturel incontournable dans le Grand Est.
GALERIES UN TOUR D’HORIZON
Cette édition a été marquée par un renouvellement important de ses participants. Parmi une cinquantaine de galeries alsaciennes, françaises et européennes attendues, plus d’un tiers ont participé pour la première fois à ST-ART ou sont de retour. Les visiteurs ont pu découvrir ainsi ou redécouvrir la galerie Arnoux (Paris), la galerie Guy Pieters (Knokke), la Pigment gallery (Barcelone), la galerie Robet Dantec (Nantes), la galerie Pascal Gabert (Paris), The Route Gallery (Amsterdam) ou encore Ametron Art Space (Chania – Grèce). Profondément ancrée sur son territoire depuis sa création, ST-ART a proposé cette année un focus sur l’art verrier, intimement lié à la région vosgienne depuis des siècles. Galeries et institutions proposeront un parcours au sein de la manifestation pour découvrir des pièces d’exception, de verre ou de cristal, contemporaines ou anciennes
Bernard Tirtiaux à la Galerie parisienne Mhaa
Mon coup de coeur au CERFA
Mathilde Lusso
Hommage à l’artiste strasbourgeois Raymond-Émile Waydelich
La foire a rendu un hommage à l’artiste strasbourgeois Raymond-Émile Waydelich,disparu en août 2024. Connu pour ses travaux autour de la « mémoire du futur », le sculpteur, peintre et photographe représentait la France à la Biennale de Venise en 1978. C’est sa fille Flore qui très émue, parla de son père et de son oeuvre immense. vidéo Flore
« Avec légèreté, élégance et beaucoup d’humour, il volait, comme les personnages de ses tableaux, à travers les continents et les siècles. C’était un voyageur du temps, un archéologue du futur, comme il se qualifiait lui-même. Mais il était toujours bien ancré dans son pays. Avec Raymond E. Waydelich, c’est une partie de l’Alsace qui disparaît. » Francis Waydelich
Membre bénévole ARAHM Association Régionale « Aide aux Handicapé Moteurs » vidéo
LE COMITÉ ARTISTIQUE
Comité Artistique des galeries s’étoffe avec l’arrivée de Stéphanie Pioda, historienne et critique d’art, qui rejoint Georges-Michel Kahn et Rémy Bucciali. Le Comité Artistique joue un rôle essentiel dans la création d’un environnement artistique renouvelé à chaque édition. Il étudie avec soin et sélectionne les propositions faites par les galeries, garantissant ainsi une expérience riche et variée pour les visiteurs. Chaque année, le comité artistique s’efforce de repousser les frontières de l’expression artistique en mettant en lumière des talents émergents et des oeuvres novatrices.
ST-ART, UN ACTEUR ENGAGÉ AUPRÈS DES JEUNES TALENTS
J’ai remis 2 prix à St-Art, en tant que président de Société des Amis des Arts et Musées de Strasbourg, dont le Prix Théophile Schuler à un jeune homme talentueux : Yoshikazu Goulven Le Maître. (Bertrand Gillig)
J’ai eu le plaisir et l’honneur, en tant que président de la Société des Amis des Arts et des Musées de Strasbourg, de remettre le 1er Prix de la Jeune Création Européenne à la galerie Espace Constantin Chariot de Bruxelles représentant l’artiste française Karine N’guyen Van Tham qui n’a pu se déplacer. La jeune plasticienne remporte le 1er Prix de la Jeune Création Européenne créé par la SAAMS en collaboration avec St-Art, doté de 2.000 € de dotation et 15 m2 de stand en solo-show pour l’édition 2025, il est matérialisé par deux trophées en verre réalisé par le CIAV de Meisenthal. (L’un pour l’artiste, l’autre pour la galerie) Bertrand Alain Gillig
Galerie Bertrand Alain-Gillig
La Galerie Bertrand Gillig, fondée en 2004 sous le nom d’Espace G, se situe dans un élégant immeuble du 19ème siècle. Elle défend des artistes émergents, principalement français, dans des disciplines variées telles que la peinture, le dessin, la sculpture et la photographie. Les artistes représentés, comme Patrick Bastardoz, Benoît Trimborn, Ayline Olukman, Christoff Baron, MG, Leonardo Vargas, Elisabeth Fréring et Patrick Cornillet explorent des thèmes liés à l’architecture, la mémoire, le temps et l’abandon.
