Guillaume Barth

« Elina »

Elina, exposition de Guillaume Barth au Domaine de Chaumont-sur-Loire, 2025 © E. Sander
ASINERIE
Derniers jours
Jusqu'au 22 février 2026
Domaine de Chaumont-sur-Loire, Centre d'arts et de nature
DÉMARCHE ARTISTIQUE

Habité par une conscience aiguë de l’impermanence, Guillaume Barth conçoit l’art comme un acte de célébration du vivant, une tentative d’inscrire dans la
forme ce qui, toujours, échappe et se transforme. Sa démarche puise aux sources des cultures premières, à l’écoute de leurs savoirs et de leurs rites, pour déployer une relation sensible et sacrée au monde. Loin d’un art autonome ou spéculatif, ses œuvres naissent dans le frottement du geste artistique avec les forces élémentaires, les communautés humaines et les rythmes  profonds de la nature.
Chez Guillaume Barth, l’œuvre ne prend jamais la forme d’un objet clos : elle s’inscrit dans un processus, une durée, une mémoire partagée. Ses projets, souvent réalisés dans des contextes géographiques et culturels singuliers,
naissent de la rencontre avec un lieu et ceux qui l’habitent.
Qu’il s’agisse de planter des arbres et d’écrire un Concert pour une Nouvelle forêt (2021) ou de photographier, au Mexique, des papillons monarques réputés être
« l’esprit de la forêt qui guide l’âme des morts » (2023),
l’artiste inscrit son travail dans des dynamiques patientes et relationnelles, ancrées dans l’écoute et le respect des cycles de la nature.
C’est dans cet esprit qu’il envisage, en 2013, un nouveau projet avec les communautés Aymaras de Bolivie et leur territoire. Réputé être le plus vaste désert de sel blanc au monde, le salar d’Uyuni est aussi la plus importante
réserve de lithium de la planète dont l’exploitation engendre sécheresse des rivières et appauvrissement des cultures. L’artiste imagine alors une structure en bois hémisphérique (réalisée en France) qu’il installe sur le salar, à 4 km de la rive de Tahua, avant de la recouvrir de 2 tonnes de briques de sel. Fruit d’un labeur collectif, la construction se donne comme une offrande fragile à
l’espace et au temps.


L’écrivain Olivier Kaeppelin raconte :

« Début 2015, le besoin impératif d’eau amène les Aymaras à se rassembler à proximité de l’église du village pour invoquer la bienveillance de la Pachamama, la Terre Mère, en préparant la Costumbre de la pluie (Tatal Huánca), une invocation à l’arrivée de la pluie trois jours et deux nuits durant, au son du tambour et de la flûte. Le 5 janvier 2015, alors que le salar se recouvre
miraculeusement de 2 centimètres d’eau, prenant l’aspect d’un monumental miroir, la sphère se révèle dans sa totalité, comme suspendue, en apesanteur entre Terre et Ciel, soulignée subtilement par une fine ligne d’horizon
qui les relie, dans la pureté de vision de son créateur, portée miraculeusement à son plein accomplissement ; cette nouvelle planète est nommée
Elina par Guillaume
Barth, « Hélê », éclat du soleil en grec auxquels s’ajoutent
les symboles Li (Lithium) et Na (Sodium) dont elle est composée. Son apparition providentielle est de courte durée car l’élément eau qui la révèle est aussi celui qui la fait aussitôt disparaître ; Elina retournera à sa condition
de sel dissous dans l’eau 3 jours après être apparue. »

De l’apparition à la perte, la poétique de Guillaume Barth se nourrit d’une certaine persistance. L’œuvre n’existe plus en tant que volume tangible, mais subsiste dans l’image, dans la mémoire, dans la relation. Les photographies exposées au Domaine de Chaumontsur-Loire témoignent de cette vision rémanente. Elles capturent la perfection de ce monde flottant, entre réalité
et fiction, entre le geste de l’homme et les forces de la nature. Elina n’est pas seulement une série d’images, c’est un processus qui lie l’artiste, une communauté et un territoire, au seuil du visible et de l’invisible.
La dénonciation sous-jacente du risque de disparition de ce paysage sublime, en raison des réserves de lithium qu’il abrite, est aussi présente dans ce travail.

REPÈRES BIOGRAPHIQUES
Guillaume Barth est né en 1985 à Colmar. Il vit et travaille entre Sélestat en Alsace et Amatlán de Quetzalcoatl au Mexique. Il est diplômé de l’École Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg en 2012 et du Studio National des Arts contemporains du Fresnoy en 2021.
Il est lauréat de plusieurs prix, dont le prix de la fondation Martel Catala pour le projet de livre Nouvelle forêt en 2023, le prix Talents Contemporains de la Fondation François Schneider en 2019 et le prix de la Fondation Bullukian en 2018.
 

Guillaume Barth est représenté par la Galerie Jeanne Bucher Jaeger, Paris-Lisbonne.

Auteur/autrice : elisabeth

Pêle-mêle : l'art sous toutes ses formes, les voyages, mon occupation favorite : la bulle.

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