Pour ST-ART 2024, la galerie propose un solo show de @PatrickBastardoz. Né à Strasbourg en 1970, il se concentre sur l’urbanisme et la construction, notamment à travers sa série « Ruines et Vestiges », mêlant peinture historique et contemporaine. Son travail sur la mémoire et la trace est renforcé par ses œuvres en gravure. Solo-show scintillant de Patrick Bastardoz.
Galeriste, président de La SAAMS, écrivain
Le Sacre des Alliances
Galerie Murmure, Colmar (Ancienne galerie)
Artistes sur le stand : Skoda Vladimir, Amédro Marie, Spach Stéphane, Klein Frédéric, Voss Jan, Daoud David, Wendels Franziskus
Pour conclure
3 autres galeries Alcaciennes
AEDAEN ON, Strasbourg, France Solo show : Francesca Gariti (photo)
Galerie RITSCH-FISCH, Strasbourg, France Art Brut
Kraemer Gallery, Strasbourg (ancienne galerie) Artistes sur le stand : Saint-Etienne Yeanzi, Tanawat Suriyatongtam + artistes du second marché
Le Petit Palaisprésente la première rétrospective française jamais consacrée à Jusepe de Ribera (1591-1652), jusqu'au 23 février 2025 Annick Lemoine, conservatrice générale, directrice du Petit Palais. Maïté Metz, conservatrice des peintures et arts graphiques anciens du Petit Palais
Le Petit Palais présente la première rétrospective française consacrée à Jusepe de Ribera (1591-1652), l’héritier terrible du Caravage, celui que ses contemporains considéraient comme « plus sombre et plus féroce » encore que le grand maître italien. D’origine espagnole, il fit toute sa carrière en Italie, à Rome puis à Naples. Naples étant sous domination espagnole. Pour Ribera, toute peinture – qu’il s’agisse d’un mendiant, d’un philosophe ou d’une Pietà – procède de la réalité, qu’il transpose dans son propre langage. La gestuelle est théâtrale, les coloris noirs ou flamboyants, le réalisme cru et le clair-obscur dramatique. Avec une même acuité, il traduit la dignité du quotidien aussi bien que des scènes de torture bouleversantes. Ce ténébrisme extrême lui valut au XIXe siècle une immense notoriété, de Baudelaire à Manet.
Avec plus d’une centaine de peintures, dessins et estampes venus du monde entier, l’exposition retrace pour la première fois l’ensemble de la carrière de Ribera : les intenses années romaines, redécouvertes depuis peu, et l’ambitieuse période napolitaine, à l’origine d’une ascension fulgurante. Il en ressort une évidence : Ribera s’impose comme l’un des interprètes les plus précoces et les plus audacieux de la révolution caravagesque, et au-delà comme l’un des principaux artistes de l’âge baroque.
La première partie de l’exposition aborde les débuts de Ribera à Rome. Le peintre, surnommé « lo Spagnoletto [le petit Espagnol]», arrive dans la cité papale vers 1605-1606, la même année que le départ du Caravage pour Naples. Les deux artistes se sont-ils rencontrés ? Personne ne peut l’affirmer mais l’influence du Caravage sur Ribera, ainsi que sur toute une génération de peintres présents à Rome à ce moment-là est décisive. Pendant ce séjour romain, Ribera élabore les fondements de sa peinture : l’usage du modèle vivant, un clair-obscur dramatique, une gestuelle théâtrale, un réalisme cru et la représentation de figures à mi-corps qui imposent au spectateur une frontalité saisissante. Ce nouveau vocabulaire, radical, se retrouve dans sa série des cinq sens, représentée dans l’exposition par l’Allégorie du goût (Wadsworth Atheneum, Hartford) et l’Allégorie de l’odorat (Collection Abello, Madrid), mais également dans les Apostolados, série d’apôtres devenue l’un des sujets de prédilection du peintre. L’exposition revient également sur l’histoire de la réattribution du tableau du Jugement de Salomon (Galerie Borghèse) par l’historien de l’art Gianni Papi en 2002. Cette enquête a bouleversé la compréhension de la production romaine de Ribera, en l’enrichissant d’une soixantaine d’oeuvres magistrales, dont Le Christ parmi les docteurs (musées de Langres) ou encore Le Reniement de Saint Pierre (Galerie Corsini). À la fin de son séjour romain, Ribera s’impose comme l’un des caravagesques les plus recherchés par l’élite du monde de l’art. En 1616, l’artiste quitte Rome pour s’installer à Naples, alors territoire espagnol. Sa carrière est fulgurante. Marié à la fille de l’un des peintres les plus importants de la ville, soutenu par le pouvoir en place, Ribera règne pendant près de quarante ans sur la scène artistique napolitaine et multiplie les commandes prestigieuses. Les séries qu’il conçoit pour la Collégiale d’Osuna près de Séville ou pour l’église de la Trinità delle Monache à Naples sont à l’origine de véritables chefs-d’oeuvre comme Le Saint Jérôme et l’Ange du Jugement dernier(Museo di Capodimonte). Artiste hors pair par sa capacité à retranscrire une réalité presque tactile des individus, des chairs ou des objets, Ribera restitue la splendeur des humbles avec une acuité bouleversante. Un Mendiant en haillons (Galerie Borghèse), une Vieille usurière (Musée du Prado) ou un enfant Pied-bot (Louvre) gagnent leurs lettres de noblesse. Son intérêt pour les personnes en marge de la société se mêle à son goût pour l’étrange et donne naissance à des images puissantes, comme Le Portrait de Magadalena Venturi, la célèbre Femme à la barbe (Musée du Prado). Au coeur du parcours napolitain, le visiteur peut également découvrir ses talents de dessinateur et de graveur – une singularité au sein de la galaxie caravagesque – avec un cabinet d’arts graphiques réunissant des prêts exceptionnels du Metropolitan Museum of Art, du British Museum ou de la Collection Colomer. Son oeuvre gravé, d’une grande virtuosité, est quant à lui présenté grâce au fonds Dutuit du Petit Palais. Son goût pour un réalisme radical se traduit également dans sa volonté de peindre le pathos de manière naturelle et sans artifice. Il insiste sur la vérité des corps et des chairs,même lorsqu’il représente le Christ mourant dans trois Pietà réunies ici pour la première fois : les deux Lamentation sur le corps du Christ de la National Gallery de Londres et du Musée Thyssen et
La Mise au tombeau du musée du Louvre.
Au côté de ses compositions religieuses, Ribera réinvente les mythes antiques, où s’illustre son attrait pour le grotesque et la provocation. Sa palette s’éclaircit à la fin de sa carrière et laisse apparaître des ciels bleu turquoise, des couleurs flamboyantes et des drapés irisés, dignes de Titien, comme dans l’Apollon et Marsyas (Museo di Capodimonte) et Vénus et Adonis (Palais Corsini).L’exposition se termine sur une dernière salle spectaculaire consacrée à des scènes de martyres et d’écorchés, qui firent aussi la réputation de Ribera. Véritable théâtre des passions, ses compositions extrêmes, aux noirs profonds, prennent à témoin le spectateur. L’héritier terrible du Caravage, « plus sombre et plus féroce » que le maître, démontre qu’il n’est pas un simple interprète mais l’un des plus grands artistes de l’âge baroque, aux inventions fulgurantes, audacieux et virtuose.
Auditorium Informations sur la programmation à l’accueil ou sur petitpalais.paris.fr Café-restaurant Le 1902 Ouvert de 10h à 17h15 (dernière commande) Fermeture de la terrasse à 17h40. Nocturnes : voir sur le site petitpalais.paris.fr Librairie-boutique Ouverte de 10h à 17h45. Les vendredis et samedis jusqu’à 20h
Jusepe de Ribera, Apollon et Marsyas, 1637. Huile sur toile, 182×232 cm. Museo e Real Bosco di Capodimonte, Naples. Su concessione del MiC – Museo e Real Bosco di Capodimonte /
INFORMAT IONS PRATIQUES PETIT PALAIS – MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE LA VILLE DE PARIS Avenue Winston-Churchill, 75008 Paris Tel : 01 53 43 40 00 petitpalais.paris.fr Du mardi au dimanche de 10h à 18h. Nocturnes les vendredis et samedis jusqu’à 20h. Tarifs Plein tarif : 15 € Tarif réduit : 13 € Réservation d’un créneau de visite conseillée sur petitpalais.paris.fr Accessible aux visiteurs en situation de handicap